LE PREMIER REMÉDE
Nous avons étudié le véritable état de perturbation de la route, ainsi que les mesures techniques envisagées comme susceptibles de diminuer les accidents de la circulation. En passant, nous avons émis quelques vœux dont nous souhaïtons la réalisation.
Mais nous sommes néanmoins arrivés à cette conclusion — en accord avec les techniciens — que si le matériel mécanique est bon, le matériel humain est défectueux. De là à conclure à la nécessité d’un examen médical, il n’y à qu’un pas à franchir et qui est vite franchi, Et pourtant cet examen a rencontré partout d'énormes résistances.
Le même auteur que nous citions plus haut et dont nous approuvions pleinement les réflexions judicieuses, tre de cela même des conclusions qui à tout le moins pourraient passer pour inattendues. Nous reproduisons ici ces lignes dans leurs presque totalité, en raison de la diffusion qui leur est assurée par la revue qui les publiait, parce qu’aussi elles représentent le type des objections qui seront chaque fois soulevées dès que l’on parlera d'examen médical, et qui tout à la fois traduisent les
craintes d’une industrie qui croit voir dans ce contrôle une menace directe contre son essor, comme aussi la tendance si légitime de l’individualisme de l’être, en face d’une société chaque jour un peu plus envahissante et un peu plus insoucieuse des libertés particulières.
Donc critiquant certaines suggestions proposées, M. H. Lauwick écrit :
« On a parlé d’examen médical, de permis difficile à obtenir. Evidemment ce serait le rêve. On n’aurait que 30.000 chauffeurs sur nos routes au lieu de 500.000. Le nombre des accidents serait bien entendu diminué: 30.000 chauffeurs doués de bons réflexes feraient moins de dégâts qu’une masse de myopes et de maladroits.
Mais outre que cela frapperait à mort l’industrie automobile, il ne faut pas oublier qu’une des conditions de la vitalité d’une nation moderne est que les individus puissent se déplacer aisément.
… Et puis il faut être sceptique sur les examens médicaux, sauf lorsqu'on les impose aux pilotes de transports publics. Les Anglais vous donnent le brevet d’avion sur simple certificat de votre médecin. En France on vous fait tourner sur une chaise mystérieuse jusqu’à ahurissement total. Le résultat c’est qu’on donne le brevet de pilote à d’affreux crétins parce qu'ils ont bien résisté aux vertiges.
… Avouons qu’il est bien difficile de fixer une limite à la folie, à la myopie, à l’épilepsie, à la paresse d’esprit.
… Tout ce qu’il est possible c’est de demander une bonne santé aux pilotes de transports publics.
… D'’augmenter la répression.
… Mais toute tentative pour diminuer par des conseils de révision le nombre des personnes aptes à conduire des autos semble d'avance vouée à l’insuccès jet il faut s’y résigner … »
Ces lignes, nous le répétons, représentent à peu près la somme des arguments et des erreurs que nous retrouverons chaque fois que l’opportunité de l'examen médical sera discutée — donc qu’il nous importe au plus haut point de réfuter. Ce sont en effet: de tels arguments qui ont retardé des décisions salutaires par lesquelles bien des vies humaines auraient pu être épargnées.
En somme, comme nous l’avons déjà dit, les adversaires de l'examen médical des chauffeurs appartiennent à deux catégories :
D'une part ceux qui, par une tendance d’esprit infiniment respectable, sont les défenseurs de la liberté individuelle ; de l’autre, tous ceux qui défendent les intérêts de l’industrie automobile, qu’ils veulent supposer menacés dès que l’examen médical risque de s’étendre à tous les conducteurs de véhicules qu’ils soient privés ou publics.
Mais, et sans ici rechercher les causes premières, nous nous demandons comment on peut « se montrer Sceptique sur un examen médical », lequel aboutirait à sélectionner d’ « affreux crétins », mais reconnaître en même temps le bien-fondé de cet examen pour les pilotes de transports publics. Au surplus, nous avons assisté au Bourget dans le service du Dr Garsaux, à l'examen médical des pilotes : l’utile recherche du nystagmus provoqué, faite par un spécialiste réputé — au moyen de quelques tours de chaise — n’aboutissait nullement à l’ahurissement ‘des pilotes, qui bien loin de constituer une sélection d’ « affreux crétins» illustraient admirablement la notion du « mens sana in corpore sano ».
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On a également, un peu partout, parlé de ce nouveau « conseil de révision » que serait l’examen des chauffeurs. C’est une de ces formules habiles qui font périodiquement fortune en France, et qui prennent valeur d’argument. Par une facile association d’idées, elle évoquera chez tous ceux qui évitent de penser par eux-mêmes, des notions aussi vagues qu'’hostiles, à base de mauvais souvenirs, contre un examen dont ils ignorent tout.
Nous ne comprenons pas en effet, comment un examen médical des chauffeurs constituerait une menace dirigée contre l'essor de l’industrie automobile. Mettre des lunettes à un myope, un cornet acoustique à un sourd n’a rien qui puisse décourager un acheteur éventuel.
Nous ne voyons pas davantage comment cet examen pourrait réduire de 500.000 à 30.000 le nombre des conducteurs et pour s’en convaincre, il suffit de consulter les statistiques officielles de la Préfecture de Police, Sur plus de 12.000 candidats chauffeurs qui se sont présentés à peine 200 ont été éliminés pour tare physique indiscutable. Nous voilà loin des chiffres qui nous étaient proposés ; mais plusieurs centaines de candidats, presque 800, se voyaient par contre imposer l’obligation de porter des verres pour corriger une vision insuffisante.
Le médecin ne s’est jamais posé en adversaire de l'automobile par le fait même que tout médecin est toujours, de par les nécessités de sa profession, un automobiliste. Nous avons dit, à propos de la vitesse, que nous concevions fort bien les grandes vitesses sur les routes ; que la vitesse était un facteur utile de progrès
Bzowski
contre lequel il serait puéril de s’opposer — précisant bien par là notre position.
De fait, nous pensons que l’examen médical loin d’éloigner, la clientèle de l’automobile, seraït, en réduisant le nombre des accidents, un des meilleurs facteurs du développement de cette industrie. Le public lit les journaux, il est tenu chaque jour au courant des accidents, plus particulièrement lors des hécatombes de Pâques, de la Pentecôte, du 15 août etc... Il sait aussi que la proportion des accidents n’est que de 0,5 par milliard de voyageurs kilomètres transportés par le rail, alors qu’elle est de 72,8 pour la route.
À un accroissement de sécurité, correspondra nécessairement un accroissement de clientèle.
Car enfin « de quoi s’agit-il ? ».
L'automobile a en quelques années fait 23.000 victimes en France. Sur cette quantité 75 % de l’aveu de tous les techniciens, résultent de l'insuffisance physique ou psychique du conducteur. En conséquence l’examen médical s’impose comme le principal remède. Il nous semble qu'il ne peut être question de laisser à un malade, demi-voyant, obsédé, cardiaque ou infirme la conduite d’un véhicule, qui, entre ses mains, se transformera en engin de mort.
On s’accorde partout à réclamer unesignalisation lumineuse, orange, rouge, verte ; toute une série de panneaux de toutes couleurs, jaunes, rouges, bleus, verts, ou bleus bordés de rouge, etc... ayant chacun une signification. Encore faut-il que ceux-là même pour lesquels cette signalisation a été créée soient en mesure de recon-