CHAPITRE VI
LES « ESSOUFFLÉS
Conditions individuelles qui prédisposent à l’essoufflement. —
— Lésions des organes de la respiration. — Lésions du cœur et des vaisseaux; gône mécanique des voies respiratoires et circulatoires; obésité. — Composition anormale du sang; les anémiques, les albuminuriques. — Difficulté de l’exercice chez les essouffles. — L’essoufficment par défaut d’entrainement. —
— Importance d’une direction méthodique. — L’éducation de la respiration. — Qu’entend-on par « se mettre eu haleine »?
Le « second souffle ». — Effets de l’entraînement sur la
respiration. — De l’entrainement dans les maladies chroniques de l’appareil respiratoire. — Utilité de l’exercice pour les tuberculeux, les asthmatiques, les « pleurétiques ». — Exercices qui conviennent aux essoufflés. — Ressources qu’offre au médecin la gymnastique suédoise.
Si l’on compare au point de vue de leur aptitude à l’exercice cent personnes prises au hasard, on trouvera entre elles de très grandes différences dans la force musculaire et la résistance à la fatigue. Mais on en trouvera de bien plus accentuées, si l’on étudie comparativement leur puissance respiratoire et leur résistance à ressoulllement.
Tout le monde peut marcher, et même, en cas de besoin absolu, les plus faibles pourront marcher
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ne fut-ce que vingt mètres, même lorsque la vie en dépend. Et pourtant la course est, au même titre que la marche, un exercice naturel dont les mouvements s’exécutent d’instinct, sans aucun apprentissage. Mais la course est un exercice qui « essouffle ». Et l’essoufflement est une forme de la fatigue contre laquelle il est impossible de lutter.
Parmi les conditions qui amènent l’essoufflement chez l’homme, il en est qui sont inhérentes à l’exercice lui-même et qui atteignent tous les sujets, quels qu’ils soient. Personne ne peut, sans s’essouffler, courir plus de quelques minutes avec toute la vitesse dont les jambes sont capables. Mais d’autres conditions de l’essoufflement sont inhérentes à l’individu. Bien des personnes, par exemple, sont obligées de s’arrêter pour souffler, à moitié d’un escalier que d’autres peuvent monter tout entier en courant, sans ressentir aucun trouble de la respiration.
La tendance excessive à l’essoufflement est quelquefois un obstacle insurmontable à la pratique des exercices du corps. Le plus souvent ce n’est qu’une difficulté passagère dont il est facile de triompher à l’aide d’une méthode rationnelle dans 1 application de l’exercice. C’est toujours une indication à procéder avec beaucoup de ménagements dans les débuts du travail.
L’essoufflement facile, dans l’exercice, révèle toujours une certaine défectuosité dans la manière dont s’accomplissent les fonctions respiratoires. Mais l’infériorité respiratoire de l’homme peut tenir à une multitude de causes dont les unes sont passagères et consistent dans un trouble fonc-
Lagrange. — Les Adultes. iq
tionnel, tandis que les autres sont persistantes et tiennent à une lésion matérielle des organes. Aussi les indications de l’exercice sont-elles bien différentes suivant que l’homme essoufflé est porteur d’une affection organique ou n’en présente aucune trace.
Nous avons exposé ailleurs (1) les causes et le mécanisme de l’essoufflement. C’est un malaise essentiellement dû à l'insuffisance des échanges respiratoires. L’organisme souffre d’une angoisse particulière quand il ne peut pas assez vite et assez complètement rejeter au dehors les produits gazeux de désassimilat:on Ms que l’acide carbonique, les ptomaïnes respiratoires, la vapeur d’eau, et introduire en échange dans le sang une quantité d’oxygène suffisante pour remplacer celui que les combustions vitales ont utilisé. Cet échange est plus urgent pendant l’exercice musculaire parce que le travail des muscles, en même temps qu’il utilise et fait disparaître une certaine quantité de l’oxygène du sang, augmente avec exagération la dose des produits gazeux de désassimilation dont l’accumulation constitue pour l’organisme une véritable auto-intoxication.
L’échange entre les produits gazeux qui doivent être rejetés du sang, et ceux qui doivent y être apportés par l’air, se fait par endosmose, a travers les parois des vésicules pulmonaires, et l’on appelle « champ respiratoire » toute l’étendue que i eprésente la surface de ces vésicules.
q ) Voy. la Physiologie des exercices du corps.
LES « ESSOUFFLES ».
Il est aisé de comprendre que le plus ou moins d etendue de cette surface reg'le le plus ou moins d’oxygène qui peut entrer en un temps donné dans l’organisme, le plus ou moins de produits de désassimilation qui peuvent en sortir. Quand le champ respiratoire se trouve diminué, par une cause accidentelle ou durable, les échanges respiratoires sont diminues d autant et peuvent devenir insuffisants pour les besoins de la respiration, surtout quand ces besoins sont augmentés comme il arrive pendant 1 exercice. C est ainsi que la gêne respiratoire se produit et que la respiration « s’essouffle ».
Toutes les conditions qui peuvent rendre le champ respiratoire moins vaste qu’à l’état normal mettent l’individu dans des conditions d’infériorité au point de vue de la résistance à l’essoufflement parce qu’elles diminuent son aptitude à éliminer les produits de désassimilation et à absorber l’oxygène de l’air. Toute lésion, tout vice de conformation, toute maladie qui pourront altérer la structure du poumon et mettre hors de service un certain nombre de ses vésicules, créent une prédisposition a l’essoufflement, aussi bien que toutes les circonstances morbides qui, sans altérer la structure des vésicules elles-mêmes, empêcheraient l’air y arriver : par exemple les obstructions des tuyaux bronchiques ou le rétrécissement de leur calibre, ou bien les épanchements d’eau qui com-
p riment le poumon et aplatissent les parois des cellules.
