CONSTITUTION POLITIQUE
Le peuple de TAvesta est partagé en quatre divisions nettement déflnies et constamment opposées, ayant chacune un chef, paitU à sa tête. Ces divisions s'appellent : Nmâna^ (maison), vîs^ (bourg), zarUu (tribu) et dahyu (pays), avec leurs Nmânopaiti, VîspaitU Zantupaili et Dahyupaiti. Les chefs s'appellent aussi ratavo (ratus). Y. XIX, 61.
L'Inde ne connaît rien de cela. Mâna n'est point une demeure, maison humaine; viç n'a pas de sens bien déterminé. Tantôt il désigne les hommes individuellement (RV, VI, 26, 1.), tantôt un groupe formé de guerriers ou d'autres (X. 84, 3; IV. 24, 4, etc.). Jana c'est le peuple, opposé au roi, râjariy et non le pays. Le bourg est grâma; le village, vrjana; la maison grha.
(1) Ushasô vyushti n'est pas un nom de partie du jour.
Les Gàthâs parlent aussi de rois, mais les appellent kfshcU'ras, nom qui n*a point de correspondant védique.
L*Inde a le grhapatU l6 grâmant et le vrâjapati. Le Viçpati est un terme presque constamment appliqué aux dieux et ne peut, par conséquemmant, pas désigner un chef de bourg; c'est le chef des hommes, comme dit Grassmann. Jantu^ correspondant phonétique de zantu, est la progéniture, Têtre vivant procréé, parfois « la race » prise comme terme abstrait, jamais comme division de la terre ou du peuple.
Les Gàlhâs contiennent aussi les désignations connues de IvaèVa^ verezéna (vei^ezàna) et airyaman. Le !• et le 3* terme n*ont certainement rien d'analogue en védique.
Que le seoond corresponde au Vtjana sanscrit, c'est bien improbable. Pour le supposer il faut d'abord admettre deux verezéna venant l'un de verez et ayant un sens en rapport avec la racine verez, travailler, l'autre de vrj et désignant un lieu enclos. En outre il faut supposer dans la nomenclature h^aèta^ verezéna, airyaman^ un terme relatif a une division territoriale entre deux autres qui n'y ont aucun rapport. (Aini^^^^ ^ HaVeman, compagnon, ami, suivant.) En outre il faut prendce verezâna (habitant, du Verezâna) pour un dérivé de verezann a village ». Ce qui n'est pas admissible ce devrait être varezâna.
La réunion populaire est Hanjamana en Eran, c'est Sabhd dans l'Inde, ou Samiti.
Au point de vue des conditions sociales le peuple avestique est divisé en Atharvans, Raihaestars (guerriers en char) et vastryasfshuyantô, pasteurs; une quatrième classe s'est formée sous un nom mal lu et inséré à l'Avesta sous la forme huiti; elle est composée des artisans.
Dans l'Inde nous avons les Brahmanas, les kshatryas ou Ré^anyasy les Vaisyas et les Cadras.
Les Athravans sont exclusivement occupés du culte et des prières, ils n'ont point d'importance politique et ne sont point des chantres divins.
Les Rathaèstars sont uniquement des propriétaires capables
de s'équiper pour la guerre et non des descendants et parents de rois comme les Rdjanyas. Les pasteurs et les artisans sont également des Vaiçyas dans Tlnde et ne sont point distingués comme en Eran.
Tout est ici différent, comme on le voit. Il en sera de même dans ce qui suit.
Les instruments do TAtharvan, tels que le Vend. XIII nous les expose, sont : Yastra, gaoidhi, le paitidâna, le khrafslraghna, le srao$hocarana^ Vumnia raèthwisbajina (vase aux purifications), le hâvana (mortier), la tashta (tasse) et le baresma. AJoutons-y les instruments du foyer ou de Tautel du feu et dont voici les noms en avestique : Atarecarana pcdris^hanûna, yaozhdâni^ gavemôskarana^ âtare vazanem, hikaranem, tashem^ vaèdhem. Les divers ordres de prêtres s'appellent Hdvanan, Alarevakhsha, Fraberetar^ Aberet^ Asnâiare^ Rathwiskat'e et Sraoshâvarez,
Rien de tout cela dans l'Inde.
