‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 128 sur 165 · Sap. t iv · texte numérisé non relu

Sap. t iv

potm LA FÊTE DE L'EPIPHANIE

Prêché dans l'église des Missions Étrangères, le 6 janvier 1685, en présence

des ambassadeurs de Siam.

8UB JjJl VOCATION DES GENTILS

Surge, iUuminare, Jérusalem! quia venit lumen ruum, et gloria Domini super te orta est.

Lotos-tous , soyez éclairée , 6 Jérusalem !

car votre lumière Tient, et la gloire do Seigneur s'est leTée sur tous.

(Au xl« chap. d'isate. )

Béni soit Dieu, mes frères, puisqu'il met aujourd'hui sa parole dans ma bouche pour louer l'œuvre qu'il accomplit dans cette maison ! Je souhaitais il y a longtemps, je l'avoue, d'épancher mon cœur devant ces autels, et de dire à la louange de la grâce tout ce qu'elle opère dans ces hommes apostoliques pour illuminer l'Orient. C'est donc dans un transport de joie que je parle aujourd'hui de la vocation des Gentils, dans cette maison d'où sortent les hommes par qui les restes de la gentilité entendent l'heureuse nouvelle.

A peine Jésus, l'attente et le désiré des nations, est né, et voici les Mages, dignes prémices des Gentils, qui, conduits par l'étoile, viennent le reconnoître. Bientôt les nations ébranlées viendront en foule après eux; les idoles seront brisées, et la connoissance du vrai Dieu sera abondante comme les eaux de la mer qui couvrent la terre. Je vois les peuples, je vois les princes qui adorent dans la suite des siècles celui que les Mages viennent adorer aujourd'hui. Nations de l'Orient, vous y viendrez à

votre tour; une lumière, dont celle de l'étoile n'est qu'une ombre, frappera vos yeux et dissipera vos ténèbres. Venez, venez, hâtez-vous de .venir à la maison du Dieu de Jacob. Église ! ô Jérusalem ! réjouissez-vous, poussez des cris de joie. Vous qui étiez stérile dans ces régions, vous qui n'enfantiez pas, vous aurez dans cette extrémité de l'univers des enfants innombrables. Que votre fécondité vous étonne : levez les yeux tout autour, et voyez : rassasiez vos yeux de votre gloire ; que votre cœur admire et s'épanche : la multitude des peuples se tourne vers vous, les îles viennent, la force des nations vous est donnée : de nouveaux Mages, qui ont vu l'étoile du Christ en Orient, viennent du fond des Indes pour le chercher. Levez-vous, ô Jérusalem ! Surge, illuminare, etc.

Mais je sens mon cœur ému au dedans de moi-même ; il est partagé entre la joie et la douleur. Le ministère de ces hommes apostoliques et la vocation de ces peuples est le triomphe de la religion : mais c'est peut-être aussi l'effet d'une secrète réprobation qui pend sur nos têtes. Peut-être sera-ce sur nos ruines que ces peuples s'élèveront, comme les Gentils s'élevèrent sur celles des Juifs à la naissance de l'Église. Voici une œuvre que Dieu fait pour glorifier son Évangile : mais n'est-ce point aussi pour le transférer ? Il faudroit n'aimer point le Seigneur Jésus, t pour n'aimer pas son ouvrage ; mais il faudroit s'oublier soimême, pour n'en trembler pas. Réjouissons-nous donc au Seigneur, mes frères, au Seigneur, qui donne gloire à son nom ; . mais réjouissons-nous avec tremblement. Voilà les deux pensées qui rempliront ce discours.

Esprit promis par la vérité même à tous ceux qui vous cherchent, que mon cœur ne respire que pour vous attir.er au dedans de lui ; que ma bouche demeure muette, plutôt que de •s'ouvrir, si ce n'est à votre parole 1 Que mes yeux se ferment à toute autre lumière qu'à celle que vous versez d'en haut ! O Esprit-Saint, soyez vous-même tout en tous : dans ceux qui m'écoutent, l'intelligence, la sagesse, le sentiment; en moi, la force, l'onction, la lumière ! Marie, priez pour nous. Ave, Maria.

PBEMIER POINT

Quelle est, mes frères, cette Jérusalem dont le prophète parle ; cette cité pacifique dont les portes ne se ferment ni jour ni nuit, qui suce le lait des nations, dont les rois de la terre sont le» nourriciers et viennent adorer les sacrés vestiges? Elle est si puissante, que tout royaume qui ne lui sera pas soumis périra, et si heureuse, qu'elle n'aura plus d'autre soleil que Dieu, qui fera luire sur elle un jour éternel. Qui ne voit que ce ne peut être cette Jérusalem rebâtie par les Juifs ramenés de Babylone, ville foible, malheureuse, souvent en guerre, toujours en servitude sous les Perses, les Grecs, les Romains»; enûn sous ces derniers réduite en cendres, avec une dispersion universelle de ses enfants, qui dure encore depuis seize siècles? C'est donc manifestement hors du peuple juif qu'il faut chercher l'accomplissement des promesses dont il est déchu.

Il n'y aura plus d'autre Jérusalem que celle d'en haut, qui est notre mère, selon saint Paul * : elle vient du ciel, et elle enfante sur la terre.

Qu'il est beau, mes frères, de voir comment les promesses se sont accomplies en elle I Tel était le caractère du Messie, qu'il devoit, non pas subjuguer par les armes, comme les Juifs char- • nels le prétendoient grossièrement, mais, ce qui est infiniment plus noble et plus digne de la magnificence des promesses, attirer, par sa puissance sur les cœurs, sous son règne d'amour et de vérité, toutes les nations idolâtres.

Jésus-Christ naît, et la face du monde se renouvelle. La loi de Moïse, ses miracles, ceux des prophètes, n'avaient pu servir de digue contre le torrent de l'idolâtrie, et conserver le culte du vrai Dieu chez un seul peuple resserré dans un coin du monde : mais celui qui vient d'en haut est au-dessus de tout ; à Jésus est réservé de posséder toutes les nations en héritage. 11 les pos-

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