CHAPITRE IV
LES DYSPEPTIQUES
Trres yJ?iqUCS. 8 Ct tr0ubles « mécan'q«cs >, de la diges-
Ïïre leS fnr'aUX,et, effetS l0CaUX dc 1,excrcice «nufcu-
, dans lc traitement des dyspepsies. — Dyspepsies nui
demandent une modification « chimique , du sSufet des
“'c7eDySPeLPrd qUi n-ClamCnt ,GS CfTets 8 rHécaniques »
ue i exercice. — La dyspepsie arthritique. — La dyspepsie
neurasthénique. - De la dilatation de l’estomac. 7 De fen^
di-esüves muscles de l’abdomen dans les fonctions
Ji8cstives. — La gymnastique abdominale.
Jn dysPeVtum est un homme qui digère mal. Cette defini ion n’est peut-être pas très scientifique mais le mot auquel elle s’applique ne l’est pas davantage ; et, pourtant, tout le monde le comprend, et tous les médecins l’emploient. Nous e maintiendrons ici, cà cause du vague même de sa signification, qui ne détermine pas une caté- 8or,e spéciale de lésions organiques, mais un ensemble de troubles fonctionnels.
Les troubles de la digestion peuvent avoir une multitude de causes. Ils peuvent provenir d’une maladie du tube digestif lui-même ou bien de ses c nncxes, le foie, le pancréas. Ils peuvent avoir pour origine des troubles de la circulation san £"*ne, par lésion du cœur, des vaisseaux R oeuvent dépendre d’une cause générale nui a Lagrange - Les Adultes. 0 aie qui a
TEMPERAMENTS ET DIATHESES.
influencé tout l’organisme, d’une diathèse, par exemple telle que l’arthritisme, la goutte, etc. Ils peuvent, sans aucune altération spéciale du sang, et sans aucun vice constitutionnel, être sous la dépendance d’une perturbation des centres nerveux par cause physique ou morale. Ils peuvent enfin — et c’est un cas fréquent — dépendre d’un défaut d’énergie des fibres musculaires de l’estomac ou de l’intestin, et même de l’atonie des muscles abdominaux. — Aucune souffrance en un mot ne peut avoir des origines plus variées que la dyspepsie.
Quelle que soit la cause première des troubles digestifs auxquels il s’agit de porter remède, le mécanisme physiologique de ces troubles peut toujours se ramènera deux types différents : ils peuvent être de nature chimique ou bien de nature mécanique.
Pour comprendre cette distinction, il faut se rappeler que l’appareil digestif est essentiellement constitué par deux ordres d’éléments anatomiques : des éléments glandulaires qui sécrètent des sucs spéciaux tels que la salive, le suc gastrique, la bile, le suc pancréatique, etc., et des éléments musculaires qui forment les parois de 1 estomac, du petit et du gros intestin. Chacun de ces dcqx éléments a son rôle dans la digestion. Les glandes sécrètent des liquides qui ont pour but d opeier dans le « bol » alimentaire des transformations successives, de modifier prolondément sa composition, d’en faire du chyme, puis du chyle, et, finalement, de le rendre absorljable par les vaisseaux. Les fibres musculaires de l’estomac et del intestin
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ont pour rôle de faire cheminer les aliments d’un bout à l’autre du tube digestif, et aussi de lui faire subir une sorte de pétrissage, de « brassage », qui mélange intimement leur substance avec les sucs digestifs, de façon qu’aucune parcelle alimentaire ne soit soustraite à l’action de ces sucs. Il faut comprendre, parmi les agents mécaniques de la digestion, des muscles qui ne font pas partie, à proprement parler, de l’appareil digestif, mais dont le concours est indispensable à l’intégrité et à la régularité de ses lonctions, ce sont les muscles de 1 abdomen qui soutiennent et maintiennent à leur place les viscères bottants contenus dans la cavité du ventre.
La digestion peut être troublée par perversion des actes chimiques qui s’opèrent entre les aliments et les sucs digestifs; elle peut être troublée aussi par imperfection ou insuffisance des actes mécaniques auxquels contribuent les fibres musculaires dn tube gastro-intestinal, et celles des parois de 1 abdomen.
