‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 132 sur 165 · Joam., i · texte numérisé non relu

Joam., i

il est comme s'il n'étoit pas, plus malheureux encore : car il eût mieux valu pour lui, comme je l'apprends de votre parole, qu'il ne fût jamais né.

Pour moi , mon Dieu , je vous trouve partout : au dedans de moi-même, c'est vous qui faites tout ce que je fais de bon. J'ai senti mille fois que je ne pouvois par moi-même ni vaincre mon humeur, ni détruire mes habitudes, ni modérer mon orgueil, ni suivre ma raison, ni continuer de vouloir le bien que j'avois une fois voulu. C'est vous qui donnez cette volonté; c'est vous qui la conservez pure : sans vous, je ne suis qu'un roseau agité par le moindre vent. Vous m'avez donné le courage, la droiture, et tous les bons sentiments que j'ai; vous m'ayez formé un cœur nouveau qui désire votre justice, et qui est altéré de votre vérité éternelle. En me le donnant, vous avez arraché ce cœur du vieil homme, pétri de boue et de corruption, jaloux, vain, ambitieux, inquiet, injuste, ardent pour les plaisirs. Quelque misère qui me reste, hélas! aurois-je pu jamais espérer de me tourner ainsi vers vous, et de secouer le joug de mes passions tyranniques ?

Mais voici la merveille qui efface tout le reste. Quel autre que vous pouvoit m'arracher à moi-même, tourner toute ma haine et tout mon mépris contre moi? Ce n'est point moi qui ait fait cet ouvrage; car ce n'est point par soi-même qu'on sort de soi : il a donc fallu un soutien étranger sur lequel je pusse m'appuyer hors de mon propre coeur pour en condamner la misère. 11 falloit que ce secours fût étranger, car je ne pouvois le trouver en moi, qu'il falloit combattre; mais il falloit aussi qu'il fût intime , pour arracher le moi des derniers replis de mon cœur. C'est vous, Seigneur, qui, portant votre lumière dans ce fond de mon âme, impénétrable à tout autre, m'y avez montré toute ma laideur. Je sais bien qu'en la voyant, je ne l'ai pas changée, et que je suis encore difforme à vos yeux; je sais bien que les miens n'ont pu découvrir toute ma difformité ; mais du moins j'en vois une partie, et je voudrois découvrir le tout, Je me vois horrible, et je suis en paix; car je ne veux ni flatter mes vkes,

ni que mes vices me découragent Je les vois donc et je porte sans me troubler cet opprobre. Je suis pour vous contre moi, ô mon Dieul IL n'y a que vous qui avez .pu me diviser ainsi d'avec moi-même. Voilà ce que vous avez fait au dedans, et vous continuez chaque jour de le faire, pour m'ôter tous les restes de la vie maligne d'Adam, et pour achever la formation de l'homme nouveau. C'est cette seconde création de l'homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour.

Je me laisse, ô mon Dieu! dans vos mains : tournez, retour* nez cette boue, donnez-lui une forme ; brisez-la ensuite; elle est à vous, elle n'a rien à dire : il me suffit qu'elle serve à tous vos desseins, et que rien ne résiste à votre bon plaisir, pour lequel je suis fait. Demandez, ordonnez, défendez; que voulezvous que je fasse? que voulez-vous que je ne fasse pas? Élevé, abaissé, consolé, souffrant, appliqué à vos œuvres, inutile à tout, je vous adorerai toujours également en sacrifiant toute volonté propre à la vôtre : il ne me reste qu'à dire en tout comme Marie ' : « Qu'il me soit fait selon votre parole ! »

Mais, pendant que vous faites tout ainsi au dedans, vous n'agissez pas moins au dehors. Je découvre partout, jusque dans les moindres atomes, cette grande main qui porte le ciel et la terre, et qui semble se jouer en conduisant tout l'univers. L'unique chose qui m'a embarrassé est de comprendre comment vous laissez tant de maux mêlés avec les biens. Vous ne pouvez faire le mal; tout ce que vous faites est bon : d'où vient donc que la face de la terre est couverte de crimes et de misères? Il semble que le mal prévale partout sur le bien. Vous n'avez fait le monde que pour votre gloire, et on est tenté de croire qu'il se tourne à votre déshonneur. Le nombre des méchants surpasse infiniment celui des bons, au dedans même de votre. Église : toute chair a corrompu sa voie; les bons mêmes ne sont bons qu'à demi, et me font presque autant gémir que les autres. Tout souffre, tout est dans un état violent; la misère

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