CHAPITRE III
Divergences des médecins. — Résultats contradictoires de l’exercice chez les goutteux. — La goutte par cessation de l’exercice. — La goutte par reprise de l’exercice. — Interprétation de tes faits. — Nos observations personnelles sur la fatigue. — Nouvelles recherches à Vichy; collaboration de M. Gautrelet. — La « formule chimique » de la fatigue. — La courbature de fatigue et l’accès de goutte; similitude de processus. — La migraine et la dyspepsie goutteuse. — Les effets de l’entraînement. — Y a-t-il des réserves azotées? — Innocuité des exercices violents chez le goutteux bien entraîné. — Nécessité de ménager les articulations malades. — Le « rein goutteux ».
Le rôle hygiénique de l’exercice dans le traitement de la goutte est très diversement apprécié par les médecins. Les uns recommandent l’exercice aux goutteux, les autres le leur interdisent. D’autres, plus éclectiques, permettent l’exercice modéré et défendent l’exercice violent. Enfin, la majeure partie s’accorde à conseiller l’exercice comme moyen préventif, alors qu’il n y a encore que tendance à la goutte, et à le proscrire quand la goutte est confirmée et que les accès ont fait leur apparition plus ou moins régulière.
L’exercice musculaire est un préservatif contre la goutte : sur ce point tous les médecins sont d’accord. Les divergences commencent aussitôt
qu’il s’agit d’appliquer ce moyen hygiénique au traitement de la goutte confirmée. Et ces divergences sont motivées, il faut bien le reconnaître, par des faits qui semblent contradictoires.
Que la goutte soit acquise ou qu’elle soit héréditaire, quelle ait eu déjà des localisations articulaires ou qu’elle se soit bornée à des phénomènes generaux et à des manifestations vagues, les résultats de l’exercice chez l’homme en puissance de diathèse goutteuse peuvent à bon droit donner à réfléchir, et semblent, au premier abord, échapper a une interprétation rationnelle.
Nous avons observé pour notre part deux faits dont le contraste est assez caractéristique pour nous engager à les citer ensemble. — Un homme de bureau, fils et petit-fils de goutteux, portait luimeme des indices non douteux de la diathèse, tels que des migraines, des dyspepsies rebelles. Mais 1 activité exceptionnelle de sa vie l’avait mis à l’abri des manifestations violentes de la maladie. Chasseur passionné et marcheur infatigable, il était demeure constamment en état d’entraînement. En entrant dans sa soixante-seizième année, il crut devoir s abstenir de la chasse, et, pour la première fois depuis plus de cinquante ans, il passa l’hiver u coin du feu. Au printemps suivant, il fut pris d un violent, accès de goutte. La diathèse dont il avait apporte le germe héréditaire avait donc été pour ainsi dire tenue « en bride » par l’exercice puisque sa première attaque s’était produite au ornent meme où l’exercice avait cessé, et cela à
lairefonuôeuU"fan;feStati°nS d<3 ^ §'0uUe articu’
e sont tout a fait exceptionnelles.
La deuxième observation semble être la contradiction flagrante de la première. — Un huissier goutteux avait coutume de faire en voilure toutes les courses que nécessitait sa profession. S’avisant un jour que la marche était un exercice salutaire pour se préserver de la goutte, il vend son cheval et entreprend de faire à pied ses tournées. Mais, à sa première étape, un accès plus violent que tous les précédents vient le clouer au lit, et, depuis, chaque nouvelle tentative d’exercice a été suivie d’un nouvel accès.
Si l’on interroge des goutteux qui sont adonnés à un exercice du corps, on apprend d’eux que tantôt le travail leur a semblé provoquer des crises de goutte, que tantôt au contraire leur assiduité à pratiquer l’exercice a manifestement éloigné les accès et les a rendus moins violents.
