Joan., III
Pour moi, ô mon Créateur! les yeux fermés à tous les objets extérieurs, qui ne sont que vanité et qu'affliction d'esprit *, je veux trouver dans le plus secret de mon cœur une intime familiarité avec vous par Jésus-Christ votre fils, qui est votre sagesse et votre raison éternelle, devenu enfant, pour rabaisser par son enfance et par la folie de sa croix notre vaine et folle sagesse. C'est là que je veux, quoi qu'il m'en coûte, malgré mes prévoyances et mes réflexions, devenir petit, insensé, encore plus méprisables à mes propres yeux qu'à ceux de tous les faux sages. C'est là que je veux m'enivrer du Saint-Esprit, comme les apôtres, et consentir comme eux à être le jouet du monde. Mais qui suis-je pour penser ces choses? Ce n'est plus moi, vile et fragile créature, âme de boue et de péché; c'est vous, ô Jésus, vérité de Dieu, qui les pensez en moi, et qui les accomplirez, pour faire mieux triompher votre grâce par un plus indigne instrument!
O Dieu! on ne vous connoît point, on ne sait qui vous êtes. « La lumière luit au milieu des ténèbres, et les ténèbres ne peuvent la comprendre *. » C'est par vous qu'on vit, qu'on respire, qu'on pense, qu'on goûte les plaisirs, et on oublie celui par qui on fait toutes ces choses ! On ne voit rien que par vous , lumière universelle, soleil des âmes, qui luisez encore plus clairement que celui des corps; et, ne voyant rien que par vous, on ne vous voit point! C'est vous qui donnez tout : aux astres leur lumière, aux fontaines leurs eaux et leurs cours, à la terre ses plantes, aux fruits leur saveur, aux fleurs leurs parfums, à toute la nature sa richesse et sa beauté; aux hommes la santé, la raison, la vertu; vous donnez tout, vous faites tout, vous réglez tout. Je ne vois que vous; tout le reste disparolt comme une ombre aux yeux de celui qui vous a vu une fois, et le monde no vous voit point! Mais, hélas! celui qui ne vous voit point n'a jamais rien vu, et a passé sa vie dans l'illusion d'un songe;