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à l'université, qui promettait beaucoup. Je le trouvai dans un état de grande dépression religieuse, déçu complètement de la religion que nous lui donnions. Au bout de quelque temps, je me mis à lui parler du déracinement du moi par le moyen de la mort et de la résurrection mystique. A mesure que je parlais, son apathie se changeait en vif intérêt et il me dit avec stupéfaction : « C'est là précisément ce que j'entendais jadis et que jamais plus je n'entends maintenant ». Puis, il se tut quelque temps. Quand il reprit la parole, il me dit, pensif : « Savezvous que les étudiants du collège (officiel) disent que vous êtes le seul parmi les missionnaires qui compreniez le christianisme ? » Quand l'un de leurs grands maîtres religieux vint de Calcutta, je fus le seul avec qui ils désirèrent qu'il discutât; et même, ils m'envoyèrent exprès une voiture.
Second fait. Avec plusieurs de mes confrères anglicans, j'avais donné des conférences religieuses, dans l'église protestante du lieu, pour les Hindous cultivés. L'intérêt soulevé par elles fut assez mince; cependant, pour nous faire plaisir, plusieurs des principaux d'entre les Hindous étaient venus de temps en temps. Je me plaignis à l'un d'eux de cette indifférence et lui en demandai la raison. Il dit que le choix de nos sujets ne pouvait les intéresser. Je lui répondis : « Eh bien, donnez-moi un sujet, je tâ-
cherai de le traiter.» Il me proposa le «salut». Mon tour venu, je donnai la conférence. L'intérêt fut sans précédent. Avant ma sortie de l'église, plusieurs m'entourèrent, me dirent leur contentement, et m'invitèrent à aller entendre ce qu'ils avaient à dire sur le même sujet. En conséquence, le lendemain matin même, je fus prié d'assister à une conférence organisée par eux en réponse à la mienne, sous le titre : « Le salut selon l'idéal hindou ». J'y allai, j'assistai à la conférence, qui n'avait rien de remarquable car l'orateur n'était qu'un conférencier de fortune de l'endroit même. x\près, quelques uns de ces messieurs vinrent à moi et me supplièrent de ne pas croire que c'était tout ce qu'ils avaient à dire en faveur de leur thèse et me promirent qu'ils allaient faire venir de Calcutta, exprès pour traiter convenablement la matière, un docteur (pandit). Cette fois, il y eut très nombreuse assistance et, d'abord, le discours fut suivi avec la plus grande attention. Mais, au bout de quelque temps, le grand homme se mit à injurier les Anglais. Là-dessus, un des principaux avocats de la ville se leva et déclara qu'ils n'étaient point venus pour entendre insulter la religion de personne, mais bien ce qu'était le salut selon l'idéal hindou. Cela déchaîna une ardente dispute, un groupe de partisans s'étant formé pour chacun des deux orateurs en présence. Fi-
nalement, quelques messieurs hindous vinrent nous trouver et nous prièrent de nous retirer pour cette fois, promettant qu'ils organiseraient une troisième conférence, avec cartes d'entrée sur invitation, pour répondre à la mienne. Cela eut lieu, en effet; mais l'affaire avait alors traîné tout un mois, et l'intérêt fléchissait. La conférence fut honorable, mais passablement terne, et après cela, on laissa tomber l'affaire. Un an plus tard, comme je faisais allusion au peu d'empressement des Hindous pour nos conférences, un brahmane me répondit brièvement : « Quoi qu'il en soit des autres, vous auriez tort, vous, de vous plaindre; oubliez-vous quelle émotion provoqua votre conférence ? »
En réalité, j'avais tiré parti du savoir que j'avais recueilli, pour poser la question du christianisme en des termes intelligibles à leur pensée ; aussi découvraient -ils, en lui, plus que bon nombre d'entre eux n'y avaient vu jusqu'alors. Mais cette mort et cette résurrection à quoi je faisais appel n'étaient point, quoique je ne m'en rendisse point compte alors, conciliables avec le principe de jugement propre, et ma conférence me rendit aussi suspect aux yeux de mes auditeurs protestants que respecté des Hindous.