Les armes des guerriers éraniens sont VarshtU le kareta glaive), le vazra (massue), le thanvara (arc), la zainis (?) avec des akanas — avec 20 pointes de fer — le fradaWshana (fronde), snâvare bdzura, le zrâd^ah^ le kuiri, le sân^avâra (casque ou tiare), le kamara, les rânapânô (cuissards), le çpdra (bouclier) et le khaodha (casque). Les 4 premières sont aussi indoues, mais les neuf autres sont, quant au nom du moins, exclusivement propres à l'Erao. Et même le kareta^ que l'on peut rapprocher de kartaii, ne figure pas comme arme des guerriers indous.
Les instruments du cultivateur sont absolument étrangers à riade : aèshayuyôsemi, ayazhdna pairidarezâna^ gavâzisHa, ydvarenem, uzgeresnô vag'd'anem, kàstrem paitis'harezanem varezyantem.
Au char nous voyons hàmisa, sima et simôit'ra que l'Inde ignore aussi.
Au point de vue des constructions, nous avons à signaler des différences non moins grandes. Nous laissons de côté quelques termes tels que stûna^ dvâra^ ânta (cfr. eopa, thûr^ etc.), qui appartiennent au vocabulaire commun des langues indo-germaniques et n'ont par conséquent aucune importance ici.
Les maisons s'appellent nmdma (dmâna) ou kata; les fenêtres» raoeana. On distingue dans la construction les frascihbanas, poutres? les mishta ou mizhda^ les vaèdhayanas; en avant est le fraskemba ou portique.
En regard de cela nous avons pour la maison védique les termes pratimit, parimit, vança^ chandaSy paJcsha^ palada^ etc. Le lit avestique (gâtu) a des stairis (couvertures), ou barezis, coussin, des aiwivarena, couvertures de dessus (Vend. VII, 27.
Les sièges (gâtus) sont couverts d'un tapis (stareta) et pourvus d'un coussin et d'un marche-pied? (zaranyôpak's'ta pM&hhôy Yt. XVII, 9). Le lit védique est talpa\ on se sert aussi de bancs, prôshika^ ou de sièges mobiles, vahya. Le lit a deux longues planches, anûcyê, et deux autres transversales, tiraçcê, des sangles, tantavasy un matelas, upastarano^ une couverture, upa-çti, un coussin, ucchtfsaka. — Le siège est âsandî; son coussin, âsâda. Il est impossible de différer plus complètement.
Gomme le but de cette étude est uniquement de donner une idée exacte des rapports existant réellement entre les Védas et l'Avesta et nullement de présenter un index d'antiquités éranohindoues, nous ne pouvons poursuivre cette comparaison dans tous les détails que le sujet comporte. Nous devrions nous ar* réter ici ; toutefois nous ajouterons encore quelques exemples pour rendre notre démonstration plus solide encore.
Mesures de longueur. — A c6té du frârâVni (scr. aratni) et du vUasti (scr. vitasti) l'Avesta mentionne le AolVa, le caretus^ le vitdra, le frâbdzu, le yava, Vesh et le tacare.
MétauXy etc. — Outre l'argent, l'or et le for ou bronze communs à toute la race nous y trouvons le haosaftia, le srua (plomb) et Vaonya (étain ?).
Parmi les matériaux de construction sont cités le safa^ le dâ^ daray le zemvareta et le zemoistua; pour ceux des vases et ustensiles, il y a en outre les zarst'vaèniSy les fravâkshaènis et les druaènls et zemaènis (de bois et de terre).
Les plantesy en avestique, s'appellent w^ârd (mot qui en sanscrit désigne toute autre chose, un champ cultivé, uwar). L'Avesta
mentionne quatre genres de plantes odoriférentes : Uî^asna, Vohûgaona^ Vohûkerli et Hadhânaèpala. Les plantes fraWia, shaètay ghnâno et fraspâtaf?) servent à ravortement; le nemetka et Yaperest sont interdits pour le culte.
