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grandes formalités. Les terres sont louées ou vendues devant témoins, en donnant le prix ou des arrhes, ou par écrit sous seing privé. Les ventes sont souvent temporaires, à réméré, l’époque du rachat non fixée étant laissée à la faculté du vendeur : la jouissance de la terre compensant les intérêts de la somme donnée, ces sortes de ventes remplacent nos emprunts hypothécaires, inconnus au Cambodge où la terre est à vil prix.
Il est encore une institution khmer qu’il conviendrait d'étudier ici, c’est l’esclavage. L’esclave cambodgien rentre en effet, du fait même de ses occupations, dans la famille de son maître. Ces esclaves qui, jadis, étaient la chose absolue du maître, ne sont plus aujourd’hui que les engagés pour dettes jouissant même de certains droits. C’est une classe de citoyens privés temporairement de leur liberté pour une cause de non solvabilité. Leur servitude arrête les intérêts de la dette, mais laisse indéfiniment intacte la somme, capital et intérêts réunis, existante au moment de l'entrée en condition. En échange de ces intérêts, de la nourriture et de l'entretien que leur doit le maître, ils sont tenus de le servir dans sa maison, de lui conserver leur temps et leur travail.
Leur situation légale est nettement établie. Au maître et à sa famille, ils doivent respect, obéissance et leur travail quotidien. Ils peuvent être corrigés à coups de verge et sont sévèrement châtiés, s’ils accusent faussement leur maître en justice. Ils sont obilgés d'obtenir son consentement pour se marier. Toute détérioration des biens du maître provenant de leur fait peut leur être imputée. La fuite aggrave leur situation, les exposant même à un accroissement de la dette, à des peines corporelles, voire à l’esclavage royal perpétuel, s’ils se cachent dans les forêts du Roi. Leurs fils sont endettés en naissant d’une certaine somme, à
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titre d’indemnité pour l'incapacité de travail de la mère et les frais de nourriture de l’enfant. De son côté, le maître doit nourriture et entretien à l’esclave qu'il ne peut employer à des travaux avilissants ou trop pénibles. Il a le droit et le devoir de le conduire en justice. Il est contraint de le libérer, s’il l’a blessé gravement, s’il lui a fait subir de mauvais traitements, non autorisés par la loi, qui le punit de mort. s’il tue son esclave. Il lui est interdit de séparer les divers membres d’une famille endettée collectivement pour une seule et même somme.
Un des traits les plus caractéristiques de cette sorte d'esclavage est que tout esclave a le droit ferme et imprescriptible de changer à son gré de maître, s’il en trouve un qui rembourse l’ancien. Il a le droit de se libérer à tout moment, moyennant paiement de la somme due; il reprend alors son engagement écrit ou le fait détruire devant le tribunal et il exige un certificat constatant l'extinction de la dette. Il arrive aussi que, par mesure d'humanité, le maître exhibe publiquement ou devant le tribunal quelques pièces de monnaie, signe d’un paiement fictif, et affranchit son esclave en déchirant l’acte d'engagement.
Ces esclaves de particuliers sont désignés, le plus souvent, sous le nom de Xhnums. À côté d’eux, les lois créent encore les « gens de travail », c’est-à-dire les esclaves royaux héréditaires ou serfs de la couronne, que l’on distingue en Pol, et en Kamloh. Ce sont les descendants des rebelles et des grands criminels dont la peine de mort fut commuée, ou dont les familles furent réduites en esclavage perpétuel. La plupart accomplissent les corvées exigées par la couronne, les travaux qui ont un caractère permanent, qui demandent souvent un apprentissage et des connaissances spéciales qui se transmettent de père en fils.
Dispensés d'impôt, groupés par villages, instrits
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sur des registres spéciaux et placés sous les ordres de chefs particuliers qu’ils choisissent souvent euxmêmes, ils ont la jouissance de nombreux biens de mainmorte, terres ou pècheries, qu’ils louent en partie aux autres Cambodgiens. Ceux-ci sont tenus de respecter leurs personnes et leurs biens, sous menace de peines sévères. Ce genre d’esclavage impose trois, quatre et même six mois de corvée annuelle faite personnellement ou par remplaçant agréé. L'Etat fournit la nourriture quotidienne : une livre de riz et une ration de sel.
En dehors de leurs corvées obligatoires, ils circulent, travaillent, cultivent à leur gré, défrichent ou acquièrent des propriétés particulières dans les mêmes conditions que les autres habitants du pays.
SECTION Il
Le Gouvernement Central et l'Administration des Provinces.
Au Cambodge, pas d’autorités intermédiaires, cantonales ou communales, comme dans l’Empire d’Annam. Le peuple a affaire directement avec les fonctionnaires provinciaux. Nous étudierons le Roi, qui concentre entre ses mains tout le Gouvernement central, et ensuite l’administration des provinces.
SU — Le hor
Le Royaume de Cambodge a été toujours, du moins théoriquement, une monarchie absolue tempérée seulement par la force des coutumes et des traditions, ainsi que par la vertu des institutions religieuses, toutes puissantes chez les habitants de ce pays. « En face du peuple, Râs est le Stac « Roi », qui porte
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d’autres noms, tels que : Brah Pad « les Pieds sacrés », « le Maître de la Surface intérieure », c’est-à-dire du royaume, maître de la terre, de l’eau, des vies ou « Jivit », « élevé au-dessus des têtes », le Kambujädhipati », Souverain Seigneur du Cambodge, « Paramanâth « Suprême refuge », Parama pubitr « Suprême purification », ete., ete. (1). Il peut être communément désigné par l’un de ses nombreux titres.
« L'Etat, c’est le Roi, dont le pouvoir est illimité, qui est le chef absolu du pays, de ses armées, de toutes ses affaires politiques et administratives ». C’est lui qui nomme et révoque tous les grands dignitaires, grands mandarins et gouverneurs de province. Il établit et répartit les impôts, en fixe la quotité. Il dispose à son gré des revenus du Royaume, dont il est le « grand usufruitier ». C’est lui encore le juge suprême, qui a le droit de vie, de mort, de grâce, de revision des jugements, et il est permis à tout sujet, qui croit avoir à se plaindre d’un déni de justice, de faire appel, à ses risques et périls, à l’autorité royale, en observant certaine formalités traditionnelles.
Le Roi est aussi le législateur unique. Les ordonnances par lui rendues ont force de loi. Il fait et revise les codes, les promulgue en audience solennelle, entouré de ses collaborateurs, désignés par la tradition.
Les Cambodgiens ont pour leurs chefs héréditaires un attachement aussi profond que sincère. Le monarque est, paur eux, « l’incarnation vivante, la personnification auguste et suprême de la nationalité ». La royauté est une institution liée indissolublement aux destinées du Cambodge.
Le Roi est généralement le prince aîné de la dynastie, mais l’ordre de succession est souvent modifié par les coups de force qui jouent un rôle prépondérant lors
(1) AYMONIER, ouvrage cité,