‹ De l'exercice chez les adultesChapitre 10 sur 40 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Parenté de la gravelle urique et de la goutte. — ftareté de la gravelle chez les travailleurs. — Diminution de l’acide urique sous l’influence de l’exercice. — Autres produits de combustion incomplète. — L’hyperacidité des humeurs. — Les acides gras volatils. — La colique hépatique. — Autres maladies par déiaut d’exercice. — La migraine. — L’asthme arthritique. — Le diabète. — Qu’est-ce que l’arthritisme V

La gravelle est, suivant l’expression d’Érasme « la sœur de la goutte » ; elle représente une détermination rénale de la diathèse urique, tandis que la goutte en est la manifestation articulaire. Mais le vice de nutrition est le même dans les deux cas, et le sang des graveleux, comme celui des goutteux, renferme un surcroît d’acide urique.

Il y a même, dans la gravelle, un phénomène qui répond à l’accès de goutte, c’est l’accès de colique néphrétique. Avec cette différence toutefois que l’accès de goutte est le résultat instantané du dépôt de la matière urique sur les articulations, tandis que, dans la gravelle, la crise est préparée à l’avance. La colique néphrétique est provoquée par un acte mécanique, la chute d’un calcul dans l’uretère, tandis que l’accès de goutte est un plié-

nomène vital, dû à l’élimination de l’acide urique par les jointures. Le dépôt d’acide urique se fait lentement dans les canaux du rein, s’amasse et grossit pour former un calcul, et le calcul, à de certains moments, se détache du rein et tombe dans l’uretère pour passer dans la vessie et être expulsé au dehors. Dans son passage à travers l’uretère, il provoque la contraction douloureuse de cet étroit canal, et c’est ainsi qu’a lieu la colique néphrétique.

L’exercice agit, contre la gravelle, comme contre la goutte en s’adressant aux causes mêmes du mal, et non à ses symptômes:; en rendant les combustions plus actives, en provoquant l’oxydation plus complète de la substance azotée. L’efficacité du travail musculaire est incontestable comme moyen préventif de la gravelle, et la preuve en est fournie par la rareté de cette affection dans les classes laborieuses de la société.

La gravelle est la maladie de l’homme aisé chez lequel les acquisitions sont plus fortes que les pertes. Elle n’atteint pas les hommes qui se livrent à un travail musculaire assidu. Mais il peut en être d’elle comme de la goutte et le travail musculaire n’est pas toujours un préservatif suffisant pour ceux qui, de naissance, apportent une prédisposition héréditaire à la diathèse urique.

C’est une cause d’étonnement aussi légitime de rencontrer un graveleux parmi les hommes élevés « à la dure » que d’y trouver des goutteux. Et presque toujours une enquête bien conduite pourrait arriver à démontrer que ces exceptions confirment la règle. 11 en est ainsi dans l’observation

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suivante : — Appelé auprès d’un homme employé comme valet dans une ferme, nous sommes surpris de constater une crise de gravelle, le malade ayant toujours mené depuis son enfance l’existence laborieuse d’un paysan. Tour à tour berger, charretier et laboureur, il n’a pas dans sa vie la plus petite période d’interruption de travail. Mais des renseignements plus précis font cesser notre étonnement : cet homme était enfant naturel, et son père appartenait. à la classe bourgeoise.

L’exercice musculaire est un excellent moyen préventif de la gravelle ; il est aussi le meilleur moyen hygiénique qu’on puisse lui opposer. Sous l’influence de l’exercice on voit la composition des urines se modifier et la quantité d’acide urique qu’elles contiennent diminuer en peu de temps. Béclard a signalé depuis longtemps ce fait que chez l’animal sauvage qu’on vient de capturer, les urines renferment très peu d’acide urique, et qu’elles en renferment beaucoup au contraire chez le. même animal après qu’on Ta tenu immobile en captivité pendant quelques mois. Cette observation suffit pour démontrer l’utilité de l’exercice dans une maladie caractérisée par l’excès d’acide urique dans les urines.

