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DES MOUVEMENTS

Mouvement : degré de vitesse ou de lenteur que donne à la mesure le caractère de la pièce qu'on exécute. Chaque espèce de mesure a un mouvement qui lui est propre, et qu'on désigne en italien par : Tempo giusto. En outre, il y a cinq principales modifications de mouvement qui, dans Tordre du lent au vite, s'expriment par les mots : largo, adagio, andante, allegro, presto.

Chacun de ces degrés se subdivise et se modifie encore en d*autres termes, dans lesquels il faut distinguer ceux qui n'indiquent que le degré de vitesse ou de lenteur, comme larghetto, anda?itino, moderato, allegretto, prestissimo; et ceux qui marquent de plus le caractère et l'expression de l'air, comme agitato, vivace, giusto, cou brio, etc.

Les premiers peuvent être sentis et rendus par tous les musiciens, mais il n'y a que ceux qui ont du sentiment et du goût qui sentent et rendent les autres.

Dans notre ouvrage intitulé Curiosités musicales, nous

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avons traité une première fois du Mouvement; puis encore, dans Y Art du chef d'orchestre. Si nous revenons, aujourd'hui, sur le même sujet, c'est pour envisager le « mouvem|nt» sous le rapport de l'exécution d*ensemble, et lui donner un complément indispensable. Dans ce but, nous développerons ici certaines propositions que nous n'avons fait qu'effleurer antérieurement.

Les circonstances à considérer dans un corps en mouvement, dans un ensemble quelconque,'sont la masse, l'espace parcouru, la force qui produit le mouvement, etc. Ainsi donc, tout mouvement est soumis au nombre des exécutants, à la place qu'ils occupent, à la puissance des moyens d'exécution employés.

Le mouvement indiqué en tête de chaque morceau subit, nécessairement, dans le courant des fluctuations résultant des circonstances dans lesquelles le mouvement se produit, c'est-à-dire selon le nombre des exécutants, des parties réalisées, selon le poids de l'ensemble, l'éloignement ou le rapprochement des exécutants, selon que le rythme est uniforme ou varié, accéléré ou retardé.

Ces considérations et d'autres encore créent une foule de raisons qui motivent les fluctuations constantes de tout mouvement; celles-ci forment une sorte de tempérament ou concession faite au mouvement réel, au tempo giusto, lequel peut, tour à tour, aller sans vigueur [andare) ou, au contraire, être soutenu {sostenuto). Cette opération est le résultat du sentiment vrai reposant essentiellement dans la nature de l'artiste, dans son aptitude à ce qui concerne l'exécution d'ensemble.

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Les altérations du mouvement indiquées par les mois : ritetiuio, ritardando, allargando, accelerando, etc., ont ordinairement peu de durée comme temps; elles s appliquent en général à une mesure, ou à une partie d'igie mesure; leur appréciation est soumise au sentiment qui en détermine la durée. Le mouvement, en ce cas, n'est altéré que momentanément.

D'autres altérations, mais alors défectueuses, frappent encore le mouvement, c'est lorsque l'exécution, soit par la difficulté, soit par toute autre cause, se trouve accélérée ou retardée outre mesure ; ces taches ne devant pas exister, ou tout au moins disparaître aussitôt, il est bien entendu que cette atteinte portée au mouvement n'entre aucunement en ligne de compte avec les considérations énoncées plus haut, et qui produisent les fluctuations naturellement admises. Ces alternatives de mouvement, soit au delà, soit en deçà, sont d'ailleurs déterminées par le caractère et l'expression conçus par l'auteur, l'exécutant les exprime par une interprétation qu'il doit s'efforcer à rendre le plus exactement possible *.

Lorsque le soliste, pour vérifier s'il tient la mesure, s'il ne s'en écarte point, consulte le métronome, et joue sous sa direction, c'est alors qu'il constate ces fluctuations de mouvement auxquelles est soumise toute exécution bien sentie et bien rendue. Soit le caractère, soit l'expression, soit la mesure, soit le rythme, soit toute autre cause, il est un fait certain, c'est que par rapport aux considérations avec lesquelles il faut compter, le mouvement ne peut conserver, tout le temps, la régularité mécanique du

1. Voir à Tappui de ces sortes de fluctuations de mouvement : VArt du chef d'orchestre^ chapitre V : Du tempérament appliqué au mouvement.

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mélronome, et que les fluctuations de mouvement résultent de la nature même du sentiment qui les fait naître, et qui est, en un mot, la vie de toute exécution. Le sentiment est alors l'ennemi de ]a régularité absolue.

L'exécutant, à Torchestre, est en face des mêmes épreuves que le virtuose vis-à-vis du métronome; il est soumis à Tarchet du chef d^orchestre. La difl'érence consiste dans l'application ; Tune a la rigidité de la mécanique, l'autre a pour moteur, pour guido^ le sentiment et le goût. Le chef d'orchestre ressent donc les mêmes impressions que les exécutants : le premier, par la lecture de la partition, qui lui donne en plus l'expression de l'ensemble; les derniers, par l'exécution de. leur partie respective. Ce qui revient à peu près au même de chaque côté : c'est-à-dire qu'il existe de part et d'autre une sorte de tiraillement, plus ou moins prononcé, lorsque le sentiment n'est pas identique des deux côtés. En effet, cet état de choses est celui des répétitions d'études, là où il se produit l'incertitude, la cacophonie, les luttes continuelles, un vrai champ de bataille! Puis, peu à peu le désordre disparait, les oppositions se calment, l'accord se rétablit dans l'ensemble, pour faire place à l'exécution perfectionnée. . .

Aussi n'est-ce qu'à l'aide de concessions mutuelles, ^t guidé par un même sentiment que Ton obtient, dans l'ensemble, le mouvement propre à toute espèce de mesure, et eu égard aux considérations de pesanteur et de rythme, que nous avons énoncées précédemment.

Pour les exemples suivants nous renverrons de nouveau le lecteur à VArt du chef cT orchestre, chapitre V, dans lequel il est traité du même sujet.

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1* A la mesure 83 de V allegro vivace du premier morceau de la symphonie en si bémol de Beethoven, exemple d'un rythme uniforme, dont le mouvement semble demander à aller {andare) et dont le crescendo de la progression ascendante augmentant le poids du son, arrive, si Ton n*y prend garde, à une ampleur qui dépasse, même de beaucoup, le degré de sostenuto applicable au mouvement.

2" A la 282'' mesure du finale de la symphonie en fa, de Beethoven, autre exemple d'un rythme uniforme entremêlé du dessin, à notes répétées, dont le mouvement ne s'accentue que trop facilement, et qui finirait par aller en avant, si on ne lui imposait un sostenuto métronomique.

3* Aux mesures 29, 30, 31, 32 de l'introduction de la symphonie en r^' majeur de Beethoven, exemple dans lequel les accords forte du quatuor, au premier temps de chaque mesure, demandent à être indiqués par anticipation de la part du chef d'orchestre pour les faire arriver sans retard; du côté des instruments à vent, il convient de donner une valeur plus longue à chacun des quarts de soupir afin de laisser l'accord se poser d'aplomb, et de soutenir le mouvement du sextelet du 3® temps de chaque mesure : cela permet à l'indication anticipée de l'accord forte de s'exécuter de manière à assurer l'ensemble de l'attaque.

Telles sont, en général, les obligations auxquelles tout exécutant doit obéir forcément. Heureux celui qui s'y soumet sans contrainte l

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