CHAPITRE VII
LA. GYMNASTIQUE DE CIIAMBME
Les procédés de la gymnastique de chambre. — but et raison d’clre de celte forme d'exercice. — Importance de scs ciïels locaux. La gymnastique dorsale; la gymnastique thoracique ; la gymnastique abdominale. — Insuffisance de ses effets généraux. — La gymnastique de chambre n’est qu’un pis aller
On donne le nom de gymnastique de chambre à un ensemble d'exercices qui permettent à chaque individu de faire travailler ses- muscles sans avoir besoin d’une installation spéciale, ni de la direction d’un maître.
Ce mode de gymnastique ne consiste pas précisément dans un système particulier de mouvements, mais plutôt dans l’adaptation à un local déterminé — et généralement à un local restreint comme une chambre à coucher — d’une foule d’exercices empruntés à tous les systèmes.
Les uns adoptent comme « gymnastique de chambre » l’exercice des haltères; les autres s’en tiennent aux mouvements avec les mains libres; d’autres emploient des appareils plus ou moins ingénieux, plus ou moins faciles à placer dans un petit espace : des courroies à ressorts, des cordons •élastiques, des contrepoids, tous engins ayant pour ■effet d’augmenter l’effort musculaire.
LA GYMNASTIQUE DE CHAMBRE
Le bul de la gymnastique de chambre est, en résumé, de permettre à l’homme de prendre de l’exercice sans quitter son appariement, et l’on comprend que l’ingéniosité de chacun puisse se donner carrière pour adapter au local qu’il habite ses exercices de prédilection. Tel escrimeur prend chaque matin de l’exercice en « plastronnant » contre un grand disque de cuir accroché au mur de sa chambre à coucher. En Angleterre et en Amérique, quelques amateurs de boxe ont dans leur cabinet de toilette un gros ballon de cuir rempli de son, suspendu à une corde verticale, et sur lequel ils s’exercent à frapper à coups de poing. Un jeune étudiant de notre connaissance, amateur passionné de canotage, a même réussi à installer dans sa chambre à coucher un banc à coulisse et un aviron qui, grâce à un système de ressort faisant résistance, permet d’imiter le travail musculaire du rameur. D’autres enfin utilisent comme gymnastique de chambre certains travaux domestiques ou professionnels, et exercent leurs muscles soit en faisant de la menuiserie, soit en sciant du bois.
Mais la gymnastique de « chambre », si elle est adoptée à l’exclusion de toute autre, ne doit pas s en tenir à un exercice unique qui serait forcément trop spécial et ne donnerait pas un travail égal à tous les muscles du corps. Elle doit avoir pour objectif de faire fonctionner toutes les parties constituantes de l’appareil locomoteur, c’est-à-dire tous les muscles et toutes les articulations.
Il faut donc que l’ensemble des exercices choisis pour former un système de gymnastique de
Lagrange. — Les Adultes. ' ao
LE CHOIX D’UN EXEHCICE
chambre, représente un choix de mouvements assez variés pour mettre successivement en travail tous les groupes musculaires du corps.
Toutefois on sait qu’il existe, en quelque sorte, une hiérarchie entre les muscles, au point de vue de leur utilité fonctionnelle. Par exemple, il est plus urgent de faire fonctionner les muscles qui accomplissent les mouvements respiraloires que ceux qui mettent en action la jambe ou le bras. De même nous avons insisté à plusieurs reprises sur l’utilité du fonctionnement des muscles abdominaux, au point de vue de la régularité des fonctions digestives. Ces groupes musculaires, de même que tous ceux qui contribuent aux grandes ionclions vitales, devront être plus particulièrement visés par la gymnastique de chambre, dont le but est essentiellement hygiénique.
Il faut considérer aussi que la gymnastique de chambre est surtout un complément d’exercice, c’est-à-dire un moyen d’assurer un travail régulier aux muscles qui n’en font pas assez ou qui n’en font pas du tout dans les actes ordinaires de la vie. Et ces actes varient pour chacun suivant ses habitudes, sa profession, etc. Aussi un système rationnel de gymnastique de chambre devra-t-il varier ses exercices suivant le genre de vie de chacun. Tel homme, qui marche beaucoup, pourra se dispenser d’exercer méthodiquement les jambes, tandis qu’il aura besoin d’un supplément d’exercice pour les muscles des bras, de la poitrine, de 1 abdomen. Tel autre qui demeure tout le jour assis, devra rechercher des exercices de jambes, et chercher, en outre, à mettre vstématiquement en
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travail les muscles du dos et de la partie postérieure des épaules, car ces muscles restent inertes pendant tout le temps où le tronc demeure appuyé au dossier d’un fauteuil, ou « accoudé » sur une table de travail.