Kapasti, du Vend. XI, 20, rappelle le gabast néop. (venin de serpent) et le kapast (id.), coloquinthe. Tous ces noms, signalés dans ces quatre paragraphes, à part peut-être le bahha (V. scr. bhangâ?), sont inconnus à Tlnde. Il eu est de même des parties des arbres : varshajî, tronc, fraspareg'a^ branche, fravâkfsha, bourgeon (?).
Parties du corps humain. — Les noms en sont en grande partie exclusivement propre à l'Eran avestique. Par exemple :
Vag^dlanem et kamered'eniy tête, cit'ra^ visage, dôitra, œil, daèman, id., mastarèg^an^ front, paiUs'h^ar^ mâchoire, uruVware, intestins, mandtri^ cou, zafar, bouche, râna, cuisse, ascu, tibia, frahdem^ tarse, paitisHâna^ pied, haVa^ plante du pied, varesa, cheveux, gaona^ poil du corps, raèsha, barbe, derewda, nerf (?), fravâktis\ pénis, vyâ (?), vohunU sang, merezu, moelle (?), ûta, graisse, {ravghna huile), sma, çpdma^ ongles, pàsta^ peau, erezu, doigt, bishi, phalange du doigt, frashumakay anus.
L*âme s'appelle urvan, le principe vital, usiânem. A tout celn rien, absolument rien, ne correspond dans Tlnde.
Maladies. — Voici les noms qu'on trouve en différenis endroits : aVti^ garenu, naèza, sârasti, ag^6s% pourtishu asti varesd, ishirya, ag'ûrya, ag'râ, ug^rd, dâzhUj tafnu, sârana, sdrastya, azhana, azhahva, kurvg^a, azfdvâka^ duruka, astairya, aghashi, pûiti. Paèsha est la lèpre (scr. kildsa).'
Les Védas énumèrent Rdjayakshma, pdpa, jdyênya, srdma, ajnâta, takmati, vêpa, kâsa, baldsa, astfdsrahsça, karnaçûla^ apvâ, vdtikdra, alaji, vishkandha, hlâsa, kshétrya, jambha^ âsrdva^ arcas (Zimmery Op. c. Kap. XIII).
Nous pourrions ainsi continuer indéfiniment, allant de matière en matière, accumulant les témoignages el démontrant de plus en plus la distance immense qui s'épare l'Eran de l'Inde à tous les points de vue; mais il faut nous borner. Nous noui
arrêterons donc ici, sauf à revenir sur cette question s'il deve^ nait nécessaire de compléter nos preuves ; chose bien Tacile, car de quelque ordre d'idées que Ton parte, vêlements, ustensiles, de toutes sortes, aliments, péchés et vertus, noms d'animaux, etc.. Ton trouvera entre l'Avesta et les Védas des différences non moins grandes.
S'il s'agit des fautes, nous trouvons dans l'Avesta mared'a^ vWusha (?)^ vtmanohya et uparô vîmanohya^ le doute, nasuspaya, enterrement des cadavres de chiens et d'hommes, tiarôvaèpaya^ sodomie et les andpereta skyaoVnùy actes inexpiables ; puis les diverses espèces de coups et de blessures : aredvs, avaoiris'ta, et le peshdtanus et araska, la jalousie, akem manô, la disposition au mal, apâvaya^ inimitié (?), spazga^ calomnie, dommage, etc., etc. I/hérétique est appelé ashemaogha^ gourikzaotra.
De tout cela encore l'Inde ne connaît pas la moindre chose.
Ce qui semblerait devoir être le plus complètement identique, le culte, ne présente pas moins de différences.