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pourraient être une prédisposition à l’essoufflement; mais il est d’une haute importance de signaler le rôle que peuvent jouer dans l’essoufflement les lésions des organes autres que le poumon, par exemple les affections du cœur et des vaisseaux sanguins.
Les affections du cœur constituent les prédispositions les plus graves à l’essoufflement dans l’exercice. Leur mode d’action a du reste toujours le même aboutissant, qui est la diminution du champ respiratoire. Certains auteurs ont fait des troubles du cœur, pendant l’exercice, la cause essentielle de l’essoufflement. Cette opinion est assurément exagérée, du moins chez l’homme sain. Nous avons signalé une foufe d’observations prises sur nousmême et sur d’autres sujets, desquelles il ressort qu’il n’existe pas une corrélation nécessaire à tous les moments de l’exercice entre les troubles du cœur et ceux du poumon. Si l’on étudie parallèlement les battements du cœur et les mouvements du poumon, après un exercice qui a produit l’essoufflement, on voit que les troubles de ces deux organes n’ont pas une marche parallèle. Le poumon reprend sa tranquillité bien avant le cœur. Dans toutes nos observations, nous avons vu chez l’homme essoufflé par l’exercice, la respiration redescendre à son rythme normal deux ou trois minutes après la cessation du travail, et à ce moment le calme de la circulation faisait un contraste frappant avec le tumulte des battements du cœur, qui restaient deux fois plus fréquents qu à 1 état normal, alors que la respiration était redescendue au chiffre habituel.
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Il n’en est pas moins vrai que les troubles du cœur ont une part importante dans l'essoufflement et que pour ne pas s’essouffler il faut avoir un « cœur imperturbable ». Seulement on remarquera que cet attribut est l’état normal de l’homme sain ët habitué aux exercices du corps, et que les perturbations promptes apportées par le travail musculaire dans la circulation du sang sont les indices certains d’un fonctionnement anormal de l’organe ; soit que cet émoi facile tienne à une lésion matérielle, soit qu il résulte d’une impressionnabilité particulière du sujet, ou bien — cas le plus fréquent — de son défaut d’accoutumance à l’exercice.
Les effets des maladies ou des troubles fonctionnels du cœur sur la respiration peuvent se ramener à un mode d action unique qui est la congestion pulmonaire, soit que la congestion du poumon se produise par un obstacle au retour du sang, tel que la lésion d’un orifice, ou bien qu’elle soit due à l’insuffisance de la poussée cardiaque qui ne peut plus donner au sang une circulation assez rapide à travers les capillaires du poumon, ainsi qu on 1 observe dans l’état d’asyslolie.
La congestion du poumon consiste essentiellement dans 1 engorgement de l’organe par le liquide sanguin dont le cours se ralentit, et qui remplit outre mesure et distend les vaisseaux. On sait combien le poumon est un organe riche en vaisseaux sanguins, et combien il est susceptible de se remplir de sang h la manière d’une éponge. On comprend aussi qire, si un ou deux litres de sanoséjournent dans les capillaires du poumon, ce sera
au détriment de la place qui appartient aux cellules pulmonaires, et celles-ci se trouveront comprimées, aplaties; l’air ne pourra plus pénétrer dans toute l’étendue de l’organe, mais seulement dans la région qui a échappé à la congestion ; le champ de la respiration se trouvera rétréci d’autant.
C’est toujours en rétrécissant le champ de la respiration que les affections du cœur prédisposent l’homme à l’essoulflement. Et cet effet se produit, même en l’absence de toute lésion cardiaque, toutes les fois que le cœur est momentanément affaibli n’importe pour quelle cause. C’est à l’affaiblissement momentané du cœur que les convalescents doivent en grande partie leur facilité extrême à s’essouffler. Et la même cause contribue beaucoup à créer chez les anémiques la même tendance à perdre respiration au moindre effort musculaire.
Dans tous ces cas, l’essoufflement rapide se manifeste par suite du peu de vigueur du muscle cardiaque. On sait que l’exercice physique augmente le travail du cœur, et 1 on comprend aisément qu’un muscle affaibli se fatigue vite. Or la fatigue du muscle cârdiaquè c’est « l’asystolie », c’est-à-dire l’insuffisance du coup de piston qui chasse le sang à travers les mailles vasculaires du poumon; c’est dès lors le ralentissement de la circulation pulmonaire et la congestion passive.
Les affections des vaisseaux sanguins constituent, aussi bien que celles du cœur, une piedisposition à l’essoufflement. Nous avons parle au chapitre de 1 ’Aqe mûr, du mécanisme en vertu
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duquel la dégénérescence des artères amène la diminution de l’aptitude respiratoire. Nous avons dit aussi que cette dégénérescence, qui constitue dans bien des cas une maladie spéciale, est aussi le résultat inévitable de l’Age, et tend à faire sentir son influence dès la quarantième année. L’homme mûr et le vieillard, même en parfaite santé, doivent être rangés, au point de vue de l’application des exercices physiques, dans la catégorie des « essoufflés ».
La tendance à l’essoufflement ne tient pas toujours à une insuffisance mécanique ou fonctionnelle des organes de la respiration et de la circulation; mais, assez souvent, elle est due à un vice dans la composition chimique du sang. C’est ainsi que les anémiques et les chlorotiques ont une puissante cause d’essoufflement dans la diminution de la quantité d’ hémoglobine contenue dans le sang.
L’hémoglobine est la matière colorante du sang, celle qui constitue les globules rouges. Cette substance a la propriété de fixer l’oxygène introduit dans le sang par la- respiration, de s’en imprégner comme le tissu d une éponge s’imprègne d’eau et de céder ensuite à toutes les cellules vivantes cet oxygène nécessaire à leur nutrition. Plus le sang est pauvre et pâle, moins il contient d’hémoglobine, et par conséquent moins il absorbe d’oxvgène quand il est en présence de l’air introduit dans le poumon par la respiration. Aussi la respiîation est-elle insuffisante chez les anémiques sans que le champ respiratoire ait diminué d’étendue.