Et maintenant, je me mis à appliquer mon idée à la solution des problèmes si longtemps mystérieux
pour moi; et, de jour en jour, je m'aperçus que ce qui m'était apparu plein d'ombre recevait un sens lumineux. Je n'étais plus le paysan contemplant ahuri le métier à tisser; j'étais le mécanicien qui comprend, et s'émerveille à l'ingéniosité du constructeur. Grâce à mon fil conducteur, je pus m'engager dans l'épais fourré de l'idolâtrie panthéiste des Hindous. Je saisis la signification de ce culte des créatures, dans le civaïsme, faisant appel au regard, pour obtenir la concentration, par le moyen des pierres barbouillées de vermillon ou rayées, des salagramans, de la forme spéciale des idoles, du symbolisme des peintures et du reste. Je compris le culte vichnouique, faisant appel à l'oreille dans les « mantras », les répétitions du nom, dans la musique sacrée et les danses, dans les circonstances qui entourent la « fête d'amour », calculées toutes pour exciter l'amour, et son perpétuel recours à l'ouie pour provoquer l'extase. Je saisis le sens du « samadhi », ou mort mystique du fidèle en Dieu, du « mahabhava » ou amour extatique du fidèle de Vichnou, du « kaivalya », ou union en un du yogui, du « moukti » ou libération du védiste, et du « nirvana » du bouddhiste. En même temps, je perçus la raison des trois grands Sentiers hindous de Jnana, de Bhakti et de Karma ( Connaissance , Amour , Œuvre) et d'où ils provenaient. Je discernai le but et
la signification des six grands écoles de philosophie, leur force et leur faiblesse, leur caractère de suppléance et les raisons de leurs divergences, quand il s'agit d'expliquer la relation qui existe entre le Suprême et la personne individuelle dans la Vision Béatifique. Je compris comment le panthéisme était entré dans la pertsée hindoue, et combien ce panthéisme différait de ce que nous nommions du même nom. Je vis aussi comment l'idée d'incarnation avait éclos et comment avait pris naissance le système des transmigrations, ou, du moins, comment l'une et l'autre étaient demeurés.
Mais surtout, je me rendis compte de la possibilité de faire remonter toutes choses, dans la vie morale et spirituelle des Hindous, finalement à une ou deux sources : l'espoir d'atteindre l'état décrit, ou, au contraire, le désespoir d'y aboutir. C'était l'espoir qui avait mené à la contemplation et à la vie ascétique, qui était même à la racine de la « dévotion » et de « l'action sans désir », par le renoncement au monde pour toujours et à tout fruit de l'action, soit ici-bas, soit dans n'importe quel monde après cette vie. C'est le désespoir d'atteindre cet état qui était au fond de l'idolâtrie, en quête de profit ou de succès d'avancement dans le monde. Etant donnée l'humaine nature telle qu'elle est, l'enseignement du Nirvana était trop haut pour les masses, le désespoir
était inévitable; les hommes devaient se dire : « Les hauteurs du ciel ! Que pouvons-nous faire ? Plus bas que l'enfer! Que pouvons-nous savoir? » Et c'était bien ce qui était arrivé. Ce qui avait donné l'espoir à quelques-uns entraînait le désespoir pour le grand nombre. Ce désespoir, en s'étendant, devait conduire à quelque système du genre de celui des transmigrations pour jouir du monde, puisque celui qui sauvait du monde était trop dur pour la majorité des hommes. Le culte de la créature, aux yeux de ces derniers, était requis pour fournir — dans la mesure exacte du bien opéré — le temps de s'élever par autant d'étapes de bien que peut en couvrir la créature au cours d'une existence, (i)
Je compris que la religion éternelle, dans le cœur
(i) On trouvera probablement que cette dernière phrase manque de clarté. Nous en convenons; mais nous avons voulu rendre littéralement le texte de l'auteur, par scrupule de traducteur. L'idée, au reste, paraît aussi claire que l'expression en est obscure : la béatitude narvinienne exige un si parfait détachement du monde que seuls les "saints" peuvent espérer la conquérir. Le commun des fidèles en désespèrent et se désespèrent. De ce desespoir naît tout naturellement la croyance à la métempsycose, qui permettra par des transmigrations successives, de réaliser, au cours de plusieurs existences, la perfection que l'on désespère d'atteindre dans la limite de l'existence actuelle. Dès lors, l'espoir revient aux faibles cœurs qui, moyennant un simple ajournement de la béatitude, peuvent ne pas renoncer complètement et d'emblée, aux douceurs de la vie et aux joies du monde. L'épreuve n'est pas close à la mort et le bien qu'ils ont accompli au cours de leur vie figure en report en tête de leur prochaine existence. La série de ces épreuves succès-
des Hindous, implorait l'aide divine du christianisme, contre le désespoir qui était en train de l'y étouffer. Et nous offrions le christianisme comme destructeur et ennemi! Le christianisme, nous le rendions inaccessible à l'esprit et odieux au cœur des Hindous, en l'opposant à ce qu'ils appelaient le « Sanatana Dharma », c'est à dire, l'éternelle Religion de Sacrifice du monde aux pieds du Suprême, tout comme s'y oppose l'idolâtrie, née du désespoir de cette religion éternelle enseignée par tous leurs sages. Aussi, toutes les âmes réfléchies et spirituelles de leur race s'écartaient de nous, tandis que nous attirions les gens frivoles et sans valeur, par l'attrait mielleux des avantages terrestres que nous leur offrions. La plupart de nos chrétiens indigènes n'auraient jamais dû venir à nous.