11 n'est pas besoin de parler des cérémonies relatives aux morts. L'Avesta a, sous ce rapport, des idées et des prescriptions tellement originales qu'il n'est pas possible de songer à un rapprochement. Dans l'Inde on brûle ou enterre les cadavres. En pays avestique ces deux modes de traitement des cadavres sont sévèrement interdits. Dans l'Inde les parents doivent laver et tondre le cadavre. Sous l'Avesta, personne n'ose le toucher à peine de souillures et de fautes graves. Dans llnde il y a une cérémonie religieuse des funérailles, on accompagne le mort à sa dernière demeure (ou jusqu'au bûcher), on y prie, on descend le cadavre dans la fosse que l'on ferme soigneusement. En terre avestique deux hommes voués à cette profession réputée dégradante, portent le cadavre sur les hauteurs et l'y déposent, l'aban* donnant aux chiens et aux vautours. Le Ratu qui préside au convoi et les assistants se tiennent à distance. Après avoir déposé le mort, les porteurs se purifient et l'on purifie également les chemins par où le mort a été porté.
On a vu précédemment que presque tous les génies honorés
d!un culte, tous les titres et ministères sacerdotaux et les instruments des prêtres sont exclusivement propres à la religion de TAvesta. Nous n'entreprendrons [Toint une comparaison des cérémonies des deux cultes; ils nous sont l'un et l'autre très peu connus dans leurs détails et leur état primitif. Rappelons seulement les draonasy les zaothras (eau consacrée), le baresman (fiaîsceau de baguettes) (voy. plus loin), la tdsta, les parfums cités plus haut, qui appartiennent uniquement à l'Avesta.
Mais ce qui revêt surtout le caractère de l'opposition c'est la n&ture des hymnes et des prières des deux recueils.
Autant les Védas sont pleins de poésie et de vie, de peintures vives, de figures hardies empruntées à la nature sensible, et de mythes, fruit d'une imagination féconde et sans frein, autant l'Avesta, (à part quelques passages des Yeshts), est terne, monotone et terre à terre, dépourvu d'images et de récits mythiques. Tout y revêt, en général, un caractère abstrait, il est plein de longues énumérations de la plus grande sécheresse.
Pour que deux peuples issus d'une souche commune, aient pu produire des littératures aussi différentes, il faut que leur séparation date de longs siècles et que depuis longtemps toute influence de l'un sur l'autre ait cessé de se produire.
Prenons comme exemple de la différence des cultes et des poésies, une hymne ou prière à Agni et à Atar, c'est à dire, au feu. ^ous voyons d*abord l'Indou pour honorer l'élément igné le produire sur l'autel par le frottement de deux bois formant un instrument composé adhocy les aranis^ il chanto la naissance du a dieu » dans les termes les plus imagés et les plus crûs. Les deux aranis sont les parents d'Agni, qui l'engendrent
par l'union sexuelle; on établit le nouveau né sur l'autel, comme un roi sur son trône. On lui adresse ses hommages et ses demandes en termes pleins de figures. De l'autre côté TEranien s'approche d'un autel où le Teu brûle perpétuellement : il en attise simplement la flamme et lui adresse ces paroles non point comme à un dieu mais comme à la créature puissante de Dieu : a (Test toi que nous venons implorer d'abord, ô Ahura Mazda,
» par ce culte du feu ; c'esl toi, esprit auguste; livre au mal celui )^ qui est une cause de mal pour ce feu. Me voici plein de dé- » volion, ô feu d'Ahura Mafda, afin que tu viennes à moi avec » puissance, (me voici) avec la dévotion du plus dévot.
» Viens vers nous pour le grand acte. Feu, tu es d'Ahura » Mazda, tu es un être céleste, tu es le plus saint des feux toi » qui t'appelles VâzisUa. Feu d'Ahura Mazda, nous venons implo- )) rer de toi ces faveurs. Nous venons t'honorer avec un esprit » pur, une sainteté parfaite, par des paroles et des actions d'une » sainteté parfaite ». (Y. XXXVI).
