‹ De l'exercice chez les adultesChapitre 12 sur 40 · CHAPITRE VTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VTII

DE L’iMMOBILITÊ

L’effort musculaire et le mouvement. — Le défaut de mouvement.

— Effets de l’immobilité partielle; raideur et ankylosés. — Le manque d’effort musculaire. — L’atonie des muscles. — La position assise; dyspepsie par relâchement des muscles abdominaux. — Pourquoi les cavaliers prennent du ventre. — • L’inertie des muscles du thorax. — La demi-ankylose des côtes.

— Le travail des muscles et le cours du sang. — Les œdèmes par immobilité.

Dans tout exercice physique se rencontrent deux éléments : l’effort musculaire et le mouvement. Ces deux éléments sont si intimement associés, en général, qu’ils semblent n’en faire qu’un. Il est aisé de les distinguer par la pensée, en se représentant l’effort comme la cause du mouvement, et le mouvement comme le résultat de l’effort.

On peut aussi dissocier expérimentalement le mouvement de l’effort. Par exemple, c’est l’effort du muscle biceps qui fléchit l’avant- bras sur le bras ; mais on peut contracter le biceps sans que le mouvement de flexion se produise : il suffit pour cela que l’avant-bras soit maintenu étendu, par une force supérieure à celle du muscle fléchisseur. Inversement le mouvement de flexion peut avoir lieu en dehors de tout effort musculaire du sujet, dans le cas, par exemple, où une force

DE L’IMMOBILITÉ

extérieure, telle que la main d’un aide vient saisir l’avant-bras et le fléchir sur le bras.

Il importe de distinguer, au point de vue hygiénique, la part qui revient, dans les effets du défaut d’exercice, au défaut de mouvement, et celle qui revient au défaut de contraction des muscles.

Il est rare que dans aucune circonstance de la vie le corps humain soit soumis à une immobilité complète. Chez l’homme alité, même, il se produit toujours quelques changements de position, quelques mouvements du corps ou des membres. A plus forte raison, l’homme qui se mêle à la vie de tout le monde ne garde-t-il jamais l’immobilité absolue. Il fait peu d’exercice, mais il en fait. Le défaut d’exercice n’entraîne donc jamais qu’une immobilité relative, une diminution du mouvement.. Mais l’immobilité relative produit en définitive les mêmes phénomènes que l’immobilité absolue, avec une différence de degré.

L effet de 1 immobilité absolue s’observe fréquemment dans les suites du traitement de certaines affections chirurgicales. Un appareil de fracture, par exemple, quand il est demeuré appliqué très longtemps, laisse le membre raide et diminué de volume. La raideur vient d’une modification qui s est produite dans 1 articulation. Les ligaments se sont incrustés de sels calcaires qui les durassent et leur font perdre leur souplesse; les surfaces d emboîtement des os se sont desséchées par défaut

72 LES INDICATIONS DE L’AGE

de sécrétion du liquide synovial dont le rôle est de 1 aci 1 i ter le glissement des surfaces articulaires en les lubrifiant, les graissant si l’on peut ainsi dire, comme les rouages d’une machine. Si l’immobilité a été très prolongée, des modifications plus profondes se produisent. Et d’abord les surfaces articulaires diminuent d’étendue, le cartilage qui les recouvre disparaît sur une partie de leur surface; la surface de frottement devient plus étroite, les os ne peuvent plus glisser l’un sur l’autre dans une aussi grande étendue, l’articulation devient semblable à une charnière plus serrée qui ne permet qu’une ouverture incomplète : le mouvement perd de son amplitude. Enfin dans les cas où l’immobilité a été prolongée outre mesure, on peut observer des modifications assez profondes pour entraîner la perte de l’articulation. On a vu les cartilages de la jointure trop longtemps immobilisée disparaître tout à fait, les ligaments s’ossifier, les cavités articulaires se combler, et les os même se souder. C’est alors Yankylose complète, la disparition de l’articulation par défaut de service.

