‹ De l'exentération complète sous-périostée de l'orbiteChapitre 9 sur 24 · STD · texte numérisé non relu

STD

leur développement extrêmement rapide, que le plus souvent la question ne se pose même pas de savoir si l’on peut sauver l’œil, mais bien de savoir si l’on peut sauver la vie du malade. Aussi pouvonsnous dire de suite que l’on fera quelquefois l’exentération sous-conjonctivale, dans les cas d’intégrité absolue de la conjonctive; mais qu’ordinairement l’exentération sera complète, sous-périostée.

Nous citions plus haut les conclusions d’un mémoire présenté par le professeur Lagrange à la Société de chirurgie en mai 1891, et nous rappellerons simplement la dernière où il est dit que l’on doit toujours pratiquer l’évidement complet de la cavité orbitaire dans le sarcome mélanique du tractus uvéal, le sarcome blanc embryonnaire et la grande majorité des gliômes rétiniens.

M. Terson (1) se range à cet avis pour les tumeurs sarcomateuses intra-oculaires qui ont perforé le globe; pour celles où la section du nerf le montre néoplasié, et pour le gliôme; dans les autres cas, il se borne à énucléer en sectionnant le nerf le plus loin possible; lorsque le sarcome intra-oculaire est bien limité, il regarde l’exentération de l’orbite comme une mutilation inutile, persuadé que le danger de ce sarcome est plus dans la métastase que dans la repullulation locale.

M. Abadie (1) va plus loin et dit même que, dans le cas de gliôme, on peut se contenter de l’énucléation sans faire d'emblée l’exentération, et que celle-ci

(4) Société française d'Ophtalmologie, Congrès de 4903. Discussion sur le Rapport du professeur Lagrange.

Dre ve

n’est alors pas suffisante dans les cas où orbite est déjà envahi, pour éviter les récidives.

Cela est peut-être vrai dans quelques cas; mais il faut bien songer que les tumeurs restent intra-oculaires beaucoup moins longtemps qu’on ne pense; l’histologie a montré l’infiltration précoce des cellules morbides le long des vaisseaux ou à travers les plans fibreux de la sclérotique ; cliniquement, la tumeur est encore localisée; en réalité, elle n’est déjà plus intra-oculaire, et l’énucléation n’enlève qu’une partie du mal, et c’est alors pour avoir voulu trop conserver que tout est perdu.

Il faut néanmoins, avant d’en arriver à ces interventions mutilatrices, s’entourer de toutes les garanties possibles.

« Une tumeur (1), de quelque nature qu’elle soit, n’a aucune tendance à rétrocéder; elle ne fait que s’accroître; aussi ne peut-on la laisser livrée à ellemême; à plus forte raison s’il s’agit d’un sarcome embryonnaire, l’abstention aurait les plus graves inconvénients... Le traitement médical n'existe presque pas; pourtant, à la toute première période, lorsqu'on hésite sur la nature de la tumeur, il est bon d'essayer un traitement médical, car s’il est très utile d’énucléer sans retard un œil atteint de tumeur sarcomateuse, il est fort regrettable d’en arriver à la même mutilation pour un œil non dangereux à conserver et quelquefois même guérissable, comme dans les cas de pseudo-tumeurs, gommes, etc.

(1) Les Sarcomes de l'Orbite, leur pronostic. Barroyer, thèse de Lille, 1899-1900.

— € Aussi, est-il bon dans ces cas de suivre la pratique de Panas, qu’il a résumée dans un article des Archives d’ophtalmologie, dont voici les conclusions :

1° En présence d’une tumeur réputée sarcomateuse, il faut, alors même qu’on s'est éclairé par l'examen histologique, songer à l’origine infectieuse et ne recourir aux opérations qu'après traitement préalable resté infructueux ;

2° Parmi les moyens de traitement dont nous disposons, on doit enregistrer le mercure, l’arsenic et la toxithérapie..;

3° La recherche du point d’origine de l'infection et la détermination bactériologique des toxines qui sont en cause contribuent à asseoir le diagnostic et à poser les bases d’un traitement rationnel. La chirurgie, souvent impuissante dans les sarcomes et JTymphadénômes de l'orbite, vient après. »

