‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 134 sur 165 · Eccles.i xv · texte numérisé non relu

Eccles.i xv

péché, quelles merveilles n'en faites-vous pas pour manifester votre gloire! Vous vous servez des méchants pour corriger les bons, et pour les perfectionner en les humiliant; vous vous servez encore des méchants contre eux-mêmes, en les punissant les uns par les autres. Mais, ce qui est touchant et aimable, vous faites servir l'injustice et la persécution des uns à convertir les autres. Combien y a-t-il de personnes qui vivoient dans l'oubli de vos grâces et dans le mépris de votre loi, et que vous avez ramenées à vous en les détachant du monde par les injustices qu'elles y ont souffertes!

Mais j'aperçois, ô mon Dieu, une autre merveille : c'est que vous souffrez un mélange de bien et de mal jusque dans le cœur de ceux qui sont le plus à vous : ces imperfections qui restent dans ces bonnes âmes servent à les humilier, à les détacher d'elles-mêmes, à leur faire sentir leur impuissance, à les faire recourir plus ardemment à vous, et à leur faire comprendre que l'oraison est la source de toute véritable vertu. Oh î quelle abondance de biens vous tirez des maux que vous avez permis ! Vous ne souffrez donc les maux que pour en tirer de plus grands biens, et pour faire éclater votre bonté toute-puissante par l'art avec lequel vous usez de ces maux. Vous arrangez ces maux suivant vos desseins. Vous ne faites pas l'iniquité de l'homme; mais, étant incapable de la produire, vous la tournez seulement d'un côté plutôt que d'un autre, selon qu'il vous plaît, pour exécuter vos profonds conseils ou de justice ou de miséricorde.

J'entends la raison humaine qui veut entrer en jugement avec vous, qui veut pénétrer votre secret étemel, et qui dit : « Dieu n'a voit pas besoin de tirer le bien du mal; il n'avoit, tout d'un coup, qu'à ne permelire aucun mai, et qu'à rendre tous les hommes bons : il le pouvoit; il n'avoit qu'à faire pour tous les hommes ce qu'il a fait pour quelques-uns, qu'il a enlevés hors d'eux-mêmes par le charme de sa grâce : pourquoi ne l'a-t-il pas fait?»

O mon Dieu ! je le sais par votre parole, « vous ne haïssez

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rien de ce que vous avez fait 1 : vous ne voûtai la perte d'aucun 1 ; vuos êtes le Sauveur de tous 9 ; » mais vous l'êtes des uns plus que des autres* Quand vous jugerez la terre, vous serez victorieux dans vos jugements, la créature condamnée ne verra qu'équité dans sa condamnation ; vous lui montrerez clairement que vous avez fait, pour la culture de votre vigne, tout ce que vous deviez* Ce n'est point vous qui lui manquez ; c'est elle qui se manque et qui se perd elle-même, Maintenant l'homme ne voit point ce détail, car il ne oonnoît point ton propre cœur; il ne discerne ni les grâces qui s'offrent à lui, ni ses propres sentiments, ni sa résistance intérieure. Dans votre jugement vous le développerez tout entier à ses propret yeux : il se verra; il aura horreur de se voir; il ne pourra s'empêcher de voir, dans un éternel désespoir, ce que vous aurez fait pour lui, et ce qu'il aura fait contre lui-même.

Voilà ce que l'homme n'entend point en cette vie; mais, 6 mon Dieu, dès qu'il vous connoit, il doit croire cette vérité sans la comprendre. 11 ne peut douter que vous ne soyez, vous par qui toutes choses sont; il ne peut douter que vous ne soyez la bonté souveraine : donc, il ne lui reste qu'à conclure, malgré toutes les ténèbres qui l'environnent, qu'en faisant grâce aux uns vous faites justice à tous. Bien plus, vous faites grâce même à ceux qui ressentiront éternellement la rigueur de votre justice. 11 est vrai que vous ne leur faites pas toujours d'aussi grandes grâces qu'aux autres; mais enfin vous leur faites des grâces, et des grâces qui les rendront inexcusables quand vous les jugerez, ou plutôt quand ils se jugeront eux-mêmes, et que la vérité imprimée au dedans d'eux-mêmes prononcera leur condamnation, il est vrai que vous auriez pu faire davantage pour eux; il est vrai que vous ne l'avez pas voulu : mais vous avez voulu tout ce qu'il falloit pour n'être point chargé de leur perte; vous l'avez permise, et* vous ne l'avez point faite. S'ils

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