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CHAPITRE IV

De la marche. — Difficulté de consacrer à cet exercice un temps assez long. — Insuffisance des promenades dites « hygiémques ». — Les voyages à pied. — La marche en montagne.

De la course. — Utilité de la course chez l’enfant et l’adolescent; ses dangers chez l’homme mûr. — Distinction entre la course et les exercices qui font courir. — De l’aviron. — Comment cet exercice peut s’adapter à tous les âges. — Effets hygiéniques de l’aviron. - Utilité de la pagaie pour certains dyspeptiques. — Du vélocipède. — De l’équitation. — De la promenade en voiture.

La marche est le premier exercice qui se présente à I esprit aussitôt qu’il est question d’augmenter 1 activité physique de l’individu. La marche est le plus naturel de tous les exercices, et l’on en conclut — quelquefois trop vite — que c’est le meilleur de tous.

La marche a l’avantage de se prêter à toutes les combinaisons de dosage de l’exercice. Elle peut rester parmi les plus modérés, si l’on progresse à pas lents sur une route plane; elle peut passer au rang des plus violents si l’on gravit des sentiers escarpés et des sommets à pic. C’est donc un exercice qui offre de grandes ressources. Mais ce

n’est pas toujours un exercice pratique, et ce n’est pas un exercice complet.

La marche n’active pas sensiblement la respiration et le pouls, à moins de comporter une allure rapide ou de se prolonger durant des heures entières. Elle n’est pas toujours un exercice « pratique », parce qu’il n’est pas toujours possible à un homme occupé de consacrer chaque jour plusieurs heures à l’exercice du corps. Quand un homme a trente ans, qu’il vit à ce qu’on appelle une « bonne table », et qu’il est d’ailleurs prédisposé par ses antécédents héréditaires à quelques troubles de la nutrition tels que la goutte ou l’obésité, il se ferait une étrange illusion s’il se croyait en règle avec l’hygiène parce qu’il « marche beaucoup pour ses affaires ». Etant donné le régime alimentaire ordinaire d’un homme de la classe aisée, il faudrait, pour équilibrer le budget de la nutrition par des exercices de marche, faire de 15 à 20 kilomètres chaque jour. Si donc on est doué d’un bon estomac, on ne trouve dans la promenade prétendue « hygiénique » que la dose d’exercice juste nécessaire pour augmenter l’assimilation et aiguiser l’appétit. On est ainsi exposé à introduire dans les vaisseaux absorbants un excès de matière alimentaire, qui, ne trouvant pas une quantité d’oxvgène suffisante pour se brûler, se déposera dans les tissus, sous forme de graisse, ou subira des combustions incomplètes d’où naîtront des acides divers et tous les autres produits de la nutrition « ralentie ».

La marche, telle que la permettent les occupations et les obligations sociales, est, pour l’homme adulte bien portant et même pour l’homme mûr,

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un exercice insuffisant. Elle ne devient un véritable exercice que lorsqu’elle prend la forme de longues promenades, de parties de chasse, devoyages à pied et surtout de courses en montagne.

La marche, en outre, est un exercice incomplet, parce qu’elle ne met pas en action les muscles des bras, de l'abdomen et de la poitrine, et, surtout, parce qu’elle ne tend pas à mobiliser les unes sur les autres les diverses pièces osseuses qui composent la colonne vertébrale, le thorax et le bassin.

La promenade suffit aux vieillards, aux valétudinaires, aux convalescents : elle n’est qu’un hors-d’œuvre dans l’hygiène de l’homme adulte et fort.

La course est le plus violent de tous les exercices. C’est celui qui amène le plus promptement et le plus impérieusement le besoin de repos quand il est poussé au dernier degré de vitesse; et c’est aussi celui qui admet le moins la modération dans l’effort, même quand il est exécuté avec la plus grande lenteur possible.

