‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 136 sur 165 · P*., xxxvi · texte numérisé non relu

P*., xxxvi

qui fleurit le rriâtin, et qui, le soir, est foulée aux pieds : la mort ramène tout à l'ordre. Rien ne tous presse pour accabler tos ennemis : tous êtes patient, comme dit saint Augustin, parce que vous êtes éternel; vous êtes sûr du coup qui les écrasera; vous tenez longtemps votre bras levé, parce que vous êtes père, que vous ne frappez qu'à regret, à l'extrémité, et que vous n'ignorez point la pesanteur de votre bras. Que les hommes impatients se scandalisent donc : pour moi, je regarde les siècles comme une minute; car je sais que les siècles sont moins qu'une minute devant vous. Cette suite de siècles, qu'on nomme la durée du monde, n'est qu'une décoration qui va disparoître, qu'une figure qui passe et qui s'évanouit. Encore un peu, 6 homme qui ne voyez rien; encore un peu, et vous venez ce que Dieu prépare : vous le verrez lui-même tenant sous ses pieds tous ses ennemis. Quoi, vous trouvez cette horrible attente trop éloignée ! Hélas 1 elle n'est que trop prochaine pour tant de malheureux. Alors les biens et les maux seront séparés à jamais, et «ce sera, comme dit l'Écriture 1 , le temps de chaque chose. »

Cependant, tout ce qui nous arrive, c'est Dieu qui le fait, et qui le fait afin qu'il tourne à bien pour nous. Nous verrons k bu lumière, dans l'éternité, que ce que nous désirions nous eût été funeste, et que ce que nous voulions éviter étoit essentiel à notre bonheur.

biens trompeurs! je ne vous nommerai jamais biens, puisque vous ne serviez qu'à me rendre méchant et malheureux! croix dont Dieu me charge, et dont la nature lâche se croit accablée, vous que le monde aveugle appelle des maux, vous ne serez jamais des maux pour moi! Plutôt ne parler jamais, que de parler ce langage maudit des enfants du siècle! Vous êtes mes vrais biens : c'est vous qui m'humiliez, qui me détachez, qui me faites sentir ma misère, et la vanité de tout ce que je voulois aimer ici-bas. Béni soyez-vous à jamais, 6 Dieu de vérité,

l. Eccles., m, 17.

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qui m'ayez attaché à la croix avec votre Fils, pour me rendre semblable à l'objet éternel de vos complaisances!

Qu'on ne me dise point que Dieu n'observe pas de si près ce qui se passe parmi les hommes. aveugles, qui parlez ainsi, vous ne savez pas même ce que c'est que Dieu ! Comme tout ce qui est n'est que par la communication de son être infini, tout ce qui a de l'intelligence ne l'a que par un écoulement de sa raison souveraine, et tout ce qui agit n'agit que par l'impression de sa suprême activité. C'est lui qui fait tout en tous ; c'est lui qui, dans chaque moment de notre vie, est la respiration de notre cœur, le mouvement de nos membres, la lumière de nos yeux, l'intelligence de notre esprit, l'âme de notre âme : tout ce qui est en nous, vie, actions, pensée, volonté, se fait par l'actuelle impression de cette puissance et de cette vie, de cette pensée et de cette volonté éternelle.

Comment donc, 6 mon Dieu, pourriez-vous ignorer en nous ce que vous y faites vous-même? Comment pourriez-vous être indifférent sur les maux qui ne se commettent qu'en vous résistant intérieurement, et sur les biens que nous ne faisons qu'autant que vous prenez plaisir à les faire vous-même en nous? Cette attention ne vous coûte rien : si vous cessiez de l'avoir, tout périroit; il n'y auroit plus de créature qui pût ni vouloir, ni penser, ni exister. Oh ! combien s'en taut-il que les nommes connoissent leur impuissance et leur néant, votre puissance et votre action sans bornes, quand ils s'imaginent que vous seriez fatigué d'être attentif et opérant en tant d'endroits! Le feu brûle partout où il est; il faudroit l'éteindre et l'anéantir pour le faire cesser de brûler, tant il est actif et dévorant par sa nature : ainsi en Dieu tout est action, vie et mouvement; c'est un « feu consumant 1 , » comme il le dit lui-même : partout où il est, il fait tout; et, comme il est partout, il fait toutes choses dans tous les lieux. Il fait, comme nous l'avons vu. une création perpétuelle et sans cesse renouvelée pour ton* les corps;

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