‹ De l'exercice chez les adultesChapitre 13 sur 40 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l’exercice dans l’age mur

Dégénérescence précoce de certains tissus. — Une préparation anatomique du professeur Retzius. — Tendance à l’essoufflement dans l’àge mûr. — La dégénérescence artérielle. Le

défaut de résistance du cœur. — L’àge chronologique et l’âee physiologique. — Chacun a l’àge de ses artères. — Danger des exercices de vitesse dans l’àge mûr.

Il existe, à 1 institut anatomique de Stockholm, une cuiieuse collection de pièces préparées par le professeur Retzius. Mais entre toutes ces préparations, l’attention du visiteur est attirée par une grande vitrine dont les nombreuses cases sont occupées par des yeux humains recueillis sur des cadavres d’âges différents, depuis la première enlance jusqu’à la vieillesse la plus avancée. A l’aide ingénieux procédés, on a conservé intactes, avec aspect qu’elles offraient pendant la vie, toutes les parties constitutives de l’œil, et des coupes verticales, qui partagent l’organe en deux moitiés permettent d’en observer la structure intérieure. ’ Quand on passe en revue toute la série de ces préparations anatomiques, on est surpris de voir combien sont précoces les modifications apporlées par 1 âge dans I organe de la vision. Dès l’adolescence, la transparence du milieu de l’œil commence à s’altérer. Chez l’enfant de huit à dix ans,

9lr LES INDICATIONS DE L’AGE.

la masse gélatineuse qui porte le nom de « corps vitré » présentait la limpidité sans tache du plus pur cristal; mais déjà vers la quatorzième ou quinzième année, on peut y constater la présence de filaments opaques, de stries blanchâtres qui la rendent moins diaphane et doivent nuire à la netteté parfaite de la vision. Chez l’homme de trente ans, les lignes opaques se multiplient, se rapprochent et s’entre-croisent pour aller, chez le vieillard, jusqu’à se fondre en une tache laiteuse qui peut, en devenant de plus en plus opaque, intercepter le passage de rayons lumineux. — C’est ainsi que les progrès de l’âge entraînent la déchéance progressive de la faculté visuelle. C’est ainsi que la vue « baisse » chez le vieillard, par diminution de la transparence du corps vitré, et c’est par le même mécanisme que se produit la cataracte « sénile », quand les modifications de nutrition du milieu de l’œil atteignent le cristallin. Les vieillards ont des cataractes pour la même raison qu’ils ont des cheveux blancs.

N’est-il pas curieux de constater cette différence dans l’évolution des différents organes de l’être humain? Les uns commencent déjà à donner des signes de déchéance, alors que d’autres ne sont pas encore formés. Ainsi l’œil est déjà mûr à quinze ans, et la faculté visuelle ne peut à partir de ce moment que décroître; alors que les os sont loin d’être arrivés à leur complète formation, et demandent encore près de dix ans pour atteindre eur structure parfaite.

Beaucoup d’autres appareils organiques présentent d’une manière sensible quoique moins accen-

tuée ce défaut de parallélisme dans leur développement. Tous les tissus et tous les organes ne mûrissent pas à la fois chez l’homme, et il en résulte que dans l’âge mûr certaines de nos aptitudes à l’exercice ont notablement diminué, tandis que certaines autres ont conservé toute leur intégrité.

A quarante-cinq ans les os et les muscles n’ont rien perdu de leur solidité et de leur vigueur. L’aptitude aux exercices de force et de fond est toujours la même. Il ne faudrait pas en conclure que l’homme est aussi apte à toutes les formes de l’exercice qu’il l’était à vingt-cinq ans Si l’appareil moteur proprement dit ne s’est pas sensiblement modifié dans la maturité de la vie, au moins chez celui qui l’a entretenu par un exercice régulier, il n’en est pas de même de certains autres appareils dont la déchéance est plus précoce, et notamment de l’appareil de la circulation du sang.