Et 1 exercice, si on sait l’appliquer suivant
chimiques qu’aux troubles gestion.
généraux ; la seconde, à lui demander ses effets locaux.
Dans le premier cas, on prescrit l’exercice, sans en désigner une forme plutôt que l’autre ; et l’on voit l’état du malade s’améliorer aussi bien parla marche que par l’équitation ou l’escrime. Le genre d’exercice importe peu, pourvu que l’exercice soit pris à dose suffisante pour faire sentir ses effets à tout l’organisme. C’est en modifiant toutes les fonctions en général, qu’on arrive alors à modifier la fonction digestive en particulier; et l’on n’atteint l’estomac du dyspeptique qu’aprèsavoir agi sur tous ses organes et sur toutes les molécules
de son corps. #
Suivons les modifications produites dans 1 organisme par un exercice général tel qu’une longue marche. Les premiers effets constatés sont l’augmentation de l’activité de la respiration, et l’accélération du cours du sang. Or voici la portée hygiénique de ces deux phénomènes. La suractivité respiratoire a pour résultat l’introduction d une plus o-rande quantité d’air dans le poumon, et comme conséquence immédiate l’entrée dans le sang d’une plus grande quantité d’oxygène. L accélération de la circulation sanguine lait que les organes sont baignés par un sang pins souvent renouvelé, et, ce sang étant plus riche par 1 introduction de l’oxygène qui vient de se fixer sur ses «lobules, la vie de chaque molécule du corps est rendue plus active. Or le sang passe dans les vaisseaux sanguins de l’estomac et de l’intestin comme dans toutes les autres parties de l’organisme, et porte aux organes digestifs, comme a tous les
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autres, cette excitation bienfaisante qui vient de sa plus grande richesse en oxygène. C’est de cette façon très indirecte que l’atonie de l’estomac et de l’intestin peut se guérir par l’exercice.
L’exercice a pour effet de rendre les phénomènes de la digestion plus actifs pour cette première raison qu’il est l’occasion d’une acquisition immédiate d’oxygène. L’oxygène est l’excitant par excellence de toutes les fonctions. Le contact d un sang plus oxygéné sur les organes qui concourent à la digestion, donne à tous ces organes une sorte de « coup de fouet » qui les fait fonctionner avec plus d’énergie. Sous l’influence d’un sang plus vivifiant, les glandes du tube digestif sécrètent des sucs mieux élaborés, et les fibres contractiles des parois prennent plus de tonicité, deviennent plus aptes à imprimer au bol alimentaire les mouvements de malaxation et de brassage indispensables au mélange des sucs. C’est par un mécanisme semblable que le « grand air », en activant la fonction respiratoire, améliore du même coup les fonctions digestives et aiguise l’appétit.
L influence digestive de l’exercice s’explique encoïc par 1 action salutaire de l’oxygène sur une des phases les plus importantes delà nutrition, sur l’assimilation. L’assimilation est un acte de chimie vitale dans lequel l’intervention de l’oxygène est indispensable. Les aliments ne sont pas assimilés aux tissus, tels que les vaisseaux absorbants les introduisent dans le sang: ils subissent outre les transformations digestives qui en font
u c îy e, d autres élaborations plus intimes encore,
TEMPÉRAMENTS ET D1ATI1ËSES.
qui doivent en faire des matières analogues aux tissus sur lesquels ils vont se fixer pour s’identifier avec eux. Or ces élaborations ne peuvent avoir lieu sans l’intervention de l’oxygène dans les combinaisons chimiques qui transforment la matière alimentaire, et l’on comprend dès lors qu’en oxygénant le sang, l’exercice puisse rendre plus complète et plus active l’assimilation des aliments.
Nous avons montré aussi dans la première partie de ce livre que l’oxygène du sang, en se combinant plus activement avec les tissus qui ont besoin d’être réparés, .facilitait leur désassimilation en les brûlant. L’exercice provoque ainsi dans nos cellules vivantes des vides qui ont besoin d’être comblés; il fait « de la place » pour les matériaux élaborés par la digestion, et facilite ainsi cette sorte de circulation qui fait passer les matériaux alimentaires de l’estomac et de l’intestin dans les vaisseaux absorbants d’abord, puis dans les cellules vivantes.
