‹ De l'exégèse et de la correction des textes avestiquesChapitre 25 sur 54 · XVII. Raèvà, splendide, — rafM (râmisbn), plaisir, bonbeur · texte numérisé non relu

XVII. Raèvà, splendide, — rafM (râmisbn), plaisir, bonbeur

— raèrd, généreux, — razb^ en ordre, — râs'tem, juste, vrai, — r4fîm, blessure, — raodafff il a grandi, — raocahhem (acc.)f brillant, lumière.

Yâtem gaèt'anâm = bakr i gehàn, part, lot, des biens de ce ce monde.

Enfin voici un extrait du Nerangistân donné par Haug à la fin du Farbang p. 77.

Av. Kabmâ^ | baca uzayairinâm gât'anâmratufritis'frajasaili? baca maid'yâ^ uzayairyâ^ hû frasbmô dâitéae para sacaiti, bama acha. ~ Aa^ aiwigàmae yèzi para bû frasbmè dâitoi^, abunâsca vairyan frasrftvayèiti.

Spentâ mainyûca vacastas'tem, k'sbvas* vabis'tem srâvayèili Anastaretè pascaèta av^ y^^ any^^ srâvayèi^ â maid'ya^ k'sbapâ^.

P. Men âigb barâ usayèirin gâs ratfranamisbntb frâz yebem tûnit? — Men miyân buzirln pavan bû frasbmôdàt barâ s^it. — Pavan bamin àiiûn. -* Pavan damastftn bat bûfrasbmodât Aliunavar frftz sraytt, spendarmatca 6 vas vicast srayit. Anastarft akbar zak I ai srâytt zak t val t miyânak t lelyâ.

Depuis quand la prière de déprécation du gàb Uzirtn peutelle avoir lieu? cela va depuis le milieu du gab Uzirtn jusqu'au coucber du soleil. — U en est ainsi en été. Hais en biver, avant le coucber du soleil on récite plusieurs Abuna Vairya et six fois très bien le texte spe&ta maiuyû, etc. Ensuite, sans sUnter-

rompre (ou se troubler), on récite les autres Gàthâs jusqu'au milieu de la nuit.

Il serait difficile de trouver une différence de quelqu'importance entre tous ces textes et leur version et, à part quelques méprises (t), quant aux formes flexionelles, nous serions très embarrassés de faire mieux.

On voit donc que le Farhang zend-pehlevi est (malgré certaines erreurs) un fonds de renseignements des plus précieux et que par conséquent les livres mazdéens post-avestiques, ou ce que Ton appelle la tradition, ne peuvent être dédaignés que par ceux qui ne les connaissent pas. Le farhang a une valeur spéciale parcequ'il contient des mots et des phrases qui ne se trouvent plus dans notre Avesta.

Des nombreuses explications exactes qu'il renferme nous pouvons et devons conclure à Texactitude d'autres que nous ne pouvons contrôler. Tout au moins ne nous est-il pas permis de passer à côté sans les examiner à la lumière d'une critique sérieuse et sans parti pris.

Signaler quelques erreurs et ne point tenir coinpte de tout ce qui est bon et correct, ce n'est pas de la discussion sérieuse ni ni d'une méthode scientifique.

J'aurais pu multiplier indéfiniment les exemples. Mais ce qui précède suffit amplement à la démonstration. Nul ne pourra plus dire, je pense, que la vraie méthode scientifique exige que l'on dise adieu à la tradition persane ; car ce serait soutenir que la science est du côté de ceux qui ignorent les monuments et les faits authentiques et substituent des hypothèses à l'histoire. Je crois donc avoir accompli cette première tâche. Il resterait à déterminer la méthode qui doit présider à un emploi scientifique des écrits traditionnels. Mais cela ne peut se faire convenablement avant d'avoir examiné le rôle que doit jouer la philologie védique dans l'interprétation de l' Avesta. Nous renvoyons donc cette discussion à plus tard.

(1) Nous aurions encore, à leur occasion, différentes observations à £aire mais nous les réservons pour une note finale.

VÉDISME.