Mais si, au lieu de s’en tenir cà ces indications vagues, on fait une enquêté méthodique, on ne tarde pas à s’apercevoir que les résultats de l’exercice chez les goutteux sont beaucoup moins capricieux qu’il ne semblerait au premier abord. Et l’on arrive à constater ce fait que 1 explosion des accès de goutte n’est pas subordonnée à la violence de l’exercice, mais au défaut d’accoutumance. Le goutteux habitué aux exercices violents peut s’y livrer impunément, pourvu qu’il n’ait pas perdu son état d’accoutumance, ou — comme disent les hommes de sport — sa « condition d entrainement ». Celui qui n’a jamais fait d’exercice, ou bien qui en a perdu l’habitude par une trop longue interruption, doit redouter, au contraire, de voir éclater un accès s’il s’y livre avec trop d ardeur.
DK L’EXEISCICE CHEZ LES GOUTTEUX.
Tel est le résultat de l’observation attentive des faits. Quelle en est l’interprétation physiologique?
On sait que l'accoutumance au travail musculaire, ou, en d’autres termes, l’état d’entraînement, est un préservatif contre la fatigue. Si donc l’exercice provoque le retour d’un accès de goutte chez le goutteux qui n'est pas entraîné, etn’en provoque pas chez celui qui est accoutumé à l’exercice, il semble logique d en conclure que c’est la « fatigue» qui provoque 1 accès de goutte, et non l’exercice en lui-même.
Et pourtant l’on aurait, dans la pratique, de nombreux mécomptes si l’on s’en tenait à ce précepte banal qui consiste à recommander « de l’exercice, mais pas de fatigue ». Il peut arriver, en effet, si l’on reprend un exercice violent, abandonné depuis longtemps, que cet exercice ne détermine pas une sensation immédiate de fatigue, et qu’il provoque pourtant dans la nuit un accès de goutte. Inveisement, 1 homme qui s’adonne tous les jours à un exercice du corps pourra, quoique goutteux, s’y livrer avec la plus grande énergie et jusqu’à ce que la fatigue le force à s’arrêter, sans éprouver pour cela le moindre accident.
Ce n est pas la fatigue immédiate qui est dangereuse pour les goutteux, c’est la fatigue consécutive. Or cette fatigue tardive qui met le goutteux en danger d’accès n’est nullement subordonnée, comme on serait tenté de le croire, à l’intensité de la fatigue immédiate.
Tout homme, quel que soit son degré d’accoutumance à l’exercice, est susceptible d’éprouver la latigue immédiate, c’est-à-dire la sensation de las-
situde et d’impuissance qui oblige le muscle à cesser d’agir après une certaine dose de travail. Mais les sujets bien entraînés n’éprouvent jamais cet état général de malaise, souvent accompagné de fièvre, qui s’observe le lendemain et quelquefois le surlendemain de la séance d’exercice chez ceux qui n’ont pas l’habitude du travail.
Et c’est là la véritable explication des résultats si variables et en apparence si incompréhensibles des effets de l’exercice chez le goutteux. Les observations dans lesquelles l’exercice a été cause de l’explosion d’un accès de goutte s’expliquent, non par les effets de l’exercice, mais par ceux de la fatigue consécutive ou courbature.
Nous employons ici le mot « courbature », bien qu’il ait, dans la langue médicale, une signification fort vague, parce qu’il n’en existe pas d’autre pour désigner la fatigue consécutive. Au reste, ce mot s’adapte bien à l’ensemble des symptômes ressentis par l’homme fatigué du travail de la veille : tous ses membres lui semblent brisés, et comme « roués de coups ». Cet état de courbature est le véritable danger de l’exercice pour le goutteux, qui doit mettre tous ses soins à l’éviter. Mais la courbature précède de fort peu l’accès de goutte et môme se confond souvent avec lui, et le malaise par lequel elle s’annonce est, par conséquent, un avis trop tardif. D’autre part, la fatigue immédiate constituerait, nous l’avons dit, un avertissement très infidèle, puisque souvent l’exercice qui n a provoqué sur le moment aucune lassitude peut laisser après lui une violente courbature.
