LES CONDITIONS D'APPARITION DE LA STERCOBILINE
Deux conditions sont: absolument nécessaires pour que la stercobiline apparaisse dans les matières fécales ; ce sont : la présence du pigment biliaire et un processus de réduction.
A) Nécessité de pigment biliaire. -— F. Müller le prouve de façon absolument certaine. Chez un individu dont les voies bilaires sont oblitérées, il constate l'absence de stercobiline dans les fèces ; qu'on introduise à ce moment de la bilede porc dans l’estomac et la stercobiline apparaît. Beck, liant Île canal cholédoque, voit disparaître l'urobiline fécale,
quine réapparaitra que par l'ingestion stomacale de bile.
J. Mongès (1) (1909) en donne une autre preuve aussi convaincante:un homme de 50 ansétait en traitement pour ictère par rétention, avec teinte jaune foncé de la peau et des sclérotiques, urines riches en pigments biliaires, matières complètement décolorées ; le diagnostic de cancer du pancréas étant éliminé, après un examen des matières fécales qui montrent l'utilisation de 85 °/, des graisses,on crée une fistule biliaire par laquelle, pendant huit jours la bite s'écoule en même temps que l'ictere disparait,que les urines reprennent leur couleur normale; mais les matières restent toujours blanches ; on recueille cette bile, on y recherche la stercobiline et la bilirubine par l'alcool acétique et le chloroforme, puis par évaporation au bain-marie, et action de l'alcool! rectifié : on n’a jamais trouvé la premiére, mais la seconde était constante. Le jour où les matières se recolorent, la fistule donnant alors beaucoup moins debile, on y trouve un peu d’urobilino-
gène ; lorsque là fistule est tarie, on n’y décèle plus de bilirubine, mais en revanche l'urobiline fécale en
quantité.
Que s’est il produit ? Tant que la bile ne passait pas dans l'intestin, lés matières fécales ne renfermaient pas de stercobiline ; du jour où le cholédoque est redevenu perméable et que les pigments
(1) J, MoNGESs. — Origine de l’urobiline fécale, — Comptes rendus de la Société de Biologie, 1909 €. 2, p. 609.
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biliaires ont pu passer dans l'intestin, lhydrobilirubine est apparue dans les selles.
Autre preuve : M. Quioc (1) prend des petits malades qu'il range en deux classes : 4° la première renferme des atrophiques extrêmes avec acholie pigmentaire complète ; % la deuxième des enfants atteints d'ictère infectieux catarrhal avec absence complète de pigments dans les fèces. Dans les deux cas, l'ingestion de bile de porc a fait apparaître des pigments biliaires dans les fèces, sous forme, de bilirubine ou de biliverdine dans un quart des cas, dans les trois autres quarts sous forme de srercobihnez :
Dans les cas où les pigments normaux seuls apparaissaient, les enfants en expérience étaient trop jeunes pour que leur intestin pût transformer la bilirubine en stercobiline ; mais,objectera-t-on, certains de ces enfants avaient donné autrefois la réaction de la stercobiline ; il s’agit alors d’un arrêt dans le fonctionnement de la sécrétion du ferment qui transforme la bilirubine en stercobiline. Dans les cas où la réaction de la stercobiline seule apparaissait, l'expérience est tout-à-fait probante ; la bilirubine a été transformée en stercobiline.
Dernière preuve : le duodenum du chien ne renferme que très peu de stercobilineet beaucoup de bilirubine ; le jejunum beaucoup plus de stercobiline, moins de bilirubine ; dans le rectum la transformation est complète ; il n’y a plus de biliruline, il n’y à que de la stercobiline.
Quioc. — Loc. cüit., p. 32.
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La présence des pigments biliaires est donc indispensable et la stercobiline provient de leur transformation. °
B) Vécessilé d'un processus de réduction. — Nous savons qu'au point de vue chimique la stercobiline n'est que de la bilirubine qui a subi un double processus de réduction et d’hydratation.
I faut donc qu'un pareil processus se produise dans l’organisme entre le moment où la bile est déversée dans l'intestin, et celui où l’on retrouve la stercobiline dans les fèces ; où donc peut se produire cette transformation, si ce n’est dans l'intestin ?
