‹ De l'exentération complète sous-périostée de l'orbiteChapitre 19 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pronostic

Ainsi qu’il résulte des indications mêmes de l’exentération complète sous-périostée, le pronostic est tou- Jours grave, pour ne pas dire qu’il est fatal à plus ou moins brève échéance. En effet, si l'intervention par elle-même est absolument bénigne, peut-on jamais affirmer qu'on n’a pas oublié le moindre petit nodule néoplasique ? et combien de fois aussi la section du nerf optique, ou le curettage des sinus envahis ne peuvent être poussés assez loin pour dépasser le mal. Nous ne parlons pas du cas, fatal à bref délai, où la généralisation viscérale s’est déjà faite au moment de l'intervention, et qui reçoit comme un coup de fouet du fait de l’intervention elle-même.

À propos du sarcome, la tumeur que l’on rencontre le plus communément, Chauvel (1) dit : « Opéré de bonne heure la guérison apparente peut persister quelques années, mais la récidive locale est la suite habituelle de l'affection. On observe alors des tumeurs métastatiques plus fréquemment que dans la marche naturelle de laffection. Toute intervention est inutile, lorsque l’altération de la santé générale ne

(4) Chauvel, in Dictionnaire de Dechambre, article « Orbite ».

‘laisse aucun doute sur la généralisation de l’affection ». .

L'opinion de De Wecker(1) n’est pas différente : « Pour le mélano-sarcome de l’orbite, le pronostic est des plus sérieux, dans les trois quarts des cas la récidive a été prompte et la généralisation la règle. Lorsqu'on a relaté une absence de récidive prolongée, on est à se demander si une erreur n’a pas été commise concernant le caractère histologique de la tumeur »).

Et Verneuil au Congrès de Chirurgie de 1888 : « Sans doute, il y a un moyen opératoire accepté par tous les chirurgiens, et qui consiste dans l’ablation précoce et très large du mal. Mais, lors même que l'opération est faite dans ces conditions, il est certain que la récidive est encore la règle. Le cancer ne guérit ordinairement pas; ainsi que la tuberculose, il peut débuter comme maladie localisée, mais une fois installé, il n’abandonne plus sa victime: extirpé il laisse une trève de durée variable au bout de laquelle la récidive se produit ».

Quant à Lucas-Championnière, il est d’avis « qu’il s’agit là d’un noli me tangere ».

Nous avons trouvé dans la thèse de Barbot (2), déjà ancienne, une intéressante observation, moins sombre que les apinions que nous venons de rapporter. C’est l’histoire d’une tumeur ayant récidivé sept fois dans l’espace de douze ans. Le globe avait été respecté dans les quatre premières interventions; à

(1) De Wecker, Traité des Maladies des Yeux.

(2) Barbot, Sarcomes de l'Orbite, Thèse de Paris, 1877.

De

la cinquième, on pratique l’ablation de l'œil avec la tumeur, en passant la rugine au-dessous du périoste. Suites simples. Quelques mois plus tard l'orbite étant à nouveau comblé par la tumeur, on en pratique l’ablation à la rugine. Un an après, nouvelle intervention; la paroi supérieure était érodée sur une certaine étendue. Enfin, la maladie de l'orbite réapparaissait encore, et à la septième et dernière intervention, on constatait une perforation de la paroi supérieure de l'orbite pouvant admettre l'extrémité du petit doigt. Ce malade a donc en douze ans subi huit interventions. Entre celles-ci le plus court intervalle a été de six mois; le plus long de quatre ans.

Mais c’est surtout chez l’enfant que le sarcome a une marche inexorable; plus le sujet est Jeune, plus le mal est terrible. Telle l’observation de Horner, rapportée encore dans la thèse de Barbot. Il s’agit d’un myxo-sarcome de l'orbite, chez un enfant de quatre ans. On pratique l’exentération. Deux mois après le malade revient : le néoplasme s'était reproduit et remplissait tout l’orbite. L'enfant succombait sans intervention au bout de quatre mois. La tumeur avait poussé à travers la fente sphénoïdale jusqu’à la surface inférieure du cerveau, un prolongement de la grosseur d’une noix.

Telle encore l’observation suivante que nous trouvons dans la thèse de Vial (1). Il s’agit d’une fillette de dix-neuf mois atteinte d’un sarcome fasciculé de l'orbite. On fait l’énucléation. Deux mois après, une

(4) Vial, Contribution à l'étude de la perforation du crâne par les sarcomes qui évoluent dans l'orbite. Thèse de Toulouse, 1899-1900.

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