Il est rare, chez l’homme en santé qui se mêle à la vie commune, de voir le défaut d’exercice aller jusqu’à produire l’ankylose d’une articulation des membres, car il n’arrive jamais qu’un membre, en dehors de l’état de maladie, soit soumis à une immobilité absolue. Mais il existe dans le corps humain bien d’autres articulations que celles des membres, et le défaut d’exercice amène souvent l’immobilisation presque complète de certaines régions du corps pourvues d’articulations. On voit

DE L’IMMOBILITE

alors ces articulations tendre à l’ankylose, et leur mobilité diminuer.

Ce fait s’observe souvent, dans les articulations de la colonne vertébrale qui sont rarement mises en jeu pour les actes ordinaires de la vie; aussi le progrès de l’âge qui tend à raidir les tissus fibreux, à ossifier les cartilages, se fait-il sentir prématurément sur ces articulations. — L’homme qui « mûrit » perd la souplesse des reins avant de perdre celle des membres; il peut encore faire exécuter aux bras ou aux jambes des mouvements très étendus alors qu’il lui est devenu très difficile de se courber en avant ou de renverser le troncenarrière. La raideur delacolonne vertébrale n’ad’autre raison de sefaire sentir avantla raideur des membres, que l’immobilité relative où sont tenues les pièces osseuses qui la composent ; et la preuve, c est qu on voit des hommes arrivés déjà à 1 âge mûr, mais adonnés à certains exercices du corps où les divers segments du tronc sont mis en action, conserver la faculté d’exécuter tous les mouvementsqui se perdent d’ordinaire avec l’âge.

Un homme peut mener ce que tout le mondé appellera « une vie très active », tout en subissant les ellets d une immobilité relative; il peut être tout le jour « sur pied », aller, venir, faire même de longues marches, et ne mettre en jeu qu’une partie de ses articulations, parce qu’il est certains mouvements, certaines attitudes du corps qui ne sont provoquées ni par la marche, ni par les occupations usuelles de la vie. Il n’y a que les professions manuelles qui obligent l’homme à se courber jusqu a terre et à pencher le tronc dans tous les

Lagrange. — Les Adultes. 5

71 LES I INDICATIONS DE L’AGE

sens. Aussi faut-il que l’homme du monde, s’il veut échapper aux effets de l’immobilité partielle, ait recours à certains exercices du corps, ou exécute systématiquement certains mouvements, dont l’occasion ne se présente pas dans la vie courante.

L’immobilité habituelle ne tenu pas seulement à rendre les articulations moins mobiles : elle tend aussi à laisser dans l’inertie les muscles qui sont destinés à mouvoir les articulations. Il faut toutefois remarquer que certains muscles peuvent être mis en jeu en dehors de tout mouvement, par exemple, pour immobiliser les os dans une certaine position. Il y a des attitudes « actives ». L’attitude debout, par exemple, nécessite l’entrée en jeu de tous les muscles extenseurs de la colonne vertébrale. Mais tout muscle a un antagoniste, c’està-dire un autre muscle qui agit en sens opposé pour donner à l’os un mouvement inverse. Et l’immobilité même « active » d’une partie du corps met forcément dans l’inaction tout un groupe musculaire, et par conséquent tend à atrophier et à débiliter certains muscles qui peuvent avoir un rôle plus ou moins important dans le fonctionnement des grands appareils organiques. Ainsi, pour ne pas quitter l’exemple choisi, l’immobilité du tronc fait travailler les muscles qui redressent la colonne vertébrale, mais laisse inertes tous ceux qui la fléchissent. Or ces muscles sont ceux qui

DE L’IMMOBILITÉ

forment la paroi de l’abdomen; leur fonctionnement est nécessaire pour fournir un énergique soutien aux viscères contenus dans la cavité abdominale. Nous verrons plus loin que beaucoup des troubles digestifs reconnaissent pour cause le déiaut d exercice et l’atrophie de ces muscles.