S'il est vrai que la tradition mazdéenne ne peut-être négligée par quiconque veut donner à TAvesta une interprétation scientifique, c'est à dire, fondée sur les faits et non sur des conjectures et des appréciations subjectives, il est également certain qu*elle ne peut être le fondement unique. La tradition mazdéenne a ses erreurs et ses défaillances et nul n'a jamais pensé à la suivre aveuglément. Il s'est trouvé, il est vrai, des éranistes capables d'accuser leurs collègues d'un procédé aussi inintelligent; mais la vérité, et ils n'ont pu l'ignorer eux-mêmes, n'était point avec eux.

L'étude de la tradition ne suffit donc point et il a fallu chercher au dehors du zoroastrime un secours que celui-ci ne pouvait accorder.

Parmi ces moyens extérieurs la lexilogie et les antiquités védiques jouent certainement un rôle prééminent; personne ne le conteste. L'erreur ici est de tenir en quelque sorte pour infaillible un témoignage que la science ne peut accueillir qu'avec réserve. Si l'étude des Védas a rendu à l'Eranisme des services signalés, elle peut aussi, si Ton ne procède pas avec mesure et méthode, donner naissance à de fréquentes erreurs. Nous avons vu dans les pages précédentes bon nombre de méprises qu'engendrerait une trop grande confiance accordée à la science des Védas.

En voici quelques nouveaux exemples :

Vira n'est en sanscrit que l'homme, le Vîr; c'est en outre en avestique Tintelligence, le Vir persan. Ex. framen'nard'Vhàm. I^fu est droit, et erexu, doigt. — Rnavan^ débiteur, et eniavan, course ou coursier. — Kûpa, un creux et jfcoo/a, une colline, une proéminence. — Tantra, corde, règle, tissage, et tâthra, ténèbres. — Àm, vie, souffle vital, et Ahu^ maître, souverain.

— RtUf saison, époque, et ratu, chef religieux. — Karana^ ac* tion, et karana, borne, limite.

Dasyu est dans les Védas a l'ennemi, le démon, le koushite (?) impie ». Dans l'Âvesta c'est une division territoriale, le pays, la contrée. — Brahman (véd.) est la piété, l'exaltation religieuse; bùrsman (av.) est un faisceau de baguettes, instrument du cuHe. -^ BhûU (véd.) est le bien-être ; bûH (av.) est un nom de démon.

— Mereçfa (av.) est un oiseau ; mrga (véd.) est une béte fauve, et jamais un oiseau; pas même au R. 182, 7, comme le pense erronément M. Geldner : Jlfr^a pataiiAs est le correspondant de fbra alata, geflûgeUes-wildes'Thier, un monstre ailé comme les mythoiogies en connaissent beaucoup. Palara^ synonyme de patarus, qualifie les chevaux du soleil.

La liste de ces mots serait fort longue.

Nous avons vu aussi que le sanscrit est absolument impuissant à expliquer une foule de termes pour lesquels il n'a aucun correspondant. A ceux que nous avons déjà cités nous pourrions en ajouter un très grand nombre, par exemple : pereska, dânarè, kwaza, shama, yât^e^ ayare^ hâl'ra^ raog'nay narepU raji, astên* tû^, ascu, skenda^ vohuni^ vohunavaitU daksHavaitU asWwôT^ga, pôiVwa^ scant 'wa^aspin, yavin, spitamo, âit'i, bravaretn^ usadmht 8kâiti,$ud%pis'tra9 pik'a.pisray h^is, h^anua^y h^aini^ stij mainU t^tnanohya^ gaosûra, cahrahhaCy daretiga, sparmaini, spd (jeter), maèt'man et semblables, skyaot'anaj act., mairisftay stU spazga, etc., etc. Nous nous arrêterons ici pour le moment; nous devrons, par la suite, en citer une foule d'autres.

Si des mots nous passons aux idées, nous verrons se creuser entre les Védas et TAvesta un abîme infranchissable.

On entend dire fréquemment qu'Avesta et Véda c'est à peu près même chose, que ces deux livres ont entre eux les rapports leâ plus étroits, que le premier peut s'expliquer par le second et l'on c|st extrêmement surpris, quand on étudie les choses à fond, de trouver qu'au contraire il règne entre eux une opposilion presque constante et que leurs rapports sont en réalité des plus minimes.

Comment est-il possible qu'une semblable erreur se soit introduite et ait pu prendre pied de la sorte? Gomment a-t^n pu se faire, à tel point, illusion ?

