VI. RECONSTITUTION DU TEXTE. YESHT I
Le Yesht I contient deux sections très différentes; la première <§ 1-30) est un morceau formant un ensemble que Ton pourrait appeler les noms cCAhura Mazda. La deuxième (§ 30-45) se compose d'une réunion de ft^agments isolés dont plusieurs même sont incomplets, par ex. § 39, 43, etc.; on en compte plus de douze.
La première, bien que formant un tout, n'est cependant pas d'une seule main. L'énumération des noms aux §§ 13 à 23 ne parait pas être du même auteur que celle du § 6. (Cp. mon Avbsta traduit, 2« édit., p. 405, note 3, où tout cela est indiqué).
L'éditeur, comme l'interprète des textes avestiques. doit distinguer ces différents éléments, mais néanmoins il doit les donner et les expliquer en entier; tout jusqu'à un mot isolé, car ce mot même fait partie du trésor de la langue et doit être recueilli comme une précieuse épave. Il peut avoir de l'importance pour la science et pour plusieurs sciences. Ainsi les §§ 36-38 de ce Yesht contiennent des notions d'une valeur considérable pour la connaisiance des idées avestiques et de leur développement.
C'est donc ne point faire une œuvre scientifique que de négliger ces débris.
Quant à la première section, il ftiut agir avec prudence et discernement dans la séparation de ses parties.
Décider que tout ce qui ne se réduit pas facilement au mètre doit être écarté et que les passages rhythmés sont les plus anciens, le texte originaire, c'est procéder peu méthodiquement, car c'est prendre comme prémisse ce qu'on devrait prouver. Aussi le résultat atteint n'est pas satisfaisant. En effet, d'après ce système, à la question posée par Zoroastre : «< Quels sont les noms d'Ahura Mazda? *» le Dieu répondrait : « Honore-moi Zoroastre, le jour et la nuit, par des dons et des offrandes ; je viendrai à ton secours avec Sraosha, les eaux et les
plantes, et les Fravashîs. Si tu le veux, ô Zoroastre, tu écraseras les Démons et tous les mauvais génies. » Alors seulement vient Ténumération des noms.
Cette réponse ne concorde guère avec la question. Il est évident qu*Ahura Mazda n'a pu répondre de la sorte ; avant ces paroles il a dû indiquer les noms demandés. Retrancher la réponse naturelle, parce qu'elle n'est pas rhythmée, ce n'est pas à mes yeux de la critique sûre; Non plus que de ne garder que 3 noms parmi les 52 qui sont énumérés aux paragraphes 13-23. Il faut, je pense, envisager la chose d'une manière tout opposée.
Le fond du Yesht I c'est ce que l'on en retranche, les noms d'Ahura Mazda; et ces fragments rhythmés ça et là (§ 7-11, etc.) sont des passages empruntés ou imités d'ailleurs et insérés là pour compléter le siget. Ainsi les § 9-11 (W. X, XI) sont empruntés à Y. IX, 61-65 et Yt XIII, 136.
L'essentiel, le primitif est donc ici ce que l'on prend pour l'accessoire et ce que l'on rejette, au grand détriment de la science, c'est ce que l'on devrait considérer comme le texte fondamental, originaire. — L'amour du rhythme jouera encore bien d'autres mauvais tours.
Le Yesht I se compose d'une demande de Zoroastre et deux énumérations différentes des noms d'Ahura Mazda fCp. les deux énumérations décuples du Vd. III). Entre ces deux listes se trouvent quelques phrases rhythmées empruntées d'autres endroits ou composées ad hoc,