L immobilité partielle n’est pas toujours « active » comme celle de l’homme debout; elle est souvent passive chez l’homme à vie sédentaire; par exemple, dans l’attitude assise ou à demi couchée. Dans l’attitude assise, le tronc est tantôt adossé au dossier du fauteuil, tantôt accoudé , c’est-à-dire soutenu par les coudes. C’est dans cette attitude que les gens du monde passent le plus grande partie de leur vie, et c’est celle dont il est le plus intéressant d’étudier les effets.

La position assise est le type de l’immobilité passive, c’est-à-dire de celle dans laquelle sont supprimés les deux éléments fondamentaux de tout exercice, l’effort musculaire et le mouvement : il en resuite non seulement tendance à 1’ankvlose des articulations vertébrales, qui ne sont pas mobilisées mais encore tendance à l’atrophie des

“t?nse"rs flui sont pas plus exercés que les fléchisseurs. De là insuffisance d’énergie des orces qui maintiennent les vertèbres dans la position verticale, et tendance du corps à obéir à la

pesanteur qui le porte en avant : le dos tend à se courber.

L’altitude penchée ou accoudée, nécessitée par ia lecture et 1 écriture, exige une certaine dépense

force, mais cette dépense est très irrégulièrement distribuée dans les muscles dorsaux Tantôt

LES INDICATIONS DE L’AGE

certains muscles sont suppléés par l’appui des coudes sur un plan résistant, table ou bureau, tantôt certains autres muscles doivent entrer en action avec une assez grande force pour maintenir le corps dans une attitude penchée ou contournée, telle que l’exige l’écriture. Il en résulte une inégale distribution du travail dans les muscles du dos, et, comme conséquence de cette inégalité d’exercice, un défaut d’équilibre dans la force des muscles qui meuvent les vertèbres. De là tendance aux déformations de la taille. Il faut dire que cet inconvénient de l’attitude accoudée est surtout à craindre pour les enfants, dont le squelette se déforme avec une grande facilité.

L’adulte et l’homme mûr, dont les os sont plus résistants, échappent à ce danger; mais ils en ont un autre à redouter, comme conséquence de l’attitude assise, c’est l’inertie des muscles abdominaux. La position assise rapproche le tronc des cuisses et du bassin, et met ainsi dans le relâchement tous les muscles qui sont fléchisseurs du ‘thorax sur le bassin, c’est-à-dire les grands muscles plats qui forment la paroi antérieure et latérale de l’abdomen.

Les muscles abdominaux ne peuvent pas, à proprement parler, être classés parmi les « organes» de la digestion, et pourtant ils concourent, dans une certaine mesure, à assurer la régularité des fonctions digestives. Ils forment, en effet, autour des viscères contenus dans la cavité de l’abdomen, une véritable ceinture élastique, qui, dans la position debout, en supporte en grande partie le poids. De plus, ils exerçant sur l’ensemble des

DE L’IMMOBILITÉ

organes digestifs une pression dont le concours est nécessaire pour augmenter la résistance des tuniques de l’intestin et de l’estomac que les gaz résultant de la digestion tendent à distendre et à dilater. Le défaut de résistance des muscles de l’abdomen est une cause fréquente de dilatation de l’estomac et de l’intestin; et l’on sait combien un estomac « dilaté » est insuffisant pour exécuter les actes mécaniques de la digestion.

L’utilité d’un ferme soutien des parois abdominales est démontrée du reste par un fait pratique assez généralement connu, c’est l’obligation où sont les personnes dont la pression abdominale a diminué par suite d’affaiblissement musculaire, de porter une ceinture spéciale pour suppléer au défaut de tonicité des muscles.

Le relâchement des muscles de l’abdomen entraîne un autre résultat, la tendance à la surcharge graisseuse du ventre. C’est encore un effet de la diminution de la tension abdominale. La graisse tend à infiltrer surtout les tissus les plus lâches, et une forte pression fait obstacle à l’invasion de ces tissus « parasites ». On sait que la ceinture n’est pas employée seulement contre les troubles digestifs, mais aussi contre l’obésité chez l’homme qui prend du ventre. C’est toujours dans la région abdominale que se manifeste la première tendance à l’obésité chez l’homme de bureau; bien souvent même le volume du ventre est chez lui en disproportion avec celui des autres partie* du corps infiltrées de graisse.