La chose est assez simple. Les indianistes ont voulu que leur science suffit à la nouvelle tâche que la découverte des textes avestiques imposait aux orientalistes et pour démontrer cette suffisance, ilsont recueilli et groupé quelques traits de similitude répandus ça et là ; ils se sont imaginé et ont persuadé à leurs disciples que tout était comme cela et que la ressemblance était le caractère général des deux livres sacrés.

Mais celui qui étudie la question attentivement, sans parti pris s'aperçoit bientôt que les points de contacts sont rares et ne se trouvent que dans des objets de peu d'importance, qu'ils consistent plutôt dans les mots pris matériellement que dans les choses, et que même la plupart des traits identiques à l'origine ont subi dans l'Avesta une métamorphose complète et ne sont plus que comme des épaves défigurées, échappées au naufrage général des idées aryaques.

Quelques détails seront nécessaires pour démontrer scientifiquement notre thèse à ceux qui n'ont point fait de la matière une étude spéciale ; mais nous serons aussi bref que possible.

Nous envisagerons successivement tous les différents ordres d'idées, donnant pour chacun d'eux quelques exemples des divergences qui existent entre les conceptions et les mots.

Passons d'abord rapidement en revue le système avestique, en le comparant point par point avec celui des Védas.

A l'origine de toutes choses existent, comme les deux hémîs phères de l'univers, d'un côté les lumièi^es étemelles, anagfra raocâ, et de l'autre les ténèbres éternelles anag'ra temcb. — Rien de semblable dans les Védas.

Dans la lumière est un Dieu unique, éternel, spirituel, créateur et mattre du monde, principe du bien et de toute croissance, de toute vie; dans les ténèbres se trouve un génie, représentant du mal, de toute mort et de tOMt mal, mattre souvei^in du sombre empire, créateur également d'une certaine manière,

chef et créateur (probablement) des autres mauvais esprits. — Rien encore de ces idées aux Védas.

Entre ces deux pôles opposés de l'univers se placent le ciel et la terre créés par le Dieu de la lumière.

Toutes les créatures du ciel et de la terre ont d*abord été produites par Ahura Mazda d*une manière spirituelle, invisible, et sont restées en cet état pendant trois mille ans (i) ; il n'existait alors que bien et bonheur. Les maux et la mort y sont entrés par rinvasion d*Anro mainyus, le génie du mal, l'esprit des ténèbres qui a introduit dans le monde le péché et les maux de toutes sortes, qui a créé les animaux nuisibles, les maladies et la mort.

Le monde est ainsi divisé en deux camps, l'un de lavie et du bien, l'autre du mal et de la mort et entre ces deux camps se livre un combat perpétuel.

A un autre point de vue le monde est encore divisé en deux parties opposées Tune à l'autre et qui forment le monde spirituel mainyavô et le monde corporel asivéb.

Toujours rien d'analogue dans les Védas. Là nous voyons plusieurs génies représentant non la divinité mais des êtres ou forces de la nature, doués d'une puissance surnaturelle, formateurs plutôt que créateurs de la terre et du ciel visible et obtenant à tour de rôle, selon la dévotion du poète, la prééminence sur la nature et sur leurs pareils. Ce sont le firmament, Varuna (i); la région des nuages, Indra; le feu, Agni; le soleil, Sûrya; la lumière, Mitra; l'immensité, AdiH; le ciel et la terre Dyâus Prthivî; l'aurore, Ushas; les deux crépuscules, Açvins; etc., etc.

Dans l'Avesta le ciel et la terre sont des êtres dignes d'un culte, parcequ'ils sont les œuvres parfaites de Dieu, mais ce ne sont pas des dieux ; ils n'ont pas entre eux de rapports spéciaux.

(1) Que cette création spirituelle primitive soit entrée dÂns le tystôme de TAvesta, c*e8t ce que prouve un fragment avestique d*un livre perdu, fragment conservé par une glose : Cvantem zruànem mainyawi stis' as t

(2) Seul Varuna a quelques traits qui rappelle la divinité réelle, mais qui s*effisieent dàna l'ensemble.

Dans les Vedas ce sont deux divinités formant couple ; ce sont les rodast (duel) ; leurs noms s'unissent dans la forme Dyâvâ prtUvî. Le ciel est père, Dyduh pUd, (Çivç naxiQp) la terre est mère Prthivt mfttâ, (Aup^rDp). L'Avesta ne connaît rien de cela et ne donne pas môme au ciel et à la terre une épithète formant une sorte de personniflcation métamorphorique ; il n'y a que leurs noms. Et les noms même ne coïncident aucunement. Ce sont Dyâus et PrithitA en sanscrit; mais Asman eiZàm en avestique.

