IV. 149, p
Vd. VI. 136 (citation), p. 136.
Vd. VII, 126, 132, p. 126.
XV, 3, p. 129.
XVII, l,p. 221.
XVIII, 1-10. p. 181.
XIX, 1. p. 167.
Y. XLVIII, 86, p. 151.
XLIX, 5, p. 152.
LXI, 26. p. 179.
Yt. VII. p. 221.
Yt. m, 14, p. 154.
Yt. XII, p. 228. S8.
XIV, 20, 211; 42-44, p. 218.
XVIÏ, 50, p. 236, 88.
Ahuna Vairya-Ahù, ratus'. p. 118.
Aogemadaôca, 52, p. 221 .
DE L'EXËGÈSE AVESUQUE.
MONUMENTS (l) MAZDÉENS.
Lorsque, il y a onze ans d'ici, Tiliustre auteur du Dictionnaire de Saint-Pétersbourg présenta dans le torae XXV, livr. I, de la Zeitschrifl dei^ deutschen Moi^gendlàndischen Gesellschaft, deux vers d'une strophe des Gâthâs, accompagnés d'une translation en sanscrit qui semblait être une copie de Foriginal, tout le monde regarda un instant sa thèse comme gagnée et crut que les idiomes avestique et védique étaient réellement deux dialectes d'une même langue, que la clef de l'interprétation de FAvesta était toute entière dans le dictionnaire védique. Spiegel continua, seul parmi les savants de renom, à soutenir les droits de la tradition parse et l'indépendance des deux idiomes en cause.
Mais il ne fut pas difficile de démontrer que la similitude si parfaite du texte et de la traduction était propre à ce passage, toute exceptionnelle, et que le choix du morceau destiné à former preuve, avait été l'œuvre d'un heureux hasard, vu que tout autre aurait donné un résultat très différent. C'est ce que j'avais commencé à faire dans mes Eludes avesliques^ p. 65 et 35. Aujourd'hui tous les Eranistes sont d'accord pour reconnaître l'utilité, la nécessité de l'étude de la tradition; Hûbsch-
(1) J*emploie ce mot, et non celui de tradition qui est inexact. Il ne •*agit pas ici d*une simple tradition mais d*une vraie continuation des fkits.
mann et Bartholomae aussi bien que Spiegel, Bezzenberger, Geiger, Wilhelm, Darmesteter, Pizzi, Hovelacque sont unanimes sur ce point; il ne reste plus qu'un très petit nombre d'indianistes, partis de l'étude des Védas, qui persistent à ne voir de salut pour l'exégèse que dans leurs études spéciales.
Ce qui porte les indianistes à dénier toute valeur à la tradition parse, c'est l'expérience qu'ils ont faite de l'infidélité de la tradition indoue relativement aux Védas. Leurs sentiments à l'égard de celle-ci, le jugement qu'une étude sérieuse les oblige à porter sur son caractère sont parfaitement résumés dans ces paroles de Benfey :
« Celui quia étudié soigneusement les explications des Indous sait qu'il n'y a pas la moindre continuité de tradition entre la composition dés Védas et leur explication par les savants indous; qu'au contraire, entre les restes authentiques de la poésie de l'antiquité védique et leur explication, il y a dans la tradition une rupture longue et persistante, à laquelle ont pu échapper, tout au plus, quelques particularités conservées par les usages liturgiques et avec elle les mots, les sentences et formules, voire même certaines hymnes qui s'y rapportent.
Les interprètes des Védas avaient en tout et partout, en dehors de ces restes bien peu considérables de la tradition, pour unique moyen d'élucidation, celui-là même qui nous reste, les usages de la langue classique et les recherches grammaticales, étymologiques et lexiologiques (\). »
Frappés de ce résultat des études védiques et constatant d'ailleurs des erreurs et des fautes dans la tradition parse, certains indianistes, principalement ceux qui avaient amené le mouvement de réaction contre la science indoue, crurent pouvoir traiter la tradition religieuse de l'Eran zoroastrien comme celle de l'Inde védique.
Cette opinion était chez eux fortifiée par l'idée étrange qu'ils se faisaient de l'antiquité de l'Àvesta et de l'origine du livre que
(1) Voir Texcellent résumé de littérature védique de M. A. Kaegy. Der RiG Veda,.
les Parses ont conservé. Ils croyaient, et quelques-uns semblent encore croire, que l'Avesta a été composé 2000 ans et plus avant notre ère et qu*il comprenait une littérature considérable dont nous n'avons plus que des fragments réunis au temps des Sassanideset grossièrement altérés. 11 en résulta qu'ils crurent n'avoir d'autre guide à suivre, dans Texégèse et la critique, que leur propre goût et leur inspiration.