Chez nombre d’hommes qui passent leur vie dans 1 attitude assise, on peut observer la surcharge

LES INDICATIONS DE L’AGE

graisseuse de l’abdomen en dehors de toute disposition générale à l’obésité. Les employés de bureau, les cochers et même les cavaliers « prennent du ventre » avant d’avoir acquis un embonpoint général très marqué.

L’engraissement du ventre par inertie des muscles de l’abdomen ne crée pas seulement une difformité, mais entraîne de plus une certaine difficulté de la respiration. Les masses graisseuses développées au voisinage du diaphragme gênent notablement l’action de ce muscle et limitent son abaissement. Le jeu du poumon est ainsi notablement entravé, car la respiration diaphragmatique est celle qui introduit le plus grand volume d’air dans la poitrine. Le sujet dont l’abdomen est encombré de graisse a beaucoup de peine à respirer du « ventre », et la diminution de la puissance respiratoire vient ajouter son influence à celle de l’inaction, pour amener les troubles généraux de la nutrition dont nous avons parlé à propos des « combustions incomplètes ».

Chez l’homme qui ne pratique pas les exercices physiques, l’abdomen n’est pas la seule région atteinte par les effets de l’immobilité partielle. Les pièces osseuses qui composent le thorax tendent à s’immobiliser chez la plupart des hommes inactifs et cela pour deux raisons : la première est qu’ils n’exécutent pas certains mouvements des bras, qui' pourraient solliciter directement 1 entrée en jeu des muscles respirateurs, et la seconde qu’ils ne font pas assez de travail musculaire pour activer indirectement le jeu de la respiration en

DE L’IMMOBILITÉ

provoquant l’augmentation du besoin de respirer, la « soif d’air ».

Les côtes ne demeurent jamais dans un état d’immobilité absolue, qui constituerait une absence de respiration incompatible avec la vie; mais, chez l’homme inactif, l’ampleur de la respiration tend à se réduire au minimum, et, par suite, le mouvement des côtes à se restreindre à une « course » aussi peu étendue que possible. Si cet état est habituel, l’articulation costale s’accommoderapeu à peu par un changement de structure à un jeu plus raccourci— car, on le sait, la fonction fait l’organe; — une demi-ankylose se produira par rétrécissement des surlaces de frottement et raideur des ligaments. Tel sera le résultat mécanique de la diminution des mouvements respiratoires.

Il se produira de plus, comme effet de la diminution du travail des muscles respiratoires, un affaiblissement de ces muscles. Et les puissances respiratoires actives auront ainsi diminué d’énergie, en même temps que l’état des pièces osseuses du thorax tendra à opposer un obstacle mécanique à leur action.

L’immobilisation relative des côtes est ainsi une cause d’inaptitude aux grands mouvements respiratoires si utiles pour tous les sujets, et qui seraient particulièrement précieux pour les sujets inactifs, dont les humeurs sont chargées de produits de combustion incomplète, et qui auraient besoin de faire arriver beaucoup d’oxygène dans le sang, pour brûler ces déchets de la nutrition.

Le médecin a souvent l’occasion de reconnaître la réalité de cette diminution de l’aptitude respi-

LES INDICATIONS DE L’AGE

ratoire sous l’influence de l’immobilité. Certaines maladies qui ont occasionné l’immobilisation complète ou relative des côtes, laissent souvent après leur guérison des difficultés de la respiration. L atonie consécutive des muscles inspirateurs rend les convalescences de pleurésie avec épanchement plus longues et plus difficiles. L’ankylose des articulations costales constitue quelquefois un obstacle insurmontable à la guérison de l’emphysème pulmonaire, en empêchant l’abaissement complet des côtes.

Le seul moyen de remédier à l’immobilité thoracique chez l’homme inactif, c’est d’adopter la pratique des exercices violents, pour provoquer ce besoin de respirer, cette « soif d’air », d’où résulte par un effet instinctif ou « réflexe » une exagération des mouvements respiratoires; ou bien, à défaut de ces exercices, de s’astreindre à des mouvements respiratoires méthodiques dont nous parlerons au chapitre de la Gymnastique de chambre.