On sait que les courses d’hommes dites de «vélocité» ne comportent guère un parcours de plus de 100 mètres. Et ces épreuves, qui durent de dix à quinze secondes seulement, laissent la plupart des coureurs exténués et hors d’haleine. D’autre part la course la plus lente est toujours un exercice violent par le fait même du mécanisme à l’aide duquel elle s’exécute. A chaque « foulée», le corps — c’est-à-dire un poids plus lourd que les fardeaux considérés comme la charge d’un homme — est détaché de terre, et maintenu un temps

appréciable à une certaine hauteur au-dessus du sol. C’est la dépense considérable de force nécessaire pour produire un pareil « travail mécanique» qui explique le prompt essoufflement auquel l’exercice aboutit.

11 n’est, en raison de son mécanisme et de ses résultats, aucun exercice qui exige plus que la course l’intégrité parfaite du cœuF, des vaisseaux . sanguins et du poumon. Il est impossible au vieillard de courir, et l’homme mûr ne peut se livrer à cet exercice sans danger. L’homme jeune lui-même perd son aptitude à la course, à mesure qu’il perd la souplesse et l’élasticité de ses vaisseaux. Dans un tableau publié par M. de Saint-Clair, président du Racing-Club, et où sont relatés les exploits des coureurs de tous les pays, il ne s’en trouve aucun qui ait dépassé l’âge de trente-cinq ans.

La course, en temps que concours de vitesse ou de « fond », doit donc être réservée aux hommes jeunes, et surtout aux hommes de vingt ans. Mais « l’allure » de course, qui intervient incidemment dans la plupart des jeux, ne doit pas faire exclure ces jeux de l’hygiène de l’homme mûr, quand elle n’intervient que pour un temps très court. Les jeux de balle et de paume exigent souvent que le joueur se porte vivement dans la direction du projectile, mais c’est un incident qui se produit à intervalles assez éloignés pour permettre à un homme de cinquante ans et même de soixante ans de reprendre haleine en attendant une nouvelle occasion de se déplacer.

En résumé, la course, qui fait la base de l’éduca-

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tion physique des enfants et des adolescents, peut être pratiquée encore par les adultes, dans la première période de l’âge viril, mais ne doit intervenir que très rarement et très incidemment dans les exercices de l’homme mûr : elle doit être absolument supprimée dans ceux du vieillard.

On peut appliquer au saut tout ce que nous avons dit de la course. C’est un exercice de la première et de la seconde jeunesse. Outre les dangers de l’essoufflement et de l’accélération excessive du battement du cœur, le saut présenterait encore des dangers de ruptures et de coups-de- fouet, à l’âge où la fibre musculaire moins souple et plus cassante craint les mouvements de détente et les à-coups.

L’aviron est un des exercices qui méritent le plus d’être recommandés, au point de vue hygiénique, parce qu’il s’adapte à peu près à toutes les indications de l’âge et du tempérament.

L’art de ramer admet toutes les nuances, depuis la promenade à allure lenLe qui représente un exercice très modéré, jusqu’à la course de vitesse qui est le nec plus ultra de l’effort musculaire. Aussi peut-on voir, dans certains pays où l’on naît batelier, des enfants de sept à huit ans manier l’aviron, tandis que des hommes de quarante ans, endurcis à toutes les fatigues et qui ont ramé toute leur vie, se déclarent incapables de tenir leur place dans un concours de régates.

Au point de vue de ses effets locaux, l’exercice de l’aviron est un de ceux qui équilibrent le mieux la dépense de force musculaire et un de ceux, par coriséquent, qui doivent le mieux favoriser le développement régulier des muscles, sans faire prédominer ceux de telle ou telle région. Toutefois ■ l’aviron « de pointe », qui est unique et se manie avec les deux mains, est, au point de vue de l’harmonie du développement, très inférieur à l’aviron « de couple », qui est double et symétrique. Quoi qu’en disent certains fanatiques de la « pointe» , aveuglés par leur amour du sport, il n’est pas possible que le travail soit égal pour les deux moitiés latérales du corps, dans un exercice où la résistance à vaincre est placée toujours d’un seul et même côté.

