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Mesures des temps de réactions psycho-motrices

Le problème à résoudre était alors le suivant : En combien de temps un candidat-pilote, voyant un

obstacle, pourra-t-il faire le mouvement pour l’éviter ? En combien de temps entendant un bruit anormal (provenant du moteur, ou d’une attaque ennemie) pourra t-il exécuter le mouvement nécessaire pour s'éloigner ou se défendre ?

De façon plus générale, quels seront les temps de réaction d’un sujet — cliniquement sain — aux différentes excitations visuelles, auditives, tactiles, voire physiologiques.

L’appareillage : Chronomètre électrique de l’ Arsonval. Il se compose d’un cadran divisé en 100 parties et muni d’une aiguille qui, mue par un mouvement d’horlogerie fait le tour du cadran en une seconde, l'aiguille peut doné marquer le 1/100 — même le 2/100 du fait de demidivisions facilement réalisables.

Un électro-aimant dans lequel passe le courant d’un accumulateur agit sur le pivot de l'aiguille de telle sorte que celle-ci est à l’arrêt quand le courant passe, et tourne, entraînée par le mouvement d’horlogerie, quand le courant est interrompu. Un petit marteau sert à déterminer une sensation auditive chez le sujet en expérience, et, en même temps, rompt le courant et laisse l'aiguille tourner. Dès qu'il perçoit le bruit, le sujet appuie sur une presselle placée devant lui, laquelle presselle sert à rétablir le courant et en même temps à arrêter l'aiguille, I suffira alors de lire le nombre de divisions parcourues par l'aiguille depuis le moment où l’excitation a été produite, jusqu'à celui où le sujet a répondu, pour avoir en 1/100 de seconde le temps de réaction

du sujet à l'excitation auditive. On procédera de même pour les sensations tactiles, en donnant un petit choc avec le marteau sur un point quelconque de la surface cutanée du sujet.

Pour la mesure des réactions psycho-motrices, d’origine visuelle, le sujet regarde le cadran, l’expérimentateur appuie — sans bruit cette fois — sur le marteau, l’aiguille se met à tourner, et le sujet, dès qu’il a perçu le début du mouvement, arrête l’aiguille en appuyant sur la presselle.

Le fonctionnement : On explique d’abord le fonctionnement de l’appareil au condidat, et à titre d’essai on fait quelques mesures dont onnetiendra pascompte.Cette « expérimentation » terminée on fait alors pour chaque sorte d’excitation, dix déterminations successives et on prend ensuite la moyenne des groupes de ces dix déterminations.

Les bons candidats donnent des temps moyens de 19/100 de seconde pour les temps de réactions psychomotrices visuelles ; 15 /100 de secondes pour les auditives ; 14/100 de seconde pour les réactions d’origine sensitive.

Surtout, les différents temps de réaction observés chez les bons candidats sont sensiblement identiques et leur écart maximum n’excède pas 3/100 de seconde, alors que pour les mauvais candidats, le graphique de leurs réactions décrira une ligne brisée aux formes les plus imprévues ainsi que le montrent les deux graphiques comparatifs ci-contre (voir graphiques 1 et 2, page 137).

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Graphique d’un bon candidat (fig. 1)

Moyenne des temps de réaction aux impressions : visuelles : 19,2 ; auditives : 14,4; tactiles : 13,9.

Graphique d'un mauvais candidat (fig. 2)

Moyenne des temps de réaction aux impressions : visuelles : 27,2 ; auditives : 19,8 ; tactiles : 22,1.

11. — Mesures des temps des réactions émotives. Intensité — Inscription graphique.

On cherche ici à interpréter l’ébranlement déterminé dans le système nerveux par les émotions. On inscrit par les procédés usuels en physiologie expérimentale, le rythme cardiaque, respiratoire, les modifications vasomotrices périphériques et le tremblement. Puis, alors que le sujet est bien au calme on détermine —parexemple au moyen d’un coup de révolver tiré près de l'oreille — une émotion dont les manifestations respiratoires, cardiaques, vaso-motrices se trouvent alors enregistrées, comme on le voit sur les graphiques 4 et 5.

La simple lecture de ces inscriptions graphiques permettra aux examinateurs de conclure du sang-froid ou de l’émotion du candidat, donc à son acceptation ou à son refus.

La méthode mise au point, Camus et Nepper procédèrent à de nombreuses mesures qui furent faites en 1915-16 dans leur laboratoire d'examen de pilotes, installé au Grand Palais. C’est alors que Garsaux, devant les résultats obtenus, insistait auprès de la Section Technique pour la généralisation d’un tel service, et il fut décidé de le réaliser dans la zone des armées. Maublanc et Ratié, médecins au Groupe des Divisions d’Entraînement perfectionnèrent la méthode en employant des appareils plus sensibles qui donnèrent des résultats plus précis encore. Il n’entre pas dans le cadre de cet exposé de décrire l’appareillage, très scientifique, em-

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Réactions émotives d’un bon candidat (fig. 3)

En haut, graphique de la respiration ; au milieu, graphique du tremblement; en bas, graphique des vaso-moteurs ; tout en bis, inscription des -secondes. Le signe + indique un coup ‘e révolver : le rythme respiratoire est à peine modifié, il n’y a pas de tremblement ni avant, ni après, aucuns modification vaso-mo rice.

