IG ]M'R0DICT
luenl des os. Dans six mémoires présentés à l'Académie des sciences {Mm. de l'Acad. des sciences, 1739 à il ko), ccl habile expérimentateur fit voir le parti que l'on pouvait tirer de la coloration du tissu osseux par la garance donnée en nourriture aux animaux , et formula sa célèbre doc- ■ trinc : Le périoste fait les os^. Haller'^ l)ethlecr-\ .1. lluntcr^ Bordenave^ Hérissant répétèrent, pour en confirmer ou en combattre les conclusions , (|uelqiios-unes de ses expériences , et notre célèbi'e secrétaire de l'Académie des sciences, iM. Flourens, les a reprises et variées en les complétant.
L'étude de la régénération des os, dans les cas de fracture et de nécrose , était- trop intimement liée à celle de leur développement pour ne pas profiter de ces travaux , dont plusieurs avaient eu pour sujet direct la formation du cal. Aussi vit-on publier les expériences de Troja' Sur la regénération des os; celles d'Alexandre Mac-Donald», sur le même sujet ; les mémoires de Fougei'oux-', J)e la formalion iles os; de Weidiuann i". de David deTenoni2, Sur
> Mizautl, .nédcciii de Paris, avait déjà signalé au seizième siècle celle curieuse ,,ronriélé delà garance {Enilhrodanum , vuhjo rubia li„clomm dwtum ossn iJudum rubeuli et sam///<w«o colore hnbuit. Anlonii MM , memorah,lm>n . sice arcanorum omnis .jenem coluriœ, p. 161, an. 157i), el Be Iciner, chirurgien anglais, l'avail également reman,uée et en avait lait le sujet d une cxpcr.cnce sur un con , dont les os étaient devenus complètement rouges dès le seiz.euie jour, taudis que tous les autres tissus avaient conservé leur coloral.on normale tPhilosoph. lralls.,\^.9^,^\^.llS6).
Haller, Mémoire sur la for?nalion des os , m-S». Lausanne 17oS.
= Dethleef, Diss. e.vliibens ossium calli qeueralionem el naluram m mimaUhus nibiœ radiée pastis ossa demonsiralam , in-4". Gœtlingcn 175d. ■
"rntér (W.), Opinions respecling ossification (Med. and phûos. comm. of
^'^'tol-LmX, \ly.'\e Mémoire sur les os, de Fougeroux. Paris 1760.
« Hérissant (L. A P.), Ergo a substanliœ ierreœ inter poros carUlagrnnm apuisn. <icvii/m ditrilies? Thèse. Paris 1768.
'ne mvorum ossium, in integris aut maximis, ob morbo, deperdrlton^bus ,
fdieneraiione eocperimenta, i.Ti^. .
" Mac-Donald, Diss. de necrosi et ossium callo. Édinbourg 1799.
" Fougeroux, loc. cil.
'MVeidmanii, i'c Ji«'ros» ossiMW. rranclort 1793. ''^^Z,Observationssurunemak^^^^^^^^ Tenon , Mém. sur l'ea'fol. des os. Mém. de fAcad. des scences. Pans 17o8.
JJNTIIODLGTION. • il
la nécrose, les plaies et les exfoliaLions du tissu osseux , et les plus remarquables discussions s'engagèrent sur ces "rancles théories de la structure , du développement et de la reproduction d'un des principaux systèmes de l'économie.
Les mêmes questions ont continué de notre temps à occuper les physiologistes et les chirurgiens, parmi lesquels il convient de nommer Bichat^, Breschet^, MM. Serres ^ Gruveilhier Velpeau ^ J. Cloquet , Jobert (de Lamballe)^ Nélaton^, sans compter beaucoup d'autres savants nationaux ou étrangers. .
Une troisième période de progrès se rattache aux expériences du professeur Heine (de Wûrzbourg)^ (1830-1834), a celles encore de M. Flourens^- et aux recherches actuelles.
On avait jusqu'alors poursuivi l'étude de la physiologie et de la pathologie expérimentales du système osseux , sans en tirer d'importantes déductions cliniques. Le moment semblait arrivé de faire profiter la chirurgie de la doctrine de Duhamel. Si le périoste fait les os, pourquoi né pas en produire de nouveaux à la place de ceux dont un traumatisme ou une affection chronique exigeraient le sacrifice? La conséquence était logique, et l'on arrivait à dire avec M. Flourens : Enlevez les os en conservant le périoste, et le périoste les reproduira.
Si l'on ne savait pas que les idées les plus simples sont les plus lentes à se développer, on pourrait s'étonner qu'il ait fallu près de cent ans pour formuler cette proposition ; mais
' Bichat, Anal, générale. Paris 1812.