Lentement, très lentement, les brumes se dissipèrent et la vérité se dressa dans son dessin net et hardi. L'hindouisme, dans le sens où nous l'en-
sives sera terminée le jour, où le total des reports atteindra le chiffre parfait, prix de la beatitude.
L'idée est on ne peut plus claire, mais, nous le répétons. nou> no parvenons pas à la faire tenir dans l'expression littérale du texteoriginal. Le voici du reste pour ceux que la chose pourrait intéresser :
" The creature-worship was required to provide the time to
ascend by such steps as the creature could take in a life-time for " good works, in the exact proportion in which they were done ".
\ ite du traducteur.
tendions, d'une religion particulière da la race hindoue, l'hindouisme n'existe pas. Leur langue, à eux, ne possède pas même ce mot. Ce qui existe, c'est, d'abord, le Sanatana Dharma, c'est à dire, l'éternelle Religion de Sacrifice pour s'attacher au Suprême seulement et que tous les sages de l'Inde ont proposée; ensuite, c'est le monde qui l'étouffé dans le cœur de l'Inde. Dans le cœur de l'Inde, l'espoir et le désespoir d'atteindre le Suprême étaient en lutte ; le désespoir prenait l'allure d'une jouissance du monde et d'un oubli de Dieu : mêlés ensemble sous les yeux de l'étranger, ils étaient regardés par lui comme une seule et même chose, pour laquelle il avait inventé le mot « d'hindouisme ».
Voyant nettement qu'il y avait parmi les Hindous une vraie religion, je ne voyais pas moins clairement combien grand et douloureux était le besoin qu'ils avaient de Jésus, Fils de Dieu, et quelle tristesse leur laissait, privée de Lui, leur religion. Ne voir le salut qae comme Balaam voyait l'étoile de Jacob: « Je vois, mais non de près. J'aperçois, mais de loin», c'était presque plus triste que de ne pas le voir du tout. Il n'y avait que les âmes les plus élevées en spiritualité qui fussent à même de jeter un regard vers le sentier que leur indiquaient leurs sages hindous, et même celles-là n'entrevoyaient d'espoir qu'après de « nombreuses naissances ». Le reste ne
trouvait là qu'une raison de désespérer du salut et de se tourner vers le monde, pour y chercher le plaisir qu'il peut promettre. Et l'avancement, si tristement et péniblement obtenu dans un monde, pouvait se perdre dans un autre, et cette série de morts et de vies dans le tourbillon universel pouvait durer toute l'éternité. « Mais, s'il en est ainsi, disais-je à un vieux brahmane qui causait avec moi, c'est bien triste! » Il me répondit tranquillement : « La vérité aussi est bien triste ».
Telle était le véritable point faible de l'hindouisme. Il proposait la fin, mais n'offrait pas le moyen, du moins un moyen tel que tout homme de bonne volonté pût s'en servir. Il offrait bien un moyen, en effet, mais, de leur propre exposé, il apparaissait si long et si difficile à employer, si peu adapté aux forces moyennes de l'homme, tellement incertain, que, pratiquement, l'immense majorité des humains ne pouvait songer à s'y arrêter. Il ne pouvait mener les foules qu'au désespoir, quel que fût son pouvoir d'exciter à un effort surhumain quelques âmes de choix. Aussi, grande était la porte et large la route que prenaient ceux qui désespéraient du Suprême, tandis que petite était la porte et étroite la route que prenaient ceux qui espéraient le Suprême et renonçaient à tout pour l'atteindre; et il y en avait peu qui passaient là. A moins de quelque
aide divine, le désespoir était inévitable pour les multitudes de l'Inde. La nature humaine est trop faible pour que chacun, laissé à soi-même, s'ouvre la voie de sa mort et de sa résurrection.
