CHAPITRE III
DE L’OBÉSITÉ
L insuffisance des combustions vitales. — Les « tissus de réserve ». — Un proverbe arabe. — L’obcsité chez les animaux. — Les diverses causes de l’obésité. — L’exercice et l’alimentation. — Obésité par « état nerveux ». — Obésité par respiration insuffisante. — Dangers de l’obésité. — La surcharge graisseuse du cœur. — L’obésité constitutionnelle et l’hérédité.
Le premier effet du défaut d’exercice est l’insuffisance des « combustions » vitales. L’homme au repos — nous venons de le montrer — produit moins de chaleur que l’homme en travail et dépense moins de « combustibles », ou, en d’autres .termes, détruit moins de tissus vivants.
Le défaut d’exercice est donc cause d’une « épargne » de nos matériaux organiques.
Mais l’homme qui ne prend pas chaque jour de l’exercice, prend néanmoins, chaque jour, des aliments. Chaque jour, par conséquent, sont absorbés des matériaux en surcroît, qui ne trouvent pas dans l’économie de la nutrition leur emploi d’agents « réparateurs », puisqu’il n’y a pas de perles à réparer, de vides à combler.
Que deviennent, dans la machine humaine, les matériaux puisés dans les aliments, quand ils ne
Lagrange. — Les Adultes. 2
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servent pas à combler un vide, à remplacer des combustibles brûlés? Ces matériaux sont mis « en réserve », c’est-à-dire emmagasinés, en quelque sorte, dans certains points du corps où ils séjournent, attendant l’occasion d’être utilisés. Ce sont des provisions de combustibles, utiles à la condition de ne pas être excessives. Les tissus « de réserve » permettent à l’homme de faire face accidentellement à une dépense supplémentaire de calorique, soit à l’occasion d’un travail musculaire excessif, soit dans le cours d’une longue maladie fébrile; ils permettent aux combustions vitales de se continuer dans le cas d’alimentation insuffisante.
C’est sous forme de graisse que se déposent dans notre organisme les matériaux épargnés. Les graisses représentent donc les provisions de combustibles du foyer vital, ou ce qu’on appelle en physiologie les « tissus de réserve ». Ces provisions sont utiles quand elles restent en quantité modérée ; mais, si elles viennent à s’accumuler avec excès, il en résulte un vice de la nutrition qui s’appelle l 'obésité.
L’obésité n’entraîne pas seulement une incommodité, une gêne de mouvements, mais aussi quelquefois des troubles graves de la santé. La graisse peut s’accumuler en masses considérables qui alourdissent les mouvements et fatiguent les muscles; et dont le volume gêne le fonctionnement des organes internes. Le poumon, le cœur, les organes digestifs, sont souvent comprimés, entravés dans leur jeu par les masses graisseuses accolées à leurs parois. Souvent la graisse ne reste pas seulemeL* juxtaposée aux organes, mais les envahit, les « in-
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filtre », altère leur structure et compromet leur solidité.
La conséquence la plus redoutable de l’obésité est l’infiltration graisseuse du cœur. L’autopsie des personnes obèses montre souvent que le cœur a atteint un volume énorme par l’accolement à ses parois de gros pelotons graisseux. A un degré plus avancé, la graisse envahit les fibres musculaires de l’organe, paralyse leur énergie, provoque leur dégénérescence. De là des troubles de la circulation sanguine aussi redoutables, dans certains cas, que ceux qui résultent d’une maladie organique du cœur.
Toutes les incommodités et tous les dangers de l’obésité pourraient être prévenus par un exercice musculaire suffisant. — « Le cheval, disent les Arabes, a deux ennemis : le repos et la graisse. » — On pourrait dire que ces deux ennemis n’en font qu’un.