* Breschet, Recherches hist. et expl. sur la formation du cal. Paris 1819.
' Serres, Rapport de G. Cuvier sur un rtiém. de M. le docteur Serres, intitulé : Des lois de l'ostéogénie, dans l'Analyse des travaux de l'Acad. royale des sciences. Année 1819.
* Gruveilhier, Anat. palh., t. II. Paris 1816. ° Velpeau, Anat. chirurg. Paris 1825.
" Jobert (de Lamballe), Recherches sur la nécrose et la trépanation des os. Journ. hebd. des se. méd. Paris 1836.
' Nélaton, Pathologie chir. Paris 184.4. — Essai sur la tubereulisalion des os.
* Heine, Journal de Grœfe et Wallher, t. IV, liv. IV. 1836.
» Flourens, Mém. de l'Acad. des sciences. Théorie expérimentale de la formalion des os. Paris 1847. De la vie et de l'intelligence. Paris 1857.
liM'nODLCTlON.
en considérant les obstacles qu'il fallait surmonter pour oser la traduire en termes aussi absolus, on sera peut-être moins surpris.
Conserver le périoste et enlever les os subjacents était une entreprise inabordable au siècle dernier.
La clinique n'offrait rien de comparable, et aucune expérience sur les animaux ne permettait d'entrevoir de chance de succès. Les nécroses, déterminées sur des pigeons, des lapins ou des chiens par l'introduction dans l'intérieur d'un os d'un stylet rougi au. feu, d'une tige de bois ou de tout autre corps étranger, se manifestaient avec une certaine lenteur, et le séquestre , soutenant de toutes parts le périoste , en maintenait la forme pendant la production des nouvelles couches osseuses, destinées à entourer l'os frappé de mort et à le remplacer plus lard. On n'avait pas été plus loin . et il fallut les expériences sur les animaux, du professeur Heine (de Wiirzbourg) pour démontrer qu'un os complètement enlevé dans une plus ou moins grande étendue de sa longueur, avec la précaution de. ménager le périoste, se reproduisait. Ces expériences, quels (ju'en fussent les antécédents, ont été réellement le point de départ d'idées tout à fait nouvellés pour le plus grand nombre des hommes de l'art. Heine avait reconnu (jue k régénération des os s'eiïectuait chez les jeunes animaux lors même que le périoste avait été détruit, mais dans ce cas l'ossilication ét£^it moins régulière et moins complète, et l'avantage de conserver cette membrane était évident. MM. Text.orS Malgaigne^, Lisfranc^ Blandin^ Baudens^, Larghi (de Verceil)^ Borelli^ conformèrent leur pratique à ces im-
' Texlor, Uebei- die Wiedereneuguny der Knochen nach Resectionen beim Memchen. Wurzburg 1842.
* Malgaigne, Manuel de méd. opérai., \>. 230. Paris 183i. ' Lisfranc, Mcdec. opérai. Paris.
* Blandiu, Gai. des hop., 30 mars 18A7.
•• Baudens, Cas. méd. de /'ans, ii"» 1 1 et 1b , 1855.
' Larghi {da\'cixcU),Operazioni lioltu Perioslée e sollo cupsuluri. Tormu 185o. ' Borelli, Ilese^ioni solto periostee. Torino'1858.
INTIIODLCTION. ' •'
porlanlos notions, ([uc nous avions aussi si.^nalëcsi, cl M. Flourcns annonça qu'une nouvelle cliirurgie était née, et que beaucoup d'amputations et de mutilations seraient désormais prévenues.
Une pareille déclaration, venue de si haut, eut un immense retentissement, et de tous côtés les observations de résections sous-périostées se multiplièrent. M. Larghi (de Verceil) en étendit les applications, décrivit divers procédés opératoires, admit des résections sous-périostées articulaires, et M. Borelli (de Turin) réclama pour son compatriote la gloire d'avoir été le créateur de cette méthode. N'était-il pas à craindre cependant de voir compromettre des idées justes par des exagérations irréfléchies , écueil habituel de nos progrès? Tel qui a signalé une opération utile dans un certain nombre de cas, est dépassé par un aventureux confrère, qui en généralise l'emploi sans se préoccuper de la justesse des indications, et retarde ainsi , pour un temps souvent fort long, l'adoption de moyens excellents dans la sphère limitée de leur véritable efficacité. Nous sommes de ceux qui ont réclamé des faits et des preuves avant qu'on tente sur l'homme la résection souspériostéedes diaphyses osseuses et des articulations, et nous avons cru obtenir de meilleurs résultats de l'évidement des os , dont nous conservions les couches superficielles ou périphériques et le périoste d'enveloppe. Il ne s'agit pas seulement, en effet, de produire de l'os avec le périoste, mais de faire naître des os assez réguliers dans leur forme et assez résistants dans leur structure pour assurer les usages des membres. Nous protestions dans la première édition de cet ouvrage (Paris 1860) contre l'idée d'être compté parmi les adversaires systématiques des résections sous-périostées , dont nous reconnaissions l'originalité et l'importance théorique, sans nous en dissimuler les inconvéiîients et les dangers. Aujourd'hui nous sommes beaucoup plus aflir-
