‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 135 sur 165 · II Petr., m · texte numérisé non relu

II Petr., m

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ont été méchants, ce n'est pas que vous ne leur eussiez donné de quoi être bons; ils ne l'ont pas voulu; vous les avez laissés dans leur liberté. Qui peut se plaindre de ce que vous ne leur avez pas donné une surabondance de grâce? Le maître qui offre à tous ses serviteurs la juste récompense de leurs travaux, n'est-il pas en droit de faire à quelques-uns un excès de libéralité? Ce qu'il donne à ceux-là par-dessus la mesure donne-t-il aux autres le moindre fondement de se plaindre de lui? Par là, Seigneur, vous montrez que a toutes les voies, comme dit votre Écritures sont vérité et jugement. » Vous êtes bon à tous, mais bon à divers degrés ; et les miséricordes que vous répandez avec une extraordinaire profusion sur les uns ne sont point une loi rigoureuse que vous vous imposiez, pour devoir faire la même largesse à tous les autres.

Tais-toi donc, ô créature ingrate et révoltée! Toi qui penses dans ce moment aux dons de Dieu, souviens-toi que cette pensée est un don de Dieu même; dans le moment où tu veux murmurer de la privation de la grâce, c'est la grâce elle-même qui te rend attentive à la vue des dons de Dieu. Loin de murmurer contre l'auteur de tous les biens, hâte-toi de profiter de ceux qu'il te fait dans ce moment : ouvre ton cœur, humilie ton foible esprit, sacrifie ta vaine et présomptueuse raison. Vase de boue! celui qui t'a fait est en droit de te briser; et loin de le briser, le voilà qui craint d'être obligé de te rompre : il te menace par miséricorde.

Je veux donc toujours, ô mon Dieu, étouffer dans mon cœur tous ces raisonnements qui me tentent de douter de votre bonté. Je sais que vous ne pouvez jamais être que bon; je sais que vous avez fait votre ouvrage semblable à vous, droit, juste et bon comme vous l'êtes : mais vous n'avez pas voulu lui ôter le choix du bien et du mal. Vous lui offrez le bien, c'est assez; j'en suis sûr, sans savoir précisément par quels moyens; mais l'idée immuable et infaillible que j'ai de vous ne me permet

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pas d'en douter; je ne saurois avoir de raison aussi forte pour vous croire en demeure à l'égard d'aucun homme, dont je ne connois point l'intérieur, et dont l'intérieur est inconnu à luimême, que j'en ai d'innombrables pour m'assurer que vous ne condamnerez aucun homme dans votre jugement, sans le rendre inexcusable à ses propres yeux. En voilà assez pour me mettre en paix; après cela, si je péris, c'est que je me perdrai moimême; c'est que je résisterai, comme les Juifs, au Saint-Esprit, qui est la grâce intérieure.

Père des miséricordes ! je ne pense plus à philosopher sur la grâce, mais à m'abandonner à elle en silence. Elle fait tout dans l'homme ; mais elle fait tout avec lui et par lui ; c'est donc avec elle qu'il faut que j'agisse et que je m'abstienne, que je souffre, que j'attende, que je résiste, que je croie, que j'espère, que j'aime, suivant toutes ses impressions. Elle fera tout en moi ; je ferai tout par elle : c'est elle qui meut le cœur ; mais enfin le cœur est mû, et vous ne sauvez point l'homme sans faire agir l'homme. C'est donc à moi à travailler, sans perdre un moment, pour ne retarder point la grâce qui me pousse sans cesse. Tout le bien vient d'elle; tout le mal vient de moi. Quand je fais bien, c'est elle qui m'anime; quand je fais mal, c'est que je lui résiste. A Dieu ne plaise que j'en veuille savoir davantage 1 tout le reste ne serviroit qu'à nourrir en moi une curiosité présomptueuse. mon Dieu, tenez-moi toujours au rang de ces petits à qui vous révélez vos mystères, pendant que vous les cachez aux sages et aux prudents du siècle.

Maintenant, ô grand Dieu, je ne m'arrête plus à cette difficulté qui a souvent frappé mon esprit : D'où vient que Dieu si bon a fait tant d'hommes qu'il laisse perdre? d'où vient qu'il a fait naître et mourir son propre Fils, en sorte que sa naissance et sa mort sont utiles à un si petit nombre d'hommes? Je comprends, ô Être tout-puissant, que tout ce que vous faites ne vous coûte rien. Les choses que nous admirons et qui nous surpassent le plus vous sont aussi faciles et aussi familières que celles que nous admirons moins, à force d'y être accoutumés.

Vous n'avez pas besoin de proportionner le fruit de votre travail au travail que l'ouvrage vous coûte, parce que nul ouvrage ne vous coûte jamais ni effort ni travail, et que Tunique fruit que vous pouvez tirer de tous vos ouvrages est l'accomplissement de votre bon plaisir. Vous n'avez besoin de rien; il n'y a rien que vous ne puissiez acquérir : vous portez tout au dedans de vous-même, ce que vous faites au dehors n'y ajoute rien ni pour votre bonheur ni pour votre gloire. Votre gloire ne seroit donc pas moindre quand même aucun homme ne recevroit le fruit de la mort du Sauveur. Vous auriez pu le faire naître pour un seul prédestiné : un seul eût sufû, si vous n'en eussiez voulu qu'un seul : car tout ce que vous faites, vous le faites non pour le besoin que vous avez des choses, ou pour leur mérite à votre égard, mais pour accomplir votre volonté toute gratuite, qui n'at nulle autre règle qu'elle-même et votre bon plaisir. Au reste, si tant d'hommes périssent, quoique lavés dans le sang de votre Fils, c'est, encore une fois, que vous les laissez dans l'usage de leur liberté; vous trouvez votre gloire en eux par votre justice, comme vous la trouvez dans les bons par votre miséricorde : vous ne punissez les méchants qu'à cause qu'ils sont méchants malgré vous, quoiqu'ils aient eu de quoi être bons; et vous ne couronnez les bons qu'à cause qu'ils sont devenus tels par votre grâce : ainsi je vois qu'en vous tout est justice et bonté.

Pour tous les maux extérieurs, j'ai déjà remarqué, 6 Sagesse éternelle, ce qui fait que vous les souffrez. Votre providence en tire les plus grands biens. Les hommes foibles et ignorants de vos voies en sont scandalisés ; il gémissent pour vous, comme si votre cause étoit abandonnée. Peu s'en faut qu'ils ne croient que vous succombez, et que l'impiété triomphe de vous : ils sont tentés de croire que vous ne voyez pas ce qui se passe, où que vous y êtes insensible. Mais qu'ils attendent encore un peu, ces hommes aveugles et impatients. L'impie qui triomphe ne triomphe guère ; « il se flétrit comme l'herbe des champs f , »

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