La haute antiquité de TAvesta n'a jamais reposé sur un fonde ment sérieux; aujourd'hui il n'est plus possible de la soutenir encore (i) et la nature fragmentaire de beaucoup de chapitres de l'Avesta vient de ce que ces fragments étaient des sentences détachées, conservées oralement et réunies au jour de la rédaction du code religieux et non les restes de livres ou traités plus complets, recueillis après le naufrage général.
Les 31 Nâskas de l'Avesta sont en partie fabuleux, en partie composés de livres pehlevis.
L'Inde et la Perse ne sont donc nuUenoent dans des conditions identiques. Dans l'Inde la religion antique a péri, quant à son essence, avec la civilisation aryaque pure. Il s'y est élevé une civilisation, une religion nouvelle, créées par les Brahmanes ; les antiques croyances ont été complètement transformées. 11 n'est resté de semblable que le culte et de là les débris de tradition Hdèle en ce qui concerne les pratiques extérieures. En outre entre l'établissement du nouvel état de choses et les travaux exégétiques, il s'est produit des événements politiques et religieux qui ont puissamment contribué àéteindre les souvenirs de l'antiquité.
En Verse il en fut tout autrement. Là aussi, il est vrai, !a religion aryaque périt, plus complètement même que dans rinde, mais ce n'est point elle qui fut plus tard l'objet des commentaires; le culte nouveau qui se forma de ses ruines, le brahmanisme éranien, est précisément le zoroastrisme qui ne vint pas, comme la religion des Brahmanes, briser la chaîne qui
(l) Voy. Spiegel, Vergleichende grammatik der Altir. Sp. pp. 450, 469 inf. 471. 474 (N* 349). Confr. mon Avesta traduit etc. 2« Edit. pp. CXCII et 88. et Le Muséon 1882 N*» 4, pp. 494 «t ss.
devait unir les exégètes persans aux chantres des antiques divinités, mais qui au contraire créa la nouvelle tradition» celle dont les comnnentateurs pehlevis se sont faits les échos.
Ceux-ci, en se mettant à l'étude de FAvesta, ne devaient point chercher, comme leurs émules de Tlnde, à expliquer la religion et les livres oubliés de leurs aïeux primitifs, ils avaient simplement à élucider leurs propres livres plus ou moins négligés pendant un certain temps par suite de la conquête macédonienne. Rien n'autorise à supposer entre la composition de TAvesta et celle du Zand une solution de continuité dans la pratique de la religion avestique. Puisqu*on admet que le Zoroastrisme existait au temps de Darius d'une manière plus ou moins florissante, on no peut nier qu'il ne subsistât de môme au moment des conquêtes d'Alexandre. Sous la domination grecque nous voyons les historiens et les philosophes qui s'en occupent, l'étudient, l'exposent et le discutent dans leurs livres. S'il rentra à l'arrière plan, il ne disparut pas. Les croyances et les pratiques religieuses subsistèrent et acquirent même du développement. Hais la langue de TAvesta s'éteignit, Tétude du livre sacré devint rare. Aussi, lorsque la religion de Zoroastre reprit le dessus à Tavènement des Sassanides, les doctrines et le culte reparurent avec les développements et les changements que le temps, la marche des idées, le contact d'autres peuples y avaient produits, mais tels en général, qu'ils étaient aux temps avestiques. Le non usage de l'idiome de l'avesta et l'absence d'études continues furent cause que le sens de beaucoup de mois fut oublié. Il en est spécialement ainsi des Gâthàs écrits dans un dialecte différent, plus obscurs et d'un caractère purement spéculatif.
On ne doit point toutefois exagérer l'étendue de ces oublis; pour donner de l'Avesta une traduction aussi exacte que l'est celle des passages reproduits dans cette étude, il faut certainement que la tradition, même celle qui se rapporte aux textes, n'ait jamais été interrompue. Aussi les exégètes éraniens n'étaient point réduits, comme leurs collègues de l'Inde, à des
inductions et des conjectures. lis savaient encore assez bien la langue sacrée et la traduisaient directement.