Là, comme dans bien d’autres cas, les lois de l’hygiène sont en désaccord avec les exigences du sport. Dans la manœuvre de l’aviron de pointe, la direction de l’effort est à droite ou à gauche, suivant la place qu’occupe le rameur, et, pour corriger l’effet du défaut de symétrie, il faudrait faire alterner le travail à gauche avec le travail à droite, c’est-à-dire placer l’homme tantôt à tribord, tantôt à bâbord. Mais, quand on rame en vue d’un concours, on devient partie intégrante d’un tout qui s’appelle une équipe, et, si l’on se préoccupait trop de la « partie », on risquerait de nuire à l’harmonie du <c tout ». Chaque rameur prend l’habitude de « tirer » soit à bâbord, soit à tribord, et ce serait compromettre le succès d’une course que de déplacer les hommes.

Mais ce sont là des querelles de peu d’impor-

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tance, quand il s’agit d’adultes, c’est-cà-dire de sujets dont le développement physique est complet, et le système osseux assez résistant pour supporter sans se dévier quelques irrégularités dans le travail.

Les effets « généraux » de l’aviron se font sentir sur la nutrition générale du corps. La respiration et la circulation sont activées en proportion de la vitesse de l’allure. Il est donc aussi facile de régler les effets de cet exercice que ceux de la marche. Mais la manœuvre de la rame tend à développer l’ensemble de tout le système musculaire plus qu’aucun autre exercice usité, parce qu’elle fait travailler tous les muscles, aussi bien ceux des jambes que ceux des reins et des bras. La généralisation du travail est surtout obtenue à l’aide du banc mobile, grâce auquel chaque coup d’aviron s’accompagne d’un mouvement de flexion, puis d’extension des membres inférieurs. Il n’existe pas d’exercice qui généralise l’effort musculaire plus complètement que le skiff, pourvu d’un banc à coulisse. Dans cette embarcation on voit à chaque coup d’aviron le corps passer par les deux phases opposées de Y extension et de la flexion forcées. Quand il « attaque » l’eau, le rameur se ramasse sur lui-même; tous les segments du corps se fléchissent les uns sur les autres, au point que la partie inferieure du bassin va presque toucher les talons, et que le haut de la poitrine vient jusqu’au contact des genoux; quand il « dégage » l’aviron, tout le corps se tend jusqu’cà former une ligne presque droite de la nuque aux talons. On peut dire qu’aucun muscle ne reste inactif chez l’homme qui rame en ski 11.

Aussi n’est-il aucun exercice plus recommandable que celui-ci dès qu’il y a intérêt à développer la masse du tissu musculaire dans son ensemble. Nous avons dit combien il importe, pour les sujets à combustions ralenties, tels que les obèses, les goutteux, les diabétiques, d’augmenter le volume relatif des muscles, ces « fourneaux » où se brûlent les déchets de la nutrition. L’exercice de l’aviron devra être préféré à tous les autres parce qu’il développe les muscles, non pas localement, sur une région limitée, mais dans leur ensemble. Avec l’aviron on n’a pas seulement les bénéfices immédiats de l’exercice, c’est-à-dire la suractivité momentanée des combustions, comme on l’obtiendrait par une marche forcée; on a de plus un effet durable que ne produit pas la marche, c’est le développement général du tissu musculaire, et par conséquent l’augmentation de la consommation d’oxygène, même à l’état de repos; car on sait que, même au repos, les muscles « respirent » plus que les autres tissus.

Nous avons, pour notre part, obtenu à Vichy d’excellents résultats curatifs en faisant ramer certains diabétiques chez lesquels l’effet des eaux n’avait pas suffi pour amener une notable diminution du sucre.