Il entre assez d’air dans la poitrine, mais l’oxygène de cet air n’est pas absorbé en quantité suffisante par les globules sanguins. De là augmentation excessive du besoin de respirer et exagération de la « soif d’air », aussitôt que la faible provision d’oxygène du sang est dépensée avec une certaine rapidité, ainsi qu’il arrive quand les muscles travaillent.
On observe encore la tendance à l’essoufflement dans un autre ordre de troubles chimiques de la composition du sang. Dans les maladies du rein, par exemple, il arrive que certains produits de désassimilation, habituellement éliminés dans l’urine, ne peuvent être rejetés assez vite au dehors, pour cause d’insuffisance fonctionnelle de l’organe sécréteur. Ces produits accumulés causent une sorte d’intoxication du sang, et le poumon semble faire effort pour éliminer les composés toxiques dont la formation augmente, comme on sait, pendant le travail musculaire. De là l’essoufflement facile des malades'atteints de maladie de Bright et d’albuminurie.
Rappelons encore la tendance des obèses à s’essouffler pendant l’exercice. Nous avons étudié, dans un chapitre précédent, les causes et les dangers de l’essoufflement dans l’obésité.
Mais l’essoufflement facile s’observe chez bien des sujets qui ne rentrent pas dans la catégorie de ceux que nous venons d’énumérer. Il en est qui ne portent aucune lésion du cœur ou du poumon, qui ne sont ni obèses, ni anémiques, ni débilités,
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et qui présentent au point de vue de leur résistance à l'essoufflement une infériorité marquée si on les compare à la moyenne de ceux qui se livrent à l’exercice. Ces sujets peuvent presque tous se ranger dans deux classes : ils sont d’une grande impressionnabilité nerveuse, ou bien ils ne sont pas habitués au travail. Toutes les émotions dépressives sont des causes prédisposantes à l’essoufflement. On dit que la peur « met des ailes aux talons » ; on ne peut pas dire qu’elle donne du souffle aux poumons. Rien n’essouffle un coureur comme le manque de confiance en lui-même et la crainte d’être battu. C’est que la respiration est de toutes les fonctions vitales celle sur laquelle les influences « psychiques » ont le plus de prise, celle sur laquelle on voit le plus souvent retentir des effets réflexes ayant pour point de départ un sentiment ou une idée.
L’ essoufflement trop facile est une des plus fâcheuses conditions que puisse présenter le sujet pour se livrer aux exercices du corps. En effet, la fonction respiratoire est toujours étroitement associée à celle des muscles, et, lorsque les muscles travaillent avec beaucoup d’énergie, le poumon est forcé d’augmenter proportionnellement son activité. Si donc les voies respiratoires du sujet ne peuvent supporter un fonctionnement très énergique, il faudra, non pas s abstenir de tout exercice, mais fane choix d une forme d’exercice qui laisse la respiration calme.
Or il n'v a que deux formes de l’exercice qui laissent la respiration dans un calme relatif, ce sont les exercices de fond tels que la marche, ou les exercices très localisés, ceux qui ne font travailler qu’un petit nombre de muscles à la fois; — encore faut-il que les exercices locaux soient assez modérés pour ne pas demander l’intervention de l 'effort, car l’effort est un acte qui retentit violemment sur les organes respiratoires.
Les « essoufflés » sont donc réduits à la nécessité de faire un exercice très modéré, et pour arriver à la dose d’exercice qui leur serait nécessaire, il leur faudra prolonger beaucoup les séances. Les exercices de force et ceux de vitesse leur étant également interdits, il leur sera impossible de faire beaucoup de travail en peu de temps. El cette condition équivaut quelquefois au refus presque absolu d’exercice, puisque bien des sujets ne peuvent consacrer à l’exercice qu’un temps très limité.
Les précautions que nécessite une tendance très marquée à l’essoufflement sont bien souvent, ainsi, en contradiction avec les besoins hygiéniques des sujets.
La plupart du temps, ceux pour lesquels on craint l’essoufflement, sont ceux justement dont il conviendrait d’activer la respiration, afin d améliorer les fonctions du poumon. Quand une portion de l’organe a été détruite par une maladie, il y a tendance à l’essoufflement, puisque le champ respiratoire se trouve diminué, et pourtant il y aurait indication à activer la respiration, car ce
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serait le véritable moyen d’utiliser la portion de l’organe qui reste intacte. On sait en effet que dans le poumon, hors de l’état de respiration forcée, un grand nombre de cellules restent inactives et ne prennent pas part à la fonction. Si donc l’on veut obtenir que ces cellules s’accoutument à intervenir dans l’acte respiratoire, il faut les y obliger en poussant l’exercice jusqu’à ce point de violence où il met en jeu toutes les forces respiratoires du poumon.
Dans d’autres cas l’indication de l’exercice est d’attirer beaucoup d’air dans la poitrine, afin de donner au sang beaucoup d’oxvgène à la fois. Ce « tirage » pulmonaire intense serait nécessaire, par exemple, chez les obèses pour brûler les graisses. Mais les obèses sont parmi les sujets qui craignent le plus l’essoufflement.
La crainte de l’essoufflement est donc un obstacle sérieux aux effets les plus salutaires de l’exercice, et il importe d’examiner jusqu’à quel point cet obstacle peut être surmonté.
Mais d’abord il est beaucoup de sujets chez lesquels cet obstacle est plus apparent que réel. Chez tous les débutants, par exemple, l’exercice tend à produire un essoufflement prompt, et l’on voit par la persistance du travail disparaître cet empêchement passager. Aussi n’est-ce pas sur une première épreuve qu’il faut se baser pour interdire les exercices qui essoufflent; toutefois il faut tenir compte du fait, et soumettre à l’examen médical, avant de passer outre, tout sujet qui présentera un trouble inaccoutumé de la respiration après deux ou trois séances d’exercice méthodiquement conduites
Il y a, dans l’application de l’exercice, certaines règles dont l’observation peut amener une atténuation notable de la fatigue respiratoire, et que mettent en pratique, d’instinct, tous ceux qui ont l’habitude de l’exercice, mais auxquelles les débutants ne songent pas à se soumettre. Il ne sera pas inutile d’exposer ici la plus importante en l’appuyant sur ses motifs physiologiques.