Panas dit ailleurs : « Lé sarcome de l'orbite, quelle que soit la variété, comporte l’intervention chirurgicale et complète; ce n’est qu’à ce prix qu’on évitera, dans la mesure du possible, les récidives qui ne sont que trop fréquentes. En faveur de lextirpation radicale, nous citerons l’observation de Combalat, relative à un homme de trente-cinq ans, chez lequel il survient, en 1879, un sarcome orbitaire avec exorbitis. |

« L’ablation de l’œil et de la tumeur, faite un an plus tard, fut suivie de repullulation et ce n’est qu'après une exentération totale que la guérison eut lieu. Elle est restée définitive depuis sept ans. »

y A. FAVRE 2

DEL a

Nous trouvons dans la thèse de Chaillous (1) une observation de M. Salva (de Grenoble) d’un sarcome de l'orbite enlevé sans énucléation, le malade s’opposant formellement à l’ablation de son œil. Un an après l’opération, le malade va bien au point de vue de l’œil. La tumeur — un leuco-sarcome globo-cellulaire — ne présente pas de récidive dans l’orbite, malgré les craintes de l'opérateur. Mais on trouve du côté du palais deux petites tumeurs métastatiques.

Chaiïllous donne en outre une longue série d’observations d’ablations de tumeur sans exentération, en s’aidant pour une ablation plus complète, de l’opération de Krænlein. Malgré cela, on note de nombreuses récidives. |

Et comment en serait-il autrement, puisque la récidive s’observe déjà après nombre d’exentérations précocement faites ?

Nous avons.dit un mot déjà des gliômes intra-oculaires et de la manière d'intervenir que préconisent MM. Terson et Abadie; M. Galezowski semble être du même avis lorsqu'il dit dans la même discussion à la Société française d’ophtalmologie : « L’exentération n’est pas justifiée dans les tumeurs oculaires : c’est l’énucléation ».

Au sujet du gliôme de la rétine, assez souvent guéri par l’énucléation simple, Lagrange fait remarquer qu'il en existe deux variétés : 1° des gliômes vrais qui méritent le nom de neuro-gliômes; 2° des angio-sarcomes. Les premiers sont bénins; mais pour

(1) Chaïllous, Opération de Krænlein dans les affections de l’Orbite, thèse de Paris, 1900-1901.

les seconds qui sont très malins, on ne fait, à son avis, Jamais d’ablation trop large.

Le D' Hugo Wintersteiner (1), dans son travail Das Neurocpithelioma Retinæ, paru en 1897, a pu réunir 497 cas de gliômes rétiniens dans la littérature ophtalmologique; il faut y ajouter 31 cas qui lui sont personnels et 5 cas que Panas rapporte dans son ouvrage. En tout 533 cas, pour lesquels on connaît les suites de 326, qui ont donné 68 guérisons de deux ans et plus, 13 guérisons de un an, 15 récidives (suivies de mort vraisemblablement) et 230 morts constatées.

Panas (1) fait suivre cette statistique des réflexions suivantes : & À la suite des interventions précoces, le gliôme guérit plus souvent que ne le pensaient les anciens opérateurs. Cette différence d’appréciation provient non d’une erreur de nos prédécesseurs, mais des conditions meilleures dans lesquelles on opère depuis déjà nombre d’années, c’est-à-dire de la précocité plus grande des opérations...

« Si la plupart des gliômes guéris l’ont été par une simple énucléation accompagnée ou non d’une résection plus ou moins complète du nerf optique, il n’en est pas moins certain que beaucoup d'enfants ont succombé parce que l’on a laissé dans leur orbite un nerf optique malade ou même des particules inappréciables de la tumeur qui ont donné lieu plus tard à une infection de l’encéphale ou des os de la face. |

(1) Cité dans Panas et Rochon-Duvigneaud, Recherches sur le glaucome et les Néoplasmes intra-oculaire, pp. 376 et suivantes.

Page 1