Uaçman védique n'est que la voûte matérielle.

Le soleil, la lune et l'aurore ne sont pas d'avantage personnifiés dans TAvesta; point de mytbe qui les concerne. Tout ce qui est dit du soleil peut se résumer en ces mots : « J'honore le soleil brillant, aux chevaux rapides; quand il luit tout est bien; quand il ne luit pas les démons triomphent ». La lune n'y a pas une mention plus étendue ou plus significative ; l'aurore n'y est que nommée. Dans les Yédas au contraire ce sont des divinités, objets des mythes les plus variés et les plus brillants.

Notons encore que la terre a un génie spécial dans l'Avesta : c'est Armaiti ou Aramaiti dont le correspondant védique (quant à la forme matérielle du mot) aramali est la piété.

Le monde des génies avestiques est également tout différent de celui des Védas.

En dessous d'Ahura Mazda nous voyons, formant un degré supérieur de la hiérarchie, un groupe spécial, les six Amesha- Çpentas créés par Ahura. Ils représenteut la sainteté, la bontés la puissance juste, la terre, l'incolumité et l'immortalité et président respectivement au feu, aux métaux (Vend. XX, 10) à la terre, aux eaux et aux plantes.

Les Védas n'ont rien qui y ressemble. Les Adityas diffèrent d'eux essentiellement et sous tous rapports, nature, origine, fonctions, nombre même, car ils ne sont au nombre de sept qu'accidentellement (voy. mes Origines dn Zoroàstrisme).

Les autres génies élémentaires ou n'ont aucun correspondant védique : Tistrya, H^arenô, Râman-h^àstra, Ardvt sûra, Saoka, Druâspa; ou, bien que portant des noms communs aux deux

systèmes, représentent des conceptions différentes. Tels sont : Nairyôsahha, Aryaman, Verethraghna, Apâmnapât et Milhra.

Les seuls génies qui soient identiques sont Yftyou, S&oia- Haoma et le Fou. Toutefois les attributs, les actes attribués à Sôma sont très différents de ceux qui forment la légende de Haoma. Le feu est Atar en avestique» Agni en sanscrit et le rôte, comme le culte, de ces deux génies sont de natures toutes diverses. L*Avesta distingue cinq espèces de feux inconnues aux Védas; le fidèle avestique vénérant le feu n'assiste point à sa naissance des deux aranis. Les mythes concernant Atar sont entièrement propres à TEi^an. Nous nous bornerons à ces détails, réservant nos preuves pour le cas où Ton contesterait cette vérité.

L'Avesta apprend à honorer les lumières éternelles et les astres TisU-ya, Satavatsa, HapUhiringa et Vanant dont les noms mêmes n*existent pas en sanscrit.

Il en est de même des génies avestiques qui personnifient des idées abstraites, Sraosha Tobéissance, Rashnu la justice, Arstâty Erethé, Rasanstât, la droiture, Ashi la grâce, Damais Upamana, la malédiction (?), Saoka Futilité, Daèna, la loi; enfin et surtout les FravashiSy cette sorte de doublure spirituelle ou d*âme céleste de Thomme, élevée au rang des génies les plus puissants; tout cela est exclusivement propre à TAvesta.

Le monde infernal, tout entier, ne Test pas moins. Les Védas n'ont point de démons, c*est à dire de génies du mal, moralement et essentiellement mauvais, poussant au péché; ils n'ont point de monde infemcU^ de hiérarchie diabolique; ils ne connaissent pas les daèvayasnas ou adorateurs des démons, opposés aux adorateurs d'un Dieu unique, Mazdayasnas. Ils n'ont point de demeure infernale» daozhahha^ séjour de douleur et de ténèbres, ayant une sortie sur un mont terrestre (Arezura); point non plus d'opposition essentielle et d*un caractère moral entre la lumière et les ténèbres; celles-ci au contraire sont dites sœurs du jour.