Enfin la gymnastique de chambre doit obéir quelquefois à des indications plus spéciales, quand elle est appliquée h des cas pathologiques; quand il s’agit, par exemple, de remédier cà l’atrophie de certains groupes musculaires, à la raideur de certaines articulations, à l’atonie de certains organes internes.
Un système complet de gymnastique de chambre devra donc représenter une série de mouvements qui fassent travailler tous les muscles du corps sans exception, et parmi lesquels on puisse choisir, suivant le cas, ceux qui conviennent à telle ou telle indication spéciale.
Nous avons vu que les gymnastiques française et suédoise ont précisément pour objectif de mettre en action chaque muscle, et c’est, en réalité, à ces deux systèmes et surtout au système suédois que sont empruntés tous les exercices préconisés par les auteurs qui ont écrit sur la gymnastique de chambre, et notamment par Schreber, de Leipzig.
Dans les exercices « de chambre », comme dans tous les autres, il y a deux éléments essentiels à étudier : la forme du mouvement et la quantité de travail.
C’est de la forme d’un mouvement que dépend la localisation de ses effets dans tel ou tel groupe de muscles. Nous ne pouvons entrer ici dans
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l’élude de tous les mouvements de la gymnastique de chambre. 11 nous suffira de signaler les plus utiles, ceux qui localisent leurs clïcts sur les muscles dont le concours est indispensable aux grandes fonctions organiques.
Nous avons déjà fait ressortir l’importance du rôle que jouent' dans les fonctions vitales trois grands groupes de muscles : les muscles de la colonne vertébrale, ceux de la poitrine et ceux de l’abdomen. Ce sont ces trois ordres de muscles que doit viser surtout la gymnastique de chambre quand on lui demande des résultats hygiéniques. Aussi diviserons-nous les exercices de chambre en trois catégories: la gymnastique dorsale, la gymnastique thoracique ou respiratoire et la gymnastique abdominal.
La gymnastique dorsale a pour objectif de fortifier les muscles de la face postérieure du dos. Ces muscles sont en grande majorité extenseurs de la colonne vertébrale; ils tendent, par conséquent, à lutter contre les cffcls de la pesanteur qui attiie le tronc en avant, fléchit les vertèbres et voûte le dos. Beaucoup de ces muscles ont encore un rôle important, celui d’attirer en arrière les os qui forment l’épaule et par conséquent d’ « ouvrir » la
poitrine. ,
On obtient le travail des muscles extenseurs de la colonne vertébrale par tous les exercices qui tendent à cambrer les reins. La gymnastique suédoise renferme beaucoup d’exercices conçus dans ce but. Nous en citerons deux qui sont faciles a exécuter sans appareil et sans maître. Le premiei consiste, étant debout, à élever les bras au-dessus
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de la têle, puis à renverser le corps en arrière, jusqu’à la limite de la souplesse des reins. Dans le second procédé, on se couche a plat ventre sur une surface plane, sur un tapis, par exemple, puis, mettant les deux mains sur les hanches, on relève énergiquement la tôle, en s’efforçant de détacher du sol la partie supérieure de la poitrine. Ce mouvement donne au corps une attitude analogue à la pose dite « du sphinx », avec la différence que dans l’attitude du sphinx le thorax est soutenu parles bras accoudés au sol, tandis que, dans celle que nous décrivons, il est relevé par l'effort des muscles dorsaux.
Pour fortifier les muscles qui « ouvrent » la poitrine, c’est-à-dire qui portent les épaules en arrière, il est deux mouvements plus faciles encore. Pour le premier, on place les deux mains sur les hanches, les pouces en arrière, et l’on cherche à rapprocher l’un de l’autre les deux coudes, comme pour les faire se rejoindre derrière le dos. Dans l’autre exercice, on porte en arrière les deux bras abaissés et tendus et l’on fait loucher les mains par leur face palmaire, en les frottant l’une contre l’autre un certain nombre de fois.
La gymnastique thoracique ou respiratoire a pour but de faire agir les muscles qui président à Y inspiration et à Y expiration, mais surtout à l’inspiration, car l’expiration est, en grande partie, un acte passif.