Si l’on résume la série des phénomènes dénutrition qui suivent une séance d’exercice, voici comment on peut en comprendre la succession :
1° Désassimilation plus active des tissus vivants, élimination hors de l’économie d’une plus grande quantité de matériaux organiques, et besoin plus urgent de réparer cette perte; 2° fixation plus rapide sur les tissus vivants, des mateiiaux qui étaient déjà engagés dans les vaisseaux absorbants, mais qui n’avaient pu, faute d une quantité suffisante d’oxygène, pénétrer dans la cellule vivante pour s’y assimiler; 3° enfin passage plus
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rapide des matériaux digérés, au travers de leurs voies d’absorption redevenues libres.
Toutes les phases de la nutrition se trouvent ainsi rendues plus promptes et plus régulières. Cette amélioration dans la fonction générale dont la digestion n’est qu’une des phases, est due, en dernière analyse, à ce qu’une plus grande quantité d’oxygène a pénétré dans l’économie, et y a été utilisée dans les opérations chimiques qui accom-. pagnent l’assimilation et la désassimilation.
L’effet « général » de l’exercice est quelquefois plus indirect.
La dyspepsie peut se rattacher à un trouble général du sang et des humeurs, à l’arthritisme, à la goutte. L’exercice agit alors sur la masse du sang pour en modifier la composition en activant la combustion des produits d’oxydation incomplète. L’exercice agit dans le même sens que les eaux minérales alcalines, dont l’action ne s’exerce pas seulement sur l’état local de l’estomac, mais aussi sur 1 ensemble de l’économie, en rendant les combustions vitales plus actives. Il tend à faire disparaître du sang, en lesbrûlant, certainsproduits qui en viciaient la composition, et altéraient les propriétés digestives des sucs gastro-intestinaux. C’est en activant la combustion de l’acide urique par exemple, ainsi que celle de divers acides organiques dont le sang, est saturé, que l’exercice musculaire peut guérir certaines dyspepsies d’origine « arthritique ».
En résumé, l’exercice, quand il est utilisé au point de vue de ses effets généraux, améliore la
digestion : soit en augmentant la dose d’oxygène contenu dans le sang, soit en provoquant l’intervention plus active de l’oxygène dans les combustions vitales, c’est-à-dire en agissant sur les actes chimiques de la nutrition.
Les effets locaux de l’exercice ne sont plus de nature chimique, mais de nature mécanique.
Les effets mécaniques les plus apparents que l’exercice produise sur l’appareil digestif, sont, d’abord, les secousses en divers sens qui résultent des mouvements et des déplacements du corps. Ces secousses, quand elles sont modérées, ont pour effet d’aider au travail mécanique du tube digestif, de déplacer le bol alimentaire, de le tourner et retourner dans tous les sens, d’en mettre toutes les parties en contact avec la surface muqueuse qui sécrète les sucs digestifs, et de distribuer ceux-ci également à toute la masse. L exercice par les secousses imprimées au corps, peut aider à cette sorte de brassage qui est le résumé des actes mécaniques de la digestion; il favorise, en outre, le déplacement des résidus digestifs, et peut contribuer à faire cheminer les matières fécales vers l’orifice de sortie.
L’action locale de l’exercice est quelquefois plus directe; dans le cas, par exemple, ou entrent en jeu les muscles de la région abdominale. Son influence se fait sentir alors aussi bien sur le tube digestif lui-même que sur son contenu. On coin-
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prend aisément l’utilité des compactions du plan musculaire de l’abdomen pour faire cheminer les matières attardées dans l’intestin. Beaucoup de troubles digestifs reconnaissent pour cause la rétention prolongée des matières fécales, soit en raison de l’irritation que cause leur présence sur la muqueuse intestinale, soit encore par la résorption et le passage dans le sang des produits de putréfaction qu’elles contiennent. Or il n’y a pas de meilleur remède contre la constipation que les exercices dans lesquels les muscles abdominaux, entrant énergiquement en jeu, pressent sur le gros intestin et agissent, à travers ses parois, sur les matières fécales qu’ils font cheminer vers l’extrémité du rectum.