Le cœur et les artères, en dépit de l’exercice le plus rationnel, perdent avec l’âge une partie de leur aptitude à fonctionner, parce qu’ils perdent quelque chose de leur structure normale. De même que les éléments de l’œil commencent déjà à devenir moins parfaits chez l’adolescent dont les autres tissus sont encore en voie de formation, ainsi les tissus artériels commencent déjà à « vieillir » vers le milieu de l’âge adulte, tandis que les tissus musculaires sont encore jeunes dans l’âge mûr.

Dès 1 âge de trente-cinq ans, on reconnaît, même à 1 état de santé parlaite, une certaine tendance

à la sclérose, vice de nutrition qui altère la souplesse des vaisseaux, leur fait perdre une partie de leur force élastique. On a désigné les altérations de nutrition qui suivent les progrès de l’âge dans les artères de l’homme, par l’expression pittoresque de « rouille de la vie ». Mais la rouille, dans une machine, est le résultat d’un défaut de fonctionnement, tandis que les altérations des vaisseaux sanguins sont liées au fonctionnement même de la machine humaine : ils sont le résultat de l’usure de ses rouages les plus essentiels, et on les observe même de préférence chez les hommes qui ont fait abus d’exercice ou de travail.

Toutes les indications de l’exercice, dans l’âge mûr, toutes les précautions à prendre pour son application, sont dominées par ce grand fait physiologique : la moindre aptitude des vaisseaux à supporter de violentes secousses. Cette imperfection du système artériel est cause d’une tendance notable à l'essoufflement; et c’est par l’essoufflement que se manifeste la diminution d’aptitude de l’homme mûr aux exercices violents.

Les différences de structure des artères, même quand elles ne sont pas poussées jusqu’à la maladie, rendent l’homme de cinquante ans beaucoup plus vulnérable que l’homme jeune; et vulnérable justement par l’organe le plus essentiel à la vie. C’est le cœur en effet qui subit le contre-coup du défaut d’élasticité des artères, en cas d’exercice forcé.

Chaque battement du cœur représente le coup de piston d’une pompe foulante, et les vaisseaux sanguins sont les tuyaux par oû s’écoule le liquide

pour aller porter la vie jusqu’aux molécules les plus éloignées de notre corps. Mais ces vaisseaux ne sont pas des conduits inertes : ils sont doués, à l’état sain, d’une élasticité qui leur permet de réagir à chaque poussée du cœur en se distendant sous la pression de l’ondée sanguine, puis en revenant sur eux-mêmes pour rendre au liquide la poussée qu’ils en ont reçue. Le liquide, en se heurtant à la paroi d’une artère bien élastique, ne subit pas le même temps d’arrêt qu’il subirait sur une paroi rigide. Une boule de billard lancée contre une bande très élastique a presque autant de force au retour qu’au départ. Une artère qui a perdu son élasticité est, pour la colonne sanguine qui vient la frapper, ce que serait pour la bille d’ivoire une bande qui ne « rend » pas. Et de même que le joueur doit pousser plus fortement la bille pour qu’elle parcoure le tour du billard, quand les bandes ne « rendent » pas, ainsi le cœur, quand l’artère a perdu son élasticité, doit exagérer son effort de systole , pour que chaque molécule de sang puisse parcourir le cercle des vaisseaux sanguins et revenir à son point de départ. En un mot, moins les artères sont élastiques, plus le cœur doit faire d’effort à travail égal.

Chaque battement de cœur, chez l’homme dont les artères ont vieilli, est donc l’occasion d’un excès de travail du muscle cardiaque. Ce surcroît de dépense de force passe inaperçu si les battements gardent leur lenteur normale, mais devient très sensible dès qu’ils s’accélèrent. Or certains exercices font doubler, en quelques instants, le nombre des battements du cœur. On comprend la fatigue

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qui doit en résulter pour l’organe déjà mis en imminence de surmenage par l’excès continuel de travail qu’il était obligé de fournir.

