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DE LA MESURE

La mesure, cette « division de la durée ou du temps en plusieurs parties égales », n'a de valeur déterminée, dans son ensemble, et sous le rapport de la période ou de la phrase qu'elle constitue, ainsi que du rythme auquel elle sert de modèle, que par le mouvement, ce « degré de vitesse ou de lenteur que donne à la mesure le caractère de la pièce qu'on exécute » et qui s'exprime par les mots en usage : largo, adagio^ andante, allegro, presto^ etc.

La mesure prend donc la physionomie caractéristique du mouvement qu'on lui imprime. La mesure ne vit que par le mouvement.

Dans r « ensemble » le mouvement de la mesure, transmis d'une façon identique par la division du temps qu'exécute le batteur de mesure, pour chacun des exécutants, doit être compris, rendu, par tous, avec une même exactitude.

Mais, comme on sait, le mouvement doit compter avec les diverses pesanteurs auxquelles il s'adresse. Delà pro-

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viennent les diiïérentes flucUiaUons de mouvemenl et de mesure que nous avons signalées déjà.

El, en effet, la différence est grande, lorsque la même indication de mouvement est faite à Torchestre, soit pour les parties de Vu harmonie », non doublées, soit pour celles du « quatuor » .

Mais, où naît la difficulté réelle de Tensémble, c'est quand cette même indication de la mesure s'adresse en même temps aux parties do Tharmonie, non doublées, ainsi qu'aux parties du quatuor formant chacune un corps distinct.

En outre, une autre cause vient encore se joindre à celle de la pesanteur du son.

On a remarqué, sans doute, que les nuances forte et piano contribuent sensiblement en plus ou en moins à la pesanteur du son. La nuance forle, surtout, influe considérablement sur la pesanteur qu'a déjà la masse des

archets.

Eh bien! cette cause étrangère aux lois de la pesanteur du^son, maïs qui ne trouble pas moins Tensemble, et que nous considérons comme une défectuosité d'exécution, se produit généralement à toute attaque forte du quatuor ou d'une ou de plusieurs parties du susdit quatuor.

L'effet qui résulte de toute attaque forte, en général, est une émission plus ou moins tardive du son.

Si l'attaque a lieu sur le temps fort d'une mesure, entre cette dernière et celle qui la précède, il se produit comme une espèce d'arrêt, un semblant de silence causé par la préparation inconsciente, ou plutôt, disons-le franchement, par une certaine crainte de la part de chaque exécutant

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^onl la préoccupalion esl de ne pas devancer son voisin : ils s'attendent pour être certains d'attaquer ensemble.

Un exemple des plus frappants, et. déjà cité précédemment, est le passage des mesures 39, 30, 31^ 33 de Tintroduction de la symphonie en ré de Beethoven.

Il en résulte, comme nous Tavons dit, un léger retard d'émission, dans la partie ou les parties qui opèrent Tattaque, lequel retard nécessite aux autres parties une ampleur.de mesure ou de son de valeur excédante, et cela pour arriver ensemble.

Ces attentes, d'un côté, de Tautre ces émissions tardives donnent à Forchestre un manque d'équilibre, d'ensemble^ un tiraillement continuel de part et d'autre, qui selon nous est une défectuosité d'exécution, sur laquelle Meyerbeer ayant un jour à se prononcer, disait : « Oui ! cela ballotte. »

C'estàladirection,danscecas, à éviterle<( ballottement ». Elle doit se prémunir contre les tendances si fréquentes aux émissions tardives. II faut pour cela accentuer énergiquemcnt le signe indicateur, et, avec un sentiment à l'opposé, anticiper, en quelque sorte, les attaques et prévenir leur retour, en les devançant toujours par une nouvelle accentuation, c'est-à-dire par un signes des plus marqués.

n n'est pas inutile d'indiquer ici le passage pour lequel ces lignes sont écrites : c'est en vue de la progression contenue dans V allegro de la symphonie en ré (aux mesures S5 et suivantes) dont le souvenir vient au bout de notre plume.

Ce n'est pas, nous nous le rappelons encore, seulement ' dans la nuance forte que ces émissions tardives sont à redouter, mais aussi dans la nuance pianissimo où la même

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préoccupation des exécutants se manifeste. La peur de ne point rendre aussi piano que possible la pose des notes d'un côté ; de Tautre, le soin extrême apporté par les instruments à vent pour rémission du son, toutes ces causes amènent conséquemment un léger retard, c'est-à-dire que les notes arrivent un peu après le temps. Et s*il survient subitement un forte marquant les temps de la mesure, ceux-ci se trouvent subir une pesanteur telle, que les accords élargissent forcément la mesure d'une manière excessive, si la direction, à Tœil vigilant, ne presse de son côté en proportion du retard pressenti. Ceci est à l'adresse des deux niesures 45 et 46 du larghetto.

En général, la pesanteur doit être « éperonnéc », certaines attaques demandent à être « talonnées » ; nous ne voyons aucun cas où la « bride » puisse être abandonnée.

Ne quittons pas cette symphonie sans mentionner une autre progression qui se trouve dans le larghetto (aux mesures 55 et suivantes).

Beethoven, dit-on*, Texécutant au piano, accélérait a poco a poco le mouvement jusqu'au piano de la mesure 59, sur lequel il opérait un poco lento pour reprendre à tempo primo sur le forte de la mesure suivante (60''). On peut s'armer de cette intention de Fauteur pour aller de l'avant, sans pour cela altérer le mouvement d'une manière exagérée.

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