Mais l’exercice a sur les tuniques de l’estomac et de l’intestin une action plus utile encore. On sait que toute la paroi du ventre est formée de muscles plats à fibres dirigées dans des sens divers, mais loutes disposées de façon à soutenir par leur résistance élastique les viscères abdominaux. L’estomac et les intestins ont besoin de ce soutien pour aider à contenir les gaz que le travail de la digestion développe, et dont la force d’expansion tend à dilater le calibre du tube digestif. Les tuniques de l’estomac et de l’intestin sont aidées dans leur rôle contentif des gaz par cette sorte de ceinture musculeuse dont l’appui est d’autant plus solide que scs fibres sont plus énergiques.
Quand les muscles de l’abdomen perdent de leur résistance, on voit aussitôt les intestins sc laisser dilater par les gaz qu ils ne peuvent réduire à eux seuls . m ventre se ballonne. Aussi, après une
maladie qui a distendu outre mesure les muscles abdominaux et leur a fait perdre leur ressort, voit-on toujours le ventre grossir. Chez les hydropiques dont le ventre a été distendu par une grande quantité d’eau, si l’on fait la ponction et qu’on vide la cavité abdominale, on est obligé d’appliquer une ceinture sous peine de voir le ventre reprendre presque aussitôt son volume, non par le retour du liquide, mais par l’expansion des gaz de l’intestin et de l’estomac que les parois abdominales tiraillées et distendues ne peuvent plus maintenir. On voit de même, après plusieurs grossesses, certaines femmes garder un « gros ventre » par ballonnement et insuffisance de pression des muscles abdominaux fatigués.
Le défaut de résistance des muscles abdominaux entraîne le défaut de soutien des tuniques musculeuses gastro-intestinales, et celles-ci, ne pouvant résister seules à la force de dilatation des gaz, cèdent et se laissent distendre. Cette distension, qui n’entraîne pas de troubles sérieux quand elle est momentanée, peut, si elle se repète et persiste, faire perdre aux fibres musculaires du tube digestif leur ressort et leur énergie, les mettre hors d’état de remplir leurs fonctions mécaniques, si importantes dans 1 acte de la digestion, et amener finalement la « dilatation » de l’estomac ou de l’intestin. L’exercice musculaire peut donc rendre ce premier service, dassuiei, en fortifiant les muscles abdominaux, un ferme soutien aux parois gastro-intestinales. Mais il peut faire davantage, et donner de la lorce aux paiois de l’estomac et de l’intestin. En eLfet la pression du
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plan musculeux de l’abdomen sur les organes sous-jacents constitue un véritable massage semblable à celui qu’on pourrait faire avec la main. Et tout le monde sait la grande efficacité du massage pour réveiller l’énergie des fibres musculaires ; on sait aussi que le massage manuel a été appliqué au traitement de la dilatation de l’estomac.
L’affaiblissement des muscles de l’abdomen provoque « mécaniquement » des troubles digestifs d’un ordre particulier sur lesquels l’attention des médecins a été récemment appelée. On sait que les intestins, le foie, l’estomac, et tous les autres organes qui constituent l’appareil digestif, sont suspendus et comme « accrochés » dans la cavité abdominale, à l’aide de certains replis fibreux, sortes de ligaments qui leur laissent une grande r mobilité. Ces attaches ligamenteuses constitueraient un mode de fixation tout à fait insuffisant sans le concours des parois antérieure et latérales de l’abdomen, qui forment un plan circulaire solide et contractile, capable de soutenir les viscères et de les maintenir en place en leur faisant subir une certaine compression, à la manière d’une ceinture élastique. Si ce soutien vient à faiblir, les organes abdominaux tendent à se déplacer, tiraillent par leur poids les ligaments auxquels ils sont suspendus, distendent et allongent ces ligaments, et tendent en résumé à se déplacer de haut en bas. C’est ceüe sorte de « descente », de « prolapsus » des viscères abdominaux que notre ami et distingué confrère à Vichy, le docteur Glénard, a décrite le premier sous le nom d ’enléroplose.
