LES « D/ATHÉS1QUES » ET LES « VALÉTUDINAIRES
la graisse, chez d’autres le système nerveux. Sur les uns, aucune influence extérieure ne semble avoir prise : ils bravent impunément le froid, le chaud, l’humidité. Sur d’autres, au contraire, les moindres variations de température amènent des catarrhes, des douleurs, des congestions. Enfin, sous l’influence de la même cause vulnérante, tous les hommes ne ressentent pas les mêmes effets morbides; et si un refroidissement donne cà celui-ci une bronchite, il donnera à cet autre une névralgie, une affection d’entrailles, etc.
Quand les variations du tempérament sont exagérées, elles deviennent des prédispositions à certaines maladies. Les personnes douées de tempéraments extrêmes ne sont plus dans l’état d’équilibre fonctionnel qui constitue la santé parfaite, ou du moins cet équilibre est instable, et se trouble aisément sous l’influence des causes extérieures. L homme très nerveux est exposé à tomber dans la « névrose » pour telle secousse physique ou morale qui n’aurait pas altéré la santé d’un sujet à tempérament plus calme. On voit, par exemple, à la suite d’une frayeur, ou même d’un coup, d une chute, 1 hystérie se déclarer brusquement chez une femme qui n’en avait pas donné ies signes, mais qui était d’un tempérament très nerveux. De même, entre le tempérament lymphatique et la scrofule il n y a qu’un pas, et l’organisme peut aisément le franchir, sous l’influence de mauvaises conditions hygiéniques.
Si les particularités physiologiques qui caractérisent le tempérament viennent à s’exagérer outre mesure, il arrivera que l’équilibre de la santé ne
sera plus seulement menacé, mais définitivement détruit. Ce qui n’était qu’une prédisposition deviendra un « état morbide » ; les accidents qui, tout à l’heure, avaient besoin d’une cause pour se produire, vont éclore spontanément. — Le tempérament se sera transformé en diathèse.
La « diathèse », suivant l’heureuse expression du professeur Bouchard, n’est autre chose qu’un « tempérament morbide». Ce n’est pas une maladie à proprement parler, mais une perversion de la nutrition qui doit fatalement, sans l’intervention d’aucune cause extérieure, et par le fait même de son évolution spontanée, aboutir à des accidents plus ou moins graves de la santé.
Les animaux sauvages semblent avoir un tempérament uniforme. Ils diffèrent entre eux suivant le climat, suivant le sol qui les nourrit; mais dans une même région tous les animaux d’une même race présentent entre eux une telle ressemblance, qu’il est difficile de saisir, par exemple, sur une centaine de perdreaux tués dans une battue, des différences autres que celles par où les jeunes se reconnaissent des vieux. Il est impossible, par contre, de n’être pas frappé, quand on assiste à un conseil de révision, des différences si saillantes que présentent entre eux les conscrits, pourtant tous du même âge, nés dans le même canton, ayant vécu dans les mêmes conditions de climat, et piovenant de la même souche anthropologique.
C’est que les animaux ne subissent guère que -des influences collectives de milieu et de nourriture, tandis que les circonstances capables de mo-