L’obésité n’atteint jamais les animaux sauvages et jamais on ne tue, à la chasse, des lièvres ou des loups chargés de graisse au point de ne pouvoir courir. Il en esttout autrement des animaux domestiques et l’on voit souvent des chiens ou des chevaux acquérir un embonpoint qui gêne leurs mouvemei.i . Celte différence ne tient pas à la race, mais bien au genre de vie, car le loup et le renard sont susceptibles de devenir obèses aussi bien que le chien quand on leur impose une vie inactive, en les habituant dès le jeune âge au régime domestique.
Il est vrai que les grands fauves des ménageries,
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malgré la privation d’exercice, deviennent rarement gras. Mais ils subissent le régime de la prison plutôt que celui de la vie domestique. La privation absolue de liberté provoque chez eux un sentiment permanent de révolte, un état d’inquiétude constante et de surexcitation nerveuse qui modifie la nutrition, comme pourrait le faire chez l’homme une passion violente ou une préoccupation continuelle.
Quand l’animal sauvage se soumet à la vie cellulaire sans manifester aucune irritation, aucun ennui, il n’est pas rare de le voir prendre tous les attributs de l’animal domestique soumis à l’inaction et acquérir une masse considérable de tissus graisseux. Il peut en résulter alors pour l’animal comme pour l’homme une véritable impotence, une impossibilité absolue d’exécuter certains mouvements. — Dans une ménagerie, entre autres animaux rares, on exhibait devant nous un tatou du Paraguay. Le tatou est un animal assez semblable à un gros hérisson chez lequel les piquants seraient remplacés par une épaisse carapace faite de pièces imbriquées pouvant jouer les unes sur les autres. Quand le tatou est effrayé par l’approche d’un ennemi, il se pelotonne sur lui-même et ne présente plus alors qu’une surface invulnérable. Mais, pour exécuter celte manoeuvre défensive, l’an mal a besoin de toute sa souplesse. Or le tatou dont nous parlons avait pris, dans sa cage, un tel embonpoint que les mouvements de flexion étaient devenus impossibles. Le ventre, chargé de graisse, ne permettait plus à la tête de se rapprocher de la queue, et l’animal, quand on l’elfrayau, ne pouvait
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plus parvenir à se mettre « en boule » ; ses elïorts désespérés n’aboutissaient qu’à une légère flexion du corps et mettaient en relief des masses graisseuses énormes débordant de toute part la carapace.
Si la nutrition de l’animal sauvage semble si différente de celle de l’animal domestique, il faut en chercher la cause dans les différences de leur activité musculaire réciproque. Tous nos procédés d’engraissement des animaux ont pour base soit la cessation du travail, comme pour les bœufs, soit même la privation absolue de mouvement, comme pour les volailles qu’on lient à la mue. L’animal domestique tend à se rapprocher par sa forme de l’animal sauvage, et à se dépouiller de toute surcharge graisseuse, aussitôt qu’il subit un travail régulier. Le chien d’arrêt, qui prend quelquefois tous les caractères de l’obésité après la clôture des chasses, recouvre ses formes sveltes et sa légèreté d’allure aussitôt qu’il recommence à chasser.
Chez l’homme, l’exercice musculaire est aussi un préservatif évident contre l’invasion des tissus graisseux. Rien de plus exceptionnellement rare qu’un paysan chargé d’embonpoint; rien de plus commun qu’un homme de bureau affligé d’obésité.
On pourrait pourtant citer des sujets qu’une profession active ne met pas à l’abri de l’obésité. On voit souvent des bouchers, de grands marchands de bœufs, des fermiers riches acquérir une forte corpulence et une surcharge graisseuse
gênante, tout en dépensant plus de forces que la
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plupart des autres hommes. C’est que la nutrition qui subit d’une manière si remarquable les effets de l’exercice musculaire est soumise à l’influence d’un autre modificateur très puissant, l’alimentation. Les professions qui prédisposent l’homme à l’obésité, tout en lui demandant une certaine activité, sont celles qui lui donnent de fréquentes occasions de faire des excès de table, en augmentant son appétit.