Quand l’exercice est pratiqué dès le début avec toute la violence possible, l’essoufflement arrive promptement. Un coureur ou un rameur qui veulent atteindre un but éloigné doivent « se ménager au départ » , sous peine de ressentir dès la première minute une angoisse respiratoire, qui viendra paralyser leurs mouvements. Toutefois, si l'essoufflement du départ n’a pas été assez intense > pour interrompre l’exercice, il arrive que, peu à peu, le malaise du début se dissipe, et que le poumon recommence à fonctionner avec régularité. Les Anglais appellent « second souffle » cette sorte de renfort respiratoire dont il est, croyonsnous, facile de fournir l’explication physiologique.
On sait que toutes les cellules du poumon ne prennent pas part à la respiration quand celle-ci est tranquille. Une notable partie de l’organe reste au repos tant qu’un effort inaccoutumé ne vient pas exiger un surcroît d’activité de la fonction. Et dans le cas où un appel est fait aux cellules habituellement inactives, il faut un temps appréciable pour que celles-ci y répondent, et s’éveillent en quelque sorte de leur torpeur.
Si l’on met l’oreille sur la poitrine d’un homme tenu longtemps au repos, et qu’on ausculte sa
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respiration, on entend d’abord un léger murmure qui est dû au passage de l’air dans les cellules pulmonaires; mais, si l’on dit au patient de respirer plus fortement, « comme s’il courait », on constate qu’il vient se mêler au murmure respiratoire comme une explosion de petits bruits de craquements. Ces bruits sont dus au déplissement des cellules pulmonaires. Les petits sacs membraneux qui représentent ces cellules, étaient aplatis et leurs parois, agglutinées entre elles, ne recevaient pas d’air dans la respiration ordinaire à l’état de repos. Elles ont été mises en jeu par la respiration forcée qu’on a provoquée, et, si l’on ausculte pendant quelques instants encore, on constate que les craquements après quelques respirations très profondes disparaissent et font place au murmure vésiculaire normal. C’est qu’à ce moment les cellules sont devenues aisément perméables à l’air inspiré. Mais un certain nombre de respirations est nécessaire pour faire disparaître ces craquements qui sont comme le préliminaire de l’entrée en jeu des cellules.
Quand l’homme veut passer de l’état de repos à l’état d’activité excessive, ainsi qu’il arrive dans un départ de coureurs ou de rameurs, il faut que son poumon passe de la respiration calme à la respiration forcée, et cette transition 11e peut pas être instantanée. Il faut donner aux cellules « de réserve» le temps de s’éveiller de leur état habituel d’inertie, de se déplisser peu à peu, pour devenir aptes à fonctionner. L’homme qui court ne respire au départ qu’avec une partie de son poumon, et n’est en possession de tous ses moyens respiratoires qu’une
fois parvenu à déplisser toutes les cellules. C’est cette, entrée en scène des cellules de réserve, au bout de quelques instants de travail, qui lui apporte le renfort de respiration appelé « second sôuflle ».
Ainsi, il faut attendre, pour déployer toute l’énergie musculaire possible, que le poumon soit entré peu à peu en possession de toutes ses facultés respiratoires. Si l’on n’a qu’une faible puissance respiratoire, il faut commencer l’exercice dans un mouvement plus lent, ou bien le faire précéder d’une série de mouvements préliminaires qui en sont comme la préface, et qui ont pour effet de déplisser peu à peu toutes les cellules du poumon. — Et c’est justement là ce qu’on appelle « se mettre en haleine ».
En se conformant à ces préceptes, on pourra permettre les exercices qui essoufflent, à une loule de sujets dont l’essoufflement facile est causé uniquement par le défaut de méthode. Et, du reste, l’éducation de la respiration ne se borne pas à cet enseignement que nous venons de développer un peu longuement. La pratique de l’exercice apprend à respirer plus lentement, à faire des respirations plus profondes; et ainsi, en même temps que 1 organe pulmonaire se développe par l'exercice et devient un instrument plus parfait, l’homme devient plus habile à en tirer parti.
Il est une pratique très recommandée par certains auteurs qui ont écrit sur l’exercice, et que, pour notre part, nous ne croyons nullement capable de faciliter la respiration dans les exercices
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qui essoufflent : il fout, dit-on, aspirer l’air par le nez et le rendre par la bouche.
Mais, d’abord, c’est là une méthode à laquelle on est si peu porté d’instinct, qu’une attention constante est nécessaire pour s’y soumettre. Or un effort d’attention est toujours une dépense d’influx nerveux, et l’influx nerveux doit être ménagé dans l’exercice. De plus, au point de vue de la respiration même, cette méthode est entachée d’erreur, car l’arrivée de l’air dans la poitrine par un orifice étroit est une condition très défectueuse pour satisfaire le besoin de respirer.
Plus l’orifice d’entrée de l’air respirable se trouve large, plus promptement le besoin de respirer reçoit satisfaction. D’instinct, tout homme essoufflé aussi bien que tout malade en proie à la dyspnée, ouvre la bouche et dilate les narines, cherchant à donner la porte d’entrée la plus large possible à l’air qui fait défaut. Or les narines représentent une porte d’entrée incomparablement plus étroite que la bouche. « Essayez-vous, dit Trous- « seau dans sa clinique, à respirer à travers l’étroit « tuyau d’une plume d’oie placée entre les lèvres, « et vous verrez qu’au bout de quelques minutes, « vous serez dans un état de véritable angoisse « respiratoire, parce que le poumon aura reçu une « quantité d’air insuffisante. » Et il en conclut qu’il faut appliquer chez un enfant qu’on vient d’opérer du croup une canule aussi large que possible afin de faciliter sa respiration. Chez l’homme menacé d’asphyxie par l’essoufflement, le précepte est le même : il faut chercher pour l’air respiré la voie la plus large possible, afin de satisfaire
aussi promptement que possible à sa soif d’air. L homme qui craint 1 essoufflement ne l’évitera pas en cherchait des procédés de respiration dont l’éloigne, du reste, son instinct.