Les conséquences de l’immobilité sont souvent des plus graves. Maintes fois les accidents qu’on regarde comme la suite d’une maladie, sont en réalité les effets de l’immobilité forcée à laquelle le malade a été astreint.

La contention trop sévère des fractures peut avoir pour résultat l’ankylose. Depuis quelques années, les médecins français se mettent en garde contre les accidents graves qui résultaient autrefois d’une prudence exagérée. Ils tendent à soigner les fractures à l’aide de procédés qui laissent aux jointures une plus grande liberté. Les membres

DE L’IMMOBILITE

fracturés sont assujettis moins sévèrement; on tient à placer les fragments osseux dans une direction correcte, plutôt qu’à les tenir dans une immobilité absolue. Bien plus, quelques chirurgiens, à l’exemple du docteur Championnièrc, soignent par le massage les fractures des extrémités du bras et de la jambe. En Suède, il est de règle de retirer au moins une fois par semaine, de son appareil, tout membre fracturé, pour lui faire exécuter avec précaution des mouvements méthodiques.

En France, nous voyons un grand nombre de personnes rester infirmes à la suite de rhumatisme chronique, pour avoir exagéré les précautions dans leur convalescence, et s’être attardées dans l’immobilité, par crainte de réveiller leurs douleurs. Le mouvement est d’autant plus urgent, chez ces malades, que certaines formes de rhumatisme semblent exercer sur la nutrition de l’appareil locomoteur une influence toute spéciale pour amener très promptement l’atrophie des muscles, la rétraction des tendons et la déviation des surfaces articulaires. De là des déformations avec inaptitude complète du membre à fonctionner. Tous ces accidents ne peuvent être évités ou combattus que par le mouvement.

En Suède, on ne soumet à l’immobilisation absolue que les affections articulaires aiguës, celles dans lesquelles la douleur est extrêmement vive. Mais le traitement classique de l’arthrite rhumatismale est le massage combiné avec les mouvements « passifs ». Ce traitement est appliqué même aux cas sub-aigus, à ceux dans lesquels s’observe un certain degré de sensibilité, aux épanchements

LES INDICATIONS DE L’ACE

de synovie, aux hydarthroses, et cela dès le début de la maladie.

Notre erreur consiste, en général, à ne permettre le mouvement que lorsque le malade peut sortir du lit et marcher. Et nous ne réfléchissons pas que la marche exige des membres inférieurs un travail considérable, car à chaque pas, chacune des jambes doit déplacer un poids égal à celui de la moitié du corps, c’est-à-dire, en moyenne, un poids de 30 à 40 kilogrammes. Et nous soumettons les muscles et les articulations à un pareil travail sans préparation. Il serait logique de faire précéder l’exercice de la marche de mouvements plus modérés que le malade exécuterait au lit, et qui auraient pour but de préparer graduellement les muscles à des contractions de plus en plus énergiques. On commencerait par le massage, qui est en quelque sorte une forme atténuée de la gymnastique, puis par les mouvements communiqués ou passifs, et peu à peu on demanderait des mouvements actifs de flexion, extension, etc., auxquels on opposerait une résistance de jour en jour plus grande, jusqu’au moment où l’effort demandé au malade serait à peu près l’équivalent de celui qu’exige la position debout et la marche. C’est là justement la progression méthodique que suivent les médecins suédois dans le traitement « gymnastique » des affections des articulations.

L’immobilité partielle fait sentir son influence non seulement aux organes directs du mouvement,

DE L’IMMOBILITE

muscles et articulations, mais aussi aux organes importants qui traversent les muscles ou se trouvent en contact avec eux, et surtout aux vaisseaux sanguins.

L’action de voisinage la plus importante, parmi celles qui sont dues à la contraction musculaire, est l’accélération que les muscles en travail font subir au cours du sang. Et nous ne parlons pas de l’accélération générale que produit un exercice violent comme la course, en excitant des battements du cœur plus rapides, mais de celle qu’exerce l’entrée en jeu d’un groupe musculaire restreint sur toute la région qui l’avoisine.

