‹ De l'exégèse et de la correction des textes avestiquesChapitre 28 sur 54 · CÉRÉMONIES FUNÉRAIRES · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES FUNÉRAIRES

Nous examinerons, en général, tout ce qui concerne la mort d*un fidèle.

D'après TAvesta la mort s'opère par la séparation du corps et du principe intellectuel (astasca baod'ahhasca vîwn}is^H).

Le principe vital (uslânem) [i) et Tintelligence (baocPah) quittent le corps; et le principe vital est défait (confr. vikeret ustânem). Voy. Vd. XIX, 26, 97, XIV, 16.

(1) Ustâ7iem est le principe vital et non la forme extérieure. Ainsi il est dit que la chose principale est de «« sauver Vustànem n (P. YII, 176), ce qui se dirait mal de la forme corporelle; de même les expressions « la longue vie de Vustànem n (Y. IX, 66), « la séparation du corps, de Tesprit et de Vustànem n pour signifier la mort; ou bien « que Tôtre corporel soit puissant par son itstànem n (Y. XLII, 16), on n*est pas puissant par une forme. Au Y. XXXVII, 7, ustânâis est opposé à azdébts « corps " et représente avec lui tout Thomme. Au Y. XXXIV, 14, Vustànem est dit « astwit ». « pourvu d*an corps » et Ton demande pour lui les actes de la sainteté. — Ce n'est pas la forme extérieure qui opère les œuvres saintes. Atar cède devant Azhi par amour de la vie {^istànacinahya^ Yt. XIX, 48). Le mazdéen offre en sacrifice aux esprits célestes, Vustànem du corps ; ce n^esi certes point la simple forme extérieure, Y. XIV, 10 ; XV, 3, etc., etc.

En outre ce mot est perpétuellement rendu en pehlevi par jàn « vie •, huzvaresh <• hhayà ». Le sanscrit uUhàna « lever, soulèvement, origine », provient des mêmes composants mais a an sens tout différent. 11 ne peut

Le corps resté seul, sans vie et déformé, devient la proie des dévas pour qui la mort de Thomme est une victoire. Un démon spécial, la Nasus s'empare du cadavre; elle vient de l'occident sous la forme d'un insecte hideux. Le corps est désormais un objet immonde, livré aux démons et souillant tout ce qui le touche.

Pendant 3 jours l'âme erre exposée aux attaques des dévas.

Les cérémonies funèbres commencent; on amène un chien (ou deux chiens) devant le mort et l'on doit faire en sorte que ce chien regarde le cadavre, pour que son regard chasse les mauvais esprits qui se sont réunis autour du corps et assaillent l'âme et qu'en outre on empêche ces démons d'abuser du cadavre. Cela s'appelle le sag-dtd (le chien a vu). Dès que la mort est constatée il est sévèrement défendu de toucher le cadavre; son contact en propageant la souUure étend aussi le pouvoir des démons. Il est en outre interdit de couvrir le cadavre d'une étoffe nouvelle; de laisser dessus le moindre morceau neuf.

Le sag-did accompli, deux porteurs vigoureux et habiles viennent chercher le corps et l'emportent complètement nu. Ils vont, suivi des parents ou amis et du prêtre, le porter au lieu où il doit être exposé pour être dévoré par les vautours et les animaux sauvages. Ils doivent toujours être deux. L'infortuné qui s'aviserait d'exercer seul ce métier, est condamné à périr misérablement.

Les personnes qui forment le cortège se tiennent à dislance, probablement à 30 pas (cfr. VII, 145 et suiv.). Les porteurs, après avoir déposé le cadavre, s'en écartent de 3 pas et s'arrêtent; le prêtre (Ratu) fait alors apporter un vase plein d'urine de bœuf ou d'autre bête de trait; les porteurs se lavent le corps et les cheveux avec ce liquide infecte; le prêtre récite quelques prières, probablement des Bas du Yasua, après quoi chacun s'en

pas plus servir de règle que dasyu pour interpréter dahyu. C'est encore an exemple de plus des erreurs qu'engendre la trop grande confiance dans la philologie sanscrite. En tout cas, ustàna donnerait poui sens le principe qui soutient le corps en vie et non sa charpente matérielle.

retourne chez soi. Toutefois il faut encore purifier le chemin par oti le cadavre a été conduit, et cela se fait en y faisant passer deux chiens, Fun jaune ayant 4 yeux (c'est à dire quatre tâches en forme d'yeux?) et l'autre blanc à oreilles jaunes.

Si nous voulions maintenant chercher dans le Rig Véda et dans ses commentaires, quelque chose, un principe ou un précepte qui ressemblât à ce que nous venons de voir, nous nous donnerions une peine inutile, ou plutôt, pour être scrupuleusement exact, nous trouverions certains traits qui accusent la similitude originaire de quelques idées, similitude détruite par les changements survenus dans la religion et les mœurs éraniennes; et, pour le reste, opposition complète.

Ainsi les chiens purificateurs des chemins dont il a été question plus haut ont une parenté étroite avec ceux de la croyance indoue qui donnait au roi de l'empire des morts deux chiens pour en garder la route. A ces derniers les poètes avaient donné 4 yeux pour indiquer leur vigilance à laquelle on ne pouvait échapper par aucun détour; leur robe bigarrée indiquait leur beauté.

Dans TAvesta les chiens purificateurs ont aussi 4 yeux, mais comme ce sont des chiens de chair et d'os et que le souvenir du mythe s'est effacé, on a cherché sur le corps des animaux, employés pour la cérémonie, des marques correspondant aux termes de la métaphore, c'est à dire, deux tâches rondes placées au dessus des paupières et formant comme un troisième et quatrième œil.

L'idée même qui inspirait l'emploi des chiens pour la fin indiquée n'avait plus aucune relation avec le mythe du royaume de Yama. Les auteurs avcstiques n'en connaissaient plus rien; pour eux, ils ne voyaient dans la cérémonie qu'un effet merveilleux, mais naturel, du regard du chieu terrestre.

Or, quand ou explique un livre, ce que l'on doit donner à ses lecteurs ce sont les idées des auteurs de ce livre et non des conceptions qui ont pu régner chez leurs ancêtres plusieurs siècles auparavant et dont eux mêmes n'ont plus aucune connaissance.

Il résulte de ceci que même dans les points où l'on peut constater des traits de ressemblance originaire, il faut bien se garder d*expliquer TAvesta par les Védas avant de s'être assuré que les idées védiques subsistaient encore dans l'Eran zoroastrien et qu'elles y avaient conservé leurs caractères primitifs. Autrement on accumulera les erreurs et les anachronismes.

Nous trouvons en effet dans TAvesia, en ce qui concerne ce point aussi bien que beaucoup d'autres, des idées nouvelles et étrangères à l'Inde aryaque.

L'Inde ne connaît point la division avestique des facultés humaines, non plus que les termes à'urvan^ baod^ahy ustânem^ le séjour de l'âme autour du corps pendant plusieurs jours, les assauts des démons contre cette âme, le démon Nasus, et sa possession, ni la souillure du cadavre qui en rend le contact pernicieux et criminel. Au lieu de cela la coutume védique était que les parents du mort le lavassent et lui fissent sa toilette en lui coupant les cheveux et les ongles, puisqu'on lui remit ses habillements, au lieu de le laisser nu comme le prescrit l'Avesta*

Aucune des cérémonies usitées sur la terre védique n'a de correspondant au pays de l'Avesta ; elles ne peuvent même en avoir puisque les zoroastriens n'ont qu'une seule chose à faire d'un cadavre, à savoir de s'en défaire au plus tôt et de se purifier des souillures qu'a causées sa présence.

Qu'on en juge du reste par quelques détails. Après les soins donnés au corps du défunt, comme il a été dit plus haut, on se réunit autour du lieu de la sépulture où est dressé un autel sur lequel le feu flamboie. Là l'officiant commence par conjurer la mort de s*écarter et de ne frapper aucun des assistants puis il pose une pierre entre les assistants et le sépulcre, entendant par là défendre à la mort de franchir cette limite, et prie Twashtar de prolonger les jours des parents et amis réunis près de la tombe. Après cela il ordonne aux amies de la veuve, s'il s'agit d'un homme marié, de se revêtir d'habits de fête, de rejeter tout signe de deuil> et la veuve elle-même en fait autant; ce qui brise le lien du mariage et ramène la femme au monde des vi-

vants. On enlève alors l'arc de la main du mort ; on le dépose dans le sépulcre en lui souhaitant que sa nouvelle demeure lui soit d'une heureuse habitation et Ton ferme la fosse en ayant soin de ne point laisser presser sur le corps une masse de terre trop pesante. (Voy. Rig V. X, 18 et cfr. Roth. Zeitschr. D. M. G. VIII. 468, ss.).

Il serait difficile de trouver rien de plus opposé aux idées et et aux coutumes avestiques. En certains endroits on brûlait les corps au lieu de les inhumer; mais ce mode de traitement n'était pas moins sévèrement interdit par l'Avesta que l'enterrement (Gonfr. RV. X, 16).

Rien ne pourrait encore mieux faire ressortir la distance qui sépare les Védas de l'Avesta que la comparaison des hymnes funéraires des deux livres. Citons seulement quelques passages; le reste est de la même nature.

