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sioclo) et eu vieux saxon, (lui nous a dunné le néerlandais (lioUandais et flamand).
Citons encore une fois, pour mémoire, la branche Scandinave, avec ses dérivés islandais, norvégiens, suédois et danois.
Le bas-allemand, dont le plus ancien document parvenu jusqu'à nous date de l'an 880 (4), nous a laissé une littérature importante qui ne s'est arrêtée qu'au xvi° siècle.
A cette époque, il fut absorbé, au moins en tant que langue écrite, par le haut-allemand.
Parlé encore, sous le nom de « plat-allemand » (plattdeutsch), dans les campagnes de l'Allemagne septentrionale, il joue à peu près, vis-à-vis de l'antique bas-allemand, le rôle du provençal à l'égard du roman (5).
Le haut-allemand a fourni une carrière plus longue que celle de son congénère, puisqu'il est encore en usage actuellement, après de successives transformations dont il est facile de suivre la marche par l'étude des riches et nombreux documents littéraires qui en subsistent et dont les plus anciens remontent au viii® siècle (6).
Sous sa forme la plus vieille, celle que nous appellerons « haut-allemand ancien », il a été parlé jusqu'au XI® siècle, se subdivisant en de nombreuses ramifications dont nous retiendrons principalement l'alaman de la Suisse allemande et de l'Alsace, avec le souabe (Wurtemberg, Thuringe, Saxe), qui en formait le fond; les dialectes bavarois et autrichiens ; le francique, appelé
(4) 'L^Héliand (le sauveur), poème épique, écrit en 880 par ordre de Louis III.
(5) La littérature de cette langue a été florissante du xi^ au xiv^ siècle. Les efforts faits depuis en vue de la faire revivre n'ont pas été couronnés de succès.
(6) Le poème de Krisf, du moine Ottfried (870), le Chant de victoire de Louis III (881), etc. On en connaît de l'an 743.
Elude des Lang. 6
aussi tudesque, qui s'étendait jusque dans les Gaules (7).
Avec le moyen âge, le haut-allemand ancien subit de notables transformations (8), dont l'ensemble constitua le haut-allemand, dit moyen, lequel nous a légué une littérature aussi intéressante que variée (9).
A cette époque, les innombrables dialectes en usage tendirent à se réunir, au moins dans leurs lignes générales, en grands courants : allemanique d'un côté, souabe de l'autre.
En Suisse et le long du Rhin, en Saxe comme en Thuringe et en Wurtemberg, en Bavière comme en Autriche, l'influence locale résista sans doute puissamment à celle venue du dehors, et plusieurs formes de langage évoluèrent parallèlement les unes à côté des autres ; mais, avec l'avènement des Hohenstaufen, en 1138, ]e souabe fut érigé en langage des cours, langue officielle du temps, et sa prédominance sur tous le& autres dialectes fut une conséquence naturelle de ce nouvel état de choses.
Prédominance ne signifie pas substitution, et il est facile de se rendre compte que, dans de pareilles conditions, aucun échange de chefs-d'œuvre littéraires, de contrée à contrée, ne pouvait avoir lieu ; on se contentait de penser et de produire selon son milieu.
Chacun, en l'absence de tout langage uniforme et régulier, écrivait et parlait à sa façon, suivant la contrée qu'il habitait. Il n'y avait pas, en un mot, de littérature nationale, mais des littératures de clocher, incapables de
(7) Apporté par l'invasion franque. Il fut parlé aux cours mérovingiennes et carlovingiennes jusque sous lo règne de Charles le Chauve (843-877).
(8) Par exemple en ce qui concerne l'uniformisation des types de voyelles de désinence.
(9) Légende de Siegfried; productions des chevaliers-minnesàngers (bardes).
produire un puissant mouvement, inaptes à eréer un réel er continu eiîort vers la recherche d'un idéal plus élevé.
Avec Luther (14S'{-15 KJ), la face des choses va changer.
Ce savant moine augustin, ayant voulu tiaduire la Bible en allemand pour la populariser, chercha à en rendre la lecture accessible à tous les hommes de langue allemande.
Pour atteindre ce but, il se servit d'un langage particulier, créé par lui, auquel il s'attacha à donner une empreinte à la fois générale et nationale.
Au lieu d'imposer à l'ensemble l'idiome de la pai-tie, il obtint un adroit amalgame en infusant du bas-allemand au haut-allemand le plus développé de l'époque, soit le mitteldeutsch ou haut-saxon, lequel, employé dans tous les actes de la chancellerie saxonne, était depuis longtemps adopté par la plupart des souverains allemands pour des usages diplomatiques.
Habilement dégrossi, façonné, poli et, en fin de compte, pétri de bas-allemand, ce langage nous a légué, sous une forme désormais classique, ce que nous appelons le haut-allemand moderne, à peu près tel qu'il est encore emploj-é de nos jours.