Mais pourquoi respirer par le nez? C’est, dit-on, pour réchauffer l’air inspiré, afin que son contact ne cause pas au poumon une impression de froid. Mais depuis quand l’air chaud est-il un soulagement pour les personnes essoufflées? Ne sait-on pas, au contraire, combien « une bouffée d’air frais » est un excitant efficace de la respiration?
Le conseil de « respirer par le nez » a, pourtant, sa raison d’être; mais il s’agit d’en bien préciser la portée. Respirer par le nez au début d’un exercice de vitesse, est, en quelque sorte, un artifice qui oblige à partir avec une allure modérée. A cause de l’entrave que ce mode de respiration apporte à l’entrée de l’air dans la poitrine, un coureur, par exemple, est forcé de ne pas donner toute sa vitesse, sous peine d’essoufflement immédiat. S’il règle son allure sur l’aptitude respiratoire réduite que lui fait le procédé dont nous parlons, il aura l’avantage de pouvoir courir plus longtemps, parce qu’en résumé, il sera parti d’un train moins précipité.
Tout sujet chez lequel il n’existe aucune lésion organique du cœur ou du poumon, aucune altération du sang, peut triompher, avec de la méthode, et en suivant une progression régulière dans les
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séances d’exercice, de sa tendance à l’essoufflement car les effets de l’exercice tendent à faire disparaître les raisons qui le prédisposaient à cette forme de la fatigue.
En sera-t-il de même chez celui qui est atteint d’une maladie confirmée? Il faut distinguer ici entre les diverses lésions organiques qui peuvent amener l’essoufflement, et, selon nous, ce ne sont pas les lésions qui intéressent le plus directement le poumon qui contre-indiquent les exercices capables d’activer la respiration. Si nous mettons à part toutes les affections aiguës, et si, dans les affections chroniques, nous faisons abstraction des périodes où une « poussée » aiguë peut avoir lieu, nous estimons que les maladies du poumon ne sont pas un obstacle à la pratique des exercices qui présentent un certain degré de violence. Il y a souvent intérêt, dans ces affections, à provoquer des mouvements respiratoires plus amples et plus répétés qu’à l’état normal, et un coup d’œil rapide jeté sur les maladies qui atteignent l’appareil respiratoire va nous en convaincre.
Dans la pleurésie, quand l’épanchement s’est résorbé et que le poumon reste étreint par des adhérences qui le lient aux parois thoraciques, il n’y a qu’une seule chance de lui rendre son volume, c’est de rompre les brides membraneuses qui le retiennent. Les exercices qui activent vigoureusement la respiration seraient les plus aptes à produire ces résultats, car ils provoquent des mouvements respiratoires amples et énergiques, qui forcent les côtes à se relever en tirant sur les 'liens qui emprisonnent l’organe. Mais il faut que l’exer-
cice soit appliqué assez tôt pour que les fausses membranes n’aient pas atteint toute leur résistance, car, à une certaine période de la convalescence, leur force de rétraction est supérieure à la puissance des muscles inspirateurs. Et c’est pour cette raison que les déformations thoraciques par suite de pleurésie sont beaucoup plus rares à la campagne qu’à la ville, malgré la fréquence si grande des épanchements pleurétiques chez le paysan. Le paysan, pressé de reprendre ses travaux, ne s’attarde pas dans l’immobilité après la guérison, et agit dès qu’il le peut. Les mouvements respiratoires plus énergiques, provoqués par le travail musculaire, tendent ainsi à distendre les brides membraneuses à un moment où il n’est pas encore impossible de les faire céder.
Dans la tuberculose pulmonaire, l’aptitude respiratoire a diminué. L’invasion du poumon par les productions parasites a réduit d’autant le champ respiratoire, et l’essoufflement facile est. un des premiers symptômes qui peuvent nous mettre sur la voie du diagnostic de la maladie. Mais l’exercice musculaire est un des meilleurs agents hygiéniques pour combattre la phtisie, car une des causes prédisposantes de cette maladie est le manque d’activité du poumon, d’où résulte son peu de vitalité et le défaut de résistance de son tissu. Les statistiques faites sur les soiirds-muets ont démontré la fréquence de la phtisie chez eux pour cause de repos forcé du poumon. Il ne faut pas craindre, chez les tuberculeux, de mettre le poumon en action, puisque, en mettant en jeu ses cellules, on les place dans les meilleures conditions possibles de nutrition.
LES « ESSOUFFLÉS »
Deux conditions pourtant contre-indiquent, chez le tuberculeux, les exercices qui tendent à amener l’essoufflement; et ces conditions ne sont d’ordinaire que des accidents passagers dans le cours de la maladie. Ce sont les congestions sanguines avec hémoptysie, et l’état fébrile. Nous savons que les exercices violents augmentent la fièvre, quelle que soit sa cause. D’autre part, ils augmenteraient l’hémoptysie, en activant le cours du sang. Mais, en dehors des périodes que nous venons de signaler, la maladie ne contre-indiquera nullement les exercices capables d’amener un certain degré d’activité respiratoire, si l’on exerce une surveillance suffisante pour que le degré utile ne soit pas dépassé. Les bénéfices qu’il y aurait à activer la respiration seraient si importants qu’ils doivent passer avant la crainte d’un accident passager, qui pourrait résulter d’un abus.