Quelques daèvas avestiques ont des noms de dieux hindous.

nais les noms propres de ceux qui jouent un rôle dans TAvesta ne se retrouvent point, en général, dans les Riks. Ex. :

Akoman (la méchanceté), Aèshma (la violence), Azi (la luxure), Jahi (idJ, Bûiti (l'infidélité), Kunda (l'ivrognerie), Araskd (la jalousie), Bushyàsta (la mollesse), AstaMMtu (génie de la mort), Vtzareshd (qui entraine les damnés en enfer), Daiwis (la tromperie), Ka$vis (pusillanimité), Driwis (déva de la misère), Tauru (la faim), Zairi (la soiOi Zemakd (hiver), Spehjaghrd (Fétiolement), Duzhyâirya (id.)» Vdtd (le mauvais vent), Apaoshd (la sécheresse), les Drujes (génies femelles), les Pairikas et spécialement Mû$, Paèsis et Khnathaili(?). La Nastis, génie des cadavres, Agha daoithri, le mauvais œil ou la tromperie (?); puis un nombre de dévas dont TAvesta ne donne que le nom : Muidhi, Kapasti, Buidhiy Khrui, Khruighni, Buidhija, Ayèhya, Kaquji^ les KarapôtaSf les Kah^eredhas, Hashi, Bashi, Saini, Buji, etc. Enfin les deux groupes des dévas mazaniens et des méchants Varéniens.

Dans cette longue liste il n'est rien qui rappelle de près ou de loin les noms ou les personnages védiques. 11 n'y a, en somme, que les yâtus dont le titre et le rôle existent des deux côtés, Azhi et Druje qui correspondent a Ahi et Dmh quant au mot matériel, bien que désignant des êtres très difiérents.

Le mythe de l'orage qui occupe la majeure partie des Véias Q*a pas la moindre place dans TÂvesta. L'orage préoccupait si peu les Eranieus quMl n'en est jamais parlé dans leur livre sacré et que nous ne connaissons pas même les mots avestiques désignant le tonn( rre, la foudre et les éclairs.

Les restes de ce mythe, ainsi que do toute la mythologie aryo- Tédique, sont dans l'Avesta comme ces pierres enlevées aux ruines d'un antique édifice et retaillées pour être introduites dans une nouvelle construction. Les sculpteurs les retouchent et les approprient au monument qu'ils élèvent sans se préoccuper de ce qu'elles ont été, peut-être même sans le savoir.

Ainsi Azhi a été probablement cet Ahi, démon indépendant de l'orage, luttant contre les plus puissants dieux, enlevant le^ fioages et les tenant captifs. Hais Azhi n'est plus qu'un monstru

terrestre, d'ordre inférieur, créé par le chef des démons, non pour ravir les eaux célestes, mais pour désoler la terre et détruire la sainteté (Y. IX, 25 ss.). Loin de lutter contre Dieu, il prie les génies de 3« ordre (Ardvtçûra, Vayou) de lui permettre de massacrer tous les hommes. Son vainqueur est un simple héros terrestre, Thraètaona. Changez le nom et toute ressemblance disparaît, laissant la communauté d*origine absolument méconnaissable.

Il en est ainsi de tous ou de presque tous les noms communs aux livres sacrés des deux peuples aryaques.

VAndra (ou Indra), Sauru et NâMiaithya cités au Vend. XI, nous n*avons que les noms mentionnés une fois. Il se peut qu'ils soient identiques aux Indra, Çarva et Nâsatya sanscrits et je le crois sans hésiter. Hais le dernier mot prouve que ce n'est point un héritage aryaque mais le fruit d'une adoption ultérieure par suite d'opposition de croyance. Ncbhhaithya ne peut être que la transcription avestique de nâsatya ; ce n'est pas un mot appartenant à l'Eranien qui ne fait pas entrer na comme premier élément de composition ; d'ailleurs l'unique N&hhaithya rappelle non les ndsalydu védiques, mais le Nâsatya récent du Harivansa (Voy. Hariv. V. 601, etc.). Il n'y a donc rien à tirer de cette coïncidence.

Les monstres malfaisants de l'Avesta sont Sruvâra^ le dragon qui dévore hommes et animaux ; Snâvidhaka, le Titan qui voulait atteler à son char Ahura Mazda et Anromainyus; Vadhaghna^ apostasiant pour obtenir la puissance terrestre; Uitâspa ft la huppe d'or, attelé au char de Keresâspa ; le Gandarewa au talon doré qui désolait les bords de la mer céleste et voulut un jour dévorer le monde mazdéen.