La fatigue du cœur a pour conséquence toute naturelle une diminution momentanée de son énergie; et quand l’organe faiblit, la poussée qu’il donne au sang n’est plus suffisante pour lui faire traverser aussi rapidement qu’il le faudrait, les vaisseaux où le sang a le plus de peine à circuler, soit en raison de leur étroitesse, soit à cause de la masse qui s’y précipite à la fois. De là des congestions dites « passives » des organes internes et notamment du poumon.

La congestion du poumon est, chez l’homme d’âge mûr, une conséquence fréquente des exercices qui accélèrent outre mesure le rythme du pouls; elle se manifeste par l’essoufflement. L’essoufflement plus prompt, chez un homme habitué aux exercices physiques, est un des premiers symptômes par lesquels se trahissent les commencements de la dégénérescence artérielle. Il y aurait imprudence grave à ne pas tenir compte de cet avertissement.

L’homme mûr doit donc renoncer à tous les exercices de vitesse comme la course, à tous ceux surtout dans lesquels des efforts énergiques viennent s’ajouter à la vitesse, par exemple à la course d’aviron. On voit bien des sujets d’une résistance exceptionnelle continuer à pratiquer des exercices de vitesse jusqu’à quarante-cinq ans, mais il faudrait savoir comment se terminent d’ordinaire les prouesses d’exercice faites « sur le tard ». Beaucoup d’affections du cœur sont les conséquences des exercices ou des travaux qui exagèrent l’effort de

cet organe chez les hommes arrivés à la maturité. L’organe central delà circulation ne peut sans danger être soumis à un fonctionnement exagéré, quand son jeu n’est plus secondé par la force élastique d’un système artériel intact; quand il est en partie privé du renfort que lui prêtaient ces canaux contractiles, dont un physiologiste a si bien exprimé le rôle dans la circulation du sang, en donnant à leur ensemble le nom de « cœur périphérique ».

Tous les hommes qui utilisent le travail des animaux savent combien la vitesse se perd avec l’âge. Les chevaux de course, à peine arrivés à la pleine possession de leur force, sont retirés de l’hippodrome ; ils feraient encore des courses de « fond » et sont capables pendant bien des années d’un excellent service au trot ; ils ne peuvent plus courir dans les épreuves de vitesse. De même l’aptitude à la course baisse notablement chez l’homme, après qu’il a dépassé la trentaine, et les coureurs de profession qu’on voit encore en Tunisie parcourir de grands espaces avec une incroyable rapidité, sont obligés de se mettre, encore jeunes, à la retraite. Ceux qui tentent de continuer à courir après quarante ans finissent tous par succomber, atteints de graves lésions du cœur.

Il est quelques sujets qui gardent jusqu’à un âge relativement avancé la faculté de supporter des exercices d’une grande violence, et de lutter de vitesse dans le travail musculaire avec de tout jeunes gens. Il n y a pas bien longtemps, on voyait

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prendre part aux courses de régates de la Seine et de la Marne deux hommes, âgés l’un de quarantecinq et l’autre de quarante-huit ans. On désignait leur équipe sous le nom d’équipe des « vieux ». Peu de rameurs continuent à « tirer en course » après l’âge de trente-cinq ans. Et ceux dont nous parlons, quoiqu’ils eussent depuis longtemps passé l’âge de la retraite, gagnaient souvent le prix que leur disputaient des concurrents de vingt ans.

Mais ces exceptions n’infirment en rien la portée des explications que nous venons de donner. Elles prouvent qu’on peut être jeune en dépit des années, et que l’âge chronologique n’est pas toujours d’accord avec l’âge 'physiologique. Pendant que tels sujets sont à trente-cinq ans en pleine décadence organique, tels autres n’ont pas encore, à cinquante ans, suhi les modifications de nutrition qui sont le commencement de la vieillesse. C’est l’intégrité plus ou moins complète des tissus artériels qui règle le degré d’aptitude de 1 homme aux exercices violents. Les hommes qui gardent plus longtemps que les autres une certaine immunité pour les exercices qui essoufflent, sont ceux dont la circulation sanguine est restée régulière, ceux dont les artères n’ont pas encore commencé à subir la dégénérescence « scléreuse ». Ceux-là sont en réalité plus jeunes que leur âge. Chaque homme, suivant l’expression si heureuse de Cazalis, a « l’âge de ses artères », et non celui de son extrait de naissance.