Au Rig V. X, 18, dont nous avons parlé tantôt, nous lisons :

<c Eloigne toi, ô Mort! suis ton chemin séparé de celui des dieux. Tu entends ce que nous disons, ne nuis pas aux vivants.

iD Vous qui êtes venu effaçant la trace de la mort et jouissant de la force vitale, prospérant en biens et en descendance, homme pieux soyez fiers et joyeux. Les vivants sont séparés des morts; l'office sacré s'est accompli heureusement; nous sommes ici prêts à la danse et au jeu, jouissant de la force vitale. — Je pose le mur de séparation, que personne ne le franchisse plus, que les vivants voient cent années... Twashtar! crée une longue durée pour leur vie. Que les femmes, non veuves, viennent brillantes, richement parées et s'approchent les premières du tombeau... Je prends de la main du mort l'arc qui est pour nous un gage de force et de puissance... Va maintenant au sein maternel de la terre, qu'elle reçoive le juste, tendre et douce comme une jeune fille... x>

Et au Rig V. X, 14 : « Va (ô Mort!) par les chemins antiques qu'ont suivi nos ayeux. Tu verras le dieu Varuna et Yama, les deux rois qui s'enivrent de joie... Unis-loi à Yama et aux ancêtres. Va, délivré de toute faute, au ciel; passe sans encombre

près des chiens de Sarama, bigarrés, à quatre yeux; ô Roi Yama fais qu'ils soient favorables à ce défunt. »

Voici maintenant un spécimen des Hâs XXIII, XXIV et XXVI qui servaient de prières funéraires. On pourra les comparer aux Riks.

« Je veux honorer par ce sacrifice les Fravashis qui ont précédemment appartenu aux nmânas, aux bourgs, aux tribus, aux contrées, qui soutiennent le ciel, Teau, la terre, le bétail, les enfants conçus. — J'honore par ce sacrifice les Fravashis d'Ahura Mazda, des Âmesha Çpentas, des Yazatas célestes, ceux de Gayo-meretan (le 1*' homme), de Zarathustra, de Vîslâspa, etc. J'honore par ce sacrifice toute femme pieuse, la jeune fille qui soignait les pâturages et habitait ici. J'honore tous les chefs du monde pur.

» Nous honorons les âmes des justes morts et vivants, les âmes des morts qui sont les fravashis des justes, les fravashis des maîtres et des disciples, des hommes et des femmes justes, des jeunes gens, des fidèles qui habitent dans la contrée, ou au dehors etc., etc. » (Voy. Y. XXIII, 1-6 et XXVI).

Impossible de difiérer davantage du génie védique.

Le fidèle de l'Âvesta prie ainsi pour les morts, mais ne les invoque jamais, ne leur adresse jamais la parole. Le chantre védique, au contraire, leur tient un langage semblable à celui-ci :

a Venez, ô Pères, sur cette herbe (de l'autel) venez nous secourir. Nous vous avons préparé un breuvage; abreuvez-vous! Venez à notre secours, donnez-nous le salut et une bénédiction constante... Qu'ils viennent à nous et s'entretiennent avec nous amicalement. Venez à droite et pliant le genou, prenez part au sacrifice. Ne nous punissez pas pour des offenses que nous, pauvres humains, nous avons pu commettre envers vous. Assis au sein de l'Aurore, accordez le bonheur au mortel qui vous honore. Faites part de la richesse à vos flis, ô Pères, et donneznous une grande puissance. » (R. V., X, 18).

Nous pourrions examiner ainsi tous les détails des deux cultes et multiplier à l'infini les différences radicales des prin-

cipes et des faits. iMais cela uous entraioerait trop loiû. Kotoos seulement encore ce point.

La prière principale du zoroastrien est cet Ahuna Vairya dont le sens est à peu près ceci :

« Ainsi qu'il est un maître auquel il faut adhérer, ainsi il est un docteur (établi) en raison de la sainteté, régulateur du bon esprit et des actes du monde de Mazda; la puissance d'Ahura repose sur celui-là qu'il a établi le pasteur des pauvres ».

Celle de TArya védique est la Sâvitrî, que voici :

« Nous considérons la gloire parfaite de Savitar, (le soleil); qu'il illumine nos intelligences! »

Rien, encore une fois, de plus opposé que le caractère et le contenu de ces deux prières.

Si Ton tentait de se rejeter sur les Gàthâs en prétendant que c*est dans ces chants antiques (?) qu'il faut chercher les vrais rapports entre les deux peuples et leurs idiomes ; l'échec serait encore plus complet, car c'est dans les G&thâs surtout que régnent les idées monothéistiques et abstraites et le piétisme des pensées et des expressions, c'est à dire ce qu'il y a de plus contraire aux conceptions et aux poésies védiques. C'est là aussi que se rencontrent le plus de termes idiotiques. Citons en au hasard quelques uns : tayâ, dvîshyây hâi*6y cagvéb, cagedôy a^xhénvamnem^ môrend^ ereViem^ gréhma^ bénàvô^ karapan, skyaoma, âmoyastf^a, spayat^ra^ cazdôhhva^ (qui ne peut venir de canas puisque ce mot donnerait càz et non c(u), magem^ narepîs^ abifrâ, etc., etc.

Aussi, je puis le répéter, il est absolument incompréhensible que les hommes d'une science sérieuse puissent encore soutenir que le Véda et TAvesta sont identiques, que l'on peut, a priori^ interpréter l'un par l'autre, que le texte même ne serait qu'au second rang et que la tradition ne mérite ni confiance ni attention d'aucune sorte.

Des préjugés fortement enracinés et le manque d'étude des livres pehievis ont pu seuls donner naissance à ce fait autrement inexplicable.

Je m'arrêterai ici, je crois avoir sufSsamment démontré ma thèse; j'y reviendrai s'il s'élève quelque contestation.

COMPARAISON DES DEUX SOURCES d'iNTERPRÉTATIOJI.

Après avoir montré que l'interprétation traditionnelle est

généralement exacte et que d'autre part la science des Védas

est très souvent impuissante, si pas fallacieuse, il nous reste

à comparer par l'examen de quelques cas spéciaux les services

que Tune et l'autre peuvent rendre. Comme de nombreux

exemples se présenteront dans la suite de ce travail, je pourrai

être bref en cet endroit. Ârrétons-nous au plus simple et d'abord

à ces cinq mots qui forment les litres ordinaires d'Ahura Mazda

et aux cinq autres qui commencent la formule consacrée : Mraot^

Ahurà Mazdcb Spitamâi Zarai ^us *ù'âi — Mainyû spénis Ua dâtar

gaèi^anàm astvaitinàm. Des cinq premiers la science des Védas

ne saura rien nous apprendre. Au lieu de « esprit très auguste créateur des mondes corporels » nous aurions : « courage ou

colère, (mainyus) — donateur (ou constituteur) des chants (i) osseux (astvat) »; c'est à dire, un mot approchant, un autre mal rendu, et trois bévues de la pire espèce. De même nous verrions au commencement du Fargard V un homme qui coule (HVyHH), un fauve (mereg'a) qui s'élève sur le haut d'un arbre avec (haca) les gorges des vallées.

Au fargard III, initio^ il serait demandé ce qui est le plus brûlant (kshâti = shâii) ou le plus habitable sur cette terre et il serait répondu que c'est là où le fidèle vient, tenant en main un bois charpenté (tashta), du jus de Hôma (hâvanaj et la dévotion (brahman = baisman). Ailleurs nous verrions le génie protecteur, Hôma, le bienfaiteur des Aryas, transformé en chef des nations barbares et impies ou même des démons : dahyupaiti; ou la dévt Bushyâsta atteignant les hommes de ses longues

(1) Crità, comme aèsman = idhman.

vaches (gava)y ou les princesses aryennes assises mollement sur un chemin d'or (gâtû)^ orné de tapis et de coussins, ou Vohumanô se levant de son chemin fait d'or pour recevoir le juste entrant au paradis.

Nous avons vu précédemment d'autres exemples (Voy. pp. IB- IS); nous pourrions les multiplier indéfiniment et nous le Terons au besoin.

L'explication des noms et rôles des personnages avestiques présenterait des cas tout aussi curieux.

Si, par exemple, trouvant lesmotsfcov/et f/difeauGâthâXLIII, 10, nous consultions à leur sujet le dictionnaire védique, nous y verrions que le premier est un chantre sacré, le second l'homme pieux, zélé; puis revenant à TAvesta nous serions fort surpris et fort embarrassés d'y trouver que nos deux personnages sont des noms de nomades pillards, impies et cruels, destruo* leurs et voleurs des troupeaux. Si nous commencions de même notre enquête relativement à Yima et Thriia nous apprendrions des Védas que Yima est le premier homme, le premier mort, le roi des morts et que Thrita est un génie du ciel nuageux. Vou* tant alors appliquer ces précieux renseignements aux deux personnages avestiques, nous nous trouverions fort empêchés de le faire car nous constaterions à l'instant que nous avons fait fausse route et qu'il nous faut abandonner le fruit de nos recherches sous peine de commettre les bévues et les confusions les plus bizarres. — Même chose à propos du keresâni avestique. Oq nous dit que c'est le krçânu des Védas. Or, après avoir lu que keresâni^ roi impie, a été déposé par Hôma pour avoir chassé de ses états tous les prêtres zoroastriens, nous voyons que Krçânu est un archer céleste qui tantôt défend le Sôma céleste, l'eau pluviale et tantôt complote avec les démons ravisseurs. Et cela doit nous expliquer le rôle du tyran avestique! C'est là sans doute une plaisanterie.

Retournons-nous maintenant de l'autre côté. On ne sera pas peu surpris de constater, que dans les différents cas cités où la lexiologie védique nous eut induits en erreur, la tradition parse

nous donne le vrai sens des phrases et mots avestiques. Ainsi nous y voyons expliqué très correctement que Âhura Mazda est appelé c( esprit très auguste, créateur des mondes corporels » ; qu'au rargard Y il s'agit d'un homme qui tombe mort, d'un oiseau qui s'élève des gorges des vallées vers le haut d'un arbre ; qu'au fargard III il est dit que l'endroit le plus agréable au génie de de la terre est celui où se trouve le fidèle ou le prêtre qui offre un sacrifice, qui tient à la main les instruments de ce sacrifice, le mortier (hâvana), la lasse à lait (tashia), le baresman (f^iscesnx de branches. Nous saurons aussi par là que Hôma est le chef du pays (dahyu), que les princesses et Vohumanô sont assis sur un trône (gâtu) et tout sera en bon ordre et parfaitement raisonnable.