Comparons maintenant les hymnes védiques.
ce Voici le segment supérieur, il est fait propre à engendrer, apportez la dame (i), barattons Agni comme aux temps primitifs. Le (Dieu) qui connaît les êtres est contenu dans les deux bois comme un germe bien placé dans les mères gestantes. Agni doit être célébré chaque jour par les humains vigilants, pourvus d'offrandes; sur ce (bois femelle) étendu, apporte-le. Aussitôt ayant conçu ce (bois) engendra ce (dieu) mâle. Ce fils de In prière a été engendré par cette opération merveilleuse. — Nous te posons, Agni, sur le siège de la prière, sur l'ombilic de la terre, pour que tu portes nos offrandes. Produisez par le frottement le sage qui ne trompe point, intelligent, immortel..., la bannière du sacrifice; engendrez d'abord Agni très salutaire. »
c( Il est né selon la loi de l'homme, lui, le sacrificateur le pluvs digne; lui qui écoute en tout celui qui lui est ami; richesse pour celui qui désire la gloire. Il s'est assis au lieu delà prière... Dans sa course il parcourt constamment le motide. Il mugit avec force comme un taureau qui émet le semen. Il regarde avec cent yeux. »
« Agni est souverainement sage (pracêtas)^ il connaît tous les êtres; il donne l'intelligence et la sagesse (I, 27, II). Il confère tous les biens aux mortels, tous les trésors et la victoire aux guerriers (II, 6.2-5, 1, 27, 9). Agni, qui es pour tous, ta gran-
(1) Le bois inférieur.
deur dépasse celle du ciel; tu as donné le libre espace aux dieux par ta lutte victorieuse (I, 50-2-5). Agni nous défende contre la colère de Varuna, le grand dieu (I, 37). » Ainsi chantaient les Kavis; impossible de trouver rien de plus opposé à la prière avestique.
Rien ne peut, mieux que cette comparaison, caractériser et différencier les deux croyances et les deux cultes; mais le dernier trait surtout est décisif.
Agni, mattre de tous les biens, les dispensant à qui il veut, protège l'homme contre le grand dieu Varuna. — Voilà le védisme. Au contraire si le fidèle Mazdéen honore Atar c'est en protestant d'abocd que, par ce culte, il veut principalement honorer le grand dieu Ahura Mazda.
Il ne peut exister entre deux doctrines une opposition plus évidente et plus forte. Certes les deux peuples qui vénéraient et chantaient le feu de ces façons si diverses étaient devenus, en principe, étrangers Tun à l'autre.
Si, quittant ces détails, nous passions TAvesta en revue, nous aurions bien difficile d'y rencontrer un sujet qui eût quelque rapport avec le contenu des Védas.
Notons d'abord la forme générale du Vendidâd et de plusieurs autres morceaux; ce dialogue entre Dieu et son envoyé uniquement propre à l'Avesta. Puis jetons un coup d'oeil sur les différents sujets traités dans le livre zoroastrien, sur les premiers, du moins, car un examen complet nous entraînerait au delà des justes bornes.
Le I^ fargard ou chapitre du Vendidâd nous fait connaître les principaux lieux terrestres, créés par Ahura Mazda et les œuvres d'opposition du génie du mal. On ne prétendra pas sans doute qu'il y ait quelque chose d'analogue dans les Védas. — Il en est de même de la légende ou des légendes de Yima qui remplissent le V fargard. — L'énumération des œuvres les plus agréables et les plus déplaisantes pour la terre, la sentence prononcée contre l'homme qui porte seul un cadavre (§§ 44-71), les promesses faites à celui qui travaille la terre, les heureuses
conséquences de la culture quant aux progrès de la loi sainte et la défaite des dévàs, le châtiment infligé à celui qui laisse un cadavre en terre pendant un an, Tefflcacité spirituelle de Tobservation de la loi niazdéenne, tous et chacun de ces sujets qui remplissent le 3« fargard sont et dans leur conception générale et dans leurs détails tout ce qu'il y a de plus étranger, souvent même de plus contraire aux idées védiques. Il en est de môme du refus ou du manque de politesse assimilé au vol, des différentes espèces de contrats, des conséquences pénales que leur violation entraînent pour les proches parents du violateur, de ces châtiments exercés au moyen du Çraoshôcarana et de Vas-^ pahê astra, de ces sentences prononcées contjre Tabstinence et en faveur du bon soin du corps et des supplices infligés à Vimpie enseignant l'abstinence de viande, qui font le sujet du fargard IV.