En prenant une moyenne, on peut dire que des quaranLe ans l’homme doit s’abstenir des exercices qui amènent l’essoufflement. Il devra, en place

des exercices de vitesse, adopter les exercices de fond auxquels il conserve une remarquable aptitude. Les chevaux de course, devenus incapables de supporter le travail de vitesse, peuvent, pendant de longues années encore, faire un excellent service à un train plus modéré; ils supportent meme aisément le travail de la chasse à courre où il iaut porter le cavalier pendant une journée entière, mais où l’allure fondamentale n’est plus le galop, mais le trot. De même l’homme conserve jusqu’aux dernières limites de l’àge mûr la faculté de supporter pendant de longues heures un travail considérable, à la condition que ce travail soit enectue avec une certaine lenteur. Parmi les meilleurs guides de montagnes on en voit beaucoup qui approchent de la soixantaine et qui fatigueraient sans peine les jeunes touristes. Mais tout le monde a remarqué que les guides les plus expéri-

f'à'dire ,6S |,1US â8'és - montent lentement, et a cette condition ils peuvent marcher presque indéfiniment. C’est qu’ils évitent par la modération de leur marche, d’accélérer outre mesure la vitesse du pouls et de donner au cœur un surcroît de travail

ancien?’,? T™"1 °Ù ,6S clanoersde l'invasion ppelaient lous les citoyens français à concourir

chacun suivant ses moyens, à la défense du pays’

de Sve°rdaonn'fSefP-artoUt JeS gardes nali°“ïes de reserve, dont faisaient partie tous ceux rmi

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LES INDICATIONS DE L’AGE

hommes d’âge très disparate se coudoyer dans le rang. Beaucoup d’hommes ayant dépasse la quarantaine, mais se sentant encore « du jarret » venaient prendre part aux manœuvres, et n étaient jamais en arrière dans les plus longues marches d’entraînement. En général même, les hommes mûrs faisaient preuve d’une résistance plus gran que les tout jeunes gens. Mais leur supériorité disparaissait aussitôt que les manœuvres prenaient la forme d’un exercice de vitesse. Le « pas gymnastique » était la terreur de ces vétérans bénévoles; après une ou'deux minutes de course, on les voyait quitter les rangs et s’arrêter essouffles, pendant que les jeunes qu’ils laissaient dernere eux dan les longues marches au pas, commuaient Ion-temps encore sans ressentir aucune gene resniratoire. De graves accidents se sont meme pro duils dans ces manœuvres, quand elles étaient commandées par des officiers trop ^les qm forcaient leurs hommes à maintenir leur allure mal o-ré l’essoufflement, et l’on a vu des gardes nationaux pour avoir voulu courir encore maigre la suffocation menaçante, tomber dans le rang frappés de congestions pulmonaires.

1 es exercices « de force » seraient aussi mal

de force considérable.

Keautt obligé de faire

« effort » aussi bien qu’un gymnaste qui exécute un mouvement athlétique de la gymnastique aux appareils. Ce sont là des faits d’observation vulgaire et des impressions que tout le monde a ressenties. Si nous mettons dans un mouvement quelconque toute l’énergie possible, aussitôt la respiration s arrête, les muscles de l’abdomen se tendent et tout le buste se raidit. En même temps la lace rougit et se congestionne, les veines se gonflent et dessinent des sinuosités saillantes sur le cou et sur le front.

Nous avons expliqué ailleurs (1) le mécanisme physiologique de l’effort. Il nous suffira de rappelé1 ici que cet acte augmente dans des proportions excessives la tension des vaisseaux sanguins. L effort se traduit, en effet, par une pression considérable des côtes sur le poumon, et, par l’intermédiaire de celui-ci, sur le cœur et les gros vaisseaux; sous 1 influence de cette pression il y a reflux de la masse du sang vers les petits vaisseaux et distension de leurs parois. Quand ces vaisseaux tendent à perdre leur élasticité, par suite de la moîlication de structure qui s’observe dans l’âge mur, la violence que leur fait subir l’effort a pour conséquence l’aggravation de leur état d’inertie. De meme, la « fatigue » d’un ressort d’acier qui a trop servi, s’exagère encore à la suite de chaque pression violente qu’on lui fait subir.