Le nom de ce dernier seul, se retrouve en sanscrit dans les Gandharvas, mais ce n'est encore une fois que le nom seul car les rôles du monstre unique Gandarewa et du groupe nombreux des Gandharvas, musiciens célestes, sont assurément, non pas analogues, mais opposés. La même opposition règne entre les personnages du Keresâni avestique et du Krsânu védique.

L'un est un roi terrestre, tyran impie, chassant les prêtres avestiques de son royaume, puis dépossédé par le génie; l'autre est un archer céleste, veillant sur le jus céleste de Sôma (ou Feau des nuées) et redouté du faucon ravisseur. Identifier ces deux êtres hétérogènes, cela passe pour de la perspicacité! N'est-ce pas plutôt de Tillusion? Remarquons encore que Krçânu n'est qu'un qualificatif et non un nom propre, c'est « Tarcher », le krçânu astr, au R. V. IX, 77, 2 comme ailleurs.

Les autres héros mythiques sont Haoshyahha^ le vainqueur des dévas, Takhma Urupa^ qui dompta ei monta Ahriman, ManuscUhraf Uzava et Keresâspa^ qui n'ont point de correspondants védiques, puis Yima, Thraètaona et Thrita, qui rappellent les Yama, Traitâna et Tiita des Védas, quant au nom, mais qui ont dans l'Avesta une physionomie et une histoi:*e toutes différentes. Trita est un dieu habitant les hauteurs éloignées, qui, déjà avant Indra, avait vaincu les démons voleurs de nuages et délivré les eaux (I. 52, 5), qui allume le feu et l'établit dans les maisons,, qui favorise le culte de Sôma (R. V. VIII, 41 etc.)* — Thrita au contraire est un personnage tout humain, roi de TEran, le premier médecin du monde, le premier qui obtint du génie Khshathra-vairya des remèdes pour guérir les maladies (Vend. XX.). Thraètaona est le vainqueur de la druje Azhi Dahâka; il combat dans les luttes de l'Eran contre le Tourân. On Ty voit sousla figure d'un corbeau, appelant Vafra Navâza (Yt. Y. 61) De Trâitana les Védas ne disent qu'une chose, c'est qu'il voulait fendre la tète au chantre du Rig 158, S.

On a assimilé Vdptya védique à l'âthwya, nom de la race de- Thraètaona; mais outre la différence des formes (âl + wya et â|> + tya) on ne doit point oublier que le titre é*âptyaiï'A rapport qu'avec Trita et dthwya avec Thraètaona seul.

Quant à Ftma, à part le nom de son père Vivasvat, il n'a aucun trait de ressemblance avec Yama. Il n'est ni un Dieu, ni le Père des hommes, ni le roi des morts ; il n'a pas de sœur. Vm\re part Yama n'a rien du héros éranien; il u'a point con* struit de Vara, il n'a point régné sur la terre et n'a point fait

disparaître tous les maux; il n'a point fait une triple chute ni ' appris aux hommes â manger de la viande. Le royaume terrestre de Yima, où il fait régner l'immortalité et dont il est déchu par un mensonge, n'a certainement aucun rapport avec l'empire des morts auquel préside Yama. Il en est de même du Vara construit par le héros dans le but exprès de faire échapper tous les êtres vivants à la mort et qui, par conséquent, forme le contrepied du royaume de Yama.

L'Avesta a aussi de nombreux héros légendaires formant la race royale de l'Eran jusqu'à Vtstâspa le roi converti par Zoroastre. Ils paraissent aux Yeshts dans le récit accidentel des luttes contre les Touraniens dont les principaux guerriers sont aussi mentionnés.

Les héros éraniens sont : les Kavas Kavâta^ Aipivohu, Usadhatu Arshan^ Pisina^ Byârshna^ Syâvarshâna et Husrava, Naotara, Syavarshâna^ Agi^aèratha^ Akhrûra, Awvat-aspa, Aspâyaodha, Vîstâspa^ VistaurushayZamvairi,Ashavazdéf Thrita(i),Jâmdspa, MaidJhyômœnha,

Parmi les Touraniens nous voyons figurer : Aurvasâra^ Franrasyâna^ Arejqtaspa^ Spinjarista^ Asta, etc. — Hutaosa, Huovi, Pourucista, Eredatfedht% Strûtatfedhri, Fréni, Huaredhu, Huma, Zaiiici, Vahhufedhri, sont les noms des femmes illustres d(î t'Avesta. En outre le Yeslh XIII, §§ 96 à 142 donne une liste d(» 260 personnages dont les noms avaient une signification pour les fidèles de TAvesta.