La tradition nous apprendrait de même très exactement ce que sont Ahura Mazda^ Khshathra, Asha Vahista, Sraosha^ ArdvUûra, Yimaj Thrita^ Armaitij le Sraoshâvareza, le Zantupaiti et cent autres personnages ou fonctions dont les Védas ne savent rien nous dire ou ne nous donnent qu*une notion erronée.

Les zendistes qui méprisent la tradition et, avec elle, ceux qui s'en occupent, semblent avoir oublié l'histoire de la philologie aveslique et de son illustre fondateur.

Loi^squ' Eugène Burnouf eut constaté l'insuffisance absolue de la traduction d'Anquetil et eut mis la main à une nouvelle interprétation du texte de l'Avesta, quel fut le moyen qui se présenta à lui pour en découvrir le sens véritable? Le premier et le plus important sans doute fut la tradition qui lui donna, en général, le sens des phrases et des mou et lui permit d'arriver à une analyse scientifique des racines €i des formes.

Et avant cela, qui lui donna la clef de l'alphabet aveslique et lui permit de déchiffrer le livre sacré, si ce n'est encore la tradition?

Réveillons nos souvenirs et représentons-nous Burnouf à l'ouvrage. Le premier texte complet qu'il étudia fut le Yaçna IX, dont l'explication ouvrit la voie aux travaux ultérieurs.

Le commencement en est ainsi conçu :

Hàvantm â ratûm | Haomô upâi^ Zarat'us'trem

Ât'rem pairi yaoz'dài'entem | gâi'^sca rrâsrâvayentem,

A dim peresa^ Zarat'us'trô | Ko nare ahi yim (azem) vtspahé

Âhhéus' astvatô sraès'tem | dâdaresa hvabé gayèbé

Hvanuatô ameshahê.

II ue sait encore rien des lois qui régissent parallèlement les phonologies avestique et sanscrite. Supposons-le dépourvu de tout secours autre que celui du dictionnaire sanscrit.

Il y cherche en vain hâvani, ZaraVusHra^ àtrem yao^d<U\ dim peresa, ahi, yim, azem, hvanvat>, amesha. Pour rata il trouve le sens de saison, époque, pour gât^â, chant en général, pour ah-hus' astvaff, scnjffle corporel, pour gaya, maison, famille. Upâi^ le laisse dans l'incertitude et de ces 36 mots il ne comprend certainement que cinq ou six et des moins importants. Dans ces conditions il n*eut eu qu'à désespérer de son entreprise et à l'abandonner. Heureusement il avait une autre ressource.

La version peblevie lui donnait pour ce passage le sens suivant : Au gab Hàvan, Hom vint vers Zarathustra pendant la purification autour du lieu du Teu et la récitation des Gâtbâs. Zarathustra lui demanda : qui es tu homme, le plus beau que j'aie jamais vu moi, de tout le monde corporel, par ta vie corpo* relie à toi, faite belle, immortelle?

La tradition lui apprenait en outre ce qu'étaient le Hdvan et les Gâthâs, et les ténèbres étaient complètement dissipées. II devenait dès lors très facile de retrouver le sens et la forme de chaque mot, même de ceux qui n'étaient pas traduit littérale* ment, tels que yaozhdatfehtem.

En lui donnant la signification de upâi^, ahi, azem^ hvahé^ gayèhé, elle lui apprenait en même temps les lois de la phonétique nord-éranienne, et la valeur assez difficile à saisir des génitifs qui terminent ce passage.

Sans la tradition toutes les tentatives d'élucidaiion eussent

fatalement échoué. On n'aurait pu même comprendre les premiers mots de TAvesta, car si l'on a su que fnrao^=- abravît c'est grâce à la version gûft, qui a mis sur le chemin des équations mr == fri* et 00 = ava.

C'est elle seule aussi qui put donner la certitude que les mots avestiques et védiques de même forme extérieure avaient le même sens et la même origine.

A cet exemple qui n'a point été choisi pour les besoins de la cause mais qu'imposait l'histoire des travaux de Burnouf, je pourrais ajouter une suite indéfinie d'autres tout semblables, car chaque page de l'Avesta en fournirait plusieurs.

Mais ce serait superflu, car cette étude en est pleine; qu'il me suffise de renvoyer aux pages 16-18 et 78-9S.

Je puis donc dès maintenant résumer et poser nos conclusions et cela sans crainte d'être contredit par des raisons sérieuses. S'il convient à quelqu'un d*y opposer de nouveau des gros mots, des plaisanteries d'un goût douteux, et la falsification de mes paroles, je ne pense pas qu'il en retirera grand avantage.

Mais pour les appuyer mieux encore, je rappellerai brièvement les faits.

Les Aryas Indous et les Eraniens, après avoir formé, probablement, une branche unie de la famille indo-européenne se séparèrent en deux groupes distincts. Les Aryas orientaux (indous) descendirent vers l'Indus et le Gange, les Eraniens restèrent plus au Nord-Ouest. Les Orientaux, entrant dans le Nord-Ouest de l'Inde, y apportèrent la religion de leurs ancêtres et créèrent ces hymnes si pleines de vie et de poésie que l'on appelle les Védas.

Les Eraniens du Nord, au contraire, après avoir professé une religion semblable à celle de leurs frères de l'Inde, changèrent de croyance et adoptèrent des doctrines monothéistiques ; sans cependant perdre tout souvenir des mythes primitifs, mais en les transformant en général selon les besoins des nouvelles conceptions religieuses. (Voy. Azki devenu une druje soumise à Anromainyus, etc.).

Us créèrent l'Avesta.

Toutefois avanl d'en venir k ce changement de culte (et ceci est un point d*une haute importance) ils s'étaient donné une mythologie propre, étrangère à celle qui fait !*objet des chants indous. II suffit, pour le prouver, de rappeler les personnages de Ardvîsûra, Verthraghna, Druâspa, Tistrya, les Fravashis, etc.; Franrasyan, Azhi Dahaka, Arejat Aspa, Keresâspa, Vtstàspa et toute la légende épique.

En outre il s'était formé, en Eran, une civilisation, des mœurs toutes nouvelles (Voy. pp. 88, ss.), à tel point que les termes les plus usuels même, ne ressemblaient plus à ceux qu'employait la branche indoue. Ces transformations diverses avaient requis, sans doute, un laps de temps considérable.

Il y eut donc dans la vie séparée des Eraniens une première période mythique et polythéistique, à laquelle succéda la période zoroastrienne qui aboutit à la composition de TAvesta. Ce livre est donc postérieur de nombreux siècles à Tépoque de TUnion aryaque.

L'Inde aryaque, de son côté, développa ses mythes d'une manière indépendante. Varuna et Agni dieux, Indra, Aditi et ses fils, les Haruts, Rudra, les Vasus, et beaucoup d'autres conceptions lui appartiennent en propre. Ce développement est déjà consommé quand s'ouvre la période védique. Il s'était donc écoulé déjà un temps considérable depuis la division des deux races, quand l'âge des Védas commença.

On voit d'ici quelle distance les sépare de l'Avesta.

Au temps de l'Union, dont nous placerons la fin vers Tan 2000 (pour ne point trop la reculer), succède des deux côtés une période mythique indépendante. C'est alors que naissent les conceptions dont nous venons de parler (Ardvtsûra, Tistrya, etc. jusqu'aux derniers Kavas, d'une part; Varuna, Indra, Aditi, etc. d'autre part).

L'ère védique put commencer vers le xvin« siècle (pour finir vers le v*).

Mais pour arriver à l'Avesta le temps requis ôst beaucoup plus étendu ; il faut atteindre la fin des temps mythiques et légendaires.

Alors survint, avec le zoroastrisme, une sorte de révolution religieuse qui transforma toutes les idées, substitua un monothéisme mitigé au polythéisme, étouffa les mythes et les remplaça par des abstractions. Gela nous amène au viii^ siècle de l'ère ancienne, comme point initial le plus éloigné que l'on puisse admettre.

Dans Tenlretemps il s'était formé dans les deux pays des mœurs, des usages tellement indépendants les uns des autres quMl régne entre eux la plus complète opposition à beaucoup d'égards et que les noms même des objets les plus usuels n'ont, le plus souvent, aucun rapport entre eux (Voy. pp. 88 et ss.).

Dans ces conditions pourrait-on soutenir qu'Avesta et Véda c'est même chose et que Tun peut s'expliquer par l'autre sans contrôle et sans critique sévère; que l'identité peut être supposée a priori et comme principe! Evidemment ce ne serait pas sérieux.

Achevons notre aperçu historique. Au v® .siècle, la période védique se ferma ; les croyances, les usages indous se transformèrent sous l'empire des doctrines et des efforts du brahmanisme; la langue même s'était modifiée. Les Védas ne furent plus étudiés que matériellement, pour ainsi dire; la pensée des brahmaues était ailleurs. C'est ainsi qu'un grand nombre de conceptions, de mois et de faits, contenus dans les Védas, s'oublièrent; leur signification, leur valeur cessèrent d'être comprises parce qu'ils appartenaient à une religion, à un état de choses antérieurs et abandonnés. Les commentateurs qui se mirent plus tard à rechercher leur explication, ne réussirent que dans une faible mesure. Comment eut-il pu en être autrement? ils revenaient vers un passé avec lequel leurs ancêtres avaient rompu depuis longtemps. Que l'on songe seulement à ce fait : le plus célèbre des commentateurs des Rigs vivait au XIV* siècle !