Le Fargard V ne s'éloigne pas moins des idées védiques. On a vu plus haut le commencement de ce curieux spécimen de casuistique zoroastrienne, le cas de l'oiseau laissant tomber des morceaux de cadavre sur un arbre, le feu et l'eau innoc^tés du meurtre des hommes brûlés ou noyés, les katas préparés pour les morts éventuelles, la purification des eaux pluviales par leur retour à la mer Pûitika, les louanges de la loi mazdéenne. Après cela viennent les sauts de la druje Nacus, à la mort d'un homme ou d'un chien, les prescriptions relatives à la mort d'un Mazdéen ou d'un chien, au traitement des femmes qui mettent au monde un enfant privé de vie et au châtiment de celui qui recouvre un mort d'un vêtement neuf; toutes choses absolumeol opposées aux conceptions védiques. Remarquons en passant ces noms divers donnés à certains chiens : sukuruna^ jazhus^ aiwizus^ vtxusy ce terme de valeur, asperenô, ceux qui désigneoi le travail de la jeune fille (carâitika), hareké harecay, tous étrangers aux Védas.
II n'est pas besoin de dire que tout ce qui concerne les souiK lures causées par le contact des cadavres d'homme ou de chieus» les purifications prescrites à cette occasion et qui occupent la majeure partie des fai^rds VI, Vil, VUI et IX sont sans aucune
analogie dans le droit indo-germaniqae. Quelques règles relatives à la souillure et à la purification des parents des morts et des insruments ou ustensiles de maison sont communes à TAvesta et aux lois de Manou, comme nous Tavons indiqué dans notre traduction, mais les différences ne manquent pas et prouvent un développement indépendant d'un principe originairement commun. Outre ces faits généraux les Targards VI- XIX contiennent des traits particuliers qui dévoilent un génie tout original. C'est par exemple cette conception des impudiques transformés en dévas ; c'est aussi cette loi concernant le feu brûlant un cadavre (VIII, 229-dS7) et tout ce qui est dit du transport à Tautel, des feux servant au foyer ou à diverses industries. Dans cette énumération des divers métiers connus alors en Eran on trouverait encore un grand nombre de mots inconnus dans l'Inde. C'est encore tout ce qui concerne le caractère quasi-sacré attribué aux chiens, les soins prescrits à leur égard, les châtiments infligés à ceux qui les tuent et maltraitent, comme les pénitences imposées au meurtrier d'une loutre, pénitences qui atteignent le comble du ridicule, en un mot tout ce que contiennent les derniers fargards jusqu'à celui où Âhura MazJa pour guérir les 99999 maux créés par Anro mainyus, est réduit à implorer le secours de la loi sainte personnifiée et d'Aryaman. Tout, en général, est né en Eran et n'a point d'écho dans l'Inde. Nous pourrions aussi y puiser une collection nombreuse de mots exclusivement avestiques, par ex. : zairimyahuhra, vahhâpara, stzhdrem^ aqj, etc., etc.
Le Yaçna avec ses interminables et perpétuelles énumérations ou litanies et ses répétitions, dont nous avons donné un court exemple, a sans contredit un caractère qui le rapproche bien plus des produits littéraires de la Chaldée que de ceux de l'Inde. Il en est de même des Yesbts I et XV, par ex.» composés principalement d'énumération d'attributs. Quant aux autres, les l^endes qu'ils racontent, les récits de sacrifices antiques ou de luttes guerrières, les mythes même sont tous éraniens. Atar (le feu), par exetople, s'opposant h l'entrée d'Anro mainyus dans la
terre où, luttant avec Azhi pour la possession du Ifarend^ les efforts de Franraçyan^ le roi touranien, pour s'emparer de ce symbole de la royauté (Yt. XIX, 47, 83), la louange, les exploits, les bienfaits des Fravashis (Yt XIII), tout enfin, ou peut s'en faut, est de création éranienne.
En voilà certainement plus quMl n'en fallait pour démontrer notre thèse. 11 ne sera pas cependant sans intérêt ni utilité de traiter un point spécialement pour suivre les divergences dans tous leurs détails.
Nous choisirons pour cela Tun des usages qui auraient dû rester les plus semblables, Tun des actes du culte et parmi ceux-ci Tun des plus importants, les usages funéraires.