C'est donc à Luther que revient tout l'honneur d'avoir doté son paj's, pour l'y vulgaris-er, d'une langue propre k une acclimatation dans toutes les parties de l'empire. Il serait puéril de nier que, comme tout ce qui est progrès, cela ait été sans lutte. Il s'agissait de déraciner tous les vieux préjugés subsistant contre le nouveau dialecte et d'efîacer de l'usage courant, les uns après les autres, les anciens idiomes germains qui le précédèrent et dont il résumait pourtant si habilement les principaux éléments (10).
(10) Ne lui a-t-oii pas reproché maintes fois son origine (( sur le papier )) ? {Ihrcn papiemen Urspi-ung.)
En dépit de tout, rallemand commun (11), comme l'appelait son créateur, cet essai m.odeste qui eut son berceau dans un petit district saxon, la Misnie, a triom])lié de tous les obstacles.
Il a vu son horizon s'élargir, franchir les montagnes qui, au figuré comme au réel, l'eïLserraient étroitement, pour reculer peu à peii jusqu'aux extrêmes limites du vaste empire germanique.
Forme obligée de la littérature, langage' des nobles et des lettrés, langage de la bonne compagnie, langage du peuple, il est devenu le lien qui unit aujourd'hui dans une aspiration commune les diverses classes de la société. Il est aussi la pâte avec laquelle on a pétri leschefs-d'œuvre d'une littérature vraiment nationale ; il a renfermé en lui le germe de la puissance intellectuelle, morale et matérielle de nos voisins.
Si les XVII® et xviii^ siècles firent subir au haut-allemand moderne quelques altérations ou modifications,, celles-ci ne touchèrent qu'à la forme et non au fond.
En revanche, pendant cette période, le nouveau langage parvint à s'affranchir du latin, qui avait si longtemps cheminé côte à côte avec les dialectes germaniques, sans toutefois pouvoir s'y introduire, et il réussit à le détrôner comme langage scientifique en se substituant purement et simplement à lui.
En dépit de toutes les vicissitudes et malgré un remaniement artificiel, l'allemand, tel qu'il nous est parvenu, a tout gardé de la nature. Nous la retrouvons partout : dans ses nombreuses onomatopées, si vivantes, notant tous les bruits avec une incroyable minutie ; dans sa riche gamme de couleurs et de lueurs, incomparable palette, permettant de rendre, aussi bien que par le pin-
(11) Die (jemcïne deutsche Sprache, l'avait baptise Luther luimême.
ceaii (les nuances intraduisibles en d'autres langues. Nous ]a retrouvons aussi dans ses mots (jui contiennent encore rimap:e pliysique primitive; enfin, dans ses mystiques formules «et ses poétiques conceptions.
Tout ce que nous voyons nous fortifie, nous confirme, dans cette opinion.
On sent se refléter à travers toute la langue allemande l'âme primitive du vieux Germain qui chassait encore l'aurochs et le renne dans ses grandes forêts sauvages, aiors que le Gaulois, civilisé déjà par l'occupation romaine, habitait en des villes, connaissait le luxe et le confort de la cité, et n'avait plus de son ancienne existence de nomade qu'un lointain souvenir.
Au contact du conquérant, les mœurs de ce dernier s'étaient modifiées, le langage et les lettres s'étaient, ch-ez lui, raffinés et avaient acquis de l'élégance (12).
En tenant compte de la grande diversité des mots, il faut reconnaître que l'allemand moderne est parmi les idiomes les plus riches connus.
Resté langue primitive, puisque développé loin de tout contact étranger, il renferme tous les éléments nécessaires à son développement. Il se suffit à lui-même et possède la faculté de cré-er des mots, avec la plus étonnante facilité, au moyen de ses propres radicaux et grâce au procédé de la composition ou amalgame.
iS'os langues latines, dérivées, sont obligées, pour la création de mots nouveaux, d'avoir recours aux idiomes
(12) C'est tellement vrai, que nulle part comme en Allemagne la musique, ce langage mystérieux de l'âme, qui, avec son sens vague, parle à tous les cœurs, n'est arrivée à un aussi haut degré de perfection, comprise et aimée d'un aussi grand nombre. Dans les pays oii l'influence civilisatrice des Latins s'est fait sentir, les arts qui demandent une étude raisonnée, un esprit de conception plus précis, tels que la peinture, la sculpture, ont atteint un degré élevé et font loi dans les autres contrées. Les Germains tra^ duisent la nature, les Latins l'emploient.
dont elles proviennent, ou de faire des emprunts à des vocabulaires étrangers (13).
Kous ne passerons pas plus longtemps en revue lea événements qui ont présidé à la formation de la langue allemande et laisserons au point où il en est le côté historique de la question, pour aborder de front, quelque peu documenté cette fois, la grammaire, avec l'espoir de réaliser des progrès en toute connaissance de cause (14).
(13) Le français, formé du latin, du celte et de l'ancien allemand (francique), ne peut guère former de mots nouveaux et a constamment recours à d'autres langues, au latin principalement.
(14) Voir, pour la filiation des langues de la famille germanique, la carte 15.