Nous avons déjà parlé de la gymnastique respiratoire à propos de l’application de l’exercice physique aux « essoufflés ». Les exercices décrits à
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ce chapitre comme procédés de la gymnastique suédoise propres à l'aire fonctionner le poumon avec plus d’énergie, peuvent être utilisés par la gymnastique de chambre. Ces exercices consistent dans de profondes « inspirations » volontaires qu’on fait en exécutant simultanément un grand mouvement d’élévation, puis d’écartement des bras ; on termine en abaissant les bras au moment où l’on « expire », c’est-à-dire où l’on chasse l’air de la poitrine. Ce mouvement, qui est l’exercice fondamental de la gymnastique respiratoire de chambre, doit s’exécuter avec lenteur et avec le moins de force possible. Les mouvements des bras, en effet, ne développent la poitrine et n’augmentent le volume du poumon qu’à la condition d’être amples et modérés. C’est à cette condition seule qu’ils peuvent faire pénétrer plus d’air dans la poitrine par un effet de « soufflet » qui élève les côtes.
C’est une erreur fréquemment commise que de conseiller, pour développer la poitrine, des actes musculaires très énergiques, exécutés à l’aide des bras, des exercices de barre et d’anneaux, par exemple, ou la manœuvre de poids très lourds. Il ne faut pas oublier que toute contraction musculaire très énergique des bras provoque immédiatement le phénomène de Y effort thoracique, c’est-à-dire la suspension de la respiration. Quand l’effort se produit, les côtes s’abaissent et se fixent dans l’expiration forcée, c’est-à-dire dans une attitude qui produit la compression du poumon, et ne peut, conséquemment, favoriser son développement. On changerait donc complètement es résultats des
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mouvements respiratoires que nous décrivonssi 1 on s’avisait de vouloir augmenter leur énergie, en les exécutant avec le concours de poids ou d’haltères d’une certaine masse.
La gymnastique abdominale comporte une foule d’exercices faciles, et malheureusement peu connus en France, tirés, pour la plupart, de la méthode suédoise. Tous ces exercices ont pour objectif de mettre en jeu les plans musculaires qui entourent les viscères abdominaux, l’estomac, le foie, les gros et petits intestins.
Les mouvements qui mettent en jeu les muscles des parois abdominales (droits, obliques et transverses) et les muscles plus profonds qui occupent la paroi postérieure de la cavité du ventre (psoas iliaque, etc.) ont des résultats immédiats et des résultats consécutifs. Les résultats immédiats consistent dans l’action mécanique imprimée aux aliments et aux résidus alimentaires pour les faire cheminer dans le tube digestif, et aussi dans l’impulsion plus énergique donnée au cours du sang dans le système de la veine porte , qui va du tube digestif au foie. Les résultats consécutifs consistent dans l’augmentation d’énergie de tous ces pians musculaires, et, par suite, dans l’accomplissement plus régulier de leur rôle d’agents de soutien et de compression des organes abdominaux.
Voici quelques types d’exercices de chambre utiles à pratiquer dans tous les cas où la gymnastique abdominale est recommandée, et qui peuvent rendre de grands services dans certaines dyspepsies, liées à la dilatation de l’estomac ou du gros
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intestin, à la constipation, aux troubles de circulation du foie :
1° Le sujet, étant étendu tout de son long- sur le dos, engage les pieds sous un meuble assez lourd pour leur fournir un solide point d’appui, — sous le lit, par exemple, — puis, croisant les bras sur la poitrine, il se relève sans l’aide des mains. Dans ce mouvement, l’effort est supporté par les muscles droits antérieurs, qui sont les fléchisseurs du tronc sur le bassin, et par les muscles psoas qui fléchissent le bassin sur la cuisse.
2° Le même effet peut s’obtenir par le mouvement inverse, c’est-à-dire par la flexion de la cuisse sur le bassin et du bassin sur le thorax, le sujet restant toujours étendu sur le dos, mais laissant le tronc dans la position horizontale, pendant que les jambes se relèvent lentement, droites et tendues, jusqu’à la position verticale et même au delà.
3° Le travail des mômes muscles peut s’obtenir dans l’attitude debout: en fléchissant lentement le tronc jusqu’à loucher terre du bout des doigts, les jarrets restant tendus; en laissant le tronc dans la position verticale cl en fléchissant alternativement chacune des cuisses jusqu’à porter le genou au contact de la poitrine; enfin, en passant le pied au-dessus d’un bâton tenu horizontalement avec les deux mains, le corps restant droit, et les bras tendus.