Les muscles sont des organes de circulation sanguine, et leur inertie peut devenir un obstacle à la régularité de cette fonction. En effet, l’action du cœur n’est pas le seul facteur de la circulation du sang; si l’organe central donne au liquide une impulsion vigoureuse à chaque battement, on sait aussi qu’à chaque poussée du cœur les vaisseaux sanguins de gros ou de petit calibre répondent par une réaction, par une poussée « en retour », dont la force s’ajoute au coup de piston du cœur pour faire cheminer le liquide. Aussi a-t-on donné, par une métaphore très juste, le nom de cœur périphérique à l’ensemble des vaisseaux qui sont associés au travail du cœur central.

L’action do ce « cœur périphérique » est très importante. Toute lésion qui ôte aux vaisseaux leur élasticité et partant leur faculté de « réagir » sur la colonne sanguine, entraîne, comme conséquence, une fatigue prochaine du cœur central, dont la besogne est augmentée par le défaut de

LES INDICATIONS DE L’AGE

collaboration du cœur périphérique. Or le travail des muscles facilite la circulation du sang' dans les petits vaisseaux et favorise la « réaction » de leurs parois.

Qui ne connaît l’exemple si souvent cité du manuel opératoire de la saignée? — Après avoir ligaturé le bras et incisé la veine, le médecin voit d’abord le sang jaillir à plein jet, mais bientôt l’écoulement du liquide se ralentit et le débit de la veine diminue. Le praticien fait alors exécuter au patient un exercice certes trop faible pour retentir sur le cœur : il lui met dans la main un objet de petit volume, étui ou pelote, et le lui fait tourner et retourner entre les doigts. Aussitôt le sang recommence à affluer en abondance, le jet reprend son calibre et sa force. Le débit de la veine a doublé par l’effet du travail si minime qu’ont exécuté les muscles de l’avant-bras. — Ce sang débité en plus grande abondance sous l’influence d’un mouvement local, vient des vaisseaux de plus petit calibre qui s’abouchent dans la veine ouverte. Avant de s’écouler par la veine, il faisait partie de la nappe liquide contenue dans ces petits vaisseaux qui servent de trait d’union entre les artères et les veines, et qu’on appelle des capillaires, parce que leur grosseur ne dépasse pas celle d’un cheveu. Or c’est là, dans cet étroit réseau, que se font, en cas d’obstacle au cours du sang, les obstructions et les stases sanguines. Le débit plus grand de la veine, sous l’influence du mouvement musculaire, va déterminer un courant plus rapide dans cette nappe stagnante. — L’eau qui « dort » dans un étang s’anime et devient courante, quand on aug-

DE L’IMMOBILITE

mente, en levant la vanne, le débit du ruisseau qui lui sert de déversoir; et de même la masse sanguine, endormie pour ainsi dire dans les capillaires, s’anime d’un mouvement plus rapide quand on augmente le débit des veines qui en sont les déversoirs naturels.

Ainsi se passent les choses dans la saignée. Mais, si nous supprimons l’ouverture de la veine, nous verrons que l’action du mouvement sera toujours la même au point de vue de la circulation du sang. L’ouverture du vaisseau n’était pour rien dans l’accélération du courant sanguin, puisque le « débit » du vaisseau n’a augmenté que sous l’influence de la contraction musculaire. Que la veine soit ouverte ou intacte, le fait de mouvoir les doigts y fera toujours affluer plus de sang, et, par conséquent, dégagera toujours les vaisseaux capillaires auquel ce sang est soustrait; seulement le surcroît de sang débité par la veine, au lieu de s’écouler au dehors en jet précipité, sera simplement lancé avec la même vitesse suivant le trajet du vaisseau, refoulant devant lui la masse sanguine qui le précède dans la veine. Suivant les lois de l’hydraulique, l’impulsion locale subie par le sang, sous l’influence du mouvement dont nous analysons l’effet, devra se propager à toutes les molécules de la masse, et se faire sentir, en dernière analyse, sur toute l’étendue des veines, depuis le point où elle s’est produite, jusqu’au cœur. Ainsi, le sang veineux sera animé d’un mouvement plus rapide, et ce surcroît de vitesse acquise constituera pour le cœur, qui doit le pousser ensuite dans les artères, une certaine économie de travail.

