Hebr., xu
il ne crée pas moins à chaque instant toutes les créatures libres et intelligentes : c'est lui qui leur donne la raison, la volonté, la bonne volonté, et les divers degrés de volonté conforme à la sienne; car « il donne, comme dit saint Paul 1 , le vouloir et le faire. »
Voilà donc ce que vous êtes, ô mon Dieu, ou du moins ce que vous faites dans vos ouvrages; car nul ne peut approcher de cette source de gloire qui éblouit nos yeux , pour comprendre out ce que vous êtes en vous-même. Mais enfin je conçois clairement que vous faites tout, et que vous vous servez même des maux et des imperfections des créatures pour faire les biens que vous avez résolus. Vous vous cachez sous l'importun pour importuner le fidèle impatient et jaloux de sa liberté dans ses occupations, et qui, par conséquent, a besoin d'être importuné, pour mourir au plaisir d'être libre et arrangé dans ses bonnes œuvres. C'est vous, mon Dieu, qui vous servez des langues médisantes pour déchirer la réputation des innocents qui ont besoin d'ajouter à leur innocence le sacrifice de leur réputation, qui leur étoit trop chère. C'est vous qui, par les mauvais offices et les subtilités malignes des envieux, renversez la fortune et la prospérité de vos serviteurs, qui tiennent encore à cette vaine prospérité. C'est vous qui précipitez dans le tombeau les personnes à qui la vie est un danger continuel, et la mort une grâce qui les met en sûreté. C'est vous qui faites de la mort de ces personnes un remède très-amer à la vérité, mais très-salutaire pour ceux qui tenoient à ces personnes par une amitié trop vive et trop tendre. Ainsi le même coup qui enlève l'un pour le sauver, détache l'autre et le prépare à sa mort par celle des personnes qui lui étoient les plus chères. Vous répandez ainsi miséricordieusement, ô mon Dieu, de l'amertume sur tout ce qui n'est point vous, afin que notre cœur, formé pour vous aimer et pour vivre de votre amour, soit comme contraint de revenir à vous, sentant que tout appui lui manque dans le reste.