‹ De l'éviscération spontanée: en dehors de la période opératoire, avec rupture ou gangrène des hernies ou des éventrations de la ligne blancheChapitre 11 sur 25 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

(Lancet, n° du 10 mai 1890, t. [., page 1008).

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Le 9 janvier 890. — À mon retour d'une longue course, je fus appelé à me rendre sans retard chez Me M. P. A tout hasard j'emportai ma trousse.

Je vis Me P. à deux heures de l'après-midi. C'était la veuve d’un fermier, âgée de 63 ans, mère de plusieurs enfants ; elle : s'était toujours bien portée et tous dans sa famille avaient atteint un grand âge. Elle se sentit tout à coup vers dix heures du matin si malade et si déprimée qu'elle dut quitter ses occupations ménagères et prendre le lit. Aussitôt après, s'étant deshabillée, elle envoya chercher sa servante pour qu'elle vit quelle pouvait être la cause de ce malaise, qu'elle ne savait à quoi attribuer. Je trouvai M®e P. couchée sur le flanc droit, extrèmement angoissée, vomissant sans cesse. Elle paraissait être dans un grand collapsus ; elle avait la peau froide, le visage abattu et anxieux, une douleur épigastrique violente, la langue hnmide et légèrement saburale. Le pouls est à 126 assez petit et régulier.

A l'examen de l'abdomen je vis une énorme tumeur ayant deux pieds et deux pouces et demi de circonférence ; c'était une hernie

ombilicale irrégulièrement bosselée, chaque bosselure étant du volume d'un œuf de poule ; la masse était sonore à la percussion et la peau autour était tout à fait tendue et extrêmement amincie. L'ombilic était dévaginé et à travers une boutonnière de la peau s'échappait une anse intestinale assez importante. Complètement distendue elle mesurait plus de huit pouces le long du bord convexe.

La boutonnière était si petite que l'intestin était tout à fait étranglé et présentait une coloration par endroit pourpre ou noire résultant de son étranglement pendant environ quatre heures. Je me rendis compte qu'il m'était impossible de faire rentrer l'anse intestinale à travers une ouverture aussi étroite et comme les syniptômes alarmants s'accentuant indiquaient que l’état de la malade réclamait une intervention urgente, quoique ne pouvant pas compter sur l'assistance d’un confrère, je me résolus à tenter de lui procurer un soulagement immédiat en élargissant l'ouverture. Je réussis à faire ainsi cesser la constriction et à réduirel’anse intestinale. La peau était si fine que je n'osai pas faire usage de la suture ordinaire à points séparés ; aussi appliqué-je la suture enchevillée. Ne pouvant me procurer des broches adéquates, je fis des supports pour la suture avec du bois de pin, chaque morceau ayant quatre pouces et demi de long, à peu près la dimension d’un crayon ordinaire. Ayant soigneusement affronté le péritoine, je plaçai les baguettes à environ un demi pouce des bords de la plaie et je la fermai par cinq points de suture. La plaie fut saupoudrée d'iodoforme et l'énorme hernie fut supportée par un coussin. J'administrai un grain d'opium et un demi-grain toutes les quatre heures. Diète lactée absolue.

Après l'intervention la malade parut grandement soulagée. Pouls 120.

Le même jour à huit heures trente du soir la malade est très soulagée ; elle n’a pas vomi. Le pouls plus fort est à 110.

Le 10 jauvier, la malade a bien dormi, elle ne ressent aucun malaise ; le pouls est à 96, régulier et plein. La langue humide avec un peu de blanc au centre, à neuf heures du soir la malade n'a plus aucune augoisse et a laissé passer des gaz.

II janvier. — La malade va bien; elle respire librement. Pouls 88, intermittent et petit. On nettoie la plaie qui est saine ; mais le tiraillement des sutures est évident.

12 janvier. — La malade a bien dormi, les urines et les gaz passent librement. La langue sèche est rouge sur la pointe et les bords, marron au centre. Peau moite. Pouls 96, plein et régulier.

13 janvier. — La malade n'a pas aussi bien dormi la nuit précédente. La langue est plus humide avec seulement un peu d'état saburral. La peau est moite et fraiche. Pouls 96, plein et régulier. A l'examen, les sutures montrent la peau irritée; la plaie est saupoudrée d'iodoforme et recouverte d'une pièce de lin maintenue avec des bandes de diachilon de deux pouces et demi de large, un demi-grain d’opium toutes les six heures.

14 janvier. — La malade allant mieux implore une diète solide. Les gaz passent en quantité. Pouls 90, régulier.

15 janvier. — La malade va toujours bien. Pouls 72, langue humide, seulement légèrement chargée. La plaie nettoyée comme précéc amment présente un tout à fait bon aspect; elle est en voie de cicatrisation. L’opium est cessé. L'intestin n’a pas fonctionné depuis le 9 janvier.

16 janvier. — La malade prend une once d'huile de castor à sept heures du matin; aucun effet. Aussi même dose est-elle administrée à deux heures de l'après-midi et l'intestin fonctionne librement à trois heures trente.

Elle a mangé du poulet, du tapioca et du fromage à la crème.

A cette dernière date, à l'exception d'une légère irritation de la peau à l'entour de l'éventration, la plaie suit une évolution normale vers la guérison.

A la date où j'écris ceci (30 janvier 1890), la maladie suit une évolution tout à fait favorable. Il y a encore seulement une ulcération qui est en voie de guérison rapide.

Circonstance tout à fait étrange, Mn° P. avait caché à tout le monde, même à sa belle-sœur, qu’elle avait une hernie d'une telle dimension. Pour justifier son silence, elle affirmait qu'elle n'en souffrait pas. Elle n’était pas informée du développement de son infirmité et ne s'était pas aperçue que la peau s’amincissail

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