11 ne faut donc pas se baser sur la fatigue comme
moyen dévaluer la dose de travail qui convient au goutteux, mais sur l’état d’accoutumance à J exercice. Et si 1 on ne veut pas avoir de mécomptes, on devra se rappeler que l’accoutumance se maintient uniquement par la continuité du travail; six semaines de repos représentent un délai suffisant pour la perte de la condition d’entraînement. Il faut se rappeler aussi que la courbature peut se produire chez l’homme habitué à un exercice spécial quand il entreprend pour la première fois de se livrer à un autre exercice nouveau pour lui. Aussi le goutteux « entraîné » à la marche, et qui pouvait faire impunément de lon«s tiajets à pied, serait-il exposé à un accès de goutte si, confiant dans son immunité pour la fati°ue il entreprenait tout d’un coup sans ménagement de ramer ou de monter à cheval.
En se conformant à ces règles, le goutteux peut sans aucun danger se livrer aux exercices les plus violents, et nous en connaissons, pour notre part qui ont coutume de braver la fatigue des nln« lnn!
luiigien.'ps apres 1 avoir quitté.
différentes, car il existe une grande différence entre l’homme qui se livre à l’exercice pour la première fois, ou après une longue période d'inaction, et celui qui, depuis longtemps, et sans aucune interruption, s’adonne aux exercices du corps. L’un subit les inconvénients de la fatigue, l’autre bénéficie des avantages de l’entraînement.
Comment la courbature de fatigue peut-elle être l’occasion d’un accès de goutte, et pourquoi l’état d’entrainement met-il le goutteux à l’abri de cet accident?
La réponse à cette question nécessite une courte digression sur les effets « chimiques » de l’exercice corporel. Il faut savoir que le travail des muscles produit momentanément dans la composition des humeurs du corps humain des modifications chimiques presque identiques à celles qu’on observe dans la goutte. Nous avons parlé, dans un autre chapitre, de l’expérience « du lil » qui décèle un excès d’acide urique dans le sang des goutteux. Or, sous l’influence d’un exercice violent, il se fait une production excessive d’acide urique chez tout homme qui n’est pas accoutumé au travail, même quand il n’a aucune prédisposition à la goutte.
On sait que l’acide urique, étant très pëu soluble, tend à se précipiter et à se déposer sur les articulations des goutteux dès que le sang en contient plus qu’il n’en peut dissoudre. Et nous avons dit que ce dépôt de l’acide urique du sang sur les articulations constituait l’accès de goutte.
L’accès de goutte, en résumé, a pour causes prédisposantes toutes les conditions capables de provoquer la précipitation de l’acide urique en amenant l’état desaluration du sang. Ces conditions sont au nombre de deux : 1° l’augmentation de l’acide urique, et 2° l’augmentation de l’acidité du liquide sanguin, car l’acide urique devient d’autant moins soluble qu’il est contenu dans un milieu plus acide.
Or la courbature de fatigue est caractérisée, d’après nos recherches, par l’augmentation de l’acide urique du sang, par un état momentané d 'uricémie, et par l’augmentation de l’acidité des liquides du corps.
Nous avons relaté dans la Physiologie des exercices du corps (cliap. Courbature ), le résultat de nos observations sur la composition de l’urine dans l’état de courbature, et montré qu’elle peut contenir une quantité d’acide urique double de celle qui est normale pour le sujet examiné. Et l’on sait que le rein ne fait qu’éliminer en nature les substances qui composent l’urine après les avoir puisées dans le sang. La surabondance de l’acide urique dans l’urine des sujets atteints de courbature de fatigue prouve que leur sang en est saturé, et l’on comprend qu’une augmentation brusque de l’acide urique dans le sang du goutteux, qui en renferme déjà une dose anormale, puisseamener cet état de satuiation, condition essentielle de l’accès de goutte.