Il en fut tout autrement en pays éranien. Là nulle révolution oa transformation religieuse ne s'opéra plus après la naissance du zoroastrisme. Celui-ci fut, non point le védisme. mais le

brahmanisme de TEran et se perpétua comme le second jusqu'à nos jours, avec les développements et les modificalions partielles qu'amènent nécessairement le temps, le contact des peuples étrangers et le travail des Docteurs. En substance il resta le même.

Sa connaissance et sa pratique ne subirent jamais d'interruption; les grecs le connurent, l'étudièrent et le consignèrent par écrit. S'il rentra quelque temps dans l'ombre il ne disparut pas et le règne des Sassanides produisit uniquement sa restauration complète, non point sa résurrection.

Je m'arrêterai ici, devant encore revenir sur ce point à la section VIII, et compléter ces détails. Je terminerai par cette réflexion. Les livres avestiques ne sont point les Védas, mais les livres brahmaniques de l'Eran. Ce que l'on peut y comparer ce ne sont point les Rigs mais, par exemple, la Bhagavad-gtta et le Hânavâ-dharmasâstra.

Tels ils étaient pour les Docteurs de l'époque pehlevie.

Revevons donc à nos conclusions :

Les voici résumées sous deux chefs.

a) L'étude de la tradition mazdéenne est absolument indispensable à tout qui veut donner à TAvesta une interprétation scientifique, c'est à dire, basée sur les faits et non sur l'imagination.

Il est incontestable qu'en la négligeant on fôit preuve, non point de science et de perspicacité, mais précisément de tout le contraire. On imite l'historiographe (je ne dis pas l'historien) qui puise ses renseignements, non dans les monuments et les parchemins, mais dans ses inductions et ses vues personnelles.

En me servant des termes « tradition mazdéenne » je me suis conformé à l'usage; mais en réalité ce n'est pas d'une vraie tradition qu'il s'agit. Ce mot implique en effet un passé dont on conserve le souvenir. Or le Zoroastrisme, l'Avestisme, — si Je puis me servir de ce mot — n'était point, pour les Persans du 11* siècle P. C, une religion de jadis, dont le règne avait cessé et dont ils se seraient transmis — comme les Brahmanes indous

par rapport au Védisme — les souvenirs à titre purement spéculatif. L'Avestisme, au contraire, était leur religion, leur culte; l'Avestique était la langue sacrée, non point d'une religion antérieure» mais de leur culte, de leurs cérémonies. Mais comme cet idiome s'était éteint, la connaissance de ses formes et d'un certain nombre de mots s'était altérée, bien que la langue fût encore connue des prêtres pour qui Tusage en était obligatoire. On a vu, d'ailleurs, que l'on juge souvent très mal de la version pehievie, vu surtout, qu'elle n'est pas toujours littérale.

A celui qui ne sait point faire usage de ces monuments qu'ils nous ont laissés ; il manque un instrument d'investigation nécessaire ; sa science est complètement défectueuse.

Gela est tellement vrai que nous voyons les contempteurs les plus décidés de la science des Mages y recourir malgré eux et non seulement à celle des plus anciens, des plus rapprochés de l'époque avestique, mais aussi aux lexicographes du moyen-âge^ au Farhangi'Oim khadûk même, dont M. Geidner, par exemple, adopte l'explication du mot urut^ware^ signalée par H. Darmesteter, et d'autres encore.

Il leur serait souvent, du reste, bien difficile de ne point y recourir. Comment, en effet, pourrait on découvrir le sens d'aot'ra ou iïaofiravana, par exemple, sans la version pehievie qui rend le premier par môk « soulier » et le second par ragelman vâp « vêtement de pied, chaussure, jambard »?

b) D'autre part il est également certain que la langue avestique n'est point une sorte de dialecte du sanscrit primitif et que la clef de l'Avesta n'est dans les Védas que pour une faible part.

Certes nous ne contesterons point que les services rendus à réranisme par la philologie sanscrite ne soient très considérable» que rinde ait fourni une explication de mots et faits nombreux que l'on eut en vain cherchée ailleurs. Cela est d'autant plus vrai que pour beaucoup de points, pour Texplication de la plupart des Yeshts, par exemple, la littérature pehievie ne nous fournit presque rien.

L'erreur consiste à exagérer Timportance du Védisme et k

croire que Ton peut en principe el sansaxai&en, sans contrôle, transférer et sens et Torme des mots védiques à ceux de TAvesta, et prendre leur identité matérielle pour une règle dominant tous les autres faits. Nous avons vu à combien de méprises ce système conduirait si la science éranienne ne les avait pas rendues impossibles.

Si cette science avait été éteinte comme le voudrait l'école anti-traditionnelle, TAvesta ne serait plus qu'un livre indéchiffrable, dans son ensemble, éclairé seulement par ci par là de quelques lueurs de vraie science.

Si quelqu'un trouvait ces paroles exagérées, je le prierais de vouloir bien relire les pages 77-84 de cette étude. Il y verrait que, de tous les personnages avestiques, par exemple, le dictionnaire védique pourrait à peine en expliquer cinq ou six ; tous les autres ne nous sont connus que par TÀvesta et la tradition.

Si Ton n'eut eu que les Yédas pour reconstituer la religion et la civilisation éranienne, on en aurait actuellement la connaissance la plus erronée. Heureusement les premiers explorateurs <ie ce terrain prirent comme guide la science éranienne et posèrent à l'extension exagérée du Védisme des bornes infranchissables.

Que Ton veuille bien observer la différence de procédé des deux écoles. Les erreurs de la tradition, comme celles que produisent les analogies védiques, nous déterminent uniquement et uniformément à rechercher, à la lumière de la critique, tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai des deux côtés. L'école védisante ne tient compte que des erreurs quand les livres mazdéens sont en cause et les rejettent sans critique, mais s*dgit-il des Védas, les méprises sont oubliées et l'exactitude devient un principe.

Je laisse à juger où se trouvent la logique et la méthode ^ientiflque

Je comptais d'abord m'arréter ici, ne m'étant proposé que de rendre aux monuments mazdéens leur valeur méconnue. Hais ies conseils d'illu3tres éraaistes m'ont déterminé à poursuivre

la discussion jusqu'au bout et à envisager ia question dans son ensemble. Je passe donc à l*examen des autres moyens d'exégèse.

AVESTA — ÉRANISME.

Si les monuments du mazdéisme posl-avestique et ceux de rantiquité indoue peuvent servir à l'élucidalion de l'Âvesta et de ses doctrines, il est un autre témoignage qui doit naturellement primer tous les autres; c'est celui de l'Avesta lui-inéme.

Croirait-on qu'il faille défendre un principe aussi simple, le plus élémentaire de Therméneutique? Lorsqu'un auteur explique lui-même sa pensée et ses termes, a-t-ou jamais été chercher ailleurs une explication différente et même opposée, pour l'introduire violemment dans son livre? Quand Homère nous dit que les Danaoi sont les guerriers grecs, ira t-on soutenir qu'il se trompe et qu'ils doivent être, comme les Danavas védiques^ des démons des nuées?

Ou soutiendra-t-on, malgré le poète, qu'Hermès est un chien?

Â-t-on jamais substitué, aux explications que les prophètes d'Israël donnent des mots qu'ils emploient, celles des tablettes mythologiques de la Chaldée primitive?

Non, sans aucun doute. Et cependant c'est ce que l'on fait quand il s'agit de l'Avesta. Bien plus, on veut l'expliquer comme un livre écrit en Europe au xix*" siècle et le poétiser malgré ses auteurs.

Comment comprendre que des esprits éclairés se laissent aller par prévention, jusqu'à fermer les yeux aux faits les plus évidents et suivre, quand il s'agit des livres éraniens, des errements qu'ils blâmeraient avec énergie en toute autre circonstance. A qui d'autre faudrait- il prouver que la pensée d'un auteur doit s'expliquer par ses écrits et non par ceux de gens appartenant à un autre pays et à une époque antérieure de 6 à 10 siècles, ou postérieure de 20 siècles? Nos lecteurs non-

éranistes seront même tentés de croire que nous nous créons des contradicteurs de fantaisie, que jamais personne n'a pu croire ou pratiquer le contraire; entrons donc dans quelques détails, relativement au premier point. Le second aura sa place au § VII, p. 125 et ss.

On se rappelle cette erreur des premiers temps de Téranisme, qui faisait voir, dans les Aspinâ yevind de TAvesta, les jeunes Asvins védiques, les crépuscules. La tradition avait la maladresse de dépoétiser celte création mythique et d'en faire « la croissance des grains ». Cela excitait le rire et servait à prouver rinfidélilé des souvenirs des mazdéens. Mais voilà qu'un beau jour tout change. Les Asvins disparaissent et ne laissent derrière eux que les grains croissants de la tradition.

Le Yasna invoque les yâirya ratavd. En vertu du sanscrit rtavas^ ce ne pouvait être que les saisons de l'année. Or, TAvesta nous apprend que ce sont des génies présidant aux divisions de l'an, aux fêtes annuelles. En effet, ces mots se trouvent au milieu d'une longue liste de génies, chefs, ratavd, de toutes les classes d'êtres. Le doute n'est donc pas possible; ce sont les chefs et non les saisons de Tannée 0).

J'aurais à rappeler ici tous les cas cités précédemment et je devrais y joindre une foule d'autres; mais il suffira de donner un ou deux exemples des plus remarquables.

a) UAhuna vairya parle d'un Ahu « parfait », ou bien « auquel il faut adhérer ». Quel est cet Ahut M. Geldner imagine que c'est Zoroaslre lui-même. Nous ne discuterons pas la possibilité de la chose. Qu'il nous suffise d^une remarque : TAvesta affirme que cet Ahu est Ahura-Mazda lui-même et non un autre. A qui devons-nous croire? A l'Avesta sans doute. D'autant plus que c'est la seule explication possible. (Voy. Y. XIX, 29).

b) C'est le baresman^ dont nous avons déjà parlé, qui nous fournira le second exemple.

