‹ De l'éxecution d'ensembleChapitre 26 sur 41 · D*APRÈS LES DIVERSES ÉDITIONS FRANÇAISES ET ALLEMANDES · texte numérisé non relu

D*APRÈS LES DIVERSES ÉDITIONS FRANÇAISES ET ALLEMANDES

L'interprétation exacte d'une œuvre quelconque dépend d'une foule de conditions.

Chercher à en exposer Ténumération seulement serait entreprendre un travail qui, malgré tout le soin minutieux qu'on pourrait y apporter, passerait toujours pour inachevé, pour incomplet, tant il se présente de questions surgissant de toutes parts, et à l'infini.

-Et d'abord, il convient de définir Tacception dans laquelle nous prenons le mot « interprétation ». Il ne s'agit pas ici de l'exécution, mais des intentions vraies, du sens exact, en un mot de la traduction littérale du texte de tout auteur : la reproduction du texte de toute œuvre dans ses plus amples, comme dans ses plus petits détails, où une simple omission peut jeter à côté de la vérité d'intention. Et malheureusement le point unique sur lequel reposent

les moyens de transmission do la pensée, c*est-à-dire le texte do tout auteur, ne nous arrive-t-il, la plupart du temps, que d'une manière altérée, faussée, incomplète, par des éditions successives non conformes entre elles et qui donnent lieu naturellement à une interprétation difTérente.

Il s'agit pour le moment de Tinterprétation des classiques, bien entendu, et nous prendrons comme exemples à Tappui rœuvre symphonique de Beethoven, et quelques fragments de Haydn et de Mozart.

Les symphonies de Beethoven ont été, comme on sait, montées à Paris par Habeneck, fondateur de la Société des Concerts, sans le secours des partitions!

C'est d'après le texte des parties séparées qu'elles ont été interprétées et connues en France.

A cette époque l'étude à l'orchestre ne se faisait pas à l'aide des partitions qu'il était fort difficile de se procurer alors même qu'elles étaient publiées. Les exécutants, d'ailleurs, étaient habitués à régler leur partie d'après Tcnsemble qu'ils constituaient. Ils agissaient en cela comme pour le « quatuor » qu'ils jouaient fréquemment.

Quelques années- plus tard parut une édition des symphonies de Beethoven en partition, édition dédiée à la Société des Concerts, et revue par Fétis, alors bibliothécaire au Conservatoire.

Comment cette édition a-t-elle été faite? Est-ce d'après les parties séparées gravées antérieurement par Siéber? Ou d'après les partitions gravées et publiées ultérieurement en Allemagne?

Il est à croire que les parties d'orchestre ayant été importées et gravées en France, c'est d'après ces dernières

que la susdite édition a été revue et publiée par Fétis et rédilcur Farrenc.

Ce qui donne lieu à celte supposition, ce sont certaines omissions, certaines fautes qu'on relève de chaque côté, et par contre, entre parenthèses, la rectification, en sens opposé, c'est-à-dire Terreur en place de Tétat normal des choses; témoins : Tlléroïque, la Pastorale, etc., etc.

Ces nombreux écarts du texte, même celui des parties séparées, ne parlent guère en faveur de ces éditions.

Cependant elles ont contribué à la propagation de l'œuvre du maître par des moyens de transmission qui n'ont pas toujours été, pour l'interprétation, la fidèle expression de la pensée du compositeur, quant à certains détails que nous avons mentionnés déjà dans nos Curiosités musicales.

Cet état de choses a duré une vingtaine d'années, pendant lesquelles on s'est familiarisé avec l'interprétation qui en a été le résultat; lorsque tout à coup parurent des éditions nouvelles, françaises et allemandes.

C'est alors que l'on commença à raisonner sur le pourquoi et le parce que des choses.

Cela d'ailleurs était bien permis, lorsque, par le fait, on se trouvait en présence de plusieurs textes différant des premières éditions (qui, elles-mêmes, différaient peut-être du texte original) et cela par le concours d' « arrangeurs » anonymes qui, à tour de rôle, s'imposaient de leur chef et sans commentaire aucun.

De sorte qu'aujourd'hui, ces différentes versions étant répandues, il est curieux de voir les diverses transformations, les changements, en un mot les interprétations différentes données à un même texte dans chacune des éditions,

dont la source, si Ton en croit les éditeurs, est toujours authentique, voire même pour l'édition qui a été, dit-on, publiée d'aprës les manuscrits de l'auteur.

Mais pour émettre l'idée d'une telle curiosité, il faut avoir vécu pour ainsi dire dans ces éditions, les avoir commentées, discutées, analysées pour trouver un intérêt dans la diversité même des choses qui y régnent.

Nous avouons que de tout temps nous avons éprouvé une sorte de passion, après avoir reçu de nos maîtres les traditions que nous avons respectées, à nous rendre compte des impressions qu'elles nous avaient causées, à savoir sur quelles bases elles ont été assises, et à distinguer si toujours elles ont reposé sur la vérité d'expression contenue dans le texte, ou si celui-ci leur faisant défaut, elles n'ont pas été livrées à l'arbitraire.

C'est donc en cette disposition d'esprit que nous allons faire passer en revue les principales divergences d'interprétation qui se présenteront à notre mémoire.

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