C'est ce que les indianistes perdent trop souvent de vue.
Aussi n'est-il pas étonnant que, livrés à eux-mêmes, privés de toute base réelle d'élucidation, ils soient réduits à ne donner que des conjectures personnelles, plus ou moins spécieuses peut-être, mais que les faits n'appuient point. La seule conclusion qui leur soit permise est : « cela peut être ainsi »; jamais: M c'est certainement comme cela ». Leur méthode et leurs travaux ont même pour conséquence qu'ils remettent en question les choses les plus certaines et cela souvent sans y rien substituer d'acceptable. De cette manière l'Avesta devient une vraie toile de Pénélope et le but désiré recule sans cesse de plus cd plus.
Je l'avouerai sans peine, le grand renom et la vaste science de tel d'entre eux m'ont parfois ébranlé et je me suis demandé si la vérité n'était pas cependant de leur côté; car, on peut bien le penser, il nous est bien indifférent que l'on explique TAvesta par un moyen ou par un autre. Nous ne cherchons que la véri> table explication des textes avestiques; peu importe le procédé par lequel on y arrive. Nous n'avons aucune sympathie spéciale pour la tradition parse; au contraire, et si l'on pouvait démontrer que les védas suffisent à la tâche, rien ne nous serait plus agréable que cette découverte qui nous épargnerait bien des peines et du temps dépensés à l'étude des sources éraniennes. Hais une étude persistante m'a constamment et de plus en plus maintenu dans mes premières convictions.
Certes il serait injuste, et nul plus que moi n'est éloigné de méconnaître les services que d'illustres indianistes et spécialement le D. Roth ont rendu à Texégèse avestique. Toutefois cela ne peut suffire pour adopter toutes leurs opinions. Tous ceux qui se sont occupés spécialement de ces études, ont plus ou moins contribué à l'élucidation de l'Avesta ei je n'ai pas vu, sans satisfaction, que la plupart reproduisaient un certain nombre de mes explications bien que peu aient eu la loyauté de le reconnaître.
Hais quelques innovations heureuses ne peuvent former un système, d'autant plus que les savants adonnés à Félude presqu'exclusive de l'indianisme ne peuvent guère juger la question avec connaissance de cause.
Qu'ils nous permettent de le dire. La lecture de leurs travaux fait naître en peu de temps la conviction qu'ils n'ont jamais étudié cette tradition qu'ils décrient et qu'ils n'ont peut-être jamais lu un chapitre de pehlevi. Certes, nous ne soupçonnerons pas qu'ils ne soient pas aussi capables que tout autre d'y réussir; on comprend aisément qu'il soit plus facile de se contenter de ses connaissances spéciales et de parfaire l'exégèse de l'Avesta sans se donner aucune peine nouvelle, en évitant de s'engager dans des études compliquées et difficiles. Toutefois on doit bien convenir qu'il n'est pas possible d'apprécier sûrement ce que l'on connaît à peine et qu'un jugement porté de la sorte ne peut être reçu comme décisif.
Mais comme les opinions les moins fondées, parviennent à gagner des adhérents, quand elles sont énoncées avec éclat et assurance et que la controverse assoupie semble vouloir renaître, il importe que la question soit examinée à nouveau et d'une manière plus complète qu'elle ne l'a été jusqu'ici.
Avant d'entrer en matière nous devons exposer nettement l'état de la question, car le défaut de distinctions engendre trop souvent des confusions* des malentendus et des dissentiments sans base réelle comme sans avantage.
Nous devons donc insister sur ces deux points capitaux :
a) L'objet de ce travail, ce pour quoi nous cherchons les moyens d'élucidation les plus sûrs, c'est l'Avesta tel qu'il était au temps de sa composition, ce sont les idées, la nature des personnages, les choses et les mots tels que les concevaient et les comprenaient les auteurs des textes que renferment nos manuscrits avestiques. Il s'agit de la religion, des mythes et légendes, des usages tels qu'ils existaient, des termes tels qu'ils étaient employés au temps de la composition de l'Avesta et non de leurs origines, de leur condition primitive. Ces deux choses
que Ton confond trop souvent, au grand détriment de l'exaclitude> fornaent deux sciences différentes : la philologie avestique et l'archéologie éranienne. Eclaîrcissons notre pensée par un exemple.
