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auraient disparu en grande partie de ce pays, appauvrissant les Indes. Mais jamais nous n'y arriverions.
Plus clairement que jamais je voyais qu'il était inutile de continuer dans la même voie. Partout montait la même plainte : « Votre œuvre de mission ne fait pas de bien à ce pays, et elle lui fait du mal ». Les civils européens n'aimaient point avoir affaire aux chrétiens indigènes .et la plupart n'en voulaient point comme domestiques. Le nom de chrétien indigène avait une signification proverbiale dans tout le pays. Notre œuvre était un échec. Ce n'était pas un parti pris envieux qui la jugeait de la sorte : il devait en être ainsi. Nous pouvions continuer aussi longtemps qu'il nous plairait : plus nous irions, plus éclatant serait l'échec. Dès maintenant, la prédication dans les rues ne rencontrait aucune faveur, la distribution de Bibles et de brochures ne provoquait que le dégoût, les tournées de mission, sauf comme parties de campagne, étaient du temps perdu. Tout se résumait en mots, en mots, en mots, et les mots ne faisaient guère que détruire, condamnant ceci, protestant contre cela, proscrivant autre chose, si bien qu'il restait, en tout et pour tout, la lecture de la Bible, la prière, soit à l'office, soit hors de l'office du dimanche; et quant à celui-ci, comme les natifs étaient sans lettres, ne sachant comment
lire ou prier, ils s'en dispensaient largement et ne priaient point chez eux.
Partout où nous obtenions audience et faisions entrer notre protestantisme, je m'apercevais que la foi simple, l'obéissance religieuse et le respect, la déférence à l'autorité et l'humble piété tendaient à décroître; l'indifférence religieuse, l'égoïsme, le matérialisme pratique, l'indépendance absolue — particulièrement à l'égard de Dieu — même l'irréligion franche s'établissaient. Les indigènes euxmêmes nommaient le christianisme la religion du « fais à ta guise ». Pour convaincre l'esprit et gagner le cœur du peuple hindou, nous avions à prêcher le christianisme tout autrement.
Ainsi donc, au moment de quitter l'înde, après sept ans de mission, je me trouvais dans une disposition bien différente de celle où j'avais entrepris mon œuvre.
Depuis plus de sept ans, deux courants de direction opposée n'avaient cessé d'agir sur moi. Tout ce que j'avais entendu, constaté, éprouvé avait fait décroître en moi mon respect pour le protestantisme, tandis que croissait à mesure mon respect pour la pensée et la spiritualité hindoues. Ces deux courants, lents et faibles au début, avaient gagné, avec le temps, de l'ampleur et de la force, si bien que, finalement, ma confiance dans le protestantisme était
entièrement perdue et que je trouvais, à sa place, une sorte d'horreur, causée par ses effets paralysants sur tous ceux qui avaient, pour lui, quitté d'autres religions. En revanche, ma foi au Fils de Dieu demeurait intacte et très grand était mon respect pour l'Inde et sa spiritualité.
Au moment de partir, après sept ans, je me trouvais dans le cas d'un homme qui aurait pris un chemin, d'abord assez bon, puis boueux, d'une fange qui monte à la cheville, au genou, aux reins, et qui, regardant devant lui à travers la brume, le verrait se perdre dans un marécage. J'étais au bout* du chemin; une période de ma vie était close; je ne pourrais jamais plus recommencer; l'échec était trop complet. Je le sentais par une sorte d'instinct. S'il n'existait pas autre chose, la cause chrétienne était perdue aux Indes; perdue là, elle l'était partout, car, ou bien le christianisme était une religion universelle, ou bien il n'était pas une religion du tout.
Or, il y avait autre chose; et je le savais. Le protestantisme échouait lamentablement; mais le catholicisme restait. Au cours des six derniers mois, presque inconsciemment, je l'avais gardé présent à l'esprit, comme la réserve suprême, où me rabattre dans le cas où le combat pour le Christ et la -foi ne pourrait être maintenu autrement. Ce moment, je le sentais, était arrivé. C'était la seule voie ouverte.
Au moment de quitter les côtes de l'Inde, j'étais décidé, durant mon congé de dix-huit mois au pays, à étudier à fond le catholicisme romain, à reconnaître s'il peut être reçu par un homme qui croit vraiment au Christ. De lui, je ne savais à peu près rien, sinon qu'il semblait posséder les éléments, nécessaires pour tenir tête à l'hindouisme et gagner au Christ la race hindoue. Pour un tel gain, j'étais prêt à payer n'importe quel prix.
Cependant, jusqu'alors, je savais peu de chose sur la nature de la lutte et l'étendue de l'humaine faiblesse. Quoique, au plus profond de moi-même, brillât l'étincelle de la foi et de l'amour, en toute chose j'étais un protestant, aussi fort que n'importe quel Évangéliste, ou Ritualiste, aussi fort que n'importe lequel de mes frères de l'Église Anglicane établie par Acte du Parlement.