; 0n savait déjà, avant nos recherches, qu’à la suite d’un travail musculaire intense il pouvait se produire une dose anormale d’acide urique , et tous les observateurs avaient expliqué ainsi les accès de goutte qui suivent les exercices violents. Mais les ac-
cès de goutte ne se produisent, après le travail musculaire, que dans certains cas. Et ce sont ces cas que nos observations personnelles nous ont permis de préciser, en montrant les conditions dans lesquelles l’augmentation d’acide urique se produit, et celles dans lesquelles cette augmentation n’a pas lieu.
Nous avons démontré que, chez l’homme accoutumé au travail, l’acide urique n’est pas augmenté, malgré la violence que peut prendre l’exercice pratiqué. On en a la preuve par l’examen des urines, qui conservent après la cessation de l’exercice toute leur limpidité. Chez celui qui n’a pas l’habitude des exercices physiques, le travail musculaire fait augmenter la quantité d’acide urique du sang, et cette augmentation se traduit par une élimination plus grande d’urates qui troublent la limpidité de l’urine et la rendent d’un blanc laiteux, ou forment des dépôts rougeâtres.
Nos premières observations, relatives aux effets de l’exercice musculaire sur la composition chimique des urines, ont été complétées par une série d’expériences nouvelles, pour lesquelles M. Gautrelet, chimiste, connu pour ses beaux travaux sur l’urine, a bien voulu nous prêter son concours. Ces nouvelles expériences, faites comparativement sur l’homme entraîné et sur 1 homme non enti aîné, ont abouti à la confirmation des faits découverts par nous, signalés dans notre premier ouvrage, et aussi à la découverte de faits nouveaux qui nous permettent d’établir plus nettement ce qu on pourrait appeler la formule chimique de la fatigue.
Voici, du reste, comment a été conçue 1 expérience, et quels en ont été les résultats.
Nous étant placés l’un et l’autre dans les mômes conditions de régime alimentaire, et veillant à ce que ce régime ne fut pas modifié pendant les jours ou ont eu lieu les expériences, nous avons exécuté le même travail musculaire dans le même temps, puis les urines ont été recueillies en totalité et analysées pendant les jours qui ont suivi le travail. Jne analyse préalable avait été faite avant de commencer l’expérience de fatigue, de façon à établir quelle était, pour chacun de nous, la composition normale du liquide urinaire. De cette façon, nous avions les éléments de deux études différentes : 1° comparaison de chaque sujet avec lui-même avant et après l’exercice; 2° comparaison des deux sujets entre eux, avant et après l’exercice. — Cette erniere comparaison des deux sujets entre eux était du plus grand intérêt et constituait, à vrai dme, toute l’expérience, car l’un de nous était parlai ernent entraîné, et l’autre ne l’était pas L expérience consistait à partir ensemble du barrage de Vichy, en remontant le cours de l’Ailier et
a exeCuter je ême trajet dans le même t ’gn
conduisant chacun un lourd bateau de même forme et de meme dimension, surchargé d’un second ms sager de même poids. L’épreuveg dura deux heures' et fut renouvelée deux fois dans les vingt-quatre heure*, soit quatre heures de travail égal pour chacun. Chacun de nous du reste était familiarisé avec la manœuvre de l’aviron.
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Laorakge. — Les Atlnllcs. 1 , ' 11
TEMPÉRAMENTS ET DIATHESES.
téressants. Ils seront publiés prochainement in extenso; nous en retiendrons seulement ici certains détails qui nous permettront de déduire le rôle hygiénique de l’exercice chez le goutteux.
L’analyse de l’urine recueillie pendant les vingtquatre heures qui ont suivi l’exercice a été faite comparativement avec celle recueillie pendant les vingt-quatre heures qui l’avaient précédé. Et l’on a pu comparer ainsi chaque sujet à lui-même, c’està-dire voir comment avait varié chez chacun de nous la formule de la nutrition sous l’influence du travail. Il a été facile ensuite de comparer les deux sujets entre eux, c’est-à-dire de déterminer les différences observées dans les variations réciproques du liquide urinaire chez celui qui était entraîné et chez celui qui ne l’était pas.