D’après les recherches qu’a faites M. Marey sur les effets de l’entrainement chez l’homme, le rythme de la respiration se modifie profondément, même à l’état de repos, chez l’homme accoutumé aux exercices du corps. Les mouvements respiratoires deviennent plus lents, mais plus profonds : leur ampleur est augmentée du simple au double. Or les physiologistes ont démontré que les respirations amples et lentes étaient les plus efficaces pour permettre à l’air introduit dans la poitrine de céder au sang la plus grande quantité possible d’oxygène. Mais on sait aussi que, par l’enlraînement, le poumon augmente de volume. Et il résulte de l’exercice ce double bénéfice que, d’une part, l’appareil s’améliore, et que, d’autre
236 tempéraments et diathèses.
part, l’homme apprend à en tirer meilleur parti.
On n calculé que le résultat de cette amélioration physique et fonctionnelle, due à l’entraînement, se traduisait en résumé par une absorption double d’oxygène. l\ est aisé de comprendre les merveilleux résultats que pourrait donner chez les tuberculeux un entraînement prudemment conduit. En effet, l’oxygène de l’air est un aliment gazeux infiniment plus « reconstituant » que les aliments solides et liquides. On sait quels beaux succès on a obtenus dans le traitement de la phtisie avec la suralimentation. On en obtiendrait de bien plus beaux encore si l’on cherchait plus hardiment à produire chez eux la suroxygénation du sang au moyen des exercices physiques.
Il y a quelque chose d’un peu effrayant, au premier abord, à voir un homme atteint d’une lésion . tuberculeuse du poumon se livrer à un exercice qui met cet organe dans la nécessité de subir des respirations forcées; mais il faut songer que les secousses de la toux sont autrement violentes que celles de la respiration forcée, et le poumon, bon gré, mal gré, les subit. Des faits innombrables démontrent que, parmi les escrimeurs, les coureurs, les alpinistes, on rencontre nombre de tuberculeux dont l’état s’améliore au lieu d’empirer, malgré les occasions d’essoufflement qui ne leur manquent pas. — L’hiver, dans les stations du Midi où les tuberculeux affluent, quand on assiste à une de ces réunions mondaines où danseurs et danseuses sont, pour la plupart, des victimes du bacille tuberculeux, on ne peut se défendre d’un sentiment de poignante inquiétude en voyant,
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après la valse, ces poitrines qui se soulèvent agitées de battements violents, et plus d’un assistant considère comme un « meurtre » la distraction du bal. Et pourtant, la saison se passe sans encombre, et cet exercice, qui, dans l’intimité de certaines petites stations hivernales, se renouvelle chaque soir, apporte avec lui un élément hygiénique qui est un utile adjuvant du climat.
Dans V emphysème pulmonaire, l’entraînement progressif et prudent constitue le meilleur de tous les traitements hygiéniques. Nous n’en voulons pour preuve qu’un fait, de notoriété banale chez tous les vétérinaires. La pousse, qui est l’emphysème du cheval, s’aggrave par le séjour à l’écurie, et s’améliore très sensiblement si l’animal est soumis chaque jour à un travail régulier.
Pour terminer, nous formulerons ce principe pratique pour le cas où l’examen médical n’aurait pas été fait, et où l’on voudrait demander aux résultats de l’exercice un renseignement sur l’état du sujet : quand un sujet qui s’essoufflait aisément au début « gagne du souffle » par la continuation de 1 exercice, on peut tenir pour certain que son cas n’est pas de ceux qui contre-indiquent formellement l’exercice. Si, au contraire, malgré toutes les précautions suivies dans son application méthodique, l’exercice produit, après cinq ou six tentatives, une aggravation croissante de la disposition à l’essoufflement, on doit craindre que le cœur, les artères ou les reins soient en cause, et descendre aussitôt à des exercices plus modérés.
Quand on a reconnu la nécessité de soustraire le sujet à tout danger d’essoufflement, il n’est pas pour cela nécessaire de s’abstenir de tout, exercice. Il y a des exercices qui n’essoufflent pas; mais encore, à ce point de vue, rien d’absolu üe peut êlre formulé. La marche est un exercice qui n’essouffle pas les hommes bien portants, et l’on voit cependant des convalescents pris de suffocations pour avoir fait quelques pas. C’est donc, pour chacun, une question de dosage individuel.
Nous avons exposé ailleurs quelles sont les conditions de l’exercice qui tendent à produire l’essoufflement, et nous avons formulé cette loi, que, toutes choses égales d’ailleurs, l’intensité de l’essoufflement était en raison directe de la quantité de travail effectué en un temps donné. Un homme qui a très peu de souffle pourra sans s’essouffler soulever d’un seul bras à plusieurs reprises un poids assez considérable; il ne pourra pas courir une ou deux minutes sans être essoufflé. C’est que dans la course il fait un travail total beaucoup plus grand que dans le «tour de force» qui consisterait par exemple à tenir h bras tendus un haltère de 15 kilogrammes. En effet, à chaque foulée de course, il enlève et détache de terre le poids de son corps, c’est-à-dire un fardeau infiniment plus lourd que l’haltère.
Les exercices dits « de pied ferme » du gymnase, où les membres se déplacent non simultanément mais successivement ; la marche, dans laquelle le corps n’abandonne jamais le sol (ce qui lait la grande différence avec la course comme intensité du travail); l’exercice de l’aviron dans une ern-
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barcation manœuvrce avec lenteur ou en descendant le cours de l’eau, sont autant d’exercices qui amènent moins que les autres l’essoufflement. Nous n’v ajoutons pas la natation : c’est un exercice qui demande un travail beaucoup plus intense que la marche, puisqu’elle met en œuvre simultanément les muscles des quatre membres et du tronc. On devra, chez les mêmes sujets, défendre l’escrime, la course et tous les exercices de vitesse ou de force, tous ceux qui mettent en jeu de grandes masses musculaires à la fois. En général les exercices qui se pratiquent avec les jambes amènent plus aisément l’essoufflement que ceux pratiqués avec les bras, parce que les jambes, étant plus fortement musclées que les bras, font beaucoup plus de travail à la fois.
