‹ De l'évolution et de l'avenir des banques populairesChapitre 27 sur 36 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'évolution subie par le Crédit populaire depuis ses origines en a changé presque entièrement la physionomie.

Jusqu'en 1917, l'initiative et les fonds des particuliers présidèrent presque uniquement à la création et au fonctionnement des banques populaires. Faisant preuve d’un robuste optimisme, les dirigeants d’alors considéraient, l'intervention de l'Etat comme une entorse aux vrais principes coopératifs.

L'exemple de l’étranger et notamment de l'Allemagne, de l’Italie, de la Suisse, de la Belgique prouvait que les banques populaires pouvaient atteindre un remarquable degré de prospérité sous l’aide des Pouvoirs Publics. Dans ces pays, en effet, où la population a une tendance notoire à l’association, le Crédit populaire guidé par des chefs de valeur profita d’une ambiance économique favorable à son extension. Au contraire, en France, l’inexistence de ces conditions obligea l’Etat à s'intéresser au Crédit populaire.

Dans cette seconde période (1917-1940), l’absence de société de caution mutuelle réduisit à néant les espoirs fondés sur le développement du mutualisme, tandis que l'intervention de l’Etat altéra fortement la pureté des principes coopératifs. Néanmoins, l’influence du coopératisme se manifesta, mais pas suffisamment pour faire de la banque populaire autre chose qu’une banque ordinaire ou presque, qui recrute une large clientèle en raison de son organisation plus souple et de ses conditions moins onéreuses. Pour intéressant que soit ce résultat, il constitue seulement une première étape qui va être largement dépassée lorsque les fonctions du Crédit populaire pourront s'exercer dans le cadre d’une économie réorganisée. C'est

là qu’il pourra se consacrer utilement à l'établissement de la paix sociale et au développement de l’activité économique.

Le Crédit populaire collabore au même titre que les organismes similaires de l’agriculture, de l’artisanat et de l’hôtellerie au maintien de la paix sociale par la coopération. Nous avons étudié, chemin faisant, les applications les plus courantes des principes qu’il met en œuvre, et qui tendent tous à la suppression du profit illimité et surtout immérité ainsi que du prolétariat : si la banque populaire encourage l'initiative individuelle, elle en limite les conséquences néfastes dans l'intérêt de la communauté; elle remplace dans une proportion aussi large que possible, la valeur du capital par celle de la personne; la rémunération de ce capital est limitée ; les bénéfices sont ristournés au prorata des opérations traitées et non plus du capital investi. On conviendra que l’ensemble de ces postulats constitue une anticipation assez originale d’aspirations communautaires dans notre société capitaliste et libérale basée depuis un siècle et demi sur le respect quasi-religieux du profit pur.

Il y a mieux. Ces aspirations communautaires dont les banques populaires peuvent être considérées comme une des premières résultantes dans notre pays, vont agir avec une force accrue par la gravité des circonstances. Lorsque le législateur a créé le crédit populaire, il n’a fait qu’obéir, assez maladroitement d’ailleurs, aux besoins des classes moyennes françaises : celles-ci mises en face de l’éventualité redoutable d’être dévorées par le grand capitalisme, préférèrent dépouiller leur individualisme anarchique et s’unir étroitement en vue du bien commun et non plus du profit personnel de quelques privilégiés, sous la direction d’hommes désintéressés. Mais, actuellement, pour que cette union soit féconde, il faut la diriger, la discipliner, la sanctionner au besoin; il apparaît certain que la coopération ou union librement consentie, préconisée sur le plan professionnel par le Crédit populaire le premier, ne peut plus suffire à cette triple tâche; elle n’a fait, travail d’ailleurs fort utile, que

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