A L'ORCHESTRE
C'est toujours une question délicate à traiter, entre le personnel et le chef, lorsqu'il s'agit de « solos d'instruments à cordes, à Torchestre ». S'il n'y a point de soliste en titre, le chef d'orchestre a de droit la prérogative de désigner qui bon lui semble; si, au contraire, il y a un titulaire à l'orchestre, le chef n'en est pas moins embarrassé dans certains moments, car tel solo convient par sa nature à tel exécutant et non à tel autre. Aussi, pour ne point froisser des susceptibilités d'amour-propre, se voit-il parfois dans la nécessité de renoncer à monter certains ouvrages symphoniques importants.
Maintenant, en ce qui touche le soliste, le soin que réclame l'instrument, Tobligation d'avoir presque toujours recours à un instrument spécial, préparé à l'avance, bien monté, et, ce qui est encore à considérer, la place exiguë qu'occupe souvent dans l'orchestre l'exécutant, toutes ces
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raisons sont pour le soliste autant de sujets de préoccupation, sinon de crainte. Et puis, il faut reconnaître que le jeu du soliste étant, par exception, à Torchestre « un jeu naturel », celui-ci n'en est pas moins soumis à une certaine réserve dictée par la nature même de tout solo à Torchestre : l'interprétation doit en effet être la même que celle des instrumentistes de r« harmonie ». Elle diffère néanmoins de Texécution du soliste placé en « vedetle » par le côté de virtuosité, de puissance, de brillant dans le jeu, toutes qualités réclamées pour ce dernier, et qui ne sont point nécessaires, du moins à un si haut degré pour le solo à l'orchestre. Une sorte de retenue de jeu est au contraire indispensable. Car les solos d'instruments à cordes font généralement « disparate » avec le volume de son des instruments de même nature groupés par parties à l'orchestre. C'est un effet différent de sonorité, il est vrai, quelquefois voulu par l'auteur, mais qui, malgré tout, en éveillant l'attention de l'auditeur, le saisit toujours un peu à son apparition par le fait même du solo : les yeux du dilettante se portent instinctivement sur l'exécutant. Le son de l'instrument paraît grêle à côté des violons réunis; ce n'est plus l'ampleur de son, le timbre éclatant ou doux auxquels l'oreille est habituée, la puissance que lui acquiert le nombre des violons à l'orchestre. C'est un instrument autre ; modifié, amoindri, — une individualité qui apparaît au milieu de l'ensemble; — une voix au lieu d'un chœur. Du reste, ce clair-obscur de la sonorité convient parfaitement à ces parcelles de solos dont sont émaillées les œuvres de la jeune école.
D'un autre côté, l'individualité du soliste à l'ordhestre n'a
pas rinitiative, la liberté d'action du virtuose proprement dit, lequel est placé, comme l'acteur, de manière à con* centrer l'intérêt de l'exécution que l'auditeur (s'il est initié au jeu de l'instrument) prend plaisir à suivre, en véritable amateur.
Autrefois les solos à l'orchestre avaient une grande importance sous le rapport de la virtuosité.
Le solo de violon, dans Tandante de la symphonie d'Haydn (50®) nous en donne un exemple. Certes ce morceau est un des célèbres de l'époque; il a été jusqu'ici, pour les solistes de l'orchestre, le sujet do bravos, de suffrages, d'ovations adressées particulièrement à Tartisle dont la valeur était reconnue et appréciée de toutes parts. — Nous avons encore présentie souvenir d'Alard, à la Société des Concerts. — C'était encore le temps où l'on admettait, où l'on recherchait même cette virtuosité chez les exécutants à l'orchestre. Ce temps est loin déjà, où le solo de violon, au théâtre, était attendu avec impatience, désiré par le public, et applaudi avec transport. Baillot* venait-il à manquer une représentation à l'Opéra, qu'aussitôt son nom était un cri général : «Eh bien! eh bien! et le solo de violon, dis-je assez haut pour être entendu? — C'est vrai, dit un homme du public, il semble qu'on veuille le passer. — Baillot! Baillot! le solo de violon*. »
Et quel était le solo réclamé avec cette frénésie ? . Peut-être bien le Rondeau de Mayseder^ ou quelque autre de ce genre.
Comme on voit, les solistes, à cette époque, étaient en