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Réactions émotives d’un mauvais candidat (fig. 4)

Le coup de révolver + est suivi d’une arythmie respiratoire des plus prononcées. Le sujet, qui tremblait légèrement avant le coup de révolver, est pris d’un tremblement intense, Les vaso-moteurs donnent une vasoconstriction typique.

ployé. Nous rappellerons seulement que Maublanc et Ratié inventèrent un dispositif leur permettant de mesurer les temps de réaction, en fonction des variations d'équilibre, dans le sens sagittal, transversal et horizontal, ainsi que leurs modifications avec l’âge et l’entraînement du pilote. Puis Guillain, avec Robert Foy, Ambard et Cantonnet organisaient à Longvic près Dijon, en 1918 le Centre Médical de l’aviation française, Des organisations analogues étaient alors créées dans les pays alliés. Enfin, après l'armistice, la Convention Aérienne Internationale tenue à Rome en 1919 modifiait et complétait l’organisation de l’examen des pilotes de tous les pays représentés.

Dès 1920, comme nous l’avons déjà vu, le Docteur Garsaux, en fonction de cette Convention, fondait le centre principal d'examen au Bourget, puis, en 1921, Cruchet fondait celui de Bordeaux, le premier de province.

Résultats et discussions : Cette méthode d’enregistrement de la valeur des réactions des pilotes devait pendant longtemps constituer un critère absolu. Mais peu à peu des critiques s’élevèrent et, actuellement cet examen psycho-moteur est totalement abandonné dans l'aviation française.

Voici quelques unes des raisons qui nous furent proposées :

L’étude des réactions psycho-motrices constitue, du point de vue scientifique une recherche qui a une valeur indiscutable, appelée à rendre les plus grands services en

physiologie médicale. Mais en est-il de même dans son application pratique aux pilotes et candidats-pilotes ? Il semblerait que non. Avoir de bons temps de réaction ne signifie pas être ou devenir bon pilote. On a pu citer la statistique de ces 20 coloniaux candidats-pilotes, envoyés pendant la guerre au centre d'examen du Bourget et qui furent l’objet d’un premier classement d’après la seule valeur de leurs réactions. psycho-motrices. Envoyés ensuite chez Morane à l’école de pilotage, il se trouva que les deux premiers du classement furent éliminés pour incapacité complète, et que les 18 autres avaient un classement sans aucun rapport avec celui donné par les chiffres de leurs réactions psycho-motrices.

Selon-nous, les critiques adressées globalement à tous ces examens ne sont pas entièrement fondées, car il faut discriminer entre les réactions psycho-motrices et les réactions psydro-émotives. Les premières constituent des épreuveslogiques, de valeur absolue et de signification constante, que l’on peut ranger dans l’arsenal médical, à côté de la mesure de la pression artérielle.

Par contre les conclusions tirées de la mesure des réactions émotives nous paraissent beaucoup plus discutables. L'expérience de laboratoire ne correspond pas, ni qualitativement, ni quantitativement à l'émotion globale qu’un sujet pourra être appelé à éprouver dans telle circonstance de sa vie de pilote. D'ailleurs et quand bien même les expériences au lobaratoire et «in vivo »se correspondraient, on négligerait nécessairement de tenir compte des possibilités d'adaptation des candidats :

tel sujet médiocre au début, demeurera toujours médiocre, alors qu’un de ses camarades très mauvais au début, nerveux, émotionnable, pourra s’améliorer… quelquefois même devenir excellent. Un cas bien connu sur les terrains d'aviation, est celui de ces deux aviateurs devenus l’un, un remarquable pilote de ligne, l’autre un des as les plus célèbres de l’acrobatie aérienne, et qui n'avaient pu être reçus à l’examen de pilotage qu'après avoir fait respectivement 160 et 250 tours de piste — contre 60 ou 80 en moyenne !

Ainsi cette mise au point préliminaire nous paraît indispensable avant d'aborder le domaine tellement vaste de la psycho-technique. Cette « jeune science » appliquée à lautomobile prendra exactement modèle sur ce qui a été fait dans l’aviation, en ajoutant toutefois aux épreuves déjà pratiquées, quelques tests souvent discutables quant à leur signification.

Il conviendra donc d’aborder cette étude avec circonspection et de fixer étroitement nos limites.

Bzowski 9

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