Les effets « généraux » de l’aviron varient d’intensité suivant la vitesse de l’allure. Ces effets varient aussi notablement suivant la méthode employée pour ramer. D’une manière générale, plus l’effort musculaire tend à se généraliser, — plus en d’autres termes la masse musculaire employée au travail est

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considérable, — plus vivement l’exercice fait sentir son contre-coup à la respiration et à la circulation. Aussi le banc à coulisse, qui vient ajouter l’effort des jambes à celui des bras et du tronc, doitil être supprimé pour les sujets auxquels on veut éviter un prompt essoufflement ou des réactions trop vives du côté du cœur. Pour tous les sujets promps à l’essoufflement, il faut recommander de localiser l’effort dans les reins, ce qui est du reste la manière classique de ramer. Les jambes auront juste le degré de tension suffisant pour donner un point d’appui à la poussée du corps, et les bras devront être presque inertes , semblables à des « câbles de transmission » qui relieraient les épaules aux poignées des rames, pour leur communiquer la traction des reins.

La suppression des contractions des bras offre de grands avantages au point de vue du sport : c’est une condition de correction de la « nage ». Mais c’est à un tout autre point de vue que nous apprécions ici ce détail, c’est au point de vue hygiénique, En supprimant la contraction des bias, on tend à supprimer l’effort thoraco-abdominal. Nous savons, en effet, que les mouvements très énergiques des bras amènent aisément la conti action des muscles expirateurs, l’immobilisation du thorax, et tous les phénomènes de compiession des gros vaisseaux qui font de 1 effort, u n acte physiologique si redoutable pour les sujets atteints d’affection du cœur ou du poumon.

Parmi les muscles que l’exercice de l’aviron met en jeu, il en est tout un groupe dont 1 action spé-

LES EXERCICES i>e LOCOMOTION.

ciale est utile à une fonction vitale importante, la digestion. Ce sont les muscles de l’abdomen. Pour taire son c< attaque », c’est-à-dire pour replonger son aviron dans l’eau après l’en avoir retiré, le rameur doit fléchir fortement le tronc, les bras tendus, en portant les poignets aussi loin que possible en avant, afin d’imprimer à son aviron un mouvement de bascule qui en ramène la « pelle » en arrière. Plus la « nage » sera « allongée », plus fortement s’accentuera l’action des muscles abdominaux qui sont les agents du mou\ement de flexion du tronc. Or le mouvement de flexion se répète à chaque coup d’aviron, c’est-à-dire environ vingt fois par minute si l’on rame dans un bateau de promenade, et quarante fois si c’est dans une embarcation de course. On comprend quel exercice doit représenter pour la paroi abdominale une heure de canotage.

Il est une forme du sport nautique qui tend tout spécialement à faire agir les muscles de l’abdomen, c’est l’exercice delà pagaie. Pour « pagayer », il faut attaquer l’eau, non plus, comme pour ramer, d’arrière en avant, mais d’avant en arrière. Tandis que le coup d’aviron se donne par un effort d’extension du tronc, le coup de pagaie se donne par un effort de flexion. Aussi peut-on dire que si le rameur travaille surtout « des reins », le pagayeur travaille surtout « du ventre ». Il en résulte que la pagaie, qui est un mauvais exercice pour le jeune garçon, parce qu’elle tend à exagérer l’attide voûtée que lui donne déjà le travail scolaire, est au contraire très salutaire chez beaucoup d’hommes adultes quand le squelette complètement formé n’est plus

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prédisposé aux déformations, et dans le cas où la vie de bureau a produit le relâchement des muscles de l’abdomen et les dyspepsies qui en résultent. La pagaie constitue pour les muscles du ventre un exercice d’autant plus complet, qu’elle exige non seulement des flexions en avant, mais aussi des mouvements de rotation du tronc alternativement à droite et à gauche, les coups de pagaie se donnant alternativement à bâbord et à tribord.

