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Et remarquons encore que cette « prise de possession » du son émis par la voix contient en germe la naissance de l'accent, du sforzato > on sf.
i. Voir La science du mécanisme vocal de l'art du chanty par M^c Andrée Lacombe.
Mais si, au contraire, la phrase commence sur le temps faible de la mesure, en levant,
alors l'émission se fera sur la voyelle A correspondant au poussé de l'archet, et cette différente façon d'émettre le son perdra en soi le principe de tout accent.
Les dissidences que nous voyons s'élever, aujourd'hui, à propos du règlement de l'archet, se manifestent ouvertement entre la jeune génération et celle à laquelle elle a succédé.
Ceux qui ont eu l'insigne honneur de participer à la fondation de la Société des Concerts, doivent à ce privilège (si toutefois c'en est un) l'avantage d'être aujourd'hui rangés parmi les classiques.
A cette époque, l'élément important, cette brillante phalange des violonistes, se composait de l'élite des lauréats de l'école de violon dirigée par Baillot, Habeneck, etc., formant une même famille, qui ne tarda pas à s'augmenter, par une alliance digne d'elle, avec l'école des violoncellistes. C'étaient de part et d'autre les mêmes principes basés sur le naturel des choses, le sentiment vrai, dont la pureté, la logique dérivaient des saines traditions des maîtres illustres leurs prédécesseurs.
Cette nature d'artistes portait en soi les qualités essentielles à l'exécution d'ensemble, résultant des études, des exemples des anciens, des bonnes habitudes contractées par les principes reconnus, admis et suivis.
Aussi n'étaiUt-il nullement question de la conduite de l'archet, une fois les principales attaques réglées d'un commun accord. L'entente était parfaite sur ce point; on avait foi en son sentiment.
On était imbu des lois gouvernant les principaux éléments de l'exécution d'ensemble. On reconnaissait par intuition :
— Que le sentiment préside au début de tout morceau, et qu'il détermine soit le tiré soit le poussé de l'archet; — que Texactitude rigoureuse dans les liaisons est mal entendue, lorsqu'il convient au contraire d'apporter à l'ensemble la diversité d'archet, en faveur de la nuance; — qu'une trop grande observation des valeurs est quelquefois pernicieuse au caractère du rythme, comme à la durée relative des notes ; — que l'abus de la troisième position, et autres, sur les cordes basses, enlève la simplicité à l'exécution, de même qu'il porte ombrage à la clarté de sonorité des cordes hautes, etc., etc.
Aujourd'hui, le progrès, ou, pour mieux dire, les modifications^ les changements, les innovations apportés dans Técole moderne suscitent un désaccord avec l'école classique. Il en a été, cependant, tout autrement, du progrès accompli depuis Corelli jusqu'à Viotti, comme de Haydn jusqu'à Beethoven.
Les progrès reconnus, à cette époque, lesquels sont arrivés, pour nous, à être considérés comme s'annexant à Técole classique, se sont fait jour successivement, mais sans rompre la chaîne de la tradition, sans briser les liens avec le passé. D'un côté, les maîtres, les devanciers du chef d'école des violonistes, Viotti, de l'autre côté, les compositeurs précédant Beethoven, ont procédé de manière à ne
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point s'exclure les uns les autres. Ils ont continué à former une même famille de violonistes et de compositeurs illustres.
Les contemporains de cette époque n*ont point élé en dissentiment avec leurs prédécesseurs. C'est que le progrès reposant sur les mêmes bases, respectant les mêmes principes, ne se détachait pas volontairement, comme aujourd'hui, de la voie parcourue par les maîtres de Tart, de la filière par laquelle ont passé successivement toutes les écoles qui se sont suivies. Et cela, tant par l'exécution que par la composition, car l'enchaînement naturel des principes de l'exécution a une relation directe avec ceux de la composition; les qualités de l'une influent sur l'autre. On peut dire qu'elles ont une même base.
Aussi, pour que la tradition des auteurs anciens, regardés comme des modèles de perfection, soit conservée dans les écoles qui se succèdent, il faut que cette tradition repose sur les éléments mêmes qui l'ont fait naître.
C'est lorsque des éléments étrangers arrivent à faire révolution dans les principes admis, qu'il se crée des imitateurs de choses étranges: des novateurs amplifiant, surenchérissant les uns des autres, et finissant par former une secte à part, une foule de disciples fervents qui s'éloignent fatalement de toute tradition si nécessaire aux progrès de l'art, et, conséquemment, des auteurs anciens.
Et c'est précisément ainsi que nous voyons aujourd'hui se transformer l'école classique en celle dite de l'avenir, et s'éteindre, hélas ! peu à peu, les maîtres anciens, par suite d'éléments faussés, d'innovations bizarres, enfin par le manque de tous liens entre les nouveaux venus et l'école classique !