L’entéroptose est cause d’une foule de dyspepsies dont l’origine, on le voit, est toute « mécanique », aussi bien que celle des dyspepsies par dilatation de l’intestin ou de l’estomac. Les succès que Glénard obtient dans le traitement de l’cntéroptose avec sa ceinture ou sangle hypogastrique , confirment absolument en pratique sa théorie. Or la sangle de Glénard guérit certains dyspeptiques parce qu’elle « compense », grâce à la pression qu’elle exerce, l’insuffisance des muscles de l’abdomen. Mais on comprend qu’en exerçant ces muscles, on puisse obtenir le retour de leur vigueur, aussi sûrement qu’on obtiendrait par le même procédé le retour de la force dans un membre débilité, et il faut reconnaître que la « sangle », malgré les services qu’elle rend, n’est en résumé qu’un palliatif, tandis que l’exercice local, en réveillant l’énergie des muscles atrophiés ou atones, pourrait amener dans bien des cas la cure définitive.
C’est ainsi que dans bien des affections des voies digestives se présente l’indication formelle d’introduire dans l’hygiène du malade certains mouvements capables de mettre en œuvre des muscles déterminés. Et cette indication est trop rarement prise en considération dans la pratique où l’on prescrit l’exercice d’une manière banale sans songer à préciser les bénéfices qu on en peut tirer. Tel exercice qui peut rendre de grands services aux dyspeptiques par ses effets généraux, ne peut leur procurer les bénéfices locaux que leur état réclame dans certains cas. C’est ainsi que la
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marche, le tricycle, l’escrime ne peuvent pas toujours satisfaire aux indications locales qu’cn traînent la constipation, l’atonie intestinale, la dilatation de l’estomac, 1’ <i entéroptosc ».
On voit que, par son effet local, l’exercice pourra influencer favorablement la digestion avec autant d’efficacité que par son action générale. Il est intéressant de faire remarquer que le résultat final sera le même dans les deux cas, bien que les procédés respectifs de chaque méthode soient précisément inverses.
La comparaison que nous établissons entre ces deux méthodes d’exercice ne peut pas aboutir, il faut bien le remarquer, à donner la préférence à l’une d’elles, à l’exclusion de l’autre, mais plutôt à montrer qu’elles se complètent, chacun de ces deux systèmes pouvant combler une lacune du système inverse.
Nous avons parlé des cas où la paresse des voies digestives tient cà un vice dans la composition du sang, dû lui-même au ralentissement des actes de chimie vitale qui président à la nutrition. La dyspepsie a, dans ce cas, une cause « chimique » à laquelle il faudra opposer les effets chimiques de 1 exercice. Dans d autres cas, au contraire, un état général de misère organique est le résultat d’un vice primitivement local dans le fonctionnement de l’intestin et de l’estomac; cl. l’on ne pourrait modifier l'état général si l’on n’amélio-
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rait au préalable l’état local. Chacune de ces deux méthodes a donc ses indications suivant les cas, et toutes les deux doivent prendre place dans nos moyens hygiéniques.
Il peut arriver aussi que les troubles mécaniques auxquels est due la dyspepsie soient secondaires et succèdent à des troubles chimiques; les deux ordres de résultats que nous venons de signaler devront alors être recherchés en même temps. C’est ainsi que chez les arthritiques dont la composition chimique du sang est altérée, il se produit fréquemment des dilatations de l’estomac et de l’intestin qui réclament, à côté du traitement général de la diathèse, un traitement local pour réveiller la tonicité des tuniques musculaires du tube digestif.
Il est des cas où la dyspepsie, quoique d’origine générale, réclame 1* .application locale de l’exercice, sans permettre qu on ait recours à ses effets généraux.
Yoici, par exemple, un homme atteint d’un état général de faiblesse avec irritabilité nerveuse et exagération des sensations. Cet état de « neurasthénie », quelle qu en soit la cause premièie, s’accompagne la plupart du temps d atonie des voies digestives, avec relâchement des fibres musculaires0 de l’estomac et des intestins. Mille souffrances diverses assiègent le neurasthénique, mais les plus pénibles lui viennent souvent delà digestion, si bien que les troubles de la nutrition dominent d’ordinaire l’ensemble delà maladie, et que la difficulté de s’alimenter, après avoir été le résultat
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d’un trouble général du système nerveux, devient à son tour la cause d’une perturbation plus profonde, tant par les souffrances qu’elle provoque que par l’inanition qu’elle produit. Nul doute que les troubles digestifs ne soient dus à l’état du système nerveux central ; mais nul doute, aussi, que l’état des voies digestives n’aggrave singulièrement celui du système nerveux. C’est un cercle vicieux qu’il faut rompre, et l’exercice est dans ces cas un remède souverain ; il est efficace comme tonique et reconstituant autant que comme régulateur de la nutrition.