Or, cette aide d'En-Haut, les sages de l'Inde, ne la possédant point, ne la pouvaient offrir. Tout ce qu'ils pouvaient, c'était de signaler l'immense tristesse d'un monde sans fin, qui met son ardente flamme dans le cœur, la joie éternelle de lui échapper pour jamais, et, ayant fait cela, de laisser chacun pour soi tracer son chemin indépendant de mort et de résurrection, pour accomplir sa libération personnelle. Jamais aucun des sages de l'Inde ne découvrit ni, à plus forte raison, n'ouvrit un chemin public, par où, — comme dans le christianisme, en union avec Notre-Seigneur qui, le premier, fut enseveli ressuscita, monta au ciel, s'assit à la droite du Père, — tous, du moindre au plus grand, pussent facilement, sûrement, infailliblement, accomplir leur propre sépulture et résurrection. Tout ce qu'ils promettaient à ceux qui, intrépidement, constamment, suivraient le sentier, sans dévier jamais, c'était, que, pas à pas, de naissance en naissance, le voile nuageux qui couvrait leur nature s'épurerait, s'éclaircirait peu à peu et que l'esprit immortel brillerait au travers; ou bien que l'écran, formé par ce voile du monde, se séparerait en deux et qu'ils ne feraient
qu'un avec l'éternel, ou seraient en présence de l'éternel, délivrés à jamais. Mais longue et terrible était la mortification, exemplaire l'indifférence qu'il fallait atteindre à l'égard de toute chose, soit connue sur terre, soit contée du paradis; difficiles au delà de toute mesure, la formation de la volonté, le recueillement d'esprit et l'apaisement qui devaient être réalisés avant que l'on touchât au but; et il n'était personne vers qui il leur fût donné de regarder, en qui pût leur être donnée la force d'accomplir l'effort. Ce n'étaient pas des années, mais des vies, qui tenaient lieu de bornes milliaires sur cette affreuse route de la délivrance, «dont les étapes interminablement allongées semblaient s'étendre à mesure qu'on avançait ». Est-il étonnant que l'esprit s'affolât de la perspective, que bien peu eussent la hardiesse de s'engager sur la route ? La merveille était qu'il y en eût, et cependant, l'Inde en avait produit beaucoup. Que dis-je ? C'est l'Inde qui avait inventé ce voyage. Sous l'impression de cette idée, j'écrivais à cette époque :
« Lorsque nous considérons l'ardu sentier du « yogui et nous rendons, même imparfaitement, « compte de l'abnégation qu'il exige, qui d'entre « nous peut se défendre d'un respect profond pour « ce peuple hindou ? S'il en est un, qu'il réfléchisse « encore au long combat d'une race tombée pour
connaître Dieu, combat prolongé sans trêve d âge en âge, malgré des mécomptes sans fin et d'incessantes défaites. Qu'il songe à la patience infatigable, à l'indomptable constance, à l'entier sacrifice de soi, nécessaires pour suivre le sentier de Yoga, avec le seul espoir de se trouver, après maintes «naissances», face à face avec Dieu et de perdre son moi en Lui. Si nous étions capables de comprendre, notre sympathie ne manquerait point. Mais qui comprend ? Si l'on se contente d'une vue superficielle sur l'Inde, on n'aperçoit que des prosternements devant le bois et la pierre : « l'homme seul apparaît vil »; mais que l'on pénètre un peu : on distingue, parmi tout ce gaspillage, une chose — incomprise, parfois, et déformée — si noble, pourtant, en soi, si droite, si fidèle, si pure, que les yeux qui regardent s'inondent de pleurs. Qu'est-ce donc qui, à travers les âges, n'a cessé de pousser son effort alors que l'expérience, sans cesse, prouvait la vanité de tout effort ? Qu'est-ce donc qui, malgré l'échec de chaque effort, n'a jamais renoncé à la lutte ; après la déception de toute confiance, n'a jamais perdu la foi; dans le dessèchement de tout espoir, n'a jamais désespéré; en dépit du transissement de toute aspiration, jamais ne s'est laissé envahir par le froid ? Combien courte est la vue qui ne recon-
« naît le Verbe que lorsqu'il est incarné en Jésus et « reste incapable de le voir lorsqu'il est dans le cœur « de l'homme! Quelle étroite vision que celle qui « voit la lumière luire dans les ténèbres et les ténè- « bres ne la point comprendre, dans le seul cas du « rejet de Jésus par les Juifs, et ne reconnaît pas la « même aventure depuis l'origine de l'espèce hu- « maine! Qu'est-ce donc qui, dans l'Inde, fit appel « à l'élément spirituel de l'homme, et qu'est-ce qui, « dans l'homme, répondit à cet appel; qu'est-ce que « ce « sentier de Yoga » qui s'ouvrit alors par ce « précepte initial : « Cesse de faire le mal, apprends « à faire le bien », qui continua par le recueillement « et la prière mentale, s'acheva dans l'anéantisse- « ment du moi-centre-du-monde et l'union avec le « Suprême dans l'amour, l'union de la Solitude- « avec-Dieu; qu'est-ce là, sinon une image du mys- « tère du Christ : le sentier du salut tracé dans son « corps, par l'Incarnation, sa vie sans péché, son « ensevelissement, sa résurrection, son ascension, « son établissement à la droite du Père pour jamais ; « qu'est-ce, sinon l'effort pour réaliser, chacun, per- « sonnellement, ce que Jésus-Christ, une fois pour « toutes, réalisa : mort à soi et résurrection en Dieu, « car : « Celui qui trouve sa vie la perd, et celui qui « la perd en vue de moi et de l'Évangile hâtera son « entrée dans la vie éternelle » ?
