DE FÉNELON IX
qui parloit à l'âme de ses lecteurs ou de ses auditeurs. C'est probablement par cette raison que son style a toujours la même couleur dans ses sermons, dans ses lettres et dans tous ses écrits. Son accent et son langage sont toujours l'expression du sentiment; et lorsque, dans une âme vertueuse, le sentiment n'est point exalté par la passion, son expression est toujours calme, douce et pure comme la vertu.
Il falloit que ce caractère particulier de Fénelon fût bien remarquable et bien remarqué par ses contemporains, puisque ce futie trait principal sous lequel La Bruyère le montra à la France et à son siècle,*avant même que Fénelon fût devenu si célèbre par ses controverses avec Bossuet, et par la gloire et les malheurs que Télémaque fit rejaillir sur lui.
« On sent, disoit La Bruyère *, la force et l'ascen- « dant de ce rare esprit, soit qu'il prêche de génie et « sans préparation, soit qu'il prononce un discours « étudié et oratoire, soit qu'il explique ses pensées « dans la conversation. Toujours maître de l'oreille a et du cœur de ceux qui l'écoutent, il ne leur permet o pas d'envier ni tant d'élévation, ni tant de facilité, « de délicatesse, de politesse ; on est assez heureux de « l'entendre. »
Fénelon ne présentoit jamais aux hommes les maximes de la religion et de la vertu comme des devoirs à
1. Discours de La Bruyère à l'Académie françoise (15 juin 1693).