RÉSUMÉ
On a pu apprécier, dans le chapitre des « solos d'instrulUfe-nts à cordes, à l'orchestre », la différence de sonorité que nous avons cherché à définir, tant d un côté que de l'autre, soit que l'exécution ait lieu par un seul, soit qu'elle résulte de plusieurs.
On a remarqué également qu'au point de vue des nuances, il convient de déterminer le degré d'intensité auquel le son doit atteindre; que sous le rapport du son émis, par exemple, par un violon seul, ou par l'ensemble des violons, la différence est tellement sensible qu'elle est parfois désavantageuse pour le « solo » à l'orchestre, etc., etc.
Nous ne saurions mieux résumer les considérants qui se rattachent à cette opinion ainsi qu'aux questions qui sont l'objet de notre livre, qu'en mettant sous les yeux du lecteur quelques notes d'auteurs dont l'autorité est pour nous d'un puissant appui.
120 DE 1/EXECLTION D'ENSEMBLE.
Appréciation du « violon à l'orchestre :
Les « instruments à archet », dont la réunion forme ce qu'on appelle assez improprement le « quatuor », sont la base, Télémenl constitutif de tout orchestre. Â eux se trouve dévolue la plus grande puissance expressive, et une inconteslable variété de timbres. Les violons surtout peuvent se prêter à une foule de nuances en apparence inconciliables. Ils ont (en masse) la force, la légèreté, la grâce, les accents sombres et joyeux, la rêverie et la passion. Il ne s'agit que do savoir les faire parler. On n'est pas obligé d'ailleurs de calculer pour eux, comme pour les instruments à vent, la durée d'une tenue, do leur ménager de temps en temps des silences ; on est bien sûr que la respiration ne leur manquera pas. Les violons sont des serviteurs fidèles, intelligents, actifs et infatigables.
Les mélodies tendres et lentes, confiées trop souvent aujourd'hui à des instruments à vent, ne sont pourtant jamais mieux rendues que par une masse de violons. Rien n'égale la douceur pénétrante d'une vingtaine de chanterelles mises en vibration par vingt archets bien exercés. C'est là la vraie voix féminine de l'orchestre, voix passionnée et chaste en même temps, déchirante et douce, qui pleure et cric et se lamente, ou chante et prie et rêve, ou éclate en accents joyeux comme nulle autre ne pourrait le faire. Un imperceptible mouvement du bras, un sentiment inaperçu do celui qui l'éprouve, qui ne produirait rie.n d'apparent dans l'exécution d'un seul violon, multiplié par le nombre des unissons, donne des nuances magnifiques, d'irrésistibles élans, des accords qui pénètrent jusqu'au fond du cœur.
DE L'EXÉCUTION D'ENSEMBLE. <2i
. Les compositeurs seraient par trop minutieux, je crois, d'indiquer les mouvements do Tarchetdans leurs partitions, en mettant des signes pour tirer et pousser ainsi que cela se pratique dans les études et concertos do violon^; mais il est bon, quand un passage exige impépieusement la légèreté, l'extrême énergie ou Tampleur du son, de désigner le mode d'exécution par jces mots : « à la pointe de l'archet », ou « avec le talon de l'archet », ou encore « toute la longueur de l'archet sur chaque note ». — Lès mots « sur le chevalet » et « sur la touche » indiquant la place plus ou moins rapprochée du chevalet sur laquelle l'archet doit attaquer les cordes, sont dans le même cas.
(ïL Berlioz.)
« Sur le chevalet » ou « près du chevalet », ce mode d'exécution nous rappelle l'historique du fameux trémolo dans la scène de l'oracle, au premier acte de VAlceste de Gluck. Habeneck, à Tune des répétitions de celte magnifique scène, au Conservatoire, désespéré de la mollesse du trémolo des seconds violons, s' emportant, leur cria, furieux : « Plus fort... encore plus fort... toujours plus fort... » Alors les violons, se sentant ainsi éperonnés par le chef, exagérèrent et la force et la rapidité des notes, en écrasant le son dans un tremblement furibond, « près du chevalet » ; ce qui fit dire à Habeneck : « Bravo ! c'est cela ; très bien I Dès lors, l'effet du trémolo près du chevalet était trouvé. Ce mode énergique d'exécution devint, à dater de ce jour, une admirable tradition, dont l'effet puissant se