‹ De L'Exagération Des Réflexes Tendineux Dans L'HystérieChapitre 15 sur 50 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

Hysléro-traumatisme; hémiplégie hystérique droite, avec hémianesthésie. Exagération unila'érale des réflexes Lendineux et clonus du pied droit.

Esp. Got..., terrassier, 34 ans, entre dans le service du profes-

seur GRASssET, salle Fouquet, n° 28, le 4 janvier 1908,pour hémiplégte.

Histoire de l'accident: Le 6 août 1907, à 4 heures du soir, Esp..,

travaillait sur un chantier de terrassement, debout sur un wagonnet

chargé de terre ; le wagonnet, mal calé, dérape. Esp..., tombe à la

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renverse sur le sol, d'une hauteur d'environ 1 m. 50. Il ditavoir perdu connaissance environ un quart d'heure. Ses camarades l'aident à se lever. Soutenu par eux, ilse rend à sa demeure à dix minutes environ du chantier, Il se plaint de douleurs lombaires violentes, surtout marquées à droite, Tout traumatisme direct du crâne parait, d'après ce récit, pouvoir être écarté.

Le lendemain de l'accident, le blessé est conduit en voiture à l'hôpital de Lodève ; d'après ses dires, il y aurait été soigné pour fractures de côtes et aurait été, dès cette époque, paralysé de tout le côté droit. D'après les renseignements, que nous à transmis le ‘docteur Mas, médecin traitant, il était à son entrée dans l'impossibilité de se tenir sur ses jambes ; la sensibilité et les mouvements des membres inférieurs étaient, tout au moins ou en grande parlie,conservés. « Ge n'est que 10 à 15 jours après l'accident, au moment où l'on met Esp... dans une goutlière de Boxxer que la paraplégie s'est installée ». Insensibilité et immobilité des membres inférieurs, constipation (sans rétention d'urine ni inconlinence), sont mis sur le compte d'une fracture ou d'une luxation d'une vertèbre lombaire (la 5% ?). Dès le début, le malade se plaint de douleurs violentes dans le bras droit. Peu à peu la sensibilité etles mouvements réapparaissent dans le membreinférieur gauche. Lorsqu'on le relire de la gouttière, en oclobre, il est nettement atteint d'hémiplégie droite. La paralysie à eu depuis une marche progressive au membre supérieur ; elle est restée stationnaire au membre inférieur.

Le blessé nous dit avoir eu la nuit, deux crises avec pertes de connaissance ; il aurait, d'après ce qu'on lui aurait raconté, crié et gesticulé pendant ces crises, d'une durée de demi-heure environ.

Antécédents héréditaires : sans intérêt.

Antécédents personnels : le malade nie {out alcoolisme, toute syphilis, toute maladie antérieure, à part une blennorrhagie avec orchite.

Etat le 10 janvier 1908 : Bon état général; bon fonctionnement des divers appareils. Pas de troubles des sphincters. Les seuls troubles subjectifs sont l'impotence, des douleurs lombaires et dans la hanche droite.

EXAMEN : MemBres INFéRIEURS. — Motilité : Le membre inférieur gauche cst normal. L'accidenté déclare ne pouvoir déplacer le mem-

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bre inférieur droit. Quand on l'incite à faire effort, il le détache à peine du plan de lit; au bout d’un certain nombre d'examens, il arrive à le soulever quelques instants. Quand on le maintient soulevé et qu'on le lèche subilement, le membre ne retombe pas d'une façon brusque. Si l'on aide le malade à monter dans son lit, le membre paralysé participe légèrement à cet acte d'une façon active. L’exploration de la mobilité passive est rendue difficile par les douleurs qu'accuse le malade. Quand on parvient à tromper sa défiance, on éprouve quelque résistance dans certains des mouvements auxquels on lui ordonne de s'opposer.

L'acte de s'asseoir s'effectue avec beaucoup de difficuité, mais aucun des membres inférieurs ne se soulève, le gauche parait même s'appliquer plus fortement contre le lit.

