SYMPHONIE EN UT MAJEUR
Le texte, chez nos grands maîtres classiques, Haydn, Mozart, Beethoven, prend une physionomie qui est due au genre de notation caractérisant chacune son époque, et à remploi des signes indicatifs tels que liaisons, détachés, lettres abréviatives de nuances, termes d'expression de mouvement, signes d'augmentation, de diminution du son, etc., etc.
L^aspect le plus caractérisé des trois est, sans contredit, le texte de Beethoven.
Dans Haydn et dans Mozart, la notation étant plus complexe, à cause du nombre considérable de petites notes, dont la fonction qu'on leur attribuait, la valeur prise sur la note réelle, la place qu'elles occupaient, équivalaient à des accents dont les signes significatifs n'avaient pas paru encore.
C'était Tépoque où les auteurs laissaient une plus grande part à l'inteUigence des exécutants.
On ne rencontrait pas non plus la symétrie de l'emploi des nuances dans Tensemble des parties, ce qui produisait parfois des forte et des piano en même temps.
Cette latitude était la conséquence des petits orchestres. Avec le nombre est venue la précision. Sous ce rapport, le texte de Beethoven, très ciair, comme notes et comme signes, est le plus riche en indications.
La symphonie en nt majeur : « L'auteur en récrivant est resté sous Tempire des idées de Mozart qu'il a agrandies quelquefois et partout ingénieusement imitées ^ »
Dans le premier morceau, « au moyen d'une demi-cadence répétée trois ou quatre fois, on arrive à un dessin d'instruments à vent en imitation à la quarte, » après quoi se produit une terminaison forte sur le début d*une phrase cantabite piano des basses (64® et 63® mesures de V allegro). Le passage revient une seconde fois identiquement (deuxième reprise).
Entrés très avant dans l'œuvre du maître, les exécutants ont été promptement initiés au piano subit. Cette nuance, d'apparition nouvelle, l'orchestre du Conservatoire ne pouvait mieux faire que de l'observer scrupuleusement; si bien qu'il l'introduisit là où elle n'était cependant pas marquée, pressentant les indications contenues plus tard dans l'édition de Breilkopf et Hiirtel.
Toujours est-il qu'on fit l'avance d'un effet qui ne devait se produire d'une manière définitive, chez le maître, qu'ultérieurement. On ne peut considérer que comme essai la nuance du piano subit que l'on rencontre dans cette sym-
1. H. Berlioz, voir soa ë^ude sur les symphonies de Beethoven.
pbonie, à la 5* mesure et à la rentrée du motif dans le finale.
Nous croyons donc pouvoir affirmer que « sous Tempire des idées de Mozart » Tintention de Beethoven est d'accord en ce point avec le texte de toutes les éditions, c'est-à-dire la résolution forte. L'exécution contraire à cette version ne s'explique que par l'habitude prise de l'emploi fréquent du piano subit dans les autres symphonies.
D'autres exemples analogues sont à citer : la 27° mesure de la deuxième reprise du premier morceau; les 73® et 79* mesures de la même reprise, etc.
L'exemple d'un piano sur une terminaison forte était fréquent autrefois, ainsi que l'opposé, c'est-à-dire une attaque forte sur une terminaison piano, comme dans Vandante : 46* mesure (première reprise), 82* mesure (deuxième reprise).
SYMPHONIE EN RÊ
Dans celle-ci les différentes éditions sont conformes entre elles au texte de Fauteur, et à ses intentions exprimées.
« Habeneck, pour satisfaire aux exigences des hommes dégoût qui régentaient alors l'Académie royale de musique, se voyait forcé de faire, dans ces mêmes symphonies dont il a organisé et dirigé avec tant de soin, plus tar J, Texéculion au Conservatoire, des coupures monstrueuses... »
C'est ainsi que le finale de cette symphonie fut abrégé à l'aide d'une coupure, à la péroraison, allant du premier point d'orgue sur le fa dièse, au second. Les deux croix, au crayon rouge, sont encore dans les parties qui ont servi à cette époque.
Au larghetto dont le développement parut exagéré, peutêtre à cause de la lenteur qu'on lui apportait, fut substitué Vallegretto de la symphonie en la,
« Dès sa première apparition, le célèbre allegretto en la mineur de la septième symphonie, qu'on avait intercalé
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dans la deuxième pour faire passer le reste, fut donc apprécié à sa valeur par l'auditoire des concerts spirituels. »
C^est ici qu'apparaît pour la première fois le j^/ano subit, d*une façon aussi manifeste et aussi répétée de fois, que dès lors rhabitude contractée et rigoureusement observée par la suite,a rangé du côté des difficultés vaincues de Texécution.
Dans la nouveauté de l'effet, et peut-être comme preuve d'habileté de la part des exécutants, ceux-ci furent à la recherche des endroits où cet effet pourrait prendre place désormais. £t, comme il convenait admirablement bien aux conditions d'un orchestre augmenté de nombre, pour l'exécution des précédents maîtres, Haydn et Mozart bénéficièrent de ces avantages et enregistrèrent dès ce moment à leur actif une variété plus grande d'effets et de nuances qu'on n'en connaissait à leur époque.
IjQ^piano et les forte ne furent plus arbitrairement superposés, mais réunis d'après leur nature distincte, le caractère de chacun, dans un rapport symétriquement observé entre les parties. Cette régularité qui est le produit de l'exécution cause souvent, par cela même, une lourdeur que celle-ci doit constamment combattre.
On remarque cet emprunt, fait au progrès réalisé, ainsi que des écarts de texte, dans les œuvres suivantes de Havdn et de Mozart.
Haydn. 21'^ Symphonie. [La Reine de France.)
Le texte de cette symphonie, en partition, édition de Choron-Leduc, présente Texpression'des idées de l'auteur dans sa plus grande simplicité, l'interprétation devant y suppléer par l'esprit et le goût de l'exécution.
DE L'EXÉCUTION D'ENSExMBLE. 143
Dans les éditions qui ont été publiées successivement depuis, le texte a été horriblement mutilé, défiguré, faussé sous le rapport des nuances des liaisons ajoutées, des erreurs commises, des irrégularités sans nombre qui s'y rencontrent.
Aujourd'hui l'interprétation à la lettre de ces éditions modernes serait une monstruosité, étant donnée la transformation de l'orchestre jointe aux progrès réalisés de l'exécution.
Haydn. 41*" Symphonie. [Ut mineur.)
Dans celle-ci le texte de l'édition Choron-Leduc est plus explicite qu'ailleurs, malgré bien des omissions dues à la simplicité qui régnait à cette époque, aux nombreux sousentendus réservés à Tinitiative de l'exécution.
Haydn. IS"" Symphonie. {Concertante.)
Nous ne pouvons rien dire de l'ordonnance du texte, celte symphonie n'existant pas en partition gravée *.
Haydn. 31* Symphonie. {Lettre g,)
11 en est autrement de celle-ci.
Dans la partition éditée par Choron-Leduc, le texte est aussi peu régulier que bien d'autres et même moins, car il ne manque rien moins qu'une partie à l'accolade de la partition : celle de la contrebasse.