Quand on nous demande ce qu'est Azhi dahâka, nous ne pouvons pas répondre que « c'est un démon de l'orage ». Il Ta été probablement à une époque antérieure de beaucoup à la période avestique. Mais dans l'Avesta il n'en est plus rien. C'est simplement un démon infernal créé par le chef des démons et envoyé par lui sur la terre pour la détruire avec la religion mazdéenne. Ainsi le baresma n'est plus (s'il l'a été) le barhis des Védas mais un instrument nouveau exclusivement avestique.
Si nous devions expliquer ce qu'est un temple, nous ne pourrions pas sans doute dire que c'est un espace délimité par les augures, car ce serait commettre un anachronisme assez bizarre. Ainsi font cependant ceux qui substituent les idées et les usages aryaques ou védiques à ceux de l'Avesta.
Ajoutons encore ceci : Ce que nous nous efforçons d'élucider c'est l'Avesta tel qu'il était au temps de sa composition et non ce que nos idées, nos goûts en auraient fait s'ils eussent régné alors. Certes nos goûts ne s'accommoderaient guère des longues et nombreuses ablutions d'urine de bœuf ou d'homme, de l'obligation d'entrer dans l'eau jusqu'aux genoux pour en retirer une patte de chien mort, ou de ramasser soigneusement les débris de cheveux, de moelle ou de pourriture qui sont restés sur le sol où fut déposé un cadavre humain ou une carcasse de chien; tout comme nous concevons assez difficilement soit la criminalité de l'enterrement d'un corps mort ou d'un os trop dur donné à un chien, soit le mérite du meurtre d'une fourmi.
Notre tâche est aussi de reproduire fidèlement le texte et non de le rendre plus poétique. Embelli il peut plaire davantage au littérateur; mais il devient sans valeur pour le philologue et rorientaliste. Poétiser l'Avesta peut être de quelque mérite pour un styliste, mais c'est le contraire de la science.
Nous nous bornerons pour le moment à ces réflexions ; nous y reviendrons plus loin.
b) La tradition parse ou zoroastrienne se compose :
!• de la version pehlevie,
i9 des gloses qui accompagnent cette version,
30 des livres religieux zoroastriens, écrits en pehlevi» moyen persan (1) ou persan moderne»
4<' la tradition orale et vivante contenue soit dans les usages et pratiques des Parsis modernes, soit dans leurs enseignements oraux traditionnels.
8<> je rangerai ici tout en le distinguant du reste, ce que j'appellerai la tradition vivante, c'est-à-dire, le trésor de mots que les langues éraniennes de toute époque ont hérité des idiomes antiques.
Les auteurs de la version pehlevie sont, sans contredit, les témoins les plus anciens et les plus dignes de foi ; leur travail remonte au 1^^ ou au i^ siècle de notre ère, leur date touche aux temps avesliques. C'est comme un lexique d'une valeur réelle.
Les gloses, comme nous l'avons montré déjà plusieurs fois, sont postérieures de 3 à 4 siècles, et plus encore peut-ôtrct et ne méritent qu'une confiance très limitée. Ce ne sont que des extraits de commentaires faits pendant la période sassanide; elles ont été rédigées au milieu du 6« siècle P. G. Ces commen* tateurs connaissaient bien l'Âvesta, mais pour l'expliquer et en appliquer les règles et les principes à tous les cas particuliers, ils avaient formé une casuistique semblable à celle du Talmud et conforme à l'esprit du temps.
Malheureusement on s'obstine, malgré tout ce qui a été dit (s)» à confondre la version avec son commentaire et à faire porter à la première le mauvais nom que le second seul mérite. À mon avis on ne doit se servir de ces gloses qu'avec une grande circonspection et défiance et l'on ne peut y chercher la pensée des traducteurs dont les glossateurs se sont très peu préoccupés ;
(1) Ce que Ton appelle le pârsi.
(2) Y07. C, de HarUz. Etudes avestiques, pp. 69, s. *— Avesta traduit, — Introd. pp. 41, s.
leur but étant surtout de formuler leurs systèmes et leurs décisions de casuistique. C'est dans les gloses pehievies que la tradition est peut-être le plus altérée et cela par la raison que je viens dMndiquer.
