‹ De l'Évolution et du Développement des Institutions annamites et cambodgiennes sous l'influence françaiseChapitre 19 sur 37 · ARTE · texte numérisé non relu

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milliers d’honneurs, et les Brah. Au bas de la hiérarchie sont les Lûüan, les Ghun, les Moen et les Nay.

Seuls, les Okna, et quelques Baña et Brah sont nomimés par le Roi.

La hiérarchie des mandarins est identique dans chacune des quatre maisons princières, qui les englobent tous et où ils sont répartis d’une manière très inégale, la première étant de beaucoup la plus importante.

Dans la maison du Roi, cinq grands officiers de ja couronne, en réalité les cinq ministres du Royaume, forment le Conseil des Senapati et comprennent :.un premier ministre, le Samtac Cauvha, dont la dignité se confond avec celle du Samtac, placé au-dessus de la hiérarchie des mandarins. Puis, les « Quatre Pieds », soit : le Yo Maräj, grand justicier; le Vân, surintendant du Palais et des finances, le Xralahon, chef de la marine, et le Cakri, ministre de la guerre et des transports par terre. Tous sont okna à dix mille honneurs. Ils ont la direction d’un certain nombre de provinces, avec des mandarins chargés de les seconder dans les fonctions propres de leur ministère qui s'exerce sur l’ensemble des provinces de la Maison du Roi.

Dans les autres maisons royales, nous trouvons les cinq grands officiers : « le dos de serpent » et les « quatre colonnes » (1).

$ 2. — L’Administration des Provinces.

Les divisions provinciales du Cambodge ont subi, au cours des siècles, de nombreuses modifications. Son territoire fut, en effet, à plusieurs reprises, envahi et démembré par ses voisins, le Siam et l’'Annam, et il fallait cependant en maintenir la répartition traditionnelle entre les dignitaires princiers et leurs grands

(1) AYMONIER, ouvrage cité,

officiers, dont le nombre n'avait en aucune façon diminuée. Les anciens cantons, « Sruk », restèrent la base de la division du territoire, mais furent réduits ou élevés au rang de provinces. Il en résulte que le Royaume compte actuellement cinquante-sept provinces, appelées Xhét, dont quarante-deux à la première maison, celle du Roi, sept, cinq et trois aux autres maisons. Ces différentes provinces sont, par le fait même des nombreux démembrements, très inégales d’étendue et d'importance.

Ces nombreuses provinces ont chacune à leur tête un gouverneur, dont les pouvoirs et la dignité varient suivant l’importance du territoire administré.

On distingue, en effet, d’abord les provinces situées à la périphérie du Royaume, qui sont gouvernées par des Okñà à dix mille honneurs. Leurs pouvoirs, jadis, étaient considérable. Aujourd’hui encore, ils ont le droit de vie et de mort, mais ceci par tradition et en principe seulement, ou par délégation royale en temps de troubles et de révoltes; tous les gouverneurs envoyant à la capitale, en temps ordinaire, les inculpés de crimes graves.

Les autres provinces ont à leur tête des Okñà à neuf, huit, sept et même exceptionnellement à six mille honneurs, selon l’importance traditionnelle de la province. Tous sont possesseurs d’un titre spécial, fixé par les vieux usages, afférent à la province et indépendant de leur personnalité.

Les provinces n’ont pas de chef-lieu déterminé. Les gouverneurs résident où bon leur semble dans leur circonscription territoriale. Ils sont tous nommés et révoqués par le Roi, qui leur remet en audience solennelle leur sceau et leur brevet. Deux fois par an, ils

doivent venir à la capitale prêter serment, « boire

Ne pe

l’eau », sous peine d’amende (1). Outre l'administration de la justice, qu’ils partagent avec d’autres fonctionnaires, et le maintien de l’ordre public, ils ont pour fonction de veiller aux levées des corvéables et hommes de guerre, d'assurer la perception des impôts et redevances. Ils ne touchent ni solde ni traitement fixe, mais retiennent une part déterminée de ces impôts et ont la jouissance de certaines terres dont les produits sont affectés à leur charge.

Ils doivent partager ces revenus traditionnels, ainsi que la responsabilité de l’administration avec les subordonnés qu'ils s’adjoignent eux-mêmes et. qui sont : le « Palat », lieutenant, et deux remplaçants ou adjudants, et d’autres petits fonctionnaires, Xray ou Kralabas. Au bas de l'échelle est le Mésruk, « Chef du Pays », chef d’un petit canton ou d’une grande commune; nommé par le gouverneur, il est à cinq cents honneurs, et il a pour aide les chefs de Bhûm, autrement dit les chefs de hameaux.

En dehors de la hiérarchie régulière, des rouages parasitaires avaient été progressivement créés dans les provinces : tels que A jna Luan, missi dominici, qui, au lieu d’être envoyés en mission spéciale et temporaire, étaient souvent investis d’une fonction permanente, qui les rendait les égaux, les rivaux des gouverneurs qu’ils contrôlaient et au’ils remplaçaient en cas d'absence. De même, les Pala Cuan, subordonnés en principe au gouverneur, mais indépendants en réalité.

Au-dessous de ces nombreux mandarins, le peuple comprend trois classes très distinctes : les hommes libres, les esclaves et les serfs. Les premiers sont les sujets, les règnicoles jouissant de la plénitude de leurs droits civiques et libres, sous réserve de leurs obliga-

() Rite purement symbolique qui accompagne la prestation de serment,

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