L'Avesta affirme positivement que cet instrument du culte

(1) G. DK Harlbz. Das avestische Kalender. Verhandl. des V internat. Oriental. Congr., B. III, S. 244. — Philolog. Wochenschr., 1883. S. 257 ff.

était composé de baguettes de grandeur et nombre divers, qu'on le coupait à un arbre (Y. LVI, 4 et Vd. XIX, 62); les Grecs qui Tont vu le désignent par le mot pa^oi, baguettes (i). Eh bien! tout cela ne signiAe rien. L'Âvesta ne sait ce qu'il dit. Les Grecs ont vu trouble. Des exégètes d'aujourd'hui savent que c'était une poignée d'herbes jetée par le prêtre sur l'autel et il ne peut en être autrement, d'après eux, puisque les préires indous en faisaient autant et qu'Avesta et Véda c'est la même chose.

Ajoutons aux preuves, précédemment données, cette indication' que nous fournit i'Avesta relativement au Bare^ma frastai^eta qui doit signifier « herbes répandues ».

Au Vend. XVI, 10, il est dit qu'on doit tenir, dans la maison, le lit de la femme qui a ses règles, à 15 gâya de distance du baresma frastet^eta^ comme de l'eau et du feu. Impossible de dire plus clairement que ce n'est point l'herbe jetée sur l'autel.

Au Vend. VIII, il est prescrit de conduire les morts par les chemins où passent le plus rarement les bestiaux, les hommes justes et le baresma frastereta. « L'herbe répandue sur l'autel qui passe par un chemin », on conviendra que cela n'est pas possible. Et ce passage, fut-il même interpolé, ne pourrait avoir été placé là si le sens des mots était ce que Ton prétend.

Mais en voilà assez pour le moment; nous entrerons plus loin dans les détails.

LEXIOLOGIE ET PHILOLOaiB ÉRANIENNBS.

Le sens des mots avestiques peut être retrouvé directement, non seulement dans I'Avesta lui-même, mais dans les langues éranienues héritières du trésor commun. Les langues en s'altérant conservent généralement aux mots déformés leur signification première. C'est le petit nombre seul qui en change complètement.

(1) Confr. Das areatUche Kalender und die Heimath des Avesta, p. C. DE Harlbz, p. 271.

Si le latin et le grec étaient perdus, on les retrouverait presque entièrement, le premier dans l'italien et le français, le second dans les idiomes néo-helléniques. De la même façon les langues médio- et néo-persanes serviront à reconstruire le glossaire avesiique. Cest par le persan^ par exemple, que l'on a appris que shâiti signifie « joie, plaisir », que apâk^tava veut dire « septentrional » et « occidental », que gâlu est « un trône, un siège», spMa « une armée ».

On peut comparer de même âzâta et âzdd, ratu et racf, âVsUi et âshtU âzi et âz, paityûra et patîrah, buna et bun, zrayah et daryâ^ zafra et zafar, VaoWa et khod, vip et viftan, vira (m. f.) et vfr, vîcira et guzir^ vUasti et bidast, zruan et zarvân, zyâna et zyûn et des centaines d'autres.

Le médio-persan, plus rapproché, fournira des renseigne^ ments plus nombreux encore; les formes se rapprochent aussi davantage. Exemple : P. jûshak » zevîs'ta, dreûjay — dref^^ vieîr (P. guzir) = vîcira, vitast (P. bidast) =» vîtasH^ vihât = vU dfôtu, huâstak =» h^dsta, h^âvarî et h^âpara, etc., etc.

Je n'insisterai pas là dessus, ce principe étant généralement reconnu; j'aurai, du reste, à y revenir dans la comparaison des sources. Ajoutons seulement qu'il faut encore ici et circonspec* tion et critique, et ne point, par exemple, identifier le yâlem avestique avec yâd « mémoire ».

Je passe également sous silence la philologie et lexiologie du vieux persan qui tient naturellement ici le premier rang.

PHILOLOQIB QÉWÉRALB — ANTIQUITÉ CLASSIQUE.

Notons enfin deux autres moyens d'éclaircissement dont par* sonne ne conteste la valeur : la philologie comparée générale et les relations des auteurs classiques ou orientaux. Dès le moment de la conquête macédonienne, et même avant peut-être» les Grecs se sont préoccupés et enquis des doctrines zoroas-

triennes. Des ouvrages considérables ont été le fruit de ces recherches ; le temps malheureusement en a emporté la plus grande partie. Citons spécialement la Mavtxdv d'Aristote ou Rhodon, le nipi y^yw d'Hermippe, les Mayixa de Xanthus. En outre, des renseignements précieux sur ces doctrines se trouvent répandus çà et là dans les écrits des historiens, des géographes et des poètes même de l'antiquité.

Tout cela est d'une haute importance; car à l'époque d'Alexandre le zoroastrisme était incontestablement en pleine florescence. Ce sont donc les croyance» et les pratiques avestiques prises sur le fait.

Je ne m'arrêterai pas à démontrer l'importance du rôle que joue» en ce genre d'étude, la philologie générale. Elle n'est méconnue par aucun éraniste. Héritières du patrimoine commun, toutes les langues indo-européennes peuvent en avoir conservé quelque chose qui ait également subsisté en Aveslique. Il y a donc là un élément de rapprochement et un moyen d'éclaircissement auquel on devra souvent avoir recours. Toutefois on ne doit point oblier que les sens do beaucoup de mots, identiques à l'origine^ se sont diversifiés par la suite des temps et cela différemment dans les différentes langues de la famille. Ainsi Manas (scr.) diffère de f^vô , lego diffère de >C7&), fumus de OufA({:, folium de phala.

A celte dernière source se rapporte l'étymologie. Celle-ci pourra donner souvent le sens des mots obscurs ou inconnus ; mais il serait imprudent de s'y fier en aveugle.

D'abord l'étymologie ne nous apprendra point à distinguer les noms communs des noms propres, ni les sens dérivés, détournés et figurés, des sens propres et primitifs. Elle ne pourra donc préserver des méprises semblables à celles que j'ai signalées précédemment.

En effet, si l'on se réfère aux pénomènes que présentent les langues bien connues, on constatera aisément que l'étymologie est souvent trompeuse. Tenons-nous en au latin pour le moment.

de sens en descendant quelques siècles, jusqu'aux mages pehlevis, mais on veut qu'ils soient restés intacts en traversant toute la période comprise entre l'unité aryaque et les chants avestiques.

De nombreuses méprises n'ôlent point à la philologie védique le droit d'être toujours écoutée, mais un nombre d'erreurs restreint fait perdre aux monuments mazdéens toute autorité, bien qu'ils fournissent très souvent la clef des difficultés de l'exégèse.

Il est très beau, sans doute, de s'enthousiasmer pour l'Inde, sa littérature et sa vénérable antiquité. II p'est nul de nous qui ne l'aime également et ne l'étudié con amore. Hais nous ne devons pas pour cela être injuste envers sa sœur cadette.

La patrie de l'Âvesta a su se donner une religion, une civilisation originale; pourquoi faut-il lui dénier ses droits? Ces créations nouvelles sont déjà en pleine florescence aux premiers germes de la littérature éranienne. Comment donc les expliquer par les conceptions dont elles forment la négation directe. Zoroastrien et adorateur d'Indra-Âgni ce sont deux termes qui s'excluent en principe bien qu'il puisse être resté eutr'eux quelques traits de ressemblance provenant de l'origine commune.

La langue des Védas n'est certainement pas Tidiome aryaque commun. Celle de l'Avesta l'est encore moins. Donc l'aryaque primitif est allé de chaque côté s'altérant d'une manière spéciale et l'on voudrait que de ces deux altérations indépendantes et très différentes de résultat, il fût sorti deux dialectes identiques (i). Cela n'est pas sérieux.

Nous avons vu d'ailleurs ci dessus quelle distance les sépare.

On rejette a priori le témoignage des zoroastriens de la seconde époque, parce qu'il ne refléterait que les idées de leur temps et l'on ne réfléchit pas que les Védas non seulement reflètent exclusivement les idées d'un autre âge, mais aussi celles

(1) Je ne pense pas que personne veuille encore soutenir que les Védas ont précédés la séparation des Arjas. Ce serait trop irrationnel.

d*un autre pays, d*une religion, d'une civilisation très différenle, le plus souvent même opposée.

On a vu précédemment que le peuple éranien avait eu sa vie à lui, que loin de copier Tlnde seulement, il s*élait créé une religion, une civilisation, des usages à lui propres. Est-il donc rationnel de chercher rexplicalion de ces nouveaux produits dans cette Inde dont les Eraniens se sont de plus en plus éloignés, plutôt que sur leur propre sol et dans Théritage qu'ils ont laissé à leurs descendants? Je serais très curieux de voir comment on justifierait une réponse affirmative.

Aussi les adversaires les plus déclarés des docteurs mazdéens ont profité de leurs lumières dans une large mesure. Ils sont venus au moment où Burnouf et Spiegel avaient, gr&ces à ces lumières, élucidé la plus grande partie de TAvesta et leur t&che a consisté et consiste encore à corriger les détails, à discuter les points restés obscurs.

En mainte occasion il serait, d'ailleurs, impossible de se passer du secours des interprètes pehlevis et tout le monde alors accueille leur témoignage. Comment justifier Tadhésion en ces cas exceptionnels si on le rejette en tout autre?