On appliquera donc l’exercice. Mais, sous quelle forme? Il semble, à priori, tout indiqué de demander à l’exercice ses effets généraux, puisque l’origine du mal est la neurasthénie, état général de faiblesse et de nervosisme, et que l’estomac n’a 'souffert que secondairement. Si tel est le chemin suivi par le mal, tel semblerait indiqué celui que doit prendre la médication. Et nous avons dit tout à l’heure que bien des dyspeptiques guérissent, quelle que soit la forme d’exercice qu’on leur applique. Mais, dans le cas cité, on se heurte cà la difficulté déjà signalée de faire supporter les eflets généraux de l’exercice. Des mouvements violents comme ceux de la gymnastique ou de I escrime, iraient retentir douloureusement sur les organes dont l’impressionnabilité est si singulièrement augmentée; des efforts moins violents, mais plus soutenus, comme ceux des longues marches, viendraient épuiser le système nerveux déjà si appauvri ; les sueurs profuses, l’insomnie et l’inappétence seraient les premières consé-
quences du remède, et le traitement aboutirait à une aggravation momentanée des symptômes et au découragement inévitable du malade. D’autre part, si l’exercice est trop modéré, il ne pourra produire les effets salutaires attendus, parce qu’il ne provoquera pas cette réaction générale de toutes les fonctions, ce « coup de fouet » nécessaire pour les activer toutes, et que le tempérament du neurasthénique ne pourrait pas supporter.
On se trouvera ainsi acculé à ce dilemme : ou bien pousser l’exercice jusqu’à la dose active, et le remède aggravera le mal, ou bien rester au-dessous de la dose, et l’effet sera nul.
Celte conclusion n’implique pas forcément pour le malade l’obligation de renoncer à l’exercice, mais celle seulement de changer de système. Au lieu d’agir sur l’ensemble des fonctions vitales, pour activer la nutrition, il suffira quelquefois de porter l’action de l’exercice sur une région très restreinte du corps et d’influencer un acte isolé de la fonction. C’est ce qu’on fera en localisant l’action de l’exercice sur les muscles de l’abdomen.
Les exercices violents et prolongés traduisent d’ordinaire leurs effets par une augmentation de l’appétit et une facilité plus grande de ja digestion; mais, chez quelqups sujets, au contraire, pour peu que la dose de travail dépasse certaines bornes, les troubles digestifs s’aggravent et le remède devient pire que le mal. On a diversement interprète 1 inllucncc de la fatigue pour troubler la digestion. Selon certains auteurs, le travail excessif rendrait incomplets les phénomènes chimiques de la diges-
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lion en produisant une élimination trop copieuse de sueur. La sueur renferme de l’acide lactique, cl ce produit est nécessaire à la digestion: l’exercice, s’il amène des sueurs profuses, aura donc dépouillé l’organisme d’un principe qui fera défaut aux actes chimiques du tube digestif.
Cette explication peut sans doute être invoquée dans certains cas. Mais ce ne sont pas toujours les exercices qui font suer le plus qui laissent après eux de mauvaises dispositions à digérer : ce sont plutôt ceux qui amènent une très grande dépense d’influx nerveux, soit par les efforts excessifs qu’ils nécessitent, soit par la tension nerveuse qui les accompagne; par exemple, quand il faut mettre une très grande précision dans les mouvements, et surtout faire l’apprentissage d’un exercice difficile.