Qu'on veuille bien nous montrer combien, dans cette longue énumération, il y a de noms védiques. On aurait bien de la peine à en signaler quelqu'un.

Les mythes éraniens font figurer des animaux merveilleux. Ce sont les oiseaux Karshipta, qui promulgue la loi d'Ahura Mazda dans le Vara de Yima (Vd. II, fin), YAshâzus^la, qui avale les rognures d'ongles et de cheveux coupés (Vd. XVII, 29), le Vûraghna, qui sert de déguisement à Vereihraghna et à la majesté royale (Yt. XIX, 35 et XIV, 19), le Parodars qui éveille tes hommes; c'est le poisson Kara qui habite la Rahba et en sur-

veille les eaux (Yt. XVI, 7) le Vâsi pancasadvara^ qui délend le llaoma céleste, Vûne à trois jambes, qui habite la mer céleste, le Vahhdpara, qui combat les dévas, (Vd XIII, 2), VUdra upâpa, qui habite le fond des eaux et y reçoit les âmes des chiens morts (Vd. XIII, 167).

Aucun de ces êtres fantastiques, pas plus que les Krafstras ou animaux nuisibles créés par Âhriman, n*ont quoique ce soit d'analogue dans Tlnde.

La conception des eaux et de la terre, selon TAvesta, lui est encore exclusivement propre tout comme celle de Forigine du monde.

L'Inde ne connaît ni la mer Vourukasha, réservoir céleste des eaux, d'où s'élèvent les nuages, ni les ondes pluviales tombant sur la terre puis remontant à Tautre mer céleste PûiHka^ pour s'y purifier et retourner de là à leur lieu originaire; ni la source Ardvî sûra, jaillissant des cieux et se répandant par mille canaux pour former les fleuves et les lacs.

Dans la mer Vourukasha est un arbre merveilleux qui porte toutes les semences des végétaux terrestres; la pluie les répand sur la terre. Cet arbre s'appelle Hudpa, aux bonnes eaux, vtspoiaokhma^ pourvu de toutes les semences.

La terre qui est ronde, skarena, est divisée en sept karshvars à savoir : le Hvaniratha bâmya^ placé au centre, et six autres appelés Arezahèf Savahèy Frâdadhaffshu^ Vtdadhatfshu, Vourubaresti, Vourujaresti disposés en rond autour du premier qu'occupent l'Eran et les terres connues des Eraniens.

La terre est, pour cette raison, qualifiée de haptaithya septuple; mais ces sept kashvars n'étaient pas séparés par des bornes infranchissables puisque les héros sont dits avoir régné sur la terre septuple et pas seulement sur le Hvaniratha.

Sur cette terre les montagnes se sont formées après qu'elle était constituée ; elles se sont successivement soulevées. Il y en a en tout 2244. La première est la Haraberezaiti qui s'élève à l'extrémité orientale avec son pic aérien, le Hukairya, puis le Zeredhô, puis l'Ushtdh^^, TUshidarena, l'Erezifya, le Fraorepa,

etc., etc. L'Avesta en cite septante-quatre dont les noms, à part celui de la Mevakha^ sont exclusivement éraniens. Les montagnes sont des objets de culte et TAvesta prescrit à qui gravit une montagne de répandre des offrandes sur son chemin. (Yt. XIX, 1-7).

Dans tous ces noms, dans toutes ces conceptions il n*en est pas une seule qui rappelle un souvenir de l'Inde védique. A une époque de beaucoup postérieure on trouve une division de la terre en diverses parties. Mais ces parties sont des îles dvîpas, isolées, tandis que les divisions éraniennes sont formées par des sillons, kar$ha; en outre le nombre des dvîpas indous est indéterminé. Il varie de 4 à 13. Leurs noms sont : Jambûy Plaxa, ÇâlmcUi, Kûça, Krâunca, Çâka et Pushkara; ou Bhadrâçva^ Kêtumâla, JambiÂdvîpa et Uttarâh Kuravas selon le nombre Rien de moins avestique. Parmi les noms de montagnes la Maënakba rappelle la Mâinâka du sanscrit classique et c'est tout.