' bédillol, Mcd. opérai., t. l"-, p. 372. lie éclilioii. Taris 1839,
20 IMTIIODLCTION.
malif, et nous condamnons absolument la méthode des résections sous-périostées comme moyen de reproduction des os. Des membres raccourcis, difformes, sans force et sans mobilité, attemts de suppurations interminables , incommodes ou môme capables de compromettre la vie en sont les résultats habituels, et rexpérience la plus^aventureuse a jeté trop de jour sur cette question pour qu'on ne la juge pas aujourd'hui complètement éclairée et résolue. L'évidement sous-périosté , au contraire, déjà entrevu auK premiers temps de la chirurgie, constitue une méthode opératoire fondée sur l'observation clinique la plus positive et sur l'évolution régulière de la science, dont elle représente les progrès les plus avancés et les plus récents.
Trois grandes sources de connaissances et de certitude président aux progrès de notre art : ries expériences sur les animaux vivants; 2° les faits antérieurs dissémines dans le vaste domaine de la pathologie; 3° les observations directes, inspirées par les enseignements précédents, et con- Iirraatives des procédés et des méthodes que l'on cherche à établir et à démontrer.
Ces trois sortes de connaissances n'ont pas une égale autorité. Les expériences sur les animaux ne sauraient remplacer les démonstrations cliniques. Les animaux supportent mieux les opérations. Leur sang est plus plastique , leur vitalité plus grande ; l'inilammation suppurative est , chez eux très-rare, quelquefois même presque impossible, et la puissance de la régénération des tissus et de la cicatrisation immédiate des plaies leur assure sous tous ces rapports une supériorité très-marquée sur l'homme.
De là, cette double conséquence : A. Toute opération tentée sans succès sur les animaux est cliniquement irréahsable ; B Toute opération heureusement supportée par les animaux, peut cependant échouer lorsqu'elle est appliquée à 1 homme.
On doit donc considérer les expériences comme une étude curieuse et utile, sans cesser de les déclarer insuffi- . santés, au point de vue de la pathologie.
INTRODUCTION. 2i
Nous ne croyons pas nécessaire de justifier la nécessité, la convenance et la moralité de ces expériences. Nous l'aAonsdéjà fait (voy. Méd. opér., t. P'', p. IX et 468, 3' édit,. 1865) , et ceux qui conserveraient encore quelques doutes , devront lire les pages éloquentes et magistrales écrites par M. C. Bernard sur ce sujet.
Les 'faits incidemment répandus dans la science ont une valeur très-supérieure.
Il suffit qu'un fait ait eu lieu accidentellement pour conclure à la possibilité de le reproduire. La perte des membres par congélation, brûlure, arrachement, £ans que la vie kit compromise, a inspiré la résolution de pratiquer des amputations, et généralement le fait brut a servi d'exemple, de motif et de règle au fait appliqué.
Ce genre de preuve n'est pas absolu cependant, et prête à de justes objections. Sans aucun doute, un traumatisme accidentel pourrait être imité , mais il faudrait des conditions identiques , et on les rencontre rarement. Les altérations plus ou moins profondes, éprouvées par le malade, ont apporté dans sa situation des modifications dont il faut tenir compte , et les différences d'âge' de constitution , de vitalité et de santé peuvent changer complètement les résultats.
Le chirurgien est donc forcé do s'enquérir de la facilité et de la fréquence des phénomènes qu'il se propose de produire et d'en étudier les particularités , puisqu'en elles se trouvent les probabilités et les raisons de ses succès et de ses revers. '
^ Les jugements a priori de la légitimité et des chances d'une opération ne sont pas, on le voit, irrationnels, mais l'art en réclame la démonstration par le lait lui-même, sans lecfuel la certitude n'existe pas.
Le troisième ordre de preuves est emprunté aux faits dont on veut établir la réalité. C'est la démonstration du lait par lui-même, et il n'en est pas de meilleure. Cependant elle ne suOit pas encore pour l'adoption d'une mé-
INTRODICTTON.
nlaeoud'ua procédé opératoires. 11 faut cncoro .,uo les résultats obtenus soient supérieurs à ceuK des n,etl,odc. et
'^«rr'les moindres fautes mettent en
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cités complolpnl l'ouvrage.