Signalons enfin la différence des effets d’un même exercice, suivant qu’on y est parfaitement accoutumé ou bien qu’on en fait seulement l’apprentissage. Tout exercice nouveau cause des «. contractions » maladroites qui décuplent le travail, et c’est une condition de l’essoufflement. Il y a dans la maladresse d’un débutant une cause plus directe de troubles respiratoires, c’est l 'effort, c’est-à-dire la suspension momentanée de la respiration, phénomène qui ne devrait s’observer que dans les mouvements les plus énergiques, et qui intervient mal à propos dans la plupart des actes même modérés qu’on ne sait pas encore bien exécuter.
Signalons enfin l’importance majeure des petites précautions dans l’exercice chez les personnes promptes à l’essoufflement. 11 faudra veiller à ce
qu’aucun vêtement trop juste, aucune ceinture trop serrée ne comprime le thorax, et à ce que l’exercice n’ait pas lieu au moment où l’estomac distendu par le repas met obstacle au jeu du poumon. L’exercice devra être pratiqué avec l’esprit tranquille; il faudra supprimer toute cause d’émulation, toute rivalité, toute préoccupation capable de faire négliger les premières sensations de suffocation, qui doivent être toujours un signal d’arrêt pour les essoufflés.
En France, nous ne savons mettre le soufflet pulmonaire en jeu qu’indirectement à l’aide de mouvements capables de déterminer dans l’ensemble de l’organisme cet effet général qu’on a appelé très justement la « soif d’air ».
Il résulte, de cette manière de procéder, que les effets de l’exercice ne peuvent atteindre la respiration qu’à la condition d atteindre aussi d une manière générale toutes les fonctions de l’organisme. Les exercices qui font naître un besoin de respirer plus intense, ne peuvent manquer d accélérer la circulation du sang en même temps qu’ils activent la respiration. Mais, si le sang circule avec plus de violence, le poumon n’échappera pas à ce surcroît de circulation, à cette « congestion active » que produit l’exercice sur tous les points de 1 organisme. Et l’on peut redouter le danger d’une pareille poussée sanguine, si elle s exerce sur un organe malade, déjà congestionné peut-être.
LES « ESSOUFFLÉS »
Il existe des procédés de gymnastique respiratoire plus directs et en même temps plus doux. Nous ne sommes pas encore familiarisés en France avec ces procédés, et c’est à la gymnastique suédoise qu’il faut en emprunter la description.
On voit souvent intervenir des exercices « respi ratoires » dans la gymnastique ordinaire des Suédois, dans celle qu’ils appliquent à l’homme sain, car ils ont la préoccupation constante de faire cesser promptement les perturbations générales causées par l’exercice dans l’organisme. Ils veulent que la respiration soit aussi tranquille quand l’homme quitte l’exercice que lorsqu’il le commence.
La gymnastique suédoise cherche, pour les « essoufflés », le bénéfice de l’exercice en écartant ses effets violents. Son but n’est pas de faire naître un besoin de respirer plus intense, mais d’augmenter l’efficacité de la respiration sans exagérer le besoin de respirer, et surtout sans provoquer l’essoufflement. Par exemple, elle prescrit au malade de profondes inspirations, en même temps qu’elle lui ordonne d’élever les bras et de les porter en arrière en leur faisant décrire un grand mouvement de circumduclion. Ce mouvement produit le soulèvement et l’écartement des parois de la poitrine, par 1 action presque passive des muscles qui vont des côtes à 1 humérus. Cet exercice « respiratoire » est très usité dans la gymnastique suédoise toutes les fois qu’on veut produire un surcroît de respiration; il est très efficace pour apaiser la « soif d’air » excessive qui suit quelquefois les exercices violents et pour faire cesser l’essoufflement.
Lagrance. - Les Adultes. , ,
Chez les malades qui peuvent aisément se mouvoir, le mouvement respiratoire méthodique que nous venons de décrire se combine toujours avec une attitude générale admirablement conçue pour en seconder les effets. Par exemple le malade, pendant toute la durée de l’inspi ation, se redresse, se grandit et se lève même sur la pointe des pieds. Cette attitude aboutit à l’extension de la colonne vertébrale, dont les courbures tendent à se redresser. Or, plus la tige vertébrale tend à se redresser, plus les côtes peuvent parcourir d’espace, dans leur course de haut en bas.
L’attitude respiratoire va, dans certains cas, jusqu’au renversement du corps en arrière, et comme les Suédois savent toujours harmoniser les mouvements des membres avec ceux du tronc, pour produire un effet déterminé, ils ont trouvé d’heureuses combinaisons qui donnent de l’exercice aux muscles de la face postérieure du tronc et aux membres inférieurs et supérieurs, en même temps qu’ils provoquent des inspirations aussi profondes qu’il est possible.
Une attitude très propre à favoriser l’ampleur de l’inspiration est la fente en arrière, mouvement dans lequel le tronc se renverse dans l’extension forcée, les bras étant fortement portés dans l’abduction horizontale, en même temps qu’une des jambes se porte en arrière de manière à offrir, en s’écartant de celle qui demeure fixe, une large base de sustentation à tout le corps. Dans 1 expiration, le corps est reporté dans une attitude qui fait cesser l’action des forces inspiratrices, et qui favorise mécaniquement la sortie de l’air de la poitrine.
LES « ESSOUFFLÉS ». 24
Par exemple, les bras s’abaissent, le tronc se courbe les jamoes se remettent sur la même li<>ne • quel ’ que foi s même, les membres inférieurs se lléchissent, et le sujet passe de l’attitude grandie qui a favorise 1 inspiration à l’attitude accroupie qui favorise l’expiration. 1 J
Chez les sujets très faibles ou très malades l’exercice respiratoire devient tout à fait passif, et c’est un aide qui fait subir aux membres supérieurs les déplacements méthodiques, tandis que le patient reposant e tronc à demi fléchi sur la poitdne de 1 aide, se borne a accommoder le rythme de sa respiration avec la mesure des mouvements.