. r{ien n’use l’homme, arrivé à la maturité de la vie, comme les grands efforts physiques, parce que nen ne peut aggraver plus que l’effort, les effets

(1) Voy. la Physiologie des exercices du corps, p. 21

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de ce vice de nutrition qui s’appelle la « sclérose ».

Dans certains cas la sclérose artérielle n’est plus la conséquence graduelle et lente des progrès e l’âge, mais prend une marche rapide qui en lait une redoutable maladie. On voit alors des sujets jeunes présenter en face de la fatigue les memes réactions physiologiques que l’homme mur. Un des premiers symptômes par lesquels se tradui cette vieillesse aiguë des artères qu’on a appelée artériosclérose, c’est la dyspnée d eftort (l). Tous les hommes mûrs sont, à des degres divers atteints de dégénérescence artérielle, et tous doiven éviter l’effort musculaire excessif s’ils ne veulent pas user leurs artères avant l’âge, — c est-a dire vieillir prématurément, puisque chaque homme a « l’âge de ses artères ».

Si l’homme mûr a moins d’aptitude à certaines formes du travail musculaire que l’homme adulte, il n’a pas moins besoin que celui-ci des effets &ene-

raux et locaux de l’exercice. C'est e

période de l’âge mûr que se produisent d m dîna les manifestations les plus caractérisées des .ma a dies de la nutrition, l'obésite, la goutte, le diabète dans lesquels le défaut d’exerc.ce joue un rôle s important, et dont le traitement exige impérieuse ment qu’on active les combustions V1 fles.

Placé entre la conviction que le*erc>ce .M nécessaire et la crainte des dangers ’

(1) Vo,. lluchurü, Maladies da cœur el des uaisseauœ, 1889.

l’homme mûr devra donc procéder avec la plu? stricte méthode dans l’application de ce puissant modificateur de la nutrition.

Mais il est impossible de tracer méthodiquement une règle unique pour tous les hommes du même âge, puisque tous ne présentent pas le même degré de conservation. On peut toutefois trouver une formule générale pour l’âge où les muscles et les os ont conservé toute leur résistance, et où le cœur et les vaisseaux commencent à perdre quelque chose de leur aptitude à fonctionner. L’homme mûr peut impunément braver les exercices qui amènent la fatigue musculaire ; il doit aborder avec la plus grande réserve ceux qui provoquent l'essoufflement.

Cette formule est pour ainsi dire « subjective » dans son application, en ce sens qu’elle vise plutôt les sensations du sujet que l’exercice lui-même, et c’est justement ce qui la rend applicable à tous.

1 el sujet se trouvera arrêté par l’essoufflement dès le début d un assaut d’escrime; tel autre du même âge pourra tirer sans être essoufflé, jusqu’à fatigue des jambes et des bras.

Le plus souvent la question de mesure dans la pratique de l’exercice a plus d’importance que le choix même de celui-ci. Cerlains exercices ne sont dangereux que par la tentation qu’ils donnent aux tempéraments fougueux de dépasser les limites raisonnables, et i escrime, par exemple, qui use prématurément les tireurs trop ardents, peut rester un exercice très hygiénique pour l’homme de cinquante ans, s il est assez maître de lui-même pour modérer ses mouvements.

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Mais il est des exercices qui, par eux-mêmes, impliquent la nécessité d’un effort violent ou une succession rapide de mouvements; tels sont ceitains exercices de la gymnastique avec appareils, telle est la lutte, telle est aussi la course. Ceux-là doivent être absolument défendus dans l’hygiène de l’homme mûr. Et cette prescription ne saurait être infirmée par les rares exemples d’hommes qui s’v livrent à un âge avancé. Ces hommes sont restés, de par leur structure, plus jeunes que leur âge; ils ont conservé des artères souples comme d’autres conservent des cheveux noirs. Ce sont des exceptions physiologiques et les formules générales ne visent pas les exceptions.