Cette manière de procéder est, pour le dire en passant, la seule qui offre des garanties d’exactitude. Si l’on ne comparait pas le sujet à lui-mêmer mais à une moyenne, comme on le fait souvent, on s’exposerait à des causes d’erreur très graves, car il y a souvent des écarts considérables entre deux sujets dans le taux normal des substances éliminées par l’urine.
Voici les chiffres qui indiquent les résultats comparatifs de l’analyse, à propos de l’acide urique d’une part, et, d’autre part, de l’ensemble des produits acides autres que l’acide urique :
1° M. G... (non entraîné).
Taux de l’acide urique éliminé :
1° Pendant les vingt-quatre heures qui ont précédé l’exercice
Oq,',iO
2° Pendant les vingt-quatre heures qui ont uivi l’exercice 03',G7
Taux des produits organiques acides pris dans
leur ensemble :
1° Pendant les vingt-quatre heures qui ont
précédé l’exercice 23r,2S
2° Pendant les vingt-quatre heures qui ont suivi l’exercice 43r,99
2° M. L... {entraîné).
Taux de l'acide urique éliminé :
i° Pendant les vingt-quatre heures qui ont
précédé l’exercice 0°r, 57
2° Pendant les vingt-quatre heures qui ont suivi l’exercice Or,5l
Taux des produits organiques acides pris dans
leur ensemble :
1° Pendant les vingt-quatre heures qui ont
précédé l’exercice 33r,G5
2° Pendant les vingt-quatre heures qui ont suivi l’exercice 3°r,48
Ainsi, on voit que chez l’homme en état d’entraînement, l’exercice violent fait plutôt baisser que hausser le taux de l’acide urique et le taux des acides en général, et, en résumé, ne produit aucune perturbation appréciable dans les fonctions chimiques de la nutrition, — fonctions dont le liquide urinaire est le « témoin ».
Chez l’homme non entraîné, au contraire, l’exercice musculaire a augmenté de 50 pour 100 le taux de l’acide urique, et a fait monter de 2,23 à 4,99 c est-à-diie de plus du double — la dose des
éléments ncides. Or ces deux conditions sont aussi efficaces l’une que l’autre pour provoquer l’accès de goutte. En effet, d’une part, l’acide urique a augmenté, et, d’autre part, le liquide urinaire étant devenu beaucoup plus acide, sa solubilité est devenue beaucoup moindre. Il y a donc double tendance à la précipitation de l’acide urique. Et il ne faut pas oublier que les modifications survenues dans l’urine ne sont que le corollaire de celles que le travail musculaire a déterminées dans le sang.
Donc, en résumé, après l’exercice musculaire, la composition chimique du sang n a pas sensiblement changé chez l’homme entraîné, tandis que chez l’homme non entraîné il s’est produit dans ce liquide un excès d’acide urique et un état d 'hyperacidité, c’est-à-dire les deux conditions les plus favorables à la production de l’accès de goutte.
Les phénomènes chimiques qui accompagnent et suivent le travail musculaire nous expliquent le rôle hygiénique de l’exercice chez les goutteux. L’exercice ne peut pas donner lieu a un accès de o'oulte, quand il se fait dans les conditions voulues pour ne pas augmenter la dose de l’acide urique et le degré d’acidité du sang, et ces conditions sont justement celles où se trouve l’homme entraîné. — L’accès de goutte, au contraire, auia chance de se produire après l’exercice, quan celui-ci sera pris dans les conditions voulues pour sature? le sang d’acide urique et augmenter son acidité, et pour amener la fatigue consécutive, c’est-à-dire quand l’homme qui s’y livre ne sera pas entraîné.
Chez l’homme non entraîné, même quand il n’est pas goutteux, les combustions vitales que détermine l’exercice violent sont incomplètes, et cela tient à deux conditions, créées toutes les deux par l’exercice insuffisant, savoir : l’excès de matériaux combustibles et l’insuffisance de l’oxygène qui doit les brûler. Les combustibles sont en quantité excessive, parce que l’inaction a laissé accumuler les tissus de réserve qui représentent dans le fourneau humain le bois et le charbon ; l’oxygène fait défaut parce que le manque d’exercice amène le ralentissementde la respiration. Le fourneau est surchargé de bois de chauffage, son tirage est très lent, et voilà pourquoi la combustion ne peut pas être complète.