La quantité d’exercice nécessaire pour caractériser ce qu’il convient d’appeler une vie active, est réglée par la dose d’aliments absorbés. Dans le budget de la nutrition l’alimentation représente les recettes, et le travail musculaire les dépenses, loutes les fois que les recettes l’emportent sur la dépense, l’obésité a chance de se produire.
L’expérience, aussi bien que la raison, établit cette loi que l’alimentation doit être proportionnée au travail. Chez les animaux domestiques, le régime alimentaire varie avec le service demandé: il y a toujours une notable différence entre la ration « d’entretien » et la ration « de travail ». Et la diminution des aliments est une condition d’équilibre nutritif pour l’animal tenu au repos, non moins qu’une économie pour le maître.
Mais, parmi les hommes à existence sédentaire, parmi ceux qui passent leur vie dans un bureau ou dans un cercle sans faire aucun travail, il n’en est guère qui songent à modifier leur régime et à éloigner de leur table les aliments les plus nutritifs. C’est à eux, au contraire, que sont réservés les mets succulents, les vins généreux ; ils s’administrent une véritable ration « de travail », tandis
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que le paysan qui, du matin au soir, dépense scs forces et brûle ses tissus est strictement réduit à la ration « d’entretien ». Aucune faute d’hygiène n’est plus commune : on croit prendre des forces avec une nourriture de choix, sans remarquer que les hommes les plus vigoureux se trouvent justement dans les classes de la société où l’alimentation laisse le plus à désirer. On mange trop, dans les familles aisées, et la meilleure preuve, c’est que tout homme du monde qui veut réellement entrer en possession de son énergie physique, tout sportsman qui veut accomplir une prouesse musculaire, est obligé de s’astreindre aux règles de 1’ « entraînement» qui le réduisent à la portion congrue.
Il est des sujets qui semblent faire exception aux lois physiologiques de la nutrition, et qui amassent des tissus graisseux alors que les recettes et les dépenses sembleraient devoir s’équilibrer dans leurs habitudes hygiéniques. Ceux-là sont malades ou sur le point de le devenir. Leur tempérament a subi des modifications qui les écartent du type normal et les entraînent vers les anomalies de la nutrition, vers les « diathèses ». Et si l’on va au fond des choses, c’est encore le défaut d’exercice qui représente le vice hygiénique, auquel doit se rattacher leur obésité. Seulement ce vice hygiénique, ce sont leurs ascendants qui s’en sont rendus coupables, et eux en portent la peine par
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hérédité. Chez les travailleurs, dans les familles pauvres et laborieuses, on ne voit jamais naître un enfant prédisposé à l’obésité, à moins touteiois d’un croisement étranger.
L’homme prédisposé à devenir obèse n’est pas toujours fils de parents trop gras, mais il y a toujours dans sa lignée des sujets entachés d’un vice de nutrition qui présente avec l’obésité une certaine parenté, la goutte, par exemple, ou bien le diabète, les calculs hépatiques, toutes maladies qu’on voit souvent alterner chez un même sujet avec l’obésité, et qui en tous casse retrouvent nvec une constance remarquable chez les ascendants des obèses, ou chez leurs descendants. Or toutes ces maladies qui procèdent d’un même vice de la nutrition, le défaut d’activité des combustions vitales, reconnaissent en première ligne parmi leurs causes le défaut d’exercice, et sont, comme l’obésité, l’apanage à peu près exclusif des classes oisives de la société. On peut donc dire, en dernière analyse, qu’un homme qui apporte en naissant une prédisposition à l’obésité, est entaché d’uno- sorte de « péché originel » et qu’il subit la peine d’un écart d’hygiène dont ^es ascendants ont été coupables : l'insuffisance d’exercice.
On observe parfois l’obésité dans des circonstances qui sembleraient devoir la rendre impossible; dans des cas, par exemple, où les acquisitions alimentaires sont réduites à un taux très inférieur au taux normal. Ainsi des dyspeptiques ne digérant pas la nourriture qu’ils prennent sont quelquefois surchargés d’embonpoint. Bien plus,
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on a vu des sujets atteints de vomissements nerveux et qui rejettent presque toute la nourriture ingérée, acquérir une surcharge graisseuse surprenante. C’est ce qu’on observe assez fréquemment chez les hystériques.