Les livres religieux des Parses sont très différents de nature et de date. Les plus anciens et ceux qui ont plutôt pour but d'exposer la doctrine connue que de l'expliquer et de la déduire en pratique, sont naturellement les plus dignes d'attention et de confiance. Â ce titre le Boundebesh et les parties simplement expositives du Dtn-Kart tiendront le premier rang parmi les auxiliaires de l'interprète. Le Minokhired vient après; le Sadder tout tardif qu'il est n'est point à Jiégliger. Le Shàbnàmeh lui-même contient beaucoup de traditions vraiment antiques. Les livres de casuistique pure tels que le ShâyastldShâyast^ le Vegarkof't etc. sont les moins fidèles. Toutefois il faut se garder des idées fausses ; quelqu'allération des conceptions primitives que l'on trouve dans ces livres, ce sont proprement des développements, des ajoutés extérieurs et non des corruptions essentielles de la doctrine avestique.
Les usages et les enseignements des Parses modernes s'écartent certainement en beaucoup de points des institutions et des doctrines du zoroastrisme avestique; mais il serait faux et injuste de soutenir qu'ils sont erronés en tout et partout. Les Parses ont certainement conservé une grande somme de traditions vraies que l'on ne peut négliger sans faute, sans compromettre son exégèse.
Quand à la lexiologie éranienne elle forme certainement une des sources d'information les plus sûres.
Nous reviendrons plus loin sur ces différents points. Voyons avant tout les motifs qu'on allègue pour se débarrasser du fardeau de l'étude des traditions.
M. Geidner, qui déclare franchement n'en tenir aucun compte, donne pour toute raison qu'elle reflète, non les doctrines de rAvesta,mais les opinions du temps où elle a été mise par écrit.
Cette objection qui parait spécieuse à première vue» est en
réalité vide de signification. Tout livre, en effet, reflète les pensées de son temps et à ce titre tout ouvrage qui s*oocupe du passé devrait ôtre jeté au feu. Mais cette qualité inhérente à tout écrit de ce genre ne peut former une cause d'exclusion complète. Que les auteurs traditionnels fussent pénétrés des idées de leur temps cela ne fait rien à l'afl'aire. Ce qu'il faudrait prouver, pour être autorisé à rejeter à priori leur témoignage, c'est qu'ils n'étaient plus au courant des idées et des usages avestiques, c'est que les souvenirs du temps étaient erronés.
Or, cette démonstration, personne n'a encore essayé de la faire. On n'apporte pas un argument, on ne dit pas un mot qui justifie cette exclusion systématique et trop commode. On procède comme l'humaniste qui, voulant expliquer les écrivains de l'antiquité, repousserait en bloc tout ce que les philologues les plus autorisés ont dit jusqu'ici, sous prétexte qu'après tout ils ne reflètent que les idées de leur temps; et rejetant dictionnaires, grammaires, commentaires critiques et exégétiques, voudrait refaire seul, à nouveau, toute l'exégèse classique.
Avant de porter ce jugement sommaire, on devrait au moins examiner les livres parses, s'assurer que les idées de leurs auteurs étaient réellement diflérentes de celles des auteurs avestiques; alors seulement on pourrait se prononcer sans risque d'erreur. Mais on ne laisse pas apercevoir la moindre élude du pehlevi. Gomment donc en juge-t-on?
On verra par la suite que les préjugés de M. Geldner ne se justifient pas.
M. Luquiens veut porter à la tradition un coup plus violent encore. « l^a tradition s'est formée sur les ruines du Mazdéisme ; )) voilà son jugement. Après une sentence aussi sévère, on s'attend à un commencement de preuve, à un énoncé quelconque de motifs; mais c'est en vain. C'est ainsi, le savant auteur l'assure ; nous devons nous contenter de son affirmation. Quand et comment le zoroastrisme est-il tombé en ruine? Quand et comment la tradition s'est-elle formée de ses ruines et sur ses ruines? l'auteur ne nous en dit absolument rien et
à bonne raison ; car pour en parler il faudrait inventer des faits.
C'est au moment où le zoroaslrisme a pris possession du trône de Perse, où TAvesta est venu au jour, que M. Luquiens en fixe la ruine.
Ennemi des traditions parses, il en accueille, semble-t-il, et pose comme base de sa théorie, Tune des plus erronées, celle qui attribue à Alexandre la destruction des livres avestiques et des actes de persécution.
Bien loin de s'être constituée sur les ruines du zoroastrisme, la tradition n'en est que la continuation, la reproduction avec les changements ou plutôt les additions qu'amènent nécessairement le temps et le contact des hommes, les tendances subjectives des docteurs, et les lacunes que laissent quelques souvenirs effacés par les siècles.