Mais, si l’on diminue peu à peu la quantité des matériaux qui doivent être brûlés et si l’on augmente l’apport de l’oxygène qui doit les brûler, on se trouvera rétablir entre le corps « comburant » et le corps « comburé » les proportions voulues pour que les combustions soient complètes. Et c’est là justement le résultat qu’on obtient par 1 exercice physique soutenu et progressivement augmenté. Sous l’influence du travail musculaire, on voit de jour en jour les tissus de réserve diminuer, et, de jour en jour, la respiration devenir plus puissante, plus capable d’introduire dans l’économie une grande quantité d’oxygène. De telle façon qu’au bout d’une certaine période de temps qui constitue le délai nécessaire à l’accoutumance au travail, l’équilibre se trouve rétabli entre les tissus de réserve, qui sont réduits à leur minimum, et la quantité d’oxygène respiré qui est portée à son maximum. L’homme a, dès lors, gagné, au
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point de vue des combustions vitales, les attributs d’un appareil à combustion parfaite; ses tissus seront portés à leur plus haut degré d’oxydation et ne laisseront plus qu’une quantité négligeable de ces résidus organiques incomplètement brûlés, parmi lesquels domine l’acide urique.
On a fait à cette explication une objection. On a dit que la désassimilation des tissus de réserve n’expliquait pas la formation de l’acide urique, produit azoté, 'parce que les tissus de réserve ne renferment pas d’azote. Cette objection repose sur une « pétition de principes ». On prétend que les <l réserves » sont exclusivement constituées par des composés ternaires non azotés, tels que les graisses.
Mais qu’est-ce donc qu’un « tissu de réserve »,
sinon une substance qui doit fournir des matériaux aux combustions vitales, en dehors de l’apport des aliments*/ Or, ne sait-on pas que l’homme, après plusieurs jours d’abstinence complète, continue à éliminer un produit azote qui s appelle l’urée? Où prend-il l’azote nécessaire à faire de l’urée, sinon dans lasubtsance même de son corps? Il y a donc bien, dans l’économie humaine, des matériaux azotés qui se brûlent en dehors de tout apport alimentaire. Et ce sont ces matéiiaux qu’ils proviennent ou non des muscles que nous persistons à appeler des réserves azotées.
Le danger de l’exercice pour les goutteux tient à ce fait que, pour passer de l’état d inaction à la condition d’entraînement, l’homme doit traverser une période intermédiaire pendant laquelle il 1 Cbte encore à l’état d’appareil thermique imparfait. Et c’est dans cette période que l’exercice peut laire
naître les conditions de l’accès de goutte; car, d’une part, les tissu^ de réserve étant très abondants, se désassimilent. en masse sous l’influence du travail musculaire, et, d’autre part, le poumon encore malhabile à s’accommoder aux exigences d’un besoin de respiration inaccoutumé, introduit dans le sang une dose d’oxygène trop laible en comparaison de la quantité des matériaux qu’il faudrait oxyder. De cette façon, la substance azotée qui se désassirnile ne peut passer à son degré ultime d’oxydation, et, au lieu de faire de l’urée, elle reste à l’état d’acide urique. De là, chez le goutteux déjà trop riche en acide urique, tendance à la saturation du sang parce produit, et imminence de l’accès.
Dans le traitement hygiénique de la goutte par l’exercice musculaire, tout le problème consiste à faire franchir à l’homme cette étape difficile qui sépare les débuts de l’exercice de l’état d’entraînement, et cela sans l’exposer à produire pendant le travail musculaire une trop forte dose d’acide urique et à augmenter le degré d’acidité des hu meurs. Or la quantité de l’acide urique et des acides organiques produits par le travail musculaire, chez l’homme non entraîné, serait en raison directe de la quantité de travail effectué. La conclusion qui s impose, c est donc qu'il faut faire commencer l exercice à plus petites doses chez le goutteux que chez tout autre sujet.
