‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 139 sur 165 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Il n'y a qu'une véritable Église : celai qui la cherche sincèrement doit prier

beaucoup et se défier de ses pensées*

Il n'y a qu'une seule vraie religion , et qu'une seule Église épouse de Jésus-Christ : il n'en a voulu qu'une ; les hommes ne sont pas en droit d'en faire plusieurs. La religion n'est pas l'ouvrage du raisonnement des hommes ; c'est à eux à la recevoir telle qu'elle leur a été donnée d'en haut. Un homme peut raisonner avec un autre homme; mais avec Dieu il n'y a qu'à prier, qu'à s'humilier, qu'à écouter, qu'à se taire, qu'à suivre aveuglément. Ce sacrifice de notre raison est le seul usage que nous puissions faire de notre raison même, qui est foible et bornée. Il faut que tout cède quand la raison suprême décide. Encore une fois, Jésus-Christ n'a voulu qu'une seule Église et qu'une seule religion : il n'y a donc plus qu'à comparer ensemble l'Église nouvelle avec l'ancienne, et celle qui livre l'homme à son orgueil, en le faisant juge, quoiqu'il soit visiblement incapable de juger, avec celle qui use de l'autorité qui lui est promise par son époux, pour Qxer les esprits incertains, pour guider les ignorants, pour humilier les superbes, et pour les réunir tous.

Je viens au besoin de prier. C'est la prière qui finiroit toutes les disputes. Heureux les hommes que la vanité ne rend point jaloux de leur liberté, qui sont sincèrement neutres entre leur pensée et celle d'autrui , qui se défient de la leur, et qui sont

/souvent recueillis en silence devant Dieu pour écouter l'esprit de grâce! Dès qu'on a au dedans de soi cet esprit humble et pacifique, on est bien avancé : on sent d'abord, sans controverse, que c'est dans le sein de l'Église catholique qu'on devient petit, et qu'on apprend à mourir à soi pour vivre dans la dépendance.

Page 1