Tout exercice qui exige une attention très soutenue, agit à la façon d’un travail intellectuel, et l’on sait que les excès de travail intellectuel amènent promptement la dyspepsie, sans pourtant qu’on puisse attribuer cet effet à une déperdition de sueur. Après l’exercice, qui a dépensé beaucoup d’influx nerveux, aussi bien qu’après les excès de travail cérébral, on observe un état d’atonie de tous les organes auxquels se fait sentir la déperdition de cette force si nécessaire à leur fonctionnement et qu’ils ne reçoivent plus en quantité suffisante. Les cellules cérébrales, sources de l’influx nerveux, ont été épuisées par cet effort qu’on appelle « tension nerveuse » et qui se produit aussi bien dans le travail musculaire que dans le travail intellectuel. Et c’est ainsi surtout, c’est en entraînant le défaut d’innervation des tuniques
musculaires de l’estomac et de l’intestin que l’excès d’exercice peut amener des troubles de la digestion.
Aussi, chez les sujets qui sont devenus dyspeptiques par excès de dépense nerveuse, par excès de travail intellectuel, par exemple, faut-il éviter la fatigue nerveuse avec le plus grand soin, tandis que cette fatigue serait beaucoup moins à craindre chez ceux qui n’ont subi aucun surmenage soit intellectuel, soit « émotionnel ».
Au point de vue des effets généraux de l’exercice, il n’est donc pas indifférent de choisir soit la marche, soit la gymnastique aux appareils, soit l’escrime ou le tricycle.
Si nous recherchons à présent quels exercices peuvent produire des effets locaux sur l’appareil digestif, nous verrons qu’il y en a trois catégories: 1° ceux qui fléchissent le tronc sur le bassin ou inversement le bassin sur le tronc; 2° ceux qui provoquent 1’ « effort abdominal », et 3° ceux qui produisent la rotation de droite à gauche ou de gauche à droite du tronc sur le bassin.
Dans les exercices qui nécessitent la flexion du tronc, nous trouvons au premier rang celui de l’aviron. Cet exercice peut être proclamé le plus capable de fortifier les muscles de 1 abdomen, ainsi que nous le montrerons plus loin, en analysant les mouvements qu’il provoque.
Certains mouvements de la gymnastique aux appareils peuvent aussi fournir aux muscles abdominaux un exercice très salutaire: tels sont, par exemple, les « renversements » et les culbutes au
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trapèze ou aux anneaux quand on les exécute lentement, en supprimant tout élan.
Mais tout le monde ne peut se décider à aller ramer, et tous les dyspeptiques ne sont pas aptes aux exercices du gymnase. 11 est des actes musculaires plus à la portée de tous et qui peuvent être exécutés à la maison, dont l’cfTct sur les muscles abdominaux n’est pas moins utile, quoiqu’il soit plus indirect. Ce sont ceux qui provoquent l’effort abdominal. On sait que l 'effort est un acte caractérisé par la contraction de tous les muscles de l’abdomen dans le but d’immobiliser les côtes et d'assurer un point d’appui lixe aux grands muscles qui s’y attachent. Toutes les fois que le bras élève au-dessus de la tète un poids suffisamment lourd, l’effort se produit. Un homme de force moyenne provoque sûrement l'effort abdominal en prenant cà terre un haltère de 30 à 35 livres, et en l’élevant lentement jusqu’à ce que le bras soit arrivé à la position verticale. Si Ton applique la main sur la région épigastrique au moment où ce mouvement est exécuté, on sent très nettement que les muscles droits se raidissent, et on a la preuve que la région abdominale tout entière bénéficie dans une large mesure de cet acte musculaire si simple qui ne semblerait au premier abord faire sentir ses effets qu’au bras et à l’épaule. Répétons que, pour obtenir ce bénéfice, il faudra se servir d’un haltère assez loprd pour que le mouvement ne puisse s’accomplir « sans effort ». Si le poids soulevé est trop leger pour la force du sujet, le travail demeure localisé dans les muscles du bras et de l’épaule, et ne constitue plus un exercice abdominal.
L.i gymnastique suédoise est riche en procédés capables d’augmenter l’énergie des tuniques musculaires de l’estomac et de l’intestin. Un de ses procédés est connu en France : c’est le massage de l’abdomen. Mais, à côté du massage, qui constitue une forme de la gymnastique « passive », les Suédois ont une foule d’autres moyens de mettre activement en jeu les muscles de l’abdomen, et la plupart de ces moyens nous sont peu familiers.