LES INDICATIONS DE L’AGE

Si l’on veut descendre aux details intimes des phénomènes de circulation qui se passent dans les muscles, on verra que ceux-ci, à chaque contraction, sont traversés par un courant sanguin beaucoup plus considérable qu’à l’état de repos. Le muscle en travail attire à lui le sang, par une sorte d’aspiration ou de « drainage » dont on n’a pas encore donné une explication suffisante, mais dont tous les physiologistes ont constaté la réalité.

La gymnastique suédoise se base sur l’influence « circulatoire » de la contraction musculaire pour appliquer le traitement par le mouvement à des maladies dans lesquelles la circulation du sang est rendue difficile, dans certaines maladies du cœur, pour lesquelles nous avons coutume de prescrire, en France, l’immobilité absolue.

L’effet de l’immobilité est juste l’inverse de celui de l’activité musculaire, au point de vue de la circulation du sang. Le défaut d’exercice cause dans les membres des « stases sanguines », qui se traduisent par le gonflement des extrémités.

Si l’on garde longtemps la position horizontale, les régions du système circulatoire les plus éloignées du cœur ont une tendance aux engorgements sanguins. De là ces gonflements des pieds qui inquiètent souvent les convalescents dans les premiers jours où ils quittent leur lit pour un fauteuil. Par suite des changements d’attitude, les jambes passent delà position horizontale à la position verticale, et la gêne apportée au cours du sang par la pesanteur vient s'ajouter à l’action d une immobilité de plusieurs semaines pour en exagé-

DE L’IMMOBILITÉ

rer les effets. Et il faut noter que ces tendances aux stases sanguines se produiraient à force de tempsparrimmobilitéseule, même chez les hommes en parfaite santé. On sait, du reste, que ce phénomène s’observe chez les animaux trop longtemps tenus cà l’attache. Les chevaux, par exemple, présentent parfois, à la suite d’une immobilité trop prolongée, des gonflements aux jambes, appelés du nom significatif de « molettes d’écurie ».

Les engorgements dus au ralentissement de la circulation veineuse disparaissent rapidement quand on peut faire agir le membre engorgé. Les œdèmes des jambes se dissipent par l’effet de la marche quand ils sont dus à un trouble de circulation et non à une altération du sang.

Quand, après la marche, l’enflure revient et augmente même, ce n’est pas à l’action du mouvement qu’il faut attribuer cette recrudescence momentanée des accidents, mais bien à la forme de l’exercice. La pesanteur fait sentir son influence défavorable dans la position verticale, pendant la marche, sur les parois des vaisseaux sanguins qui se fatiguent à lutter contre elle. L’exercice ne produit jamais cette aggravation consécutive de la stase sanguine, lorsqu’on provoque les mouvements du membre dans la position horizontale. Au reste, cette aggravation, même à la suite de la marche, est toujours momentanée et ne peut pas détruire les bons effets du mouvement, — sauf le cas de complications inflammatoires, dans lesquelles le mouvement est contre-indiqué.

Tels sont les fâcheux résultats de l’immobilité

générale et partielle. Il faut donc, si quelques circonstances particulières commandent l’abstention de tout exercice violent et môme de tout exercice naturel, chercher des combinaisons méthodiques de mouvements qui soient capables de lutter contre les effets de l’immobilité, non seulement chez les hommes forts et bien portants, mais chez les faibles, les valétudinaires et les malades. — C’est dans ces circonstances qu’on devra avoir recours à certains moyens d’exercice qui seraient insuffisants pour l’hommè en possession de toutes ses aptitudes physiques, par exemple aux procédés de la gymnastique de chambre, que nous avons condamnés ailleurs, quand il s’agissait de l’éducation physique des enfants.

Page 1