L’indication qui se présente chez l’homme mûr d’activer les combustions organiques, peut trouver satisfaction en dehors des exercices de force et de vitesse. En effet, c’est la somme de travail ellectué qui règle la quantité de chaleur dépensée par le corps humain, et celle-ci est en proportion de la quantité de tissus brûlés et de la dose d oxygéné utilisée dans les actes de chimie vitale qui constituent la nutrition. Ür l’on peut arriver a une somme de travail quotidien considérable sans taire à aucun moment des efforts très intenses ou des mouvements très rapides. Il suffit pour cela que les actes musculaires de l’exercice choisi soien longtemps continués, sans être ni trop violents ni trop rapides. Il suffira, en d’autres termes, que l’exercice représente un travail de « fond ».

La marche est le type de l’exercice de iond, et le plus hygiénique de tous pour l’homme mur,

quand il est assez prolongé pour représenter une dose suffisante de travail. Rien ne vaut, pour les hommes de cinquante ans, la chasse à tir, ou encore les longues courses à pied comme les fonl les Alpinistes. Mais il faut tenir compte des exigences sociales qui ne laissent pas à tout le monde le nombre d’heures voulu et nécessitent un autre choix. Il est beaucoup d’autres exercices de fond qui exigent une dépense de force plus grande que la marche, sans dépasser la mesure d’effort et de vitesse que peuvent supporter impunément les artères de l’homme mûr. La plupart des jeux dits « de plein air », tels que le jeu de paume, le lawntennis, ou bien l’exercice de l’aviron, pratiqué non en course, mais en promenade — c’est-à-dire avec une vitesse réglée suivant l’aptitude respiratoire du rameur provoquent, par exemple, en une ou deux heures, une élimination de produits de désassimilation et une acquisition d’oxygène égales à ce qu’on pourrait obtenir avec huit ou dix heures de promenade à pied. Ils permettent à l’homme occupé de gagner du temps, en compensant la durée de 1 exercice par son intensité; mais cela dans une mesuie telle, qu il peut obtenir les effets généraux consécutifs de 1 exercice en évitant ses effets généraux immédiats, -c’est-à-dire la suractivité de la circulation sanguine et de la respiration.

Il faut songer encore chez l’homme mûr à provoquer les effets locaux de l’exercice, et cela pour deux raisons : 1° pour maintenir les articulations souples, et contre-balancer la tendance aux raideurs des ligaments et à l’encroûtement des carii-

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lages, qui est la conséquence de l’âge; 2° pour entretenir l’ensemble des muscles dans un état suffisant de force et de volume. Le muscle, nous l’avons dit, est le « fourneau des combustions vitales », et en développant le tissu musculaire, on favorise l’activité des combustions et la destruction

des déchets de la nutrition. <

Pour satisfaire à ces deux indications, on adoptera les exercices qu’on pourrait appeler analytiques, en ce sens qu’ils mettent en jeu le système musculaire tout entier, non par un travail d ensemble, mais par une série de mouvements successifs qui sollicitent les divers groupes musculaires à entrer en action isolément et l’un apres 1 autre.

Il importe, pour conserver l’aisance et la souplesse de toutes les articulations du corps, de leur aire subir des mouvements allant ]usqu a la deimere limite du déplacement possible. On pourra aussi, en localisant successivement le travail dans de o-roupes musculaires restreints, faire eftectuei des efforts musculaires très intenses, sans craindre leur retentissement sur l’organisme et notamment sur

la circulation sanguine.

Les exercices dits du « plancher » de la gym nastique suédoise rempliront parfaitement les conditions voulues pour obtenir l’^cuplisMment des articulations; les exercices analogues faits suivant la méthode française seront parfaitement choisis pour conserver ou augmenter le développement musculaire local. -Nousverrons dans la troisième partie de cet ouvrage en quoi different le pioctd suédois et le procédé français.

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