L’acide urique n’est pas le seul produit anormal qui résulte des combustions incomplètes. Il s’en forme, chez l’homme privé d’exercice, un grand nombre d’autres que la chimie organique a ana-

lysés, et dont la physiologie pathologique commence à préciser le rôle dans la production des maladies. On sait, par exemple, que les substances azotées ne sont pas les seuls matériaux organiques dont la combustion incomplète puisse donner lieu à des produits anormaux capables de troubler l’équilibre des fonctions vitales. Les tissus graisseux peuvent, eux aussi, être incomplètement oxydéschez l’homme dont l’exercice est insuffisant, et ne pas se résoudre dans leurs éléments de combustion parfaite qui seraient l’eau et l’acide carbonique. C’est ainsi que prennent naissance certains acides gras volatils, dont on retrouve l’odeur caractéristique dans l’haleine ou dans les émanations de la peau chez les personnes à vie trop sédentaire.

La formation des produits de combustion incomplète sous l’influence de l’exercice insuffisant explique certains phénomènes, assez singuliers au premier abord, fréquemment observés chez les personnes qui n’agissent pas assez, ou bien chez celles qui sont atteintes d’un de ces troubles de la nutrition désignés, dans leur ensemble, sous le nom général d 'arthritisme, parce que la goutte et le rhumatisme en sont les deux formes les plus accentuées. 11 arrive fréquemment à ces sujets, dont la nutrition est « ralentie », d’éprouver, le matin au réveil, une sensation de lassitude extrême, qui ne se dissipe qu’une heure ou deux après le lever, lorsqu’elles ont pris un peu d’exercice. Il semble irès paradoxal, au premier abord, qu’une sensation de fatigue puisse disparaître par l’exercice, cause habituelle de la fatigue. Cette apparente contradiction s’explique, sachant que le malaise éprouvé

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est dû à la présence dans le sang d’un excès de produits de combustion incomplète. En effet, l’habitude vicieuse de la nutrition, qui consiste à brûler trop lentement ses combustibles, s’exagère toujours pendant le sommeil, état dans lequel, non seulement le travail volontaire des muscles est supprimé, mais encore le fonctionnement des grands organes diminué. Le cœur et le poumon, par exemple, fonctionnent dans un rythme plus lent, à l’état de sommeil, qu’à l’état de veille, et le thermomètre accuse une diminution de température d’un demi-degré (quelquefois d’un degré chez les arthritiques) (1) entre la chaleur du matin au réveil et celle du soir. De plus, la respiration se ralentit notablement pendant le sommeil, et tous les physiologistes ont reconnu que la consommation d’oxygène est beaucoup moins considérable chez l’homme endormi que chez l’homme éveillé, même à l’état de repos. L’état de sommeil exagère donc, momentanément, la tendance que peut avoir l’organisme à faire des combustions incomplètes, et si déjà le sang, à l’état de veille, contenait beaucoup de ces produits mal brûlés qui sont toujours une cause de maladie ou de malaise, il se trouvera qu’une nuit de sommeil aura augmenté encore la dose de ces produits, en exagérant la tendance du fourneau humain à brûler incomplètement ses combustibles. De là saturation du sang par des substances anormales dont l’effet se fera sentir jusqu’au moment où un peu d’exercice, en activant la respiration, aura introduit dans le sang

(1) Bouchard, Ralentissement de la nutrition.

un surcroît d’oxygène, capable de parfaire leur combustion et d’en débarrasser l’organisme en les brûlant.

Le plus grand nombre de produits de combustion incomplète sont des acides. C’est la caractéristique des sujets à combustions incomplètes de présenter un degré prononcé d’acidité des humeurs du corps qui devraient être alcalines. De là certains troubles quelquefois graves de la santé. Par exemple il est des substances qui restent dissoutes dans le sang ou dans les humeurs, dont la réaction chimique à 1 état normal est alcaline ; mais ces substances tendent à se précipiter, à former des concrétions et des dépôts si le milieu devient acide. C’est ainsi

que l’acidité excessive du liquide biliaire produit des précipités de c/mtes<érme.quidonnentnaissance aux calculs biliaires et à la colique hépatique ; de même l’acidité exagérée des urines tend à favoriser dans les canaux des reins la formation des précipités d’acide urique et à donner lieu à la gravelle. De là le conseil donné par les médecins à ces malades de s’abstenir d’aliments acides. De là aussi I al fluence si considérable de ces malades aux eaux de Vichy qui sont alcalines, et qui peuvent, en veitu de leur alcalinité, corriger l’excès d’acidité des humeurs et du sang.