Ces exemples d’obésité ne constituent pas de cas anormaux : ils sont au contraire très fréquents. Il semble, au premier abord, que le défaut d’exercice ne puisse être aucunement invoqué dans leur production. Mais, si l’on cherche à se rendre compte de la production de l’obésité dans ces cas où l’alimentation est réduite à sa plus simple expression, on voit que l’accumulation des tissus de réserve se fait par un mécanisme identique à celui qui résulte du défaut d’exercice : parla diminution des combustions.
Dans certains états nerveux, l’intensité de la vie semble diminuer et la production de chaleur est moindre qu’à l’état normal. Certaines hystériques présentent un abaissement de la température qui rappelle l’état des animaux hibernants. Les animaux qui passent l’hiver à dormir- sans boire ni manger n’ont perdu après plusieurs mois d’abstinence complète qu’une très petite fraction de leur poids. C’est que leurs combustions sont infiniment moins intenses qu’à l’état normal, puisqu’on voit, par exemple, la température de la marmotte endormie descendre de 36 à 20 degrés et même 15 degrés. En produisant si peu de chaleur, ces animaux ne brûlent qu’une très petite quantité de leurs tissus. De même, l’hystérique qui devient obèse consomme, ainsi que l’ont établi des travaux précis, moins d’oxygène qu’à l’état de
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santé, et exhale moins d’acide carbonique. C’es par insuffisance des combustions qu’elle épargne ses tissus de réserve (1). Le thermomètre donne, du reste, la démonstration de ce ralentissement de combustion, puisque la température tombe chez ces malades à 1 et même 2 degrés au-dessous de la température normale. Le résultat de cette diminution dans la production de la chaleur vitale se traduit, non seulement par l’économie du combustible graisseux, mais encore par la moindre usure des substances azotées. L’élimination de l’urée, qui est le produit de désassimilation des tissus contenant de l’azote, diminue dans de très grandes proportions, et l’urine n’en contient plus que 4 ou 5 grammes par litre au lieu de 30 à 40.
Il n’est donc pas impossible d’expliquer ces cas bizarres d’obésité nerveuse dans lesquels le poids augmente en même temps que l’alimentation diminue. Malgré la faible quantité de nourriture ingérée, il n’y a pas inanition parce que les actes vitaux, étant moins intenses, consomment beaucoup moins de matériaux qu’à l’état normal. L’obésité se produit parce que les recettes alimentaires, aussi minimes soient-elles, sont encore plus que suffisantes pour couvrir et dépasser les pertes. Le défaut d’exercice n’agit en somme pas autrement que ces perversions nerveuses du mouvement nutritif, puisque faute d’un travail suffisant les combustions restent au-dessous de la normale et les tissus combustibles sont épargnés.
Mais, si l’on pénétrait dans le détail clinique
(1) Empereur, la Nutrition des hystériques.
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des faits, on verrait que l’obésité des névropathes offre avec l’obésité par défaut d’exercice des rapports plus directs qu’une simple analogie de mécanisme. L’inaction absolue et le dégoût insurmontable pour l’exercice précèdent le plus souvent chez ces malades l’augmentation de l’embonpoint. La presque totalité des névropathes obèses sont des femmes, toujours moins sollicitées que les hommes à surmonter leur horreur du mouvement, pour vaquer à leurs affaires ou à leurs travaux. L’observation démontre aussi que les états nerveux de toute sorte amènent l’engraissement beaucoup plus fréquemment à la ville qu’à la campagne ; non que l’hystérie soit moins fréquente chez les paysannes, mais parce que la femme trouve, au village, beaucoup plus de stimulants de son activité qu’à la ville, et n’a pas la permission de se laisser aller à cette inertie physique qui s’ajoute à l’effet de l’atonie nerveuse pour favoriser la diminution des combustions.