La pagaie est donc une forme de sport nautique plus recommandable encore que l’aviron dans les dyspepsies par atonie des muscles de l’abdomen et par défaut de soutien des viscères. Aucun autre exercice n’est plus capable de « refaire » une paroi abdominale, en rendant toute leur énergie aux plans musculaires qui entourent les intestins.

Parmi les engins de locomotion dont on a fait des exercices de sport, il en est un qui prend de jour en jour plus de vogue, c’est le vélocipède.

Une excellente monographie du vélocipède a été écrite par le docteur Tissié, de Bordeaux, et nous renverrons le lecteur à son remarquable ouvrage (1 ) pour le détail de cet exercice. Nous nous bornerons à en faire ressortir les principaux avantages. Et d’abord il se pratique au grand air; de plus, il active la respiration en poussant à la « soif d’air ». Le vélocipédiste en campagne se trouve donc, pour absorber de l’oxygène, dans les mômes conditions où serait placé, pour absorber des aliments, un

(1) Tissié, Manuel du vélocipédiste.

homme de gros appétit, assis à une table bien servie.

Le vélocipède convient à merveille à tous les sujets dont le sang appauvri a besoin de s’enrichir d’oxygène. Nous tenons du professeur Bouchard une observation de cure par le vélocipède, qui mé' rite d’être citée. Un malade, réduit à toute extrémité par une anémie à forme pernicieuse, et pour lequel toute médication avait été vainement tentée, recouvra en quelques semaines ses forces grâce à son vélocipède sur lequel il fallut, dans les débuts, le hisser et le soutenir.

Le vélocipède est un exercice relativement facile, surtout quand il prend la forme de tricycle. Tout le monde peut sans grand apprentissage monter en tricycle et c’est une précieuse ressource pour ceux qui auraient besoin de faire travailler leurs muscles, mais qui, n’ayant jamais pratiqué aucun exercice corporel, se trouvent arrêtés par les difficultés du début. Il leur est très précieux d’avoir sous la main un engin facile à manier et qui permet à volonté de graduer l’effort et le degré de la fatigue. Le tricycle est la ressource des hommes d’âge mûr, quand divers troubles de la santé viennent leur faire regretter un peu tard d’être inhabiles à toutes les formes de la gymnastique et du sport.

A côté de leur effet général sur la nutrition, le bicycle et le tricycle présentent, dans certains cas, un grand avantage, au point de vue local, c’est de mobiliser, bien mieux que ne le ferait la marche, les articulations du genou, de la hanche et du pied. Ces engins provoquent, outre les mouvements

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actifs et volontaires des membres inférieurs, des mouvements « passifs ». En effet, la roue, en vertu de sa vitesse acquise, imprime à la pédale un déplacement auquel participent tous les segments du membre inférieur. Un autre effet de gymnastique passive résulte dans le tricycle, des trépidations et des secousses ressenties par le corps tout entier. Ces secousses sont habituellement salutaires; parfois, quand elles sont exagérées, elles peuvent, a-l-on dit, ébranler dangereusement les centres nerveux, surtout quand l’exercice a lieu sur une route mal pavée. Ce reproche semble plutôt théorique qu appuyé sur des faits.

L’équitation, chez l’homme rompu au cheval, n’exige pour ainsi dire aucun effort musculaire. Chacun sait, au contraire, quelle latigue constitue un simple temps de trot pour un cavalier novice. Les effets de cet exercice sont donc variables suivant l’état d’accoutumance et d’entraînement.

Le cheval, comme le vélocipède, oblige le sportsman à aller au grand air; mais les longs trajets à cheval n’activent pas la respiration autant que les courses en vélocipède, parce qu ils ne demandent pas autant de travail musculaire. L’équitation est un travail semi-actif et semi-passif, mais plus passif qu’actif.