Un sait, du reste, aujourd’hui, depuis les beaux travaux du professeur Bouchard sur le « ralentissement de la nutrition », quelle étroite filiation unit toutes ces maladies en apparence très différentes, caractérisées par la présence dans le sang de produits de combustion iricomplète.

Ln résumé 1 insuffisance de l’exercice amène

CO

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chez l’homme une insuffisance de respiration, qui a pour conséquence un défaut d’oxygénation du sang, et un trouble dans les opérations de chimie vitale qui s’opèrent au dedans de nous. De là une surcharge du liquide sanguin par des produits de composition anormale. Parmi ces produits se trouvent bien des substances que la chimie n’a pas encore analysées, mais dont la physiologie pathologique commence à entrevoir le rôle dans la production de toutes ces maladies de la nutrition qui sont l’apanage exclusif des classes aisées de la société, et le tribut payé à la nature par l’homme qui a voulu s’affranchir du travail corporel.

Ce n’est donc pas seulement par ses tissus infiltrés de graisse que l’homme inactif diffère de l’homme adonné à l’exercice du corps; c’est aussi, et surtout par la composition chimique de ses humeurs, dont les produits de désassimilation incomplètement élaborés altèrent la pureté. Et il n’y a rien de trop absurde dans cette vieille opinion populaire en vertu de laquelle la paresse « épaissit le sang ».

La conséquence du délaut d’exercice a donc, dans l’âge adulte, une portée considérable. Après une longue suite d années passées dans l’inaction, l’organisme s’est adapté, suivant la loi qui domine toute la physiologie, à un mode de nutrition conforme au faible fonctionnement qu on lui demande. Les organes se sont accommodés à la fonction. L’homme inactif et gros mangeur, après avoir passé vingt ans de sa vie a introduire dans le fourneau vital des combustibles en quan-

tité exagérée, et à n’y faire pénétrer qu’une dose insuffisante d’oxygène, a fini par faire passer son organisme à l’état d’ « appareil à combustion lente ». Et il arrive un moment où il ne fabrique plus que des produits de désassimilation incomplètement brûlés, quoi qu’il fasse pour augmenter le « tirage pulmonaire », en activant la respiration.

Il se peut alors, quand le défaut d’exercice a créé celte disposition morbide, sous forme de maladie confirmée, que le vice de nutrition ne s arrête pas à 1 individu, mais se transmette à ses descendants. Et c est ainsi que le fils de goutteux ne peut pas toujours se garantir, à force d’exercice, d une maladie que son père a gagnée par l’exercice insuffisant-.

Tel est le mécanisme physiologique en vertu duquel tendent chaque jour davantage à s’étendre ces vices de la nutrition qu’on englobe sous le titre général d arthritisme (du mot grec apQpov, articulation) parce qu’on a pris pour type de la nutrition anormale, la goutte, maladie dont les manifestations locales ont pour siège les jointures.

Le vice de nutrition appelé « arthristisme » ne caractérisé pas seulement les maladies qui atteignent les articulations, comme la goutte, mais toute une série d’états morbides qui ont avec la goutte une étroite parenté. La gravelle du rein avec la colique néphritique, la gravelle du foie avec la colique hépatique sont des manifestations de l’arthritisme, aussi bien que certaines formes de la dyspepsie, de la migraine, de l’asthme. De même d faut ranger parmi les manifestations de l’arthri-

tisme l’obésité, qui vient du défaut de combustion des graisses, et certaines formes de diabète qui sont dues au défaut de combustion des produits sucrés élaborés par le foie.

Les beaux travaux du professeur Bouchard ont rendu claire cette communauté de processus pathologique qui rattache toutes ces déviations de la nutrition au ralentissement des combustions vitales.

Et pour ceux mêmes qui ne voudraient pas admettre la théorie, il est impossible de nier lia réalité des faits. On voit alterner, dans les familles : la goutte, par exemple, chez le père, avec le diabète chez le fils, l’obésité chez le petit-fils. A Vichy, où l’on soigne toutes ces maladies, on est frappé de rencontrer pendant la saison un grand nombre de jeunes garçons ou de jeunes filles obèses, venus non pour prendre les eaux, mais pour accompagner soit un père graveleux ou diabétique, soit une mère atteinte de coliques hépatiques. L’obésité précoce est alors, chez les jeunes sujets, comme le stigmate de la « diathèse » dont les parents présentent une autre forme. C’est une manifestation de V arthritisme.

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