D’une manière générale, tous les mouvements qui nécessitent la flexion du bassin sur le tronc ou du tronc sur le bassin, puis tous ceux qui provoquent la rotation du tronc sur son axe sont utilisés par les Suédois pour le traitement des affections des voies digestives.
La plupart des procédés d exercice qui mettent méthodiquement en action les muscles abdominaux sont d’une grande simplicité, et peuvent être appliqués aux malades les plus débilités. Nous les décrirons au chapitre de la Gymnastique de chambre.
A quel moment de la journée le dyspeptique devra-t-il se livrer à l’exercice corporel ?
Tout le monde s’accorde à dire que l’exercice ne doit pas avoir lieu immédiatement après les repas. Une distinction pourtant doit être faite, car un exercice très modéré, tel que le billard ou la promenade cà pas lents, peut se prendre pendant le travail de la digestion, et même avec profit. Il en est autrement si l’exercice est violent, comme l’escrime, la course, la gymnastique. Mais, sur ce
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point, insister serait oiseux, tout le monde est d’accord. En revanche tout le monde ne sait pas qu’il est d’aussi mauvaise hygiène de se livrer à l’exercice immédiatement avant le repas qu’immédiatement après. L’exercice violent ou môme l’exercice modéré, mais soutenu jusqu’à la fatigue, met le corps, pour un temps plus ou moins long, dans un état physiologique particulier dont se ressentent toutes les fonctions vitales. Le sang, sous l’influence du travail physique, afflue aux muscles en abondance, et comme la masse du sang reste la même, un surcroît de sang dans une région donnée a pour conséquence un défaut de sang dans les autres. Cette sorte de congestion sanguine des muscles dure un temps assez long après la cessation de l’exercice, ainsi qu’on peut s’en assurer en mesurant la grosseur d’un membre qui a travaillé. Pendant tout le temps que le sang reste aux muscles, les autres organes en reçoivent moins. De là du côté du cerveau un peu d’anémie, marquée par une certaine tendance à la syncope qui s’observe quelquefois après un travail musculaire très intense. Il existe de même un notable degré d’anémie de l’estomac pendant que dure cet état de pléthore des muscles, et l’on sait qu’un afflux considérable de sang doit se faire dans la muqueuse stomacale au moment de la digestion, faute de quoi celle-ci ne se fait pas d’une façon normale.
Après l’exercice, la digestion peut être rendue paresseuse par une autre cause encore, par la dépense d’influx nerveux que le travail musculaire a occasionnée. C’est l’atonie momentanée des fibres de l’estomac dont le travail est nécessaire à la
digestion. Toutes les fibres musculaires du corps participent à la fatigue qui suit l’exercice, même celles qui n’y ont pris aucune part directe. A la suite d’une marche forcée, les muscles de la main éprouvent, sans avoir fait aucun travail, un aflaiblissemcnt qui se traduit au dynamomètre par un abaissement de plusieurs kilogrammes dans la force de pression. C’est que l’exercice est la cause d’une déperdition d’influx nerveux dont se ressent tout l’organisme, parce que cette force inconnue est localisée dans les centres nerveux et non pas dans l’organe qui travaille. Les muscles de l’estomac sont ainsi solidaires de ceux des jambes et des bras.
Il faut donc attendre, pour prendre le repas, que la circulation du sang ait eu le temps de reprendre son cours vers le tube digestil, et que les centies nerveux aient réparé la perle qu’ils ont laite. Dans le cas où le repas doit suivre immédiatement l’exercice, on sera beaucoup plus sûr d’obtenir une digestion régulière si l’on a soin de stimuler à 1 aide d’une boisson excitante l’estomac dont la circulation sanguine et l’innervation sont insuffisantes. Aussi y a-t-il quelquefois indication formelle à l’ingestion d’un « apéritif », dans le cas où une nécessité urgente oblige l’homme à faire son repas quand il est encore sous le coup immédiat du travail musculaire. Mais il vaut mieux encore, ainsi que le savent très bien tous ceux qui ont l’habitude des exercices violents, avoir la précaution, a\ant de se mettre à table, de « laisser passci la a-
tigue ».