4° Étant debout, le corps droit, si l’on tourne le buste à droite ou à gauche sans déplacer les pieds ni les hanches, le mouvement sera obtenu surtout par la contraction des muscles obliques et transverses de l’abdomen. Si donc on exécute ce
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mouvement alternativement a droite et à gauche un certain nombre de fois, matin et soir, on pourra donner à ces muscles une quantité d exercice suffisant pour les préserver de l’atrophie et de la débilité qu’ils présentent si fréquemment chez l’homme de bureau.
5° Enfin il est un mouvement simple et facile à l’aide duquel on peut solliciter l’action de tous les muscles abdominaux, c’est le mouvement de circumduclion du tronc. C’est encore un mouvement emprunté à la gymnastique suédoise. Etant debout, les mains fixées aux hanches, et les membres inférieurs restant droits et immobiles, le sujet imprime au tronc un mouvement de flexion à gauche, puis de flexion en avant, puis de flexion à droite et enfin d’extension en arrière , mais de façon que ces quatre attitudes du corps se succèdent sans interruption, le tronc faisant toujours face en avant.
Tous les mouvements que nous venons de décrire sont utiles dans le traitement des dyspepsies, de la constipation, des stases sanguines du foie, et, d’une manière générale, dans tous les états de ralentissement de la circulation sanguine des veines abdominales, et dans les états d’atonie des viscères abdominaux.
On voit quels grands services peut rendre au point de vue hygiénique la gymnastique de chambre bien comprise. Nous ne pouvons entrer dans plus de détails sur les effets locaux qu’on peut lui demander, mais on comprend d’après ces exemples qu’il est facile en cherchant soit dans le catalogne de la gymnastique française, soit
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dans celui de la gymnastique suédoise, d’y trouver des mouvements simples et faciles, n’exigeant aucun appareil, aucune installation spéciale et à l’aide desquels on pourrait mettre en jeu, à volonté, tous les muscles du corps.
Rien n’est donc plus facile que d’obtenir à l’aide de la gymnastique de chambre tous les résultats locaux de l’exercice, c’est-à-dire de produire les effets mécaniques qui sont attribués par la nature au fonctionnement de chaque muscle, et aussi de maintenir tous les groupes musculaires en état de développement normal, et toutes les articulations en état de souplesse et de mobilité parfaites.
En revanche, cette forme de la gymnastique ne donne que des résultats généraux très insuffisants, car elle ne comporte que des mouvements modérés et une faible somme de travail, et nous avons dit que les effets généraux de l’exercice, c’est-à-dire l’activité de la respiration, de la calorification, de la circulation, étaient en raison directe de la quantité de travail effectué.
Toutefois on peut imaginer certains exercices qui, pour être pratiqués « en chambre », n’en seraient pas moins des exercices violents. Par exemple, l’acte de s’accroupir sur les talons et de se relever vivement un grand nombre de fois, représente une somme de travail considérable, puisqu’il consiste dans l’élévation rapide et répétée à une certaine hauteur de la masse du corps, c’està-dire d’un poids considérable. De même tous les « sautillements » sur les pointes des pieds, avec projection du corps en hauteur, ou bien tous les
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sauts soit libres, soit à la corde, peuvent à la rigueur faire partie d’une gymnastique de chambre, et représentent une grande somme de travail musculaire. Ils pourraient donc, pour cette raison, produire des effets généraux intenses et activer les fonctions vitales, à l’égal des exercices du gymnase.
En résumé, la gymnastique de chambre, malgré les grands services qu’elle peut rendre, ne saurai'l être considérée comme un système d’exercice irréprochable, mais seulement comme un pis aller, comme un moyen de suppléer au défaut des autres exercices, quand des circonstances particulières empêchent le sujet, de s’y livrer. Son caractère même de gymnastique « de chambre » entraîne la suppression des bénéfices du grand air.
On peut lui reprocher aussi le peu de variété de ses exercices, et, partant, le peu d’intérêt qu’elle présente pour ceux qui ne sont pas constamment préoccupés de ses résultats hygiéniques.
Cette forme d’exercice est très recommandable pour les infirmes, les valétudinaires, les hommes âgés, pour tous les sujets en un mot qui n’en peuvent pas faire d’autre. Mais elle est insuffisante pour les obèses, les goutteux, les diabétiques, les anémiques; pour tous ceux, en général, qui cherchent dans l’exercice un moyen d’enrichir le sang d’oxygène, et d’activer les actes chimiques de la nutrition. Ce serait enfin commettre une étrange erreur que de donner de parti pris la préférence à la gymnastique de chambre, dans l’hygiène de l’homme fort et bien portant.
TABLE DES MATIÈRES