LUE
des avènements au trône. Quelquefois, le Roi régnant prend le soin de désigner son successeur, et il arrive même qu'il abdique en sa faveur. Ou encore, les cinq grands officiers, dans une Assemblée plénière des mandarins de la capitale, choisissent un prince. Tous les princes, dans les cinq degrés de parenté, qui constituent la famille royale, peuvent être appelés au trône. Le monarque cambodgien vit dans un palais plus vénéré qu'un temple. Ce palais comprend la maison royale, où vit le Roi entouré de son harem, et trois autres maisons princières, attribuées à trois dignitaires, aux titres et aux honneurs royaux, qui sont traditionnellement : le Roi qui a abdiqué (Upayuvray), le premier prince du sang (Uparag, héritier présomptif), la reine mère (Brahvarräyyini), ou à défaut une reine ou la première princesse du sang. Les dignitaires princiers assistent le Roï, dans le gouvernement du pays, le suppléent en cas de guerre ou d'absence. Des cérémonies analogues à celles du sacre royal, mais moins importantes, diminuées des rites symboliques du pouvoir souverain inaugurent ces hautes dignités. Les autres princes et princesses, dépourvus de toute autorité personnelle, constituent la famille royale, et sont aptes, suivant le degré de leur parenté avec le Roi, à lui succéder, ou à parvenir aux hautes dignités princières de chef de maison. Ces princes nombreux sont rangés par ordre de primogéniture. Placés en quelque sorte au-dessus des lois, ils ne paient ni dîime, ni impôts, mais ils sont étroitement subordonnés à la volonté du Roi, le Souverain et le chef de famille. Nous trouvons également à la Cour du Roi des Brahmes. Ce sont sans nul doute les anciens Brahmanes, dont le maintien traditionnel est un vestige important de l’antique religion du Cambodge. Cette caste se transmet par les mâles. Boudhistes, quand mème, ils pratiquent cependant certains rites et cer-
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taines abstinences traditionnelles. Leur principale charge est de se rendre au Palais Royal, à tour de rôle, sur convocation de leurs chefs, pour la garde de l'épée sacré (Brah Kan), glaive antique et vénéré, sorte de palladium du royaume.
Nous ne trouvons pas de véritable noblesse héréditaire au Cambodge : les mandarins, nommés et révoqués par le Roi, dans les fonctions principales, et par les hauts dignitaires, dans les places de moindre importance, ne constituent pas une caste, mais une simple classe, dont les charges et privilèges sont essentiellement viagers, précaires. Les mandarins sont, en réalité, « les yeux, les oreilles et les bras du Roi ». Ils transmettent ses ordres, les font exécuter, veillent au recouvrement des impôts, jugent les procès, répriment les crimes et les délits. Ils constituent dans leur ensemble une force collective avec laquelle tout roi doit compter et qui limite, dans la réalité, son pouvoir si absolu en principe. On les divise souvent, dans le langage courant, en fonctionnaires de l’intérieur (de la capitale), et de l’extérieur (des provinces). Ils sont tous rigoureusement hiérachisés en milliers de Sak ou honneurs. Au-dessus et en dehors de cette hiérarchie peut exister une haute dignité, à dix milliers d’honneurs, au titre princier de Samtac (Seigneur), presque équivalent à celui de Stac (Roi). C’est une sorte de maire du palais, chef de tous les mandarins, qui ne peut être pris que dans la caste des Brah Van ou descendants éloignés de la famille royale. Il est tenu de faire des remontrances respecetueuses au Roi, en le rappelant à l’observation des vieilles coutumes.
À la tête dé la hiérarchie normale sont les Okñà, comprenant les grands mandarins et tous les gouverneurs de province et comptant de dix à sept milliers d’honneurs. Puis, les Cau Baña, à six, cinq et quatre