Démarche : La marche n'est possible qu'avec des béquilles; le membre inférieur droit reste immobile, collé à l'autre membre. Le pied ne râcle pas contre le sol, comme dans la marche organique, mais il est maintenu raidi au-dessus du sol, appuyé contre l’autre pied ; soutenu sous les bras par deux aides, le malade ne peut marcher ; avec une seule béquille, il ne repose à terre que le pied sain. marche à cloche-pied, mais avec beaucoup de difficulté.

Sensibilité : Anesthésie complète du membre inférieur droit au tact et à la piqûre. On peut transpercer complètement la peau sans que le malade trahisse aucune douleur. Le malade ayant les yeux fermés,nous lui demandons de dire spontanément,sans interrogation de notre part, « oui» ou «non » quand il sent ou ne sent pas la piqûre. Il arrive plusieurs fois au malade, au début de l'examen, de dire « non » au moment même où nous lui piquons la jambe droite.

Réflexes: Les réflexes du membre inférieur gauche (rotuliens, achilléens) sont normaux. Du côté droit, réflexe rotulien très exagéré ; réflexe achilléen vif. On obtient facilement la {répidation épileptoide du pied: il ne s'agit point de quelques secousses, mais d'un vrai clonus, tout à fait analogue au clonus organique, indépendant de toute contraction volontaire du sujet. Nous l'avons trouvé dès le premier jour. Le clonus se reproduit à chaque recherche. [ne nous est arrivé qu'à un de nos nombreux examens de le trouver absent. Par contre, nous avons constaté ce jour-là une trépidation de tout le membre à la suite de percussions répétées du tendon rotulien. Pas de réflexe plantaire ni en flexion ni en extension.

FN CNRS

Trophicité : Le membre paralysé ne parait pas atrophié ; les men. surations montrent, au contraire, que ses dimensions l'emportent légèrement sur celles du côté sain (différence physiologique).

Il a un aspect légèrement bleuâtre cyanosé que n'a pas le membre sain; on sent nettement à la main un abaissement thermique que précise le thermomètre à ‘température locale : au niveau de la ‘cuisse, 29°4 à droite au lieu de 31°8 à gauche ; au niveau de la jambe, 2893 à droite au lieu de 31°8 à gauche. Les troubles vasomoteurs sont, à certains moments, plus intenses, parfois sans cause apparente, le plus souvent après la marche.

MEMBRES SUPÉRIEURS. — Motilité : membre supérieur gauche normal ; membre supérieur droit : parésie moins intense qu'au membre inférieur, toutefois le dynamométre par la pression de la main ne monte pas à droite à plus de 4, alors que par la pression de la main gauche il atteint 24. Le malade peut spontanément soulever son bras,mais au prix de nombreux eflorts ; si on le lui soulève,il le maintient quelques instants en l'air. Si on lui ordonne de s'opposer au mouvement de flexion qu'on imprime à son avant-bras, il le laisse fléchir, mais non sans une certaine résistance. Pas de tremblement au repos ni dans le mouvement.

Sensibilité : abolie au membre supérieur droit. Toutefois à notre premier examen, il retire violemment la main quand on la lui pique; ce n'estqu'à la deuxième ou troisième piqûre que nous ne constatons plus aucun mouvement de défense.

Réflexes : antibrachiaux exagérés à droite, normaux à gauche.

Trophicité : iroubles vasomoteurs moins accentués qu'au membre inférieur. Il existe une différence de température sensible : 29°2 à droite, 32° à gauche.

Peaucier : contraction égale des deux côtés.

Face : pas de paralysie faciale.

Œil: pas de paralysie oculaire. Réflexe à la lumière et à l'accommodation conservés. Champ visuel légérement rétréci avec chevauchement des couleurs.

Parole : pas de trouble de la parole. Le malade n'a présenté a aucun moment ni dysarthrie ni aphasie,

Colonne vertébrale : pas de déformation, pas de point douloureux parliculier.

x Gore

Psychisme : Le malade est très méfiant, hésite avant de répondre aux questions, avant d'effectuer les petites manœuvres qu’on lui fait accomplir. Il prend à chaque examen un aspect des plus souffreteux, se refuse parfois à tout examen, qu'il déclare trop douloureux.

