DES REACTIONS PSYCHO-MOTRICES À LA PSYCHO-TECHNIQUE
Ce chapitre des réactions psycho-motrices, doit en quelque sorte servir de préface à celui de la psychotechnique laquelle constitue un ensemble de recherches dérivant des mesures des temps de réaction faites chez les aviateurs.
Nous avons vu au début de ce travail que plus de 75 % des accidents provenaient des conducteurs, donc que c'était du côté des accidenteurs que la prévention devait s'exercer. Ces accidents étaient imputables soit à une cause physiologique, soit à l'incapacité technique, soit à des défauts d’ordre psychologique.
L'examen médical tel que nous l’avons envisagé, l'examen plus sévère pour le permis de conduire, visent à supprimer les deux premières causes. Les tares psychologiques, par contre, répondent du double examen du système neurologique et des fonctions psycho-motrices.
Il est évident en effet que des sujets par ailleurs fort bien constitués et sans aucune tare physique peuvent
faire de très mauvais chauffeurs, car la conduite d’une automobile nécessite des qualités psychologiques, un sens de l'appréciation des vitesses et des distances que seul l'examen médical ne suffira pas à déceler.
C’est pourquoi, pendant la guerre, on eut pour la première fois l’idée de ne donner le brevet de pilote qu'après avoir fait subir aux candidats l’épreuve des temps de réaction.
De nombreux moniteurs de pilotages, très anciens pilotes disaient en effet que : « sur 100 sujets exempts de tares physiques grossières, tous les 100 pourront conduire un avion, c’est-à-dire qu’ils feront exécuter à leur appareil un tour de piste, qu’ils atterriront plus ou moins correctement. Mais la moitié ou le tiers à peine de ces individus pourront devenir « des pilotes », c’est-àdire acquérir les réflexes spéciaux qui leur permettront de sentir immédiatement les plus faibles déplacements de leur appareil, qui leur donneront « le coup d'œil » pour la manœuvre délicate de l’atterrisage, en un mot feront d’eux et de l'avion un tout indivisible, des êtres nouveaux, merveilleusement adaptés aux conditions nouvelles du vol ».
Et en effet les méthodes d'examen employées indiquaient que parmi des candidats cliniquement sains, il en était certains qui donnaient des réactions normales, alors que d’autres au contraire avaient des réactions franchement mauvaises.
Cet examen se proposait en somme les buts suivants :
«19 Déterminer l'aptitude au vol, lors du recrutement
des pilotes, au moment de leur départ en escadrille et au moment où ils reviennent du front,
« 29 Apprécier l’élément fatigue si souvent accusé par les pilotes, fatigue consécutive à du surmenage en escadrille, à des vols à des hautes altitudes longtemps prolongées, à des traumatismes, à des chutes d’avion, à des affections diverses, etc.
30 Ordonner pour ces sujets la mise au repos ou leur conseiller une affectation dans un poste spécial peu pénible avant qu'il ne soit trop tard, c’est-à-dire avant que le pilote fatigué ne devienne définitivement inapte à l'aviation, et surveiller ensuite, à son retour, son entraînement progressif.
L'application à l'aviation de l’étude des temps de réactions aux impressions psycho-motrices fut faite pour la première fois par M. Camus et Nepper, en collaboration avec M. Léon Binet, lequel a consacré de nombreux travaux et fait de nombreuses recherches dans son laboratoire sur cette vaste question des mesures des temps de réactions.
Technique employée : Nous décrirons ici le principe et la méthode de ces mesures que nous retrouverons à la base de toutes les autres recherches entreprises depuis.