L exercice du goutteux devra être conduit de façon à éviter toujours la fatigue consécutive ou
courbature, parce que la courbature de fatigue offre dans son processus une analogie des plus frappantes avec l’accès de goutte. Dans la courbature qui suit l’exercice violent, aussi bien que dans l’accès de goutte, il y a production d’acide urique en excès ; il y a aussi excès d’acidité des humeurs où l’acide urique est dissous, et, pai conséquent, tendance aux précipités de ce composé chimique. Seulement, dans 1 accès de goutte, le surcroît d’acide urique se décharge sur les articulations, tandis que dans la courbature il s’élimine par le rein, d’ou l’etat trouble des urines.
Il serait très curieux de suivre dans leurs analogies les manifestations de la fatigue consécutive et celles de la goutte, et l’on pourrait faire un intéressant parallèle entre ces deux états pathologiques qui semblent si éloignés. Si la fatigue peut pousser à l’accès de goutte, elle peut donner lieu aussi, chez les goutteux, à d’autres accidents qui sont les manifestations habituelles de la diathèse urique. Chez bien des goutteux qui ne sont pas encore arrives à la période des crises de goutte articulaire, la maladie se traduit par des migraines violentes ou par des dyspepsies. Or, chez ces sujets, la latigue prend souvent la forme de la migraine, ou parlois se traduit par des troubles digestifs.
En résumé, si l’opinion qui donnerait ii la courbature de fatigue et à l’accès de goutte un processus identique, quoique de cause très difieiente, doit être présentée comme une hypothèse encore timide, on ne saurait méconnaître la similitude des conditions dans lesquelles ces deux « syndromes » se produisent à la suite du travail corporel. On
peut donc formuler dans l’application de l’exercice à l’hygiène des goutteux cette règle : les précautions à prendre pour éviter un accès de goutte dans la pratique des exercices violents sont les mêmes qu’il faudrait prendre pour éviter un accès de courbature.
Et celte règle n’implique pas la nécessité de maintenir toujours les/ goutteux à une dose de travail extrêmement modérée, mais seulement de graduer leur exercice avec un soin extrême. Quelle que soit la prudence nécessaire dans les débuts, la dose du travail devra être progressivement augmentée et devra arriver peu à peu jusqu’à l’exercice le plus violent si l’on veut retirer du traitement de sérieux bénéfices. Il faut pousser l’exercice assez loin pour que le goutteux obtienne ces deux résultats qui constituent essentiellement l’état d’entraînement : l’usure des tissus de réserve et l’augmentation de la puissance respiratoire.
Brûler les tissus de réserve et acquérir une plus grande aptitude respiratoire, telle doit être l’ambition des goutteux.
Le goutteux a tout avantage à obtenir rapidement le fonctionnement plus actif du poumon qui doit fournir plus d’oxygène aux combustions vitales. Et ce n est pas là une pure théorie, car des expeiiences très curieuses ont démontré que de simples inhalations d’oxygène ont pu améliorer beaucoup 1 état des goutteux en faisant disparaître de leur sang un excès d’acide urique.
Il serait donc indiqué- de recommander aux goutteux les exercices qui activent les mouvements respiratoires, parce que ce sont les plus capables
de déplisser toutes les cellules pulmonaires, de mettre en jeu tous les départements du poumon et d’ouvrir ainsi une plus large voie â l’entrée de l’air. Mais les exercices qui activent le plus la respiration sont justement ceux qui représentent la plus grande somme de travail et il faut les réserver pour une période avancée de l'entrainement-
Il ne faut permettre aux goutteux les exercices violents qu’après leur avoir fait laire une sorte de stage dans des exercices plus modérés. Pour commencer, un exercice de fond, tel que la marche, doit être préféré à tout autre, et cela avec d’autant plus de raison qu’il est très facile de graduer 1 intensité du travail, soit en augmentant la longueur de l’étape journalière, soit en marchant sur un terrain de plus en plus montueux. En ajoutant chaque jour quelque chose au travail de la veille, on pourra arriver insensiblement à aborder les exercices qui demandent un grand déploiement d’énergie et à mettre le sujet dans 1 état d entraînement sans avoir passé par la courbature.