Mya ()a d'ailleurs montré que, dans le premier tiers de l'intestin, la bilirubine était encore inaltérée; ce n’est qu'à partir du tiers moyen du grêle que l’on commence à trouver à la fois des pigments biliaires vrais et de la stercobiline ; le dernier tiers ne renferme plus que de la stercobiline.
On peut d'ailleurs, en anticipant un peu sur ce qui suivra,trouver, dans la réaction du subliméacétique sur les fèces, une preuve de l’origine intestinale de cette transformation ; nous verrons plus loin que la coloration rose obtenue en traitant les matières fécales par le sublimé acétique est due à la présence de stercobiline M. Triboulet a vu par ce procédé que la réaction rose Ss'obtenait avec le contenu intestinal retiré de la portion de lintestin grêle située au voisinage de la valvule iléo-cœcale, alors que la même réaction, faite avec le Contenu du duodénum
(A) Mya. — Aivisla clinica, Bologne 1887, p. 609 à 628, et Riforma medica, 1890.
2099 en au-dessus de l’ampoule de Vater ne donnait rien, que, faite avec le contenu du jejuno-iléon, elle donnait la réaction de la bilirubine, et que, faite avec le chyme renfermé dans le rectum, onavait peu de modifications appréciables. On peut donc localiser plus spécialement au niveau de la région iléocœcale la transformation de la bilirubine en stercobiline.
Dans un article récent des comptes-rendus de la Société de Biologie (11 novembre1910), M. Triboulet montre que l’on peut localiser encore plus spécialement le lieu de cette transformation dans les amas lymphoïdes de la muqueuse intestinale.
A quoi est douc dûe cette réduction? Deux sortes d'agents renfermés normalement dans l'intestin sont susceptibles de la produire : les microbes et les ferments secrétés par la muqueuse intestinale ; de là deux théories qui lattribuent à des fermentations d'origine microhienne ou d’origine épithéliale.
a) Rôle des microbes.— Krunkenberg,en1884,admet que certaines substances produites dans l'intestin ne peuvent être le résultat de la digestion zymatique et soutient que les microbes jouent un rôle capital dans leur formation. Müller et Salkowski soutiennent que les anaërobies transforment la bilirubine en urobiline; Beck dans ses expériences in vitro conclut à cette transformation. Nous avons cité précédemment les travaux de MM. Hugounencq et Doyon sur la réduction des pigments biliaires par les
microbes. La clinique fournit d’ailleurs des observations confirmatives : Giarré, chez lenourrissonau
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sein et chez le nouveau-né constate que l’urobiline fait défaut, tandis qu'il en trouve dans les selles de ceux qui sont nourris artificiellement; or, chez les premiers, il existe peu de microbes intestinaux, tandis qu'ils pullulent chez les seconds. Müller pense comme Giarré que l'absence de coloration des selles des nourrissons est due à l'absence de bactéries. Mya, enfin, reconnut que la condition nécessaire pour ‘ cette réaction était que le milieu soit alcalin, ce qui n’est réalisé que dans le duodénum.
b) Rôle des ferments. — Soutenu par Hoppe-Seyler, puis par Bargellini; MM. Gilbert et Herscher l’'adoptent pleinement, et basent leurs convictions sur les six constatations suivantes (1) :
10 L'absence de stercobiline dans lesselles desnouveau-nés, dont la flore intestinale est cependant très riche ;
20 Les cultures des microbes des fèces sont incapables de transformer la bilirubine en urobiline ;
3° Les extraits aqueux de muqueuse intestinale peuvent transformer la bilirubine en urobiline;
4 Tous les points de cette muqueuse ne sont pas capables de produire un pareil phénomène;
6o Les matières fécales renferment une catalase qui manque dans celles du nouveau-né;
6° Les extraits de matières fécales sont susceptibles de transformer la bilirubine en urobiline, suivant qu'ils renferment où non une catalase,
De nombreuses critiques ont été faites à l'une et à
(1) GizseerTr et Herscan. — De la Slercobiline. Presse Médicale, 1908.
one l'autre de ces théories; il est difficile, à l'heure actuelle, de conclure en faveur de lune ou de l’autre.
Quelle que soit la cause de la réduction, un fait est certain, c’est qu'elle existe et qu’elle se passe dans l'intestin.