Ainsi donc, après bien des années, je constatais l'ardent besoin de l'Inde et notre fatale erreur à son sujet. Ce qu'elle demandait, c'était un amour pour accomplir, non une hostilité pour détruire; le Christ Consommateur, non l'Anglican Destructeur; l'Aide divine, contre le désespoir spirituel et en faveur de l'éternelle religion, qui sacrifie toute chose pour atteindre à Dieu. Quel bon combat elle avait livré, l'Inde, avec les armes qu'elle avait à la main, pour la Connaissance ! Mais ces armes ne pouvaient suffire. Et, comme je considérais ces choses, un grand amour et un grand respect emplirent mon cœur, m'attirant toujours plus près de ce peuple si noble et si malheureux. Et un désir croissait en moi de mettre pratiquement à sa portée les moyens que le Père lui-même avait fournis, de sorte que tous, du plus petit au plus grand, pussent atteindre le but que leurs sages unanimement leur avaient montré. « Ils n'ont, pensais-je, que l'ensevelissement et la résurrection chacun pour soi, indépendamment les uns des autres; que serait-ce s'ils pouvaient entrer dans la voie chrétienne de l'ensevelissement et de la résurrection en commun ? Leur voie est ardue, longue et incertaine; ils ne sont jamais sûrs d'arriver; seules les âmes les plus parfaites peuvent s'y engager; notre voie, que trace, le premier, Dieu dans la chair, mourant et ressuscitant dans la chair, et
que nous, après Lui, par la foi et regardant vers Lui, nous traçons, à notre tour, en commun, par la mort et la résurrection en Lui, principe de tout, — notre voie est facile, assurée, infaillible, pour tous, en cette vie, sans que nous ayons besoin de recourir à une interminable série d'autres existences, pour la parcourir étape par étape, avec le risque de perdre le gain acquis, au lieu de l'accroître par un gain nouveau. Ah! si j'étais capable, seulement, de la leur proposer, de manière à la leur faire comprendre et à la leur faire suivre! »
Je voyais bien, en effet, dès lors, que cette aide divine que n'avaient et ne pouvaient donner les Hindous, je l'avais, moi, entre les mains, dans l'incarnation et l'humanité sacrée de Notre-Seigneur.
Mais, à côté de cette connaissance, j'en trouvais en moi une autre, qui se développait en moi : le protestantisme manquait de certains caractères et de certaines données, indispensables pour triompher de l'hindouisme en l'achevant, car, comme les Hindous eux-mêmes le disaient : « L'hindouisme est un arbre qui ne tombera jamais, tant que le manche de la hache qui l'attaque n'aura pas été tiré de son bois ».A mesure que mes yeux s'ouvraient sur la réalité du cas, je me rendais compte que jamais le christianisme, tel que nous l'entendions et le proposions, ne donnerait l'achèvement au Sanatana
Dharma (religion éternelle) des Hindous, et même n'arriverait pas à lui tenir tête. Aussi, dans les dernières années, j'avais presque abandonné la prédication pour l'étude de la pensée et de la spiritualité des Hindous, et ce, non seulement parce que cela m'intéressait, mais aussi parce que j'avais en vue un dessein bien défini — et ce n'était rien de moins qu'une réorganisation de toute l'œuvre de la mission aux Indes.
Plus j'étudiais, dans ses livres sacrés, la pensée et la spiritualité de l'Inde, plus je me persuadais qu'il y avait, dans l'idéal religieux et dans la philosophie des Hindous, quelque chose que le protestantisme était incapable d'affronter; en d'autres termes, par certains défauts qui se trouvent en lui, le protestantisme est empêché de jamais vaincre, en l'achevant, la religion hindoue. Je vais indiquer ces défauts; ajoutés aux causes de l'insuccès anglican que j'ai signalé plus haut, ils étaient suffisants à mes yeux pour condamner l'anglicanisme en tant que religion universelle et religion du Christ.