Du reste les idées de M. Luquiens sont toutes particulières; ce qu'il cherche dans TAvesta, ce n'est point la religion avestique, mais une sorte de Mazdéisme éclectique. C'est en dehors de la question. Ce que nous avons à expliquer c'est TAvesta, l'Avesta seul et la religion dont il est le code et non point un système de Pan-Mazdéisme dont on ne peut même affirmer Texistence. Ce que nous cherchons dans la tradition ce ne sont point des théories générales qui pourraient faire ranger sous un même chef la Bible et le Qoràn, mais Texplication de l'Avesta et rien de plus ni de moins. Quant aux ruines du Mazdéisme nous attendrons, avant d'en tenir compte, qu'on nous en ait montré au moins quelque chose.
Laissons donc de côté des discussions qui ne nous concernent point et abordons la question que nous nous sommes posée.
Commençons par l'établir avec le plus de netteté possible et négativement et positivement.
La méthode à laquelle nous ne pouvons adhérer parce qu'elle n*est pas scientifique, et dont nous avons à montrer les défauts, peut se résumer en trois procédés que j'énoncerai brièvement.
l"" Rejeter à priori le témoignage de la tradition sans en avoir fait une étude critique sérieuse, sans même l'avoir étudiée, sans eu connaître autre chose que quelques traits isolés.
i<^ Affirmer, également à priori, l'identité des Védas et de TAvesta et identifier, quant au sens, tout ce qui dans ces deux livres se ressemble par la forme extérieure.
30 Traiter TAvesta comme s'il ne se rapportait à aucun fait réel, à aucune croyance, aucun usage déterminé et d'une existence historique, comme si c'était une composition littéraire à corriger selon les idées et les goûts de chacun.
Les savants qui pratiquent ce système, qui constitue un fait unique dans les fastes de la philologie, répondront sans doute qu'ils agissent, il est vrai, à Tégard de la tradition comme je viens de le dire, mais qu'ils n'acceptent pas les autres reproches; qu'ils croient réellement à la similitude de ces deux livres sacrés et qu'enfin ils interprètent TAvesta selon le bon sens.
Nous voulons croire qu'ils se sont persuadés de cela ; mais il ne sera pas difficile, je pense, de leur montrer qu'ils se font une illusion complète à tous égards; que cette identité n'existe en aucune façon et que s'ils mettent peut-être plus de bon sens dans les conceptions avestiques, c'est au dépens de la vérité la plus évidente. Nous verrons d'ailleurs que l'Avesta n'y gagne guère.
Mais examinons d'abord le premier point.
Quelle est pour l'interprète de TAvesta l'importance, l'utilité de l'étude de la tradition parse et de la philologie éranienne? Peut-il en tirer un parti notable, ou lui suffit-il de consulter le lexique et les antiquités védiques, et, pour le reste, s'en aller par le chemin qu'il se creuse lui-même?
Pour répondre à cette question nous nous abstiendrons de toute discussion théorique et subjective, de toute hypothèse ; nous laisserons uniquement parler les faits. Nous mettrons en présence les deux instruments principaux dont dispose l'interprète et nous verrons ici la valeur des renseignements qu'ils fournissent, la nature et la proportion des erreurs que leur emploi peut engendrer.
Comme il a été dit plus haut, la tradition pehievie est le principal organe de la tradition parse ; pour la mettre à l'épreuve
nous allons juxtaposer le texte avestique de quelques morceaux choisis au hasard, par ci par là, et leur traduction en pehlevi, ou plutôt la traduction latine des deux textes. Lorsque le pehlevi sera entièrement conforme au texte nous nous contenterons de l'indiquer par un id. ; ce qui permettra au lecteur de voir d'un coup d'oeil les points de concordance et de discordance et leur quantité relative. Quant au latin, nous sommes bien obligé, pour atteindre notre but, de le faire d'un littéral absolu, bien que ce ne soit vraiment plus du latin ; autrement la comparaison serait presque impossible. 11 nous a bien fallu aussi écarter les morceaux trop obscurs; d'explications contestées on ne saurait rien conclure de certain. Nous en prenons dans toutes les parties du livre.
Pour les éranistes qui ne posséderaient pas le texte pehlevi, nous Pavons inséré à la fin de cette étude. Quant au texte avestique il doit être certainement entre les mains de tous nos lecteurs.