Diagnostic : Ge malade présente actuellement un tableau d'hémiplégie. S'agit-il d'une hémiplégie organique, d'une hémiplégie hystérique ou d'une association névroso-organique ? En faveur de la lésion, nous avons surtout l'exagération unilatérale des réflexes avec trépidation épileptoïde qui est considérée par la plupart des auteurs comme un signe quasi absolu de lésion organique. Contre la lésion, nous avons : le début; les phénomènes parétiques s'installent d'abord aux membres inférieurs et quelques jours seulement après l’accident ; ce n'est que plus tard que la forme hémiplégique survient, après rétrocession de la paralysie du membre inférieur gauche. L'hémiplégie organique d’origine traumatique n'a pas habituelment cette marche. D'origine cérébrale, elle se serait installée d'emblée sans retentissement sur l'autre membre inférieur. Une lésion médullaire expliquerait mieux celte paraplégie du début et pourrait, à la rigueur, s'accompagner ultérieurement de paralysie du bras droit : mais il y aurait probablement eu quelques troubles des sphincters, la paraplégie serait restée totale, ou aurait laissé quelques traces dans le membre inférieur gauche, qui ne présente actuellement aucun trouble ; l'hémiplégie médullaire s'accompagne généralement de Browx SÉQuARD; d'autre part, il ne parait pas y avoir eu de lésion de la colonne vertébrale.

En faveur de la névrose et de la névrose pure, nous avons la marche bizarre des phénomènes paralytiques : l'hémianesthésie. Nous ne pourrions dire si cette hémianesthésie est ou n’est pas d'ordre suggestif comme le prétend Baminskr, mais elle n'en reste pas moins un caractère important: cette facilité à présenter ainsi des anesthésies sous la moindre influence suggestive n'appartient guère qu'à la névrose. Il parait difficile, d'autre part, que cette anesthésie {otale, comme nous l'avons constatée, soit complètement simulée; — la forme même de la paralysie : le sujet arrive, par la persuasion, à détacher et même à maintenir le membre inférieur au-dessus du plan du lit, ne laisse pas retomber brusquement sa jambe comme une masse inerte; — l'acte de s'asseoir : le sujet ne détache pas son pied du plan du lit, comme dans l'hémiplégie organique ; il semble même l'appliquer

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plus fortement pour prendre un point d'appui plus solide ; — la démarche : tout à fait atypique, ne ressemblant pas du tout à celle de l'organique ; — l'absence de paralysie faciale (plus fréquente chez le névrosique que chez l’organique) ; — le signe du peaucier : le peaucier se contracte également des deux côtés; — l'absence de de signe de Babinski : on ne peut obtenir aucun réflexe plantaire. Nous ne voulons point faire élat en faveur de la névrose des deux crises quele malade nous a racontées, dont la nalure ne nous a pas paru tout à fait certaine.

Les troubles vasomoteurs et de la calorification peuvent se rencontrer dans l'hystérie ou y être simulés, notre malade n'ayant pas été particulièrement surveillé à ce sujet, nous ne saurions être affirmatif à ce dernier point de vue. |

Nous pensons qu'il s’agit d'hystéro-traumatisme avec un certain élément d’exagération : la paralysie n'est pas totale comme le malade l’accuse, il est capable d'une certaine force de contraction, mais qui est très diminuée, l'anesthésie n'est pas elle-même tout à fait absolue.

Ce cas nous parait donc une démonstration de l’exagération des réflexes et du clonus dans Fhystérie. Les réflexes sont exagérés uniquement et très nettement du côté malade. Le clonus du pied ne se résume pas en quelques secousses, mais persiste tant qu'on maintient le pied; il donne la sensation du clonus organique dont il présente les caractères. Il n’a manqué qu’à un seul de nos examens; mais le clonus organique ne peut-il pas, dans certaines paralysies sans contractures intenses, être lui aussi inconstant?

M. Rimbaud, chef de clinique, a revu fin juin ce malade: l'impotence du côté droit est toujours aussi intense; l’exagération des réflexes avec trépidation épileptoïde persiste; l'œdème du membre inférieur s'est accentué.

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