Si l’on soumettait à une enquête rigoureuse tous les cas d’obésité nerveuse, et surtout si l’on s’enquérait avec soin des circonstances de la guérison, on arriverait sûrement à relever un grand nombre de faits semblables au fait suivant dontnous avons été témoin. — Chez un petit fermier du Limousin, une jeune femme de tempérament très nerveux tombe dans un état de mélancolie et s’alite sans présenter du reste aucun autre phénomène morbide qu’une sorte de torpeur physique ôt morale, un dégoût absolu pour toute nourriture aussi bien que pour tout travail musculaire, pour toute occupation. En très peu de temps l’as-
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pect de la malade change ; elle était maigre avant de s’aliter et, malgré le défaut presque absolu de nourriture, malgré les souffrances diverses qu’elle dit ressentir, elle acquiert un embonpoint excessif. Les diverses régions du corps se chargent d’une graisse molle qui les boursoufle et les déforme. Toute médication échoue, la malade s’obstinant à garder le lit et se prétendant incapable de faire le moindre mouvement. Un jour le fermier subit une perte d’argent importante. Une réduction de dépense est nécessaire, et il calcule que, si sa femme était debout, la servante qu’il paye et nourrit deviendrait inutile. C’est alors que les recommandations des médecins lui reviennent à la mémoire : « Il faudrait de l’exercice à la malade ! » Et cette fois son intérêt est trop nettement d’accord avec le verdict de la science pour ne pas obéir promptement. La malade se trouve alors aux prises non plus avec les conseils affectueux d’un entourage trop complaisant, mais avec la brutalité d’un rustre qui n’entend pas grever inutilement son budget. Elle quitte son lit, en protestant qu’on la tue ; mais il faut bon gré mal gré s’occuper aux soins du ménage. Peu à peu les exigences du mari augmentent à mesure qu’il voit le succès de ce mode de traitement, et bientôt la malade est contrainte d’aller travailler aux champs. Cependant, à mesure qu’elle se décide î reprendre une vie plus active, elle voit son embonpoint anormal se dissiper peu à peu, si bien qu’au bout de quelques semaines elle a repris sa forme première. Elle est restée névropalhe, mais elle n’est plus obèse.
Il est des cas où l’obésité se déclare à la suite de
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maladies qui mettent obstacle aux combustions, par insuffisance du corps « comburant », par défaut d’oxygène. C’est ainsi qu’on explique l’obésité si fréquente des catarrheux et des asthmatiques ; les fonctions respiratoires étant entravées, il n’entre plus, par le poumon, une quantité d’oxygène suffisante pour brûler la graisse à mesure qu’elle se forme : d’où accumulation du tissu combustible. Mais, dans ce cas encore, le défaut d’exercice doit être invoqué comme facteur important de l’obésité. La graisse s’accumule chez l’homme atteint d’emphysème pulmonaire, parce qu’il n’absorbe pas assez d’oxygène pour la brûler ; or l’exercice musculaire augmente la quantité d’oxygène introduite dans le sang parce qu’il active la respiration. Il est donc rationnel de penser qu’une plus grande somme d’exercice journalier mettrait le plus souvent les asthmatiques à l’abri de l’obésité, et les faits sont d’accord avec le raisonnement pour affirmer cette vérité. Tout médecin qui observe comparativement des malades appartenant aux classes riches et aux classes laborieuses de la société, arrive à cette conviction que l’emphysème pulmonaire, les bronchites et les catarrhes n’occasionnent jamais l’obésité chez les sujets qui n’ont pas les moyens de se reposer dans les intervalles de leurs crises, et qui sont forcés d’abréger leur convalescence. Le paysan asthmatique n’engraisse pas. C’est qu’il est obligé de sortir et d’agir quand même. Si son poumon est devenu un appareil aussi défectueux que celui de l’asthmatique des villes, il en obtient un meilleur service, et cela parce qu’il lui demande davantage.
Laiîranps. — Les Adultes.