L'origine des êtres vivants, selon TAvesta, n'est pas moins unique en son genre. Ahura Mazda créa d'abord un homme seul Gayo maretan et un taureau unique. Anro mainyus les accabla de maux et les fit périr l'un et l'autre. Le semen du taureau mort fut porté dans la lune, où il produit l'engendrement du bétail ; son âme s'éleva au ciel et y prit la tutelle des animaux domestiques ou tout au moins de sa race (Y. XXIX).

Le monde durera, en son état présent, pendant 30 siècles et sera le théâtre d'une lutte incessante entre le bien et le mal physiques et moraux. Vers les derniers temps paraîtront successivement trois prophètes, issus du semen de Zoroastre, Ukhshyat" ereto, Vkhêhyat-nemô et Astvat-ereto ou Soshyans. Les deux premiers rétabliront la religion dans son lustre perdu et vaincront des monstres destructeurs. Le troisième livrera un dernier combat aux démons, les défera et les rendra impuissants. Alors les hommes resusciteront et recevront la rétribution anale de leurs œuvres; le monde sera rétabli dans son état primitif de justice et de bonheur (ahsashûta et frashokereti). Le sort particulier de chaque homme après sa mort est ré^lé comme on le sait. L'âme

erre trois jours autour du corps, exposée aux attaques des dévas, puis sa conscience se manifeste à elle et lui révèle ses bonnes et ses mauvaises actions. Alors le déva Vîzareshô précipite le méchant en enfer et la conscience du juste le conduit au Paradis à travers son triple parvis de Humatem^ Hûkhtem et Huvarstem ; Tâme va au Garanmûna où siègent Âhura Mazda et les Amesba-Çpentas sur des trônes d'or. Ce lieu est aussi appelé oc le monde parfait des justes », Vahis'tô anhus' ashaonàm. — Un pont, appelé Cinuat unit la terre à Taulre monde. Un passage de l'Avesta suppose que ce passage est gardé par des chiens ; mais ceux qui traitent expressément la question ne parlent pas de ces singuliers gardiens. D'après le premier texte, les chiens aideraient l'âme à franchir le redoutable passage (confr. Vend. VIII, 41 ss. — et Vd. XIX, 89. — Yt. XXII.)

On chercherait vainement dans les Védas des noms ou des conceptions qui répondent en quelque manière à ce que nous venons d'exposer; il n'y a rien d'analogue hormis le rôle des chiens pris d'une manière générale. Nous voyons dans les Védas que Yama, le roi du monde des morts, a deux chiens à quatre yeux et bigarrés, redoutables pour les méchants (RV. X, 14,10); Ces chiens viennent parmi les vivants chercher les mourants et conduisent les bons à leur éternelle demeure (Ibid. 11). On voit que, même en ce point d'analogie, il y a des différences qui ne permettent pas d'expliquer un trait par l'autre. L'Avesta a aussi ses chiens bigarrés et pourvus de quatre yeux, mais ils ont une toute autre fonction. Ils sont sur la terre, ce sont des chiens de chair et d'os employés pour chasser les mauvais esprits.

Les Aryas védiques croyaient aussi à une autre vie ; mais tout ce qui se rapporte à cette croyance, faits, doctrines et noms, a un caractère tout différent. D'après les Védas un chemin long et difficile conduit à la demeure des Pères, un Ûeuve que l'on traverse en canot sépare les deux mondes ; un bouc immolé à cet effet conduit le défunt. Celui-ci se rend dans le monde du soleil, dans le sein d'Aditi d'où il est sorti (Rg. X, 17, 4; 63, 10; 1, 115, 2; 241), là où siège Yama avec les dieux et les Pères,

dans un lieu de délices (X, 13S/ 1) où les sexes s'unissent encore (X, 66, 3 Alharv. V, IV. 34, 2). En outre les Pitris ou Mânes des Pères sont des divinités objets de culte. (Ctr. Zimmer, Alttndissches Leben, pp. 408 et ss.).

Les deux peuples ne s'accordent donc que sur ces données générales, admises par tous les peuples qui croient à la vie el à la rétribution futures : un lieu de lumière et de bonheur pour le séjour des justes morts ; les ténèbres et les tourments pour le châtiment des méchants.

Si de ces doctrines religieuses nous passons aux usages de la vie civile, nous trouverons des divergences et des oppositions non moins grandes.

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