‹ De l'Évolution et du Développement des Institutions annamites et cambodgiennes sous l'influence françaiseChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les Institutions de l’Empire d’Annam avant la Conquête.

« Vieux peuple de culture et de civilisation chinoises, les Annamites ont vécu pendant près de vingt siècles dans l'orbite de la Chine, tantôt sous sa dépendance politique, tantôt indépendants, mais subissant toujours son influence intellectuelle et morale. Presque isolés du reste de l'univers, ils n’entretinrent que des relations pour ainsi dire sporadiques avec les autres nations à partir du XVF siècle. Jusque vers la fin du XVIII siècle, alors que les bateaux portugais, hollandais, français, espagnols, abordaient depuis longtemps nos rivages, nos ancêtres n’avaient que des notions bien vagues sur les peupies occidentaux. Le monde, le Thieu Hà, tout ce qui est sous le ciel, se réduisait pour eux à la Chine, « l’Empire du Milieu », avec ses acolytes, le Japon, la Corée, l'Annam, baignés à l’est par la vaste « Mer Orientale ». Plus loin, du côté de l’ouest, c'était le pays de « Thièêu Truc », la patrie de Boudha, l'Inde. Puis plus loin encore, c’étaient les vagues contrées occidentales peuplées d’hommes plus ou moins sauvages. En somme, ce monde était le « Monde chinois », comme en Occident le monde antique était le « Monde Romain », comprenant tout cet ensemble de peuples du bassin de la Méditerranée conquis ou civilisés par Rome » (1).

Quoique de civilisation toute chinoise, les Annamites ont cependant un caractère particulier. Le peuple, indépendant et gouailleur, « chez qui les fauteurs de

(1) PHam Quixx, L'évolution intellectuelle et morale des Annamites. Conférence faite à l'Ecole Coloniale, le 31 mai 1922.

désordre trouvent facilement des partisans est, suivant l'expression de M. de Lanessan, plus respectueux de l'autorité dans la forme que dans le fond. Extrêmement poli et mesuré, l’Annamite ne peut admettre la colère : un homme qui s’emporte est à ses yeux ivre ou fou. Laborieux, sobre et dédaigneux de la mort, il est fermement attaché à ses traditions, à ses coutumes. On remarque, d’autre part, chez les lettrés un esprit fin et délié, très ouvert aux questions de morale ».

La société annamite, telle qu’elle existait avantnotre conquête, pouvait et peut même à l'heure actuelle, malgré quelques modifications importantes, être comparée à un vaste monument de forme pyramidale. A la base de celui-ci se plaçait la famille, cellule première de la société; au-dessus, englobant les familles et les agglomérant, en groupes distincts, la commune, jouissant d’une large autonomie. A l'échelon directement supérieur, nous trouvions un cadre très homogène d’administrateurs, ou mandarins, destinés à gouverner ces communes. Enfin, au sommet même de la pyramide, et tenant ses pouvoirs du ciel lui-même, l'Empereur, « père et mère de ses sujets ».

Le tout formant un système admirablement compris, parfaitement d'accord avec les croyances, la religion et la mentalité des Annamites.

SECTION Î

La Famille.

La famille annamite est, comme nous l’avons dit, la cellule première de la société. L’Annam, pour l’indigène, est d’ailleurs le « pays des cent familles » (Ba Ho). Entre eux, les Annamites s’appellent « Anh », ce qui signifie : mon frère aîné, et ils se désignent dans.

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