H y a grande importance, dans bien des cas à donner a la respiration plus d’ampleur, en sollici tant dnectement l’action des muscles respirateurs Quand ces muscles ont été maintenus d™ n™ .nerue relative, par une affec.ion qui end Ta " s piration courte, ils tendent à tomber dans l'atonie au meme trtre que les muscles qui avoT nent n;
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pleurales. Les Suédois considèrent la gymnastique respiratoire, appliquée aussitôt après la résorption de l’épanchement, comme le meilleur preservatii des déformations thoraciques consécutives au retrait des fausses membranes de la pleuresie.
Mais la gymnastique médicale ne vise pas seulement le contenu de la poitrine ; elle g souvent pour but de modifier le contenant, c’est-a-dire la cage thoracique, en mobilisant les pièces osseuses qui la composent. Celte indication se présente souvent chez les personnes dont une vie sédentaire a hab tué le poumon à un fonctionnement restreint. Les articulations costo-vertébrales et peuvent tomber dans un certain degre d ankylosé qui au bout d’un certain nombre d années, rend impossibles les mouvements respn ratmres très amples L’insuffisance fonctionnelle du soulflet Sadque s'observe aussi chez les «atab; £ l’effet même de l’âge qui tend a raidir ^ ll«£ ments, à dessécher les synoviales a ossifier les cartilages d’encroûtement. Il y a indication, mus ces cas à provoquer localement des mou monts dans tes articulations costales, comme on le ferait dans un membre ankylosé. •
Divers moyens sont mis en œuvre. La , resp r lion volontaire avec mouvements actifs et passiis fend de grands services. La mobilisât, on
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nu'on ne saurait trop recommander. Les m suédois prescrivent toujours les manœuvre» du
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massage en même temps que celles de la gymnastique active et passive.
Rien que les mouvements d 'inspiration soient les plus importants au point de vue hygiénique et thérapeutique, il est quelquefois très utile d’indiquer des exercices capables de mettre en jeu les puissances expiratrices. Ces exercices, dans la gymnastique suédoise, sont en général passifs, comme l’expiration elle-même. Ils consistent dans des pressions exercées méthodiquement sur les arcs costaux pour les abaisser le plus loin possible. Ils comprennent aussi certains mouvements destinés à solliciter la mise en jeu, et par conséquent l’exercice et l’augmentation de force des muscles expirateurs.
Le mouvement le plus caractéristique que nous ayons vu mettre en pratique à Stockholm a pour but de faire agir les expirateurs thoraciques, à l’exclusion des expirateurs abdominaux pour lesquels les occasions d’entrer en jeu sont plus fréquentes. Pour obtenir ce résultat, on place le malade dans une position telle que les muscles droits de l’abdomen soient allongés et mis dans l’impossibilité d’agir. Par exemple, le sujet couché à plat ventre sur une banquette horizontale relève la tête et les épaules en contractant les muscles extenseurs de la colonne vertébrale. Dans cette attitude, les muscles droits de l’abdomen sont allongés et mis dans l’impossibilité de se contracter pour abaisser les côtes. C’est alors que le sujet s’efforce d 'expirer l’air contenu dans la poitrine, et, pour arriver à ce but, il doit faire appel à toutes les autres forces
musculaires expiratrices, surtout aux intercostaux dont il importe le plus de réveiller l’atonie.
L’imagination des médecins-gymnastes, en Suède, s’est donné carrière pour trouver des mouvements capables de rétablir dans leur ampleur normale les mouvements respiratoires entravés par divers résultats des maladies de l’appareil pulmonaire et de ses annexes. Un des plus singuliers parmi ces mouvements est celui qui est appliqué au traitement de l’emphysème pulmonaire.
Une des causes d’aggravation de l’asthme dû à l’emphysème pulmonaire est l’ankylose des articulations des côtes. On sait que chez les emphysémateux la difficulté de la respiration vient surtout de l’entrave apportée à l’expiration par le gonflement des vésicules pulmonaires qui ne peuvent plus se dégonfler complètement pendant l’expiration. La paroi du thorax qui suit toutes les variations de volume de son contenu ne peut s’abaisser jusqu’à l’expiration parfaite, et les côtes qui forment cette paroi, n’exécutent plus une course aussi étendue qu’à l’état normal. Quand cet état de choses s’est prolongé, il en résulte une demi-ankylose de la côte par diminution de son mouvement. La surface articulaire diminue d’étendue, et les ligaments perdent leur souplesse, si bien que la paroi du thorax tend à s’immobiliser. Les côtes prennent alors définitivement une attitude « relevée » d’où résulte un obstacle insurmontable à la guérison de la lésion pulmonaire.
L’ankylose des côtes est à la fois un résultat de l’emphysème et une des causes principales de la persistance de cette affection. C’est encore un cercle
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vicieux, comme on en observe tant dans la physiologie pathologique. La gymnastique suédoise obtient de beaux succès dans le traitement de l’emphysème chronique, à l’aide de mouvements passifs, de pressions directes sur les côtes, de manipulations diverses sur les muscles qui les mobilisent, mais surtout à l’aide d’un mouvement qui paraît fort étrange cà l’observateur qui le voit pour la première fois. Ce mouvement s’appelle en suédois scrufvridning, ce qui veut dire, à peu près, mouvement « de la vis ». Le patient est assis à califourchon sur une banquette, où l’on immobilise ses jambes; puis, un aide, le saisissant par les deux épaules, imprime à tout le tronc des mouvements de rotation sur son axe alternativement et assez vivement de droite à gauche, puis de gauche à droite. Ces mouvements sont répétés un certain nombre de lois de suite, et l’ébranlement qu’ils occasionnent dans les diverses pièces osseuses qui composent le thorax, a pour but de les faire jouer les unes sur les autres et de mobiliser, dans ces secousses d’ensemble, les articulations vertébrocostales sur chacune desquelles il serait diflicile d’agir isolément.