2) L'exclusion systématique des monuments mazdéens est donc contraire à tout principe scieniiflque. Aussi ses conséquences sont-elles des plus mauvaises.

Privé d'un élément nécessaire de critique et d'exégèse, le zendiste, qui fait table rase de tout ce que nous ont laissé les interprètes persans, est le plus souvent livré à ses propres forces et ne sait plus rien résoudre qu'à coups de conjectures.

Il va plus loin encore. Il traite l'Avesta comme un livre idéal, ou de fantaisie, écrit par un solitaire privé de tout rapport avec le monde. Ce ne sont plus les faits qu'il cherche; ce ne sont plus les idées, les mœurs, les usages du peuple pour qui ce livre a été fait ou de ceux qui l'ont écrit.

La règle à lui est une perfection idéale conforme aux idées, ;iux goûts de nos jours.

L'Avesta a des idées ridicules, il faut les changer; il n'est pas

poétique, il faut y xépandre ia poésie. On dirait un devoir d'humaniste à corriger et non un monument à déchiffrer.

Cela se fait parfois, du reste, d'une manière assez singulière. Ainsi nous avons vu certain savant, pour poétiser le V. I de la strophe 7 du Gâthâ4, nous représenter Ahura Mazda revêtissatU les astres de mouvement par soi.

Cette tendance, ce système avec ses préjugés conduisent certains éranistes à des procédés de philologie qui ne sont rien moins que scientifique. Ce qui ne les empêche pas toutefois d'accuser les autres d'ignorance et d'inexactitude givssière.

Citons deux ou trois exemples.

S*il est une explication généralement et justement admise, c'est bien celle du Vd. VII, 133. Ahura Mazda y dit qne la démolition d'un Dakhma (ou lieu d'exposition des cadavres) est un acte du plus haut mérite; que si un. fidèle en détruit seulement une partie, les deux esprits n'auront plus à lutter au sujet de cet homme pour son passage au monde meilleur, a II n'incombera plus de lutte aux deux esprits » dva mainyû réna avastéhha^. Réna est rendu universellement par « lutte, contestation ». En effet, le scr. rana indique cette signification, l'étymologie ama n aller contre » l'autorise; le terme correspondant de la version pehievie, patkâr v lutte », prouve que c'était bien le sens qu'on attribuait à réna au pays de l'Avesta.

Rien donc de plus clair et de plus certain; aussi cette tra* duction a rallié jusqu'ici tous les suffrages.

Mais voici que M. Geldner trouve absurde que « des génies se prennent aux cheveux (sic) au sujet d'une pauvre âme » et par conséquent il laisse de côté et la philologie sanscrite et l'étymologie et le témoignage des mazdéens et cherche toute autre chose qui n'ait rien d'absurde à ses yeux. 11 trouve le sanscrit ma correspondant de l'avestique erena qui signifie « dette », il faAi de réna le correspondant de rna et introduit le mot « dette » dans notre phrase. Il en résulte ce sens : « Il n'incombera plus de dette aux deux esprits relativement à cet homme », c'est à dire, dit M. Geldner^ « que les deux esprits n'auront plus à requérir de cet homme le paiement d'une dette quelconque ».

Examinons cette solution.

On accordera bien volontiers que sa phrase présente un sens plus rationnel que Tautre. En effet des esprits qui se prennent aux cheveux (qu'ils n'ont pas), cela est assez bizarre. Remarquons toutefois que ces cheveux ne sont que dans la version de M. Geidner et que le texte n'en connaît rien. Mais, indépendamment de cela, l'idée de Mv Geidner serait à préférer s'il s'agissait de corriger l'Avesta et non de l'interpréter. Nous n'avons donc point à nous occuper du plus ou moins de bon sens des prescriptions et sentences avèstiques, nous n'avons pour le moment qu'une chose à faire, c'est de rechercher si l'Avesta contient ou non cette conception.

Malheureusement ici nous devons nous nous séparer de M. Geidner.

Oui, le fargard VU, 132 énonce réellement cette idée.

Remarquons d'abord que les Docteurs du i^ ou du n"^ siècle de notre ère ont traduit réna par patkâr. Pour eux donc l'idée d'une compétition des esprits au sujet du mort, n'avait rion d'absurde. C'était une conception admise chez les Zoroastriens ; pourquoi donc aurait-elle été ridicule pour l'auteur du VII^ fargard? Où est l'indice qui fait supposer un dissentiment à cet égard? Aucun.

Et non seulement tout indice de ce genre fait complètement défôut, mais il y a dans l'Avesta des preuves certaines que cette croyance était bien celle de ses Docteurs. En effet au fargard IX, § 90, il est dit que pendant les 3 jours qui suivent immédiatement la mort d'un fidèle, les dévas rôdent autour de lui et lui livrent des assauts. Le Minokhtred répète la même chose et ajoute que Sraosha vient en aide au mort; enfin la liturgie parse a des prières pour implorer le secours des génies.

Mais peut-être le fargard VII spécialement est-il exempt de toute absurdité et doit-on corriger la seule qui s'y trouve?

Certes, ce serait là un motif bien insuffisant; mais nous n'avons pas même la possibilité d'hésiter un instant, car non seulement ce même fargard, bien plus le passage même où réna se rencontre est des plus bizarres.

Il y est dit, en effet, — et c'est là même l'occasion qui amène le verset discuté — que le nivellement d'un morceau de cimetière est un acte d'un tel mérite qu'il assure à jamais le paradis à celui qui l'a fait. A côté d'une conception morale de cette nature, la lutte des esprits ne fait certainement pas disparate.

Ce n'est point tout; il reste encore le côté philologique à

examiner. H. Geldner fait, d'un même coup, réna l'équivalent de arana et de ma et de plus, ma celui de erena et de réna.

C'est là, sans doute, de la philologie un peu large et qui étonne de la part d'un critique qui accuse si facilement et si peu justement les autres dMnexactitude. Réna égalant ma c'est bien certainement une supposition inadmissible.

Ainsi tout se réunit contre l'explication de M. Geldner : Phonétique, philologie comparée eléranienne, tradition, témoignage de l'Avesta lui-même, absence complète de motifs demandant ou autorisant une innovation. Il ne lui reste qu'une chose, c'est le désir de rendre l'Avesta plus raisonnable. Cette préoccupation est très louable sans doute, mais on ne peut l'écouter dans une œuvre de science et d'interprétation. Du reste, si nous voulons faire disparaître de l'Avesta tout ce qui est ou nous parait absurde, nous aurons fort à faire. Il faudra supprimer d'abord presque tout le Vendidâd, spécialement tous les chapitres où il est question des souillures causées par la mort d'un chien et de leurs conséquences, même tout ce qui concerne les soins à donner à ces animaux et l'irrémissibilité de crimes imaginaires; en outre tout le fargard XIV où sont prescrites ces expiations impossibles pour le meurtre d'une loutre ; et ce paradis sous-marin où descendent les âmes des chiens morts» et cette excommunication prononcée, selon H. Geldner, contre celui qui a donné un os trop dur à un chien, la damnation éternelle, fulminée contre celui qui a mangé un os de chien ou mis un morceau d'étoffe neuve sur un cadavre.

Il faudra même rayer entièrement le passage qui nous occupe et où se trouve le mot réna^ car le paradis y est promis à celui qui aura démoli une partie d'un cimetière.

Si nous parcourions ainsi tout le Vendidâd en Tauchant à droite et à gauche tout ce qui offusque nos goûts et nos idées, arrivés au bout du livre, nous ne retrouverions plus que quelques pages dans nos mains (i).

On voit donc que notre jugement personnel ne peut ici nous servir de guide.

Du reste, dans quelle autre branche de la philologie a-t-on jamais procédé de la sorte? Les injures adressées à Agamemmon par Achille, dans le conseil des Rois; Ajax, comparé a un âne, Bont à nos yeux du plus mauvais goût; les ombres de l'enfer de rOdyssée forment certainement un tableau où Tabsurdité à une large part; s*est-on jamais avisé pour cela de prétendre changer le sens dVivopapîjç, d'oiro;, de IVfMt cr que les âmes viennent boire », pour rendre ces passages plus poétiques, plus rationnels? Non, je pense. Si Ton trouve moyen d'améliorer la traduction de TAvesta, rien de mieux. Hais que ce ne soit pas au dépend de la vérité et sans motif comme sans preuve; bien plus, contre toutes les règles.

Voici un second exemple nous prouvant que cette liberté d'allure ne rend pas TAvesta plus rationnel.

Au Vend. V, Ahura Mazda dit que les lambeaux de corps morts, transportés par des animaux sauvages, etc., ne souillent pas ceux qui les touchent inconsciemment et il prouve sa thèse par l'absurdité des conséquences qui découleraient du contraire. Or, ces conséquences sont ainsi exprimées : si ces objets imoiondes souillaient de la sorte, tout le monde corporel serait en peu de temps ishasem iit> ashem Vraoz!da(>'Urva^ peshotanus^ Ce que la version pehievie rend ainsi : a tout le monde corporel aurait perdu (jusqu'à) la tendance à la sainteté; aurait l'âme endurcie et le corps corrompu (plein d'iniquité, ou perverti) ». Certes rien ne peut être plus conforme aux idées avestiques ;

(l) Remarquons encore quen rendant réna par <• dette •>, M. Geldner donna au paragraphe le sens opposé à celui qu'il veut y mettre. •* Une dette incombe aux deux esprits relativement à cet homme », cela veut dire que lea esprits ont une dette à lui payer,

rien n'est aussi plus littérairement expliqué, ni plus conséquent (i).

La corruption serait telle que la disposition même à la pureté serait anéantie, Pâme et le corps seraient pervertis. Il y a là d'abord une énonciation générale, puis un développement, suivant par métaphore les deux parties de l'être humain. L'opposition ou la relation entre l'&me et le corps est ici évidemment intentionnelle et forme une belle image.

