CHAPITRE VI
Tentatives d'établissement d’un parallèle entre les interventions de Millin et de Freyer
VARIATIONS DES LIGNES D’INCISION VESICO-PROSTATIQUES
Au cours de l'étude des différents procédés de prostatectomie, nous avons pu remarquer que toutes les voies d’abord de la prostate ont été utilisées avec des résultats satisfaisants, si l’on met à part la voie périnéale.
Une place particulière doit être réservée à la tentative de prostatectomie par voie pré-pubienne faite par BoisBEUNET et publiée dans le Journal d’Urologie, t. 55, ROCHET en 1916 l’avait expérimentée, UTEAU en exposa la technique sur le cadavre au Congrès d’Urologie
de 1935. T. MiLLIN l'aurait également expérimentée avec des résultats défavorables. BOoISBEUNET n’apportant qu’une observation de ce genre d’intervention, il conviendrait d'attendre une statistique plus fournie pour se faire une opinion définitive sur cette méthode qui constitue certes une tentative intéressante et logique.
La résection endo-urétrale et la prostatectomie par voie périnéale gardant aux yeux de la majorité des Urologues des indications très précises et limitées, seules les interventions de Millin et de Freyer modernisée peuvent être considérées comme des techniques de prostatectomie présentant ce caractère d’universalité que n’ont pas les autres. La différence fondamentale entre ces deux opérations réside dans le fait qu’avec la première, l’opérateur aborde directement la prostate en passant par une cavité virtuelle : l’espace de Retzius, alors qu’en utilisant la seconde, on passe à travers un organe creux : la vessie.
Jusqu'ici, de très nombreux opérateurs avaient considéré comme une hérésie, la fermeture opératoire de la vessie après prostatectomie, en se retranchant sur les risques d’infection et les dangers d’une hémorragie. Les nombreux travaux parus en sens inverse nous ont convaincus qu'il n’y avait là aucune imprudence si l’on prend soin d'effectuer une hémostase soigneuse de la loge prostatique et d’utiliser les armes anti-infectieuses dont on dispose à l’heure actuelle. Ce sont les protagonistes les plus zélés de l'opération de Millin eux-mêmes qui vont nous apporter la confirmation du bien-fondé de cette façon de voir.
Faisant suite à l’explosion de cette « bombe urologi-
que » que fut l’intervention de Millin, d’autre travaux parurent dans lesquels leurs auteurs exposèrent les perfectionnements susceptibles d’être encore apportés à cette opération. Ces améliorations que certains tentaient d’ajouter à une opération déjà satisfaisante dans sa technique et ses résultats, trouvaient leur justification dans le fait que pour beaucoup de chirurgiens cette méthode présentait de réelles difficultés. Par ailleurs, il convenait de pallier à certaines complications postopératoires et en particulier aux fistules hypogastriques relativement fréquentes signalées par la plupart des opérateurs.
C’est en faisant varier la ligne d’incision de la capsule prostatique que l’on chercha à éliminer ces inconvénients. Il fallait, en effet, obtenir après l’adénomectomie une reconstitution aussi parfaite que possible de la loge prostatique pour assurer une étanchéité absolue. Or, il se trouve que très souvent cette reconstitution ne peut être exécutée avec tout le soin désirable en raison du peu d’étoffe que laissent à l’opérateur les lèvres de l’incision. De plus ces lèvres se révèlent souvent friables surtout si l’on emploie l’aiguile Boomerang qui dilacère les tissus. En ajoutant à cela l'obligation pour l'opérateur d’évoluer au fond d’une cavité qui ne permet pas toute liberté de mouvement, on conviendra que les difficultés sont au maximum.
Mr£iLin, le premier, avait essayé de tourner ces difficultés en préconisant pour l’abord de la prostate une double incision portant sur la vraie et la fausse capsule prostatique. Sur la fausse, il procédait à une incision courbe, convexe vers le bas, sur la vraie à une autre inei-