La fatigue que produit, même chez 1 homme entraîné, une longueséance d’équitation, vient surtout

des secousses subies, et aussi de 1 attitude gaidee longtemps. La position de l’homme à cheval est une" position active, qui demande un certain degre de dépense musculaire, analogue par exemple a

celle qu’exigerait la position assise sur un escabeau sans dossier. A ce travail il faut joindre celui qu’exige la position écartée des cuisses, et un certain degré de contraction des muscles <xdduct6uvs dont le travail constant, quoique modéré, est né- ^ cessaire pour produire l’adhérence du cavalier à sa selle, et la solidité de « l’assiette ». Et il faut y ajouter enfin la compression par le poids du corps des parties molles en contact avec la selle. De toutes ces causes de malaise, résulte une forme anormale de la fatigue. L’homme qui a marché pendant douze heures est « las » ; celui qui a passé une journée entière à cheval est « rompu ». Ceux qui ont pu comparer les deux fatigues soutiendront avec nous que la fatigue de la marche est moins « énervante », plus « saine », si l’on peut ainsi parler.

Au point de vue de ses effets locaux, l’équitation est passible de deux reproches : elle congestionne les organes du petit bassin et relâche les muscles abdominaux. Ce sont les deux elléts locaux de la position assise, et il devait en être de la position du cavalier comme de celle de l’homme de bureau, puisque l’un et l’autre demeurent assis. Aussi voit-on les cavaliers, aussi bien que les hommes de bureau, être atteints d’hémorroïdes et tendre à « prendre du ventre ». Nous avons dit que ce dernier résultat était dû au défaut de pression des muscles abdominaux relâchés par la position assise.

L’équitation, en résumé, ne devient un exercice violent que lorsqu’elle comporte des séances trop prolongées aux grandes allures, comme dans la

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chasse à courre. Quant à ce qu’on appelle la « promenade à cheval », c’est un exercice très modéré, utile surtout parce qu’il exige qu’on sorte au grand air, mais qui ne peut fatiguer que les débutants, et qui constitue un excellent exercice pour l’homme âgé. L’équitation est un mauvais exercice pour la femme mariée, à laquelle il est prudent d’éviter les secousses de l’utérus.

La promenade en voilure ne ressemble pas, au premier abord, à un exercice; et pourtant il est impossible de nier son effet immédiat, qui peut aller jusqu’à produire une très grande fatigue; et l’on ne peut méconnaître non plus son effet consécutif, qui est, dans bien des cas, une amélioration remarquable de la santé.

L’exercice de la voilure est le type de ce qu’on peut appeler l’exercice « passif ». Et ce mode d’exercice agit, toutes proportions gardées, dans le même sens que l’exercice actif. Une expérience bien simple prouve que les suites physiologiques de la « vectation » dans un véhicule quelconque, sont les mêmes que celles de la marche. Qu’on examine les urines émises après de très longs trajets en chemin de fer, et on les verra se troubler trois ou quatre heures après avoir été émises, par suite d’un excès d’acidité du liquide et d’une augmentation des produits de combustion. C’est exactement ce qu’on observerait après une longue marche. La trépidation du train produit sur les tissus une activité plus grande du mouvement de désassimilation, ainsi qu’une accélération du cours du sang, en un mot, une exagération des phénomènes vitaux

comparable à celle qui s’observe à la suite du massage.

Les effets de la voiture, considérée comme engin d’exercice, sont d’autant plus marqués que le véhicule est plus « dur » et cause plus de cahots. Ainsi, les convalescents les plus affaiblis supportent bien la voiture « suspendue », tandis que les plus vigoureux artilleurs sont mis quelquefois à une rude épreuve par la fatigue que leur cause un trajet rapide sur les caissons des prolonges d’artillerie.

La promenade en voiture., et surtout les longs parcours en wagon, constituent donc, en réalité, des « exercices » , et c’est une des raisons qui expliquent ce fait d’observation vulgaire que les grands voyages modifient le tempérament et rendent l’homme plus fort et plus résistant.

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