M. Geldner, séduit par l'attrait de la nouveauté, veut changer tout cela et, à cette image si simple, si naturelle, si bien graduée et développée, voici ce qu'il substitue :

« Si ces cadavres souillaient l'homme, bientôt tout le monde corporel serait une bande foulant aux pieds le droit, à l'âme endurcie, excommuniée. » — Le monde matériel tout entier devenant une bande, c'est là, il faut l'avouer, une figure d'un goût très douteux et bien peu naturelle. En outre, le développement de la première idée par la seconde disparaît et l'opposition du corps à l'&me, si naturelle, si propre au développement est également détruite. De plus, cette excommunication si mal justifiée ne rend pas certainement la discipline avestique plus raisonnable; bien loin de là! Et sur quoi s'appuie cette double innovation? D'un côté, sur une dérivation impossible; de l'autre, sur une supposition dénuée de toute preuve. En effet ishasem » bande, est donné par M. Geldner comme un dérivé de has^ hUhas « fréquenter », ce qui est contraire aux plus simples règles de la philologie (2); et peretotanus <c excommunié » n'a pas le moindre point d'appui dans l'Avesta. Il n'est pas un seul mot qui permette cette explication, qui suppose indirectement même la réalité de cette sentence. Tout, au contraire, indique qu'elle n'exista jamais. Ainsi dans l'Avesta il est fréquemment parlé du

(1) Yoil& l'explication qae, sans la citer bien entendu, M. Geldner qualifie de non-sens qu*on ne discate pas. Chose plus singulière encore, il traite de môme la traduction de déjf^ areta, identique à la sienne. Juge-t-il sans avoir lu, ou ne comprend-il pas le français?

(2) 0*est comme si Ton formait i^«>otç de Ji(f&>p, iirpaÇiç de irin-pavxw.

peshotanus ou tanu-peretha et jamais il n'est fait allusion à une excommunication quelconque. Est peshotanus celui qui a commis une foute punissable simplement de 80 coups de fouet; or, des fautes qui sont châtiées de 1000 coups et plus n*entratnent pas même l'excommunication. Les termes sont des plus clairs» En maint endroit, et pour des fautes très difiTérentes, il est demandé : quelle est Texpiation? et la réponse est invariablement : pour le peshotanus, 200, 300, 1000 upazanas. Recevrait-on 1000 coups, plus Texcommunication?

Peshotanus, au Yd. XV, 3, 8, etc., etc., est expliqué comme équivalant à skyaotnâvareza a coupable d'actes criminels » (i).

TanumàVra, construit comme tanuperffa, indique suffisamment un ordre d*idée moral.

D'ailleurs ce genre de sentence n'est nulle part mentionné,, si ce n'est peut être dans l'Afrigân I où certainement il n'y a rien de sérieux, puisque l'omission d'une offrande suffirait seule pour faire dépouiller le délinquant de tout ses biens, bannir de la communauté tant civile que religieuse, etc., etc. Et choso remarquable, le mot peshotanus n'y est pas.

Il est curieux de voir comment H. Geidner traite la glose du Vd. YI, 136, pour en tirer parti en faveur de sa thèse. Le sena du pehlevi lui échappe naturellement; mais il met bout à bout des lambeaux de phrases et des mots isolés de l'Avesta cités dans des parties de la glose qui n'ont aucun rapport entre elles. Avec cela même il ne parvient à rien. Yoici cette glose.

« De ce passage il appert que chaque fois que l'Avesta parle d& paHtem, vaeourvaUis\ yaèca cela veut dire que « par la récitation il efface les fautes (tanuperetha) et les change en mérites »^ + + atPaea hehti peretàtanunàm skyaotnanàm uzvars^tayd (par là sont les effacements des actes peretotanus). — Il appert de

(2) Afûui^ ?Mca shyaotnàvareta ada bavcUnti peshotanua. Ex hoc criminam perpetratores inde fiant peshotanas. M. Geidner coape la phrase aTant adPa, contre tonte vraisemblance, comme le prouve la place du verbe. Confr. Yisp. IX, 3. En tout cas, cela ne prouverait pas que peshoianua exprime une peine.

là que, relativement à l'expiation du tanuperetha, s'il y a un margarjân, un lanuperetha en est expié. + yad'a dimjana^yim viptem va. (Et si on le tue, Zarathustra, le pédéraste)... Il appert de là que si quelqu'un tue le pédéraste, il y apo/item pour lui. Ses fautes sont effacées. + + ydsca dim janat? vehrkem yim bizan grem daèvayusnem peshotanui — (Et si quelqu'un tue le loup bipède, Tadorateur des dévas en son peshotanus (son état peccanimeux)... Il appert de là que celui qui tue un anarien, cela lui vaut pour (le pardon) yavaèca à jamais. Cela efface sa Taute ».

« Vacourvaitis, Il appert de là qu'il n'est pas nécessaire

de réciter TAvesta (la partie afférente); une bonne pensée efface une mauvaise; un bonne parole, une mauvaise; une bonne ac- ^tion, une mauvaise ».

« Sachez que réciter l'Avesta efface les fautes et les change en mérites. Gela appert du passage : Tous deux deviennent certainement purs, hailHm ashavana bavatem. — Que la récitation de l'Âvesta efface toqt, cela appert de ce passage : Vispem ta(^ paiti framcf^ezaiti dushmatemca... 11 efface toute mauvais^* pensée, etc. ».

M. Geldner fait de tous ces fragments isolés une seule phrase

daèvayasnem peshotanui vacourvaiUs' hait'îm ashavana-

bavatem et traduit : celui qui a fait cela, bien que dans son excommunication (peshotanui)^ il devient vacouruaUis' (propre i\ contracter par promesse verbale) et juste. C'est très facile mais pas très scrupuleux, ni scienlifique. Remarquons seulement ces conséquences : a) Bien qu'excommunié, privé de tout droit dans la communauté civile et religieuse, on pourrait cependant faire valoir sa promesse en justice; bien plus, on redevient ashavan. Est-ce assez contradicloiref b) Vacourvaitis' , au singulier, est donné comme le second attribut de ashavana bavatem, tous deux au duel ; c'est fort, il faut en convenir, c) H. Geldner a eu soin de s'arrêter à ces mots; les suivants auraient suffisamment prouvé qu'il réunissait en un tout des membres disparates et sans rapport entre eux ; vacourvaitis, commence un autre sujet, une autre manière d'expier. C'était d'abord lepoî/t-

tem, puis c'est la vacaurvaiti. Ce mot n*est qu'un fragment de citation à la manière des glossnteurs. Je reviendrai plus loin sur ce terme. Qu'il suffise seulement de remarquer qu'il ne peut signifier « convention verbale »; ce seratt vacâ milh^em. Urvaiti estccla règle, l'observance »; an<ar^urt;aî<ya est «selon la régie».

On voit donc que ces efforts suprêmes de M. Geldner ne le conduisent à rien et qu'il n'y a pas ici le moindre indice d'excommunication.

En outre, pour maintenir ce nouveau sens donné à pesho* tanus, M. Geldner est obligé de faire encore d'autres changements assez malheureux. Ainsi le fidèle, au Vend. XXII, promet àSaoka, en offrande, des bœufs oKshaèna, aperetotanud, c*est à dire c< non amaigris, non de corps dépérissant », mais sains et vigoureux. Or, M. Geldner est obligé, pour soutenir son interprétation, de transformer ces bœufs en animaux « non chassa du troupeau ». — Quand donc bannit-on un bœuf de son troupeau et pour quelle cause?

S'il devient malsain ou vicieux on l'abat mais on ne le bannit pas simplement des pâturages, au risque de lui laisser exercer des ravages et causer des malheurs.

Peshosâra, le voleur dont la tête est condamnée devient celui dont la demeure est expulsée! M. Geldner prétendra peut-être construire <c banni de sa demeure ». Si nous admettions cette irrégularité, nous viendrions échouer contre cette expression : la formule magique peshem sârem bunjaUU qui ne peut avoii*^ qu'un sens : elle délivre la maison expulsée !

Dahma (= dasma) devient un dérivé de dahyu « division, pays » et signifie « qui est entré par une initiation dans la communauté civile et religieuse ». La bénédiction surabondante, d'une puissance surnaturelle, que promet Saoka (?), au Vd. XXII, est ainsi celle « qui convient à tout non excommunié ».

Ajoutons encore quelques exemples.

3) Le même auteur ne reconnaît à UuâVra que le sens de « bien être, aise » malgré la tradition qui lui attribue en outre celui de « splendeur, éclat lumineux ». — Eu outre, il ne veut

plus que raè^K^a signifie <c se répandre, couler dans »» mais uniquement « revêtir ». En sorte que nous avons à Y. XXXI, 7, « qu^Ahura Mazda a revêtu les astres de bien-étres » (au pluriel), au lieu de « Ahura Mazda a fait que les rayons lumineux se répandent |>ar les astres ».

Un autre éraniste, pour poétiser TAvesta, voulait que « Ahura Mazda revêtit les astres de mouvement propre » ; « revêtir de mouvement » et « donner à un autre le mouvement par soi » cela est assez extraordinaire, il faut en convenir. Ailleurs il substitue dans la prière des Mazdéens la perpétuité de la santé aux dons du génie Haurvatât et trouve cela beaucoup plus beau.

4) Les nouveaux époux, au lieu de demander qu'Airyaman (génie de Tamitié) vienne à eux pour leur donner le bonheur (rafdlrâi)^ prient simplement Tamitié (terme abstrait) de venir <c pour leur faire visite ». Le fidèle, au lieu de prier Ahura Mazda de venir le consoler et le satisfaire, demande seulement que le Dieu vienne en personne (rafcPrâU au datif = en personne, coram).

