LE DÉFAUT D’ASSIMILATION
lui-même refuserait les aliments, si on voulait lui en offrir au sortir d’un copieux repas.
Quand l’obstruction en est arrivée à ce point, les voies digestives ne peuvent plus absorber les aliments qu’elles ont digérés, et les produits de la digestion restent, pour ainsi dire, sur le seuil des canaux absorbants sans pouvoir y pénétrer. Ces matières, au lieu de passer dans le sang, séjournent dans l’estomac devenu « paresseux », s’y corrompent, fermentent et occasionnent des troubles variés de la digestion. De là des « pesanteurs » et des malaises d’estomac de toute sorte, même après le plus léger repas.
Il faut que les aliments absorbés trouvent, pour s’incorporer à nous-mêmes, un vide à combler, une place à prendre. Et cette place ne peut leur être faite si nous ne brûlons pas, par l’exercice, une certaine quantité de nos tissus.
Tout le monde sait la grande fréquence des troubles digestifs chez les hommes à viesédenlaire; tout le monde sait aussi la ténacité de ces malaises de la digestion. C’est que la plupart des remèdes appliqués par la médecine pharmaceutique ne peuvent être que des palliatifs. Quand un homme est devenu dyspeptique par défaut d’exercice et se plaint d’un sentiment de « plénitude » à l’estomac, ce n’est pas en désobstruant le tube digestif à l’aide d un purgatif qu’on pourra le débarrasser. Chez lui l’obstruction a lieu sur des points de l’organisme que les médicaments évacuants ne peuvent pas atteindre : elle se produit dans l’intérieur des vaisseaux absorbants et dans l’intimité des tissus. Il n’y a qu’un meyen de rétablir la circulation des
LES INDICATIONS DE L’AGE
matériaux alimentaires : c’est de leur faire de la place en détruisant une certaine quantité de tissus que ces matériaux viendront remplacer; et ce résultat ne peut être obtenu que par l’exercice musculaire.
Aussi voyons-nous l’exercice amener plus vite que tout autre moyen la guérison de ces dyspepsies si tenaces qui tourmentent les hommes de bureau. La dyspepsie liée au défaut d’exercice est une des formes de troubles digestifs les plus rebelles au traitement pharmaceutique. Tous les médecins qui exercent à la fois à la ville et à la campagne ont dû être frappés de la différence que présentent, au point de vue du traitement, la dyspepsie des paysans et celle de l’homme des villes. L’un, qui passe son existence dans le travail musculaire, n’a guère que des troubles digestifs locaux, dus à la mauvaise qualité des aliments ou quelquefois à leur volume excessif; il guérit rapidement avec quelques modifications dans le régime alimentaire. L’autre, qui vit dans l’inaction, souffre d’accidents qui se rattachent le plus souvent au défaut d’assimilation : il traîne pendant des années ses malaises de médecins en médecins, jusqu’au jour où il se décide enfin à adopter le seul remède capable de faire cesser cette stagnation des matières digérées dans les voies digestives, qu’on attribue à une « paresse d’estomac » et qui a pour cause la paresse des membres.