Une fois en possession de cet état d accoutumance, qui est pour lui une conquête plus longue et plus périlleuse que pour tout autre, le goutteux doit chercher à s’y maintenir, et dès lors tous les exercices peuvent lui être permis; mais il faut lui recommander surtout ceux qui activent la respiration. Le goutteux a besoin de beaucoup d oxygène, non plus, comme l’enfant, pour favoriser 1 assimilation, mais pour rendre la désassimilation plus parfaite. Chez lui, les combustions ont toujours tendance à se ralentir : il doit activer le foyer vital
augmentant le tirage pulmonaire. Il doit « brûler », et les exercices modérés qui lui convenaient au début de son entrainement sont insuffisants quand il est accoutumé au travail. La marche et 1 équitation ne suffisent qu’à ceux qui peuvent s’y livrer tous les jours et du matin au soir; à ceux, par exemple, qui passent leur vie à la chasse à courre ou à tir. Mais la plupart des goutteux se recrutent parmi les hommes à occupations sédentaires que leurs affaires retiennent à un bureau, à un comptoir, et ceux-là ne peuvent disposer que d’un temps d’exercice très court. Il leur faut une forme de gymnastique capable de mettre en action le soufflet pulmonaire, auquel il appartient d’activer les combustions vitales, et on doit, pour cette raison, leur conseiller les exercices de vitesse. Mais la course et les jeux ne sont guère de leur âge car ja goutte est la maladie de l’âge mûr. L’escrime est, de tous les exercices connus, le plus capable d activer les combustions vitales, et nul, plus que le goutteux, n’en peut faire son profit. Le seul reproche à ce choix, c’est qu’on ne fait pas des armes en plein air, et le grand air se trouve parmi les agents qui favorisent l’activité des combustions. La longue-paume, qui se pratique à l’air libre, qui demande de la vitesse et des mouvements énergiques comme l’escrime, et qui active comme elle la respiration, est un exercice des plus recommandables pour les goutteux. F
Les indications de l’exercice dans la goutte sont aussi variables que les phases de celte maladie si fécondé en incidents pathologiques. Et tout ce que nous avons dit de 1 exercice violent sous-entend
l’intégrité parfaite des organes internes. Il va de soi que les affections goutteuses du cœur ne permettent plus les exercices violents qui essoufflent. Les affections des reins doivent rendre aussi les goutteux plus circonspects dans la pratique de l’exercice, car le rein est la porte par laquelle s’échappe la majeure partie des déchets résultant du travail et surtout l’acide urique. Or ce produit augmente toujours pendant la séance d’exercice, et, s’il ne trouve pas passage par le rein, on sera exposé à le laisser s’accumuler dans l’organisme et favoriser les productions des accès de goutte.
Une indication spéciale se tire aussi de l’état d’endolorissement des jointures, soit qu’il résulte d’un accès récent, soit qu’il représente une manifestation de la goutte chronique. Dans les deux cas il faut respecter la douleur articulaire, car on sait combien le moindre froissement des jointures est fréquemment la cause d’un accès.
Tels sont les services que peut rendre l’exercice aux goutteux et les précautions à prendre pour le leur appliquer. Le goutteux doit procéder avec la plus grande lenteur dans la progression du travail jusqu’à ce qu’il ait atteint l’état d’entraînement, mais une fois en possession de l’immunité pour la fatigue que lui donnera l’accoutumance, il devra, au contraire, se livrer à l’exercice avec la plus grande énergie. Il devra enfin s’en abstenir complètement pendant la durée des crises, et tenii compte dans le dosage du travail des lésions organiques que la goutte peut entraîner avec elle.