Et M. Geldner s'imagine que c'est beaucoup mieux comme cela et qu'il a rendu à ces mots leur plein droit dont ces ignorants traducteurs les avaient privés. Le cimetière, single s^our des dévas, lui semble préférable au cimetière, lieu où les dévas se plaisent à se réunir. Et il fait venir ce mot rapako a séjour, aufenthaltort » de la même racine qui signifie d'après lui « s'attacher à, êlre fidèle à, etc. ». Plus loin il nous montre le chien comparé à un guerrier, parce que les chiens marchent en rangs serrés comme les soldats (!)

J'aurais cent pages et plus à remplir de choses pareilles, mais il faut se borner. J'y reviendrai, du reste, à la fin de ce livre.

Passons à d'autres défauts non moins graves que nous devons signaler pour les éviter avec soin.

3"^ Le trait le plus saillant est d'abord l'absence de principes fixes. Tantôt l'Avesta fait autorité, tantôt son témoignage est sans valeur (Voir pp. 167-119). Tantôt la ressemblance des mots suffit à elle seule pour déterminer leur signification ; tantôt elle

doit être regardée comme trompeuse. Eq Tuq et Tautre cas sans motifs réels, sans suivre aucune règle de critique.

Généralement le témoignage de la soi-disante tradition ne mérite aucune attention» mais en quelques cas exceptionnels elle fait foi sans preuve. L'Avesta est une composition à corriger, et non un livre a expliquer d'après les faits; ce n*est pas la version la plus fidèle qui remporte» mais l'explication la mieux imaginée, la plus conforme à nos idées et à nos goûts.

Les lois de la philologie doivent se prêter à toutes les exigences de ces produits d'imagination.

Cest ainsi que nous avons vu le Baresma devenir une poignée d'herbe malgré l'Avesta, l'identité évidente de dahma et de dasma rejetée sans motif, Texplication traditionnelle de urtU!ware admise sans restriction» réna «lutte» transformé en adette» pour satisfaire le goût personnel; des explications dénuées de tout fondement et contraires à tous les textes» telles que celle ùe peshotanus^ dahma^ vacô urvailis^ etc.» proclamées les vraies et des rapprochements doubles et triples tels que ceux de réna (s. arana)^ râna et rna; de erena et rna ou arana; de brahma et baresma^ wi^âxma; de barhis et barezis ou baresman; ishas dérivé de has par le présent hîshas ; raèshaya de rie, dahma de dahyu, va de bâ; hvanua^ de son, yim mis pour yd imem; urvatd pour varemnahè etc.» etc.» contrairement à toute règle de phonétique et de grammaire. Tout est livre à l'arbitraire (i).

De la même façon les mots changent de signification selon les besoins des explications nouvelles et cela sans que rien excuse ces transformations. Ainsi gaèt'a a bien, possession » devient à volonté un animal» un troupeau et même un homme» bien que du féminin; rafeWra est l'appui» la fidélité» la visite» personnellement, gaya est « la vie » ou « la maison »; merezu est « détruisant » ou a eu deux ». etc.

(1) Remarquons que ces vices ne peuvent s^excoser par la nécessité de donner une explication quelconque. M. Geldner ne traduit pas TAvesta, mais seulement des passages choisis qu'il donne comme modèles et eorrmstiom.

49 Le second trait c'est la hardiesse des affirmations. Dans les cas les plus douteux ce n'est pas une conjecture que l'on propose, c'est une vue intuitive, sûre comme une révélation, que Ton communique. On sait, par exemple, d'une science infaillible, quels sont les mots avestiques qui sont identiques à leurs homophones sanscrits ou qui n'ont avec eux aucune rapport. Quand un mot représente plusieurs formes on discerne avec une précision mathématique celle qu'il faut choisir. Ainsi M. Geldner sait d'une certitude absolue que le upamaUUn du farg. III u'a rien de commun avec celui du fàrg. XII, ni le vya^ reVa du Vend. XVII avec aret^a droit, règle, ni le $âra de peshosâra avec celui de asâra, mais que sairé est une forme de ce dernier mot. Il sait de même que (Uwzha^ est un participe présent adverbial; que paiHmU'nâiU signifie uniquement «« arrive » (il oublie le Vd. VII, 67, etc.), mais que gaèt% rap et autres ont les sens les plus divers. Il n'émet point d'hypothèse ; il sait et traite toute autre explication de non-sens, erreur, etc. Malheareusemeut il néglige le plus souvent, et pour bonne raison, d'indiquer les fondement de celte certitude.

J'admire cette foi robuste de certains savants dans les vues de leur esprit et de leur imagination. Elle est cependant d'autant plus étonnante que, comme nous l'avons vu, il n'y a guère de constance dans leurs appréciations et qu'elles sont rarement heureuses. Ce qui ne les empêche point de ti*aiter d'aveugle, d'ignorant, etc., tous ceux qui ne les suivent pas les yeux fermés dans leurs variations.

C'est ainsi que tout le monde voyait dans le mot sâroj terminant peshosâra, le sâra avestique signifiant « tête n>. Voici qu'il n'en est plus rien et que $âra est le sanscrit sarman. La preuve en est dans l'instinct de l'auteur. Nous en avons vu les conséquences.

Diwzha^y farg. XVIII, 56, est expliqué par Justi, ainsi que par tous, comme un ablatif (—/iiteo). Rien de plus irréprochable, d'autant plus, que pour l'expliquer, un glossateur éranien même y a ajouté la préposition hœa a de, par » etc.

Hais voici un nouvel interprète qui nous apprend que nous sommes tous des ignorants et que diwzhaf^ est nn participe présent employé adverbialement. Puis il ajoute comme vérité apodictique : la racine div n'existe pas; diwzh est le sanskrit dips.

Je dois bien me permettre de Taire observer que ce sont là des affirmations en l'air, sans aucun appui; qu'en outre, In dernière est inexacte et d'ailleurs ne prouve rien. Diwzh n'est pas dips. Dips vient d'une racine dibh (provenant de dabh, aminci) et du suffixe désidératir(?) «. Cela donne en sanscrit dips. En avestique la racine première est dab et dav, d'où, div, d'où, diwzh. La racine div est indiquée par le mot divamnem, Y. XXXI, 20, et daèvayant, daèwis\ Y. X, 43, Vd. Il, variantes de davayafU^ daiwisK Du reste, diwzh est à dcib ce que yim est à yam. l/erreur, l'ignorance n'est donc point chez ceux que l'on en accuse.

5* On oublie trop souvent que la tâche de l'interprète n'est pas d'embellir l'œuvre qu'il explique, mais de la reproduire telle qu'elle est. Quand on a imaginé un sens plus rationnel, une idée plus poétique, on croit fermement avoir donné une traduction meilleure. Et Ton ne s'assure pas qu'elle n'a rien contre elle, qu'elle s'applique partout, ne contredise pas les idées avestiques et les témoignages dignes de foi, etc.

On semble ne pas savoir que le plus beau, chez les écrivains et les poètes, n'est malheureusement pas toujours le réel. (Cfr. p. 128). Le plus singulier en cela est que ces merveilleuses trouvailles rendent le plus souvent FAvesta beaucoup moins raisonnable.

6^ L'antipathie pour la tradition a parfois été cause que l'on se donnait beaucoup de peine pour découvrir ce qui y était contenu depuis dix-huit siècles. C'est ainsi que Ton a fait grand mérite à celui qui a découvert la différence des deux daènas et la valeur du second. Or, s'il s'était donné la peine de lire la glose du farg. X, 39, il y aurait lu que la daèna, dont il y est question, très différente de c< la loi » est la même chose que ahhva <c l'être propre, la conscience » ; ahhvàm daénâm, kola 2 badûk ; c'est à dire, « Ahhva et daèna, ambo unum ».

On a, de même, découvert que les madfAhhô du Y. X» 13 sont des liquides enivrants. Or, encore la version pehlevie porte comme correspondant mdfydn, pluriel de mât^ vin, liqueur (i).

Que de discussions n'a point suscitées le mot du Y: XIII, 1, nâsmi^ parce qu'on s'écartait de la version ! Or, comme vient de le montrer Spiegel, en la suivant on fait disparaître toute difficulté; nâsmi viend de nand, ndd^ mépriser, conspuer.

Ce préjugé va jusqu'à faire préférer et juger plus savante, une explication, par cela seul qu'elle contredit la tradition.

Cette antipathie fait en outre perdre, à ceux qui en sont saisis, un instrument de critique indispensable.

T" Ce système a encore cet autre inconvénient déjà signalé qu'il fait de TAvesta une vraie toile de Pénélope où le tissu du jour est défait le lendemain, pour être refait peu après d'une troisième manière. Et il y a des hommes de valeur qui peuvent appeler cela de la science.

Ainsi hier ishasemjit» ashem devait être corrigé en ishasâscH^ ashem (désirant, cherchant la sainteté); aujourd'hui, c'est ishasem jiiashem et ishasem est « une bande d, il vient de htshas. Hier upamittm était un pieu, aujourd'hui c'est un sommet de montagne; peshosâra était a hausbrecher », qui pénètre par effraction dans les maisons, maintenant c'est un ce expulsé de sa maison ». Raèshaya (farg. XVII) était « des restes » (de ric)^ maintenant c'est « la barbe ». Dans le même ouvrage raèt'w signifie ici « revêtir », là « se mêler à » ; patat^ dyaos^ est « tombe en enfer » plus loin c'est « saute de l'enfer »(Cfr. p. 155).

Et comment en serait il autrement quand on n'a pour guide et pour frein que son imagination ou son goût?

(